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Creedence Clearwater Revival


Collectif, le 18/09/2017

Pendulum


15 décembre 1970


Pendulum marque le début de la fin pour Creedence Clearwater Revival, lapalissade aux yeux de celui qui connaît l’histoire du carré d’El Cerrito mais qui s’exprime avant tout ici au sens musical du terme. Résultat du lent processus de dissolution en germe depuis les origines du projet, ce disque, à l’image de la pendule soumise à un mouvement de balancier, cherche à sauver ce qui peut l’être encore et à rééquilibrer les rapports de force au sein d’un quatuor jusqu’ici tout entier sous la coupe d’un seul homme, John Fogerty, désormais contesté par ses pairs et contraint de partager son gâteau de façon à ménager les susceptibilités des uns et des autres. Un exercice de haute voltige duquel il se sort convenablement mais sans parvenir, et on le comprend bien, à égaler ses traits de génie passés.


À l’heure où Creedence entre en studio en novembre 1970, l’ambiance au sein de la formation s’est considérablement détériorée. Tom Fogerty, Stu Cook et Doug Clifford aspirent à davantage de lumière, à une place décisionnaire plus importante, ce que réfute le plénipotentiaire John Fogerty, jusqu’ici seul aux manettes de la formation tant en terme d’écriture que de production. Pour John, l’incompréhension est totale : qu’ont donc à récriminer ses trois partenaires alors que CCR n’a jamais connu un tel succès dans les bacs et sur scène ? Les tensions entre les deux frères Fogerty sont telles que le groupe est menacé d’implosion, et il s’en faut de peu pour que le pire soit évité grâce à la médiation du bassiste et du batteur. Mais les conditions sont posées : les trois chevilles ouvrières de CCR insistent pour être partie prenante dans la réalisation du disque. Mis en minorité, John Fogerty est forcé de s’incliner. Si l’enregistrement demeure express (1 mois tout juste) vu que tous les morceaux sont fin prêts à être couchés sur bande avant l’arrivée des quatre hommes aux studios Wally Heider de San Francisco, ce temps reste anormalement long pour Creedence qui a l’habitude de boucler ses albums en une semaine à peine. L’ossature chant-guitare-basse-batterie est d’abord captée, puis s’ajoutent les instruments annexes et les overdubs. Fait marquant, aucune reprise ne figure dans la tracklist, ce qui fait de Pendulum le seul disque du groupe à ne comporter que des créations originales.


Paradoxalement, jamais un disque de Creedence Clearwater Revival ne se sera révélé aussi personnel du point de vue de John. Alors que le groupe milite activement pour la paix et la fin de la guerre du Viet Nam, participant notamment à de nombreux concerts caritatifs, les textes de Fogerty demeurent strictement apolitiques. Au contraire, le titre “Chameleon” fait écho aux tensions régnant à l’intérieur du groupe, le chanteur-parolier reprochant à ses bandmates leur attitude volatile et leur changement d’état d’esprit depuis le début de l’aventure, tandis que “Pagan Baby” laisse poindre la solitude du frontman et sa soif de compagnie sentimentale. Pour autant, Pendulum reste un disque de Creedence comme en atteste l’artwork faisant apparaître les visages des quatre membres en gros plan, sur un pied d’égalité. On peut cependant lire dans leur regard une certaine tension, une inquiétude, en particulier dans les yeux de John Fogerty, comme s’il pressentait la fin de sa formation. L’avenir lui donnera raison : Tom quittera Creedence peu de temps après, laissant les trois hommes restants réaliser un ultime Mardi Gras en forme d’épitaphe d’ailleurs peu flatteuse. Autre rupture consommée par ce sixième album : l’emploi fréquent de claviers et de cuivres. Jusqu’ici parcimonieusement distillés, ces instruments s’imposent comme la couleur musicale majeure de Pendulum. C’est John Fogerty qui joue du saxo, tandis que Doug Clifford et Stu Cook se partagent les crédits à l’orgue Hammond. Cette couleur musicale, quoique insufflant un certain renouveau à une formule certes bien rodée mais ayant forcément tendance à devenir redondante eut égard au nombre et à la densité des précédents albums (5 disques en 3 ans), ne permet pas à Creedence de demeurer aussi pertinent qu’auparavant. Les racines roots commencent à s’étioler, les paroles de John Fogerty sont moins ancrées dans l’imaginaire collectif américain, moins évocatrices, moins porteuses de souffle populaire. Qui plus est, la formule swamp rock arrive ici à son terminus, et si l’acuité mélodique de l’omniprésent songwriter ne lui fait pas (encore) défaut, les morceaux, privés du dialogue guitare-voix et de la complémentarité entre les frères Fogerty, échouent à égaler leurs aînés, même si, évidemment, il serait dommage de tout écarter sans discernement.


C’est le long “Pagan Baby” (6 minutes et des poussières) qui se charge d’ouvrir les hostilités et qui se révèle d’emblée le morceau le plus réussi du disque. Rythme à quatre temps balancé, batterie tonique, guitares lourdes et hachées, le titre puise sa force dans le caractère lancinant de son accompagnement instrumental qui s’évade à l’occasion en de brefs soubresauts bluesy. Là-dessus, l’organe éraillé de John Fogerty n’a plus qu’à faire le job, clamant à qui veut l’entendre son amour passionnel pour cette belle païenne tant désirée, avant que le trio guitare-basse-batterie ne se lance dans un long jam véloce soutenant les envolées solistes du frontman, Stu Cook ayant lui aussi tout loisir d’aller explorer les environs à son gré. Arrive alors l’orgue Hammond sur un "Sailor’s Lament" troussé dans l’esprit Creedence, personnage populaire archétypal (un marin), histoire à dormir debout, et là-dessus un choeur mi-masculin mi-féminin de chanter, tel un leitmotiv tenaillant, "Shame, it’s a shame". Un morceau tranquille, naïf, léger dans tous les sens du terme, rafraîchissant même, tellement éloigné des tensions qui fleurissent dans le groupe. Le clavier reste discret, parfaitement accordé aux autres instruments, et laisse s’exprimer de petits ajouts de saxophone par endroits, comme s’excusant d’être là. Mais la gêne disparaît bien vite sur un “Chameleon” nettement plus démonstratif, les saxos s’étalant en nappes languissantes tandis que Fogerty retrouve un ton mordant pour décrier cet intrus-caméléon qui ne cesse de le tromper par ses changements d’apparence. Tremplin idéal pour lancer l’une des balades les plus efficientes de Creedence, “Have You Ever See The Rain”, guitare sèche, arpèges placides de piano, ligne de basse caressante, batterie nerveuse et petite touche d’orgue Hammond en toile de fond, et cette ritournelle conçue comme un recueil de sagesse ancestrale (le calme précédant la tempête, la pluie tombant par une journée ensoleillée) de s’égrener avec évidence et vénérabilité. Plus concerné, le slow “(Wish I Could) Hideway” suit le parcours émotionnel d’un homme qui constate que son meilleur ami, ayant vendu toutes ses possessions, a décidé de prendre le train et de quitter sa ville pour ne plus jamais y revenir. D’abord choqué et en colère, le narrateur-Fogerty se montre compréhensif et en vient à envier cet individu qui a le courage d’aller jusqu’au bout de son rêve, souhaitant à l’inverse pouvoir se cacher pour échapper à sa vie. La mélodie y est travaillée, le chant possédé prenant une place prépondérante au gré des errements des claviers et développant de belles nuances expressives entre ire et résignation.


La face B s’ouvre sur “Born To Move”, rock n’ roll tonique et sans prétention agrémenté de saxo où, ça y est, la guitare soliste du frontman peut de nouveau s’exprimer par intermittence, appel presque mystique à la danse que ne tempère qu’un consistant interlude jazzy à la basse et à l’orgue Hammond, le clavier y allant de riffs cognés et d’envolées gospellisantes. Pour un peu, on entendrait presque un chœur de noirs américains chanter les louanges du Seigneur en se trémoussant au fond d’une église. Virulent, “Hey Tonight” resserre l’instrumentation qui, ici, se montre particulièrement joueuse, chacun des musiciens essayant à sa manière d’entraîner le morceau dans la direction qu’il s’est choisi. John et Tom Fogerty se répondent l’un l’autre par six cordes interposées sur cette pièce enlevée, joyeuse, aux paroles simplistes et surréalistes. Malheureusement, c’est ici que Pendulum commence à se gâter. “It’s Just A Thought” réitère l’exercice de la balade placide au tempo faussement alerte, probablement celle de trop, et la mélodie vocale ne parvient pas à sauver un traitement instrumental faiblard, manquant de chair avec ses traînées de clavier sans grand génie. “Molina” se veut légère, badine, mais seule la marotte redondante du refrain (“Molina / Where you’re going to”) sauve un morceau tout entier asservi à un saxophone envahissant et faisant de l’ombre aux quatre rockers. Avant-gardiste et expérimentale, la conclusion du disque, “Rude Awakening #2”, prend la forme d’un instrumental qui débute comme une petite incartade buissonnière toute en insouciance et luminosité avant de se faire phagocyter par des saillies iconoclastes, tour à tour glauques, aliénées et arabisantes, allégorie d’un homme vivant un doux rêve qui s’éveille à un univers schizophrène et malsain, la clarté mentale laissant place à une étrange folie béate. Par-delà l’idée même - ici plutôt bien mise en musique -, le morceau peine à émouvoir voire même à intéresser. Sans doute y avait-il matière à réaliser meilleure fin.


Malgré ses défauts, Pendulum demeure inexplicablement attachant, à l’évidence habité d’une âme sincère, fort d’une volonté sans doute naïve à vouloir aller de l’avant, à accepter le compromis, et tout de même doté de quelques titres indubitablement majeurs. Il faut dire que la matière qui constitue cet album a été composée avant que les tensions n’éclatent au sein du groupe, ce qui explique sans doute la légèreté et l’insouciance qui se dégagent globalement de ce disque. Pendulum mérite d’être découvert à l’aune de son histoire et de ses faiblesses, en en comprenant les enjeux et sans forcément le comparer à ses prédécesseurs qui lui sont, autant être honnête, nettement supérieurs. On se consolera en soulignant que son successeur, Mardi Gras, se montrera quant à lui passablement raté. En ce sens, Pendulum n’a pas été l’album de trop, et c’est déjà beaucoup.


Nicolas

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