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Critique d'album

Squid


Bright Green Field


(07/05/2021 - Warp Records - Post Punk - Genre : Rock)
Produit par Dan Carey

1- Resolution Square / 2- G.S.K / 3- Narrator / 4- Boy Racers / 5- Paddling / 6- Documentary Filmmaker / 7- 2010 / 8- The Flyover / 9- Peel St. / 10- Global Groove / 11- Pamphlets
Note de 4.5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Un premier album explosif, évoluant dans une défragmentation savamment orchestrée !"
Mathieu, le 03/06/2021
( mots)

Des morceaux de moins de 4 minutes, un refrain intervenant après 30 secondes d’écoute, des titres expéditifs, ... Avec l’arrivée du streaming et dans une société qui tourne à cent à l’heure, les artistes ont été contraints de revoir leur façon de composer pour s’adapter aux modes de consommation actuels. La différence est d’autant plus sidérante lorsque l’on prend le temps de faire quelques pas en arrière. 1971, Led Zeppelin faisait l’unanimité avec sa ballade interplanétaire, "Stairway to Heaven", affichant plus de 8 minutes au compteur. 50 ans plus tard, juin 2021, Olivia Rodrigo cartonne dans le monde entier avec son single "Good 4 you", s’étirant sur moins de 3 minutes.


Le constat est là et il est clair que le numérique a considérablement changé nos habitudes d’écoute. Avec du contenu disponible instantanément et à portée de pouce, les mélomanes, souvent adeptes du format physique et friands de disques dépassant les 40 minutes, se font de plus en plus rares. Dans ce monde finalement régit par l’industrie musicale où format radiophonique, playlists, tops et compilations sont devenus la norme, il semble finalement légitime de s’interroger sur la pertinence de l’exercice du long format.


Depuis les années 60, l’album est pourtant le format le plus répandu chez les artistes. Considéré comme l’accomplissement d’une prouesse artistique de taille, il permet d’imposer un style ou de cibler un concept, regroupant ainsi plusieurs titres autour d’une ligne directrice, modelant finalement un tout cohérent. En proposant régulièrement du nouveau contenu, les artistes sont également en mesure de renouveler leur répertoire et d'ainsi diversifier leurs performances live. Intéressant par sa durée, qui dépasse généralement les 40 minutes, l’album peut même dans certains cas être prétexte à l’exploration de nouvelles contrées musicales ou à l'expérimentation de nouvelles méthodes de composition.


D’un point de vue artistique, l’exercice est sans conteste des plus intéressant. Malheureusement, on déplore de plus en plus fréquemment des albums bâtis autour de deux ou trois points forts (les singles, chargés d’assurer la promo avant la sortie officielle) et finalement bourrés de titres "bouche-trou" permettant le remplissage des 30 minutes restantes. Les géants de l’industrie musicale ont bien évidement influencés l’évolution de cette philosophie, faisant passer le profit avant certaines valeurs artistiques. Cependant, grâce à la force d’obstination de certains labels indépendants (qui se font de plus en plus nombreux, et c’est tant mieux), l’album peut toujours dans certains cas être considéré comme une œuvre à part entière, empli de pertinence artistique et ruisselant d’inventivité.


C’est justement le cas de Squid, produits par le label indépendant londonien Warp, qui nous proposent avec Bright Green Field, un premier long format époustouflant. Il faut dire que les cinq potes de Brighton nous avaient préparés à accueillir ce véritable OVNI musical avec, en tout de même quatre ans d’existence, la sortie de deux EP les ayants propulsés parmi les plus grands espoirs du rock britannique. Après les énormes claques lâchées par le groupe en amont de ce premier opus (L’EP Town Center est à aller écouter de toute urgence), une attente immense s’était construite autour de ce premier disque. Et autant immédiatement avancer que le résultat est largement à hauteur de nos espérances. Et qu'il va même bien au-delà.


Bien que rangés par la presse spécialisée dans la case "art-rock", en vogue en ce moment Outre-Manche, et dont chaque formation dont le style est difficilement cernable y est accolée, Squid représentent à eux seuls une personnalité unique aux influences multiples. En s’essayant au jeu de la description stylistique, on avancerait dans ce cas de figure un mélange de rock alternatif, de post-rock, de post-punk et de free-jazz, tantôt rêveur, tantôt rageur, naviguant sans complexes entre tranquillité et chaos. La musique des anglais est certes cérébrale, se rapprochant par moment des codes du math-rock par ses rythmiques et lignes mélodiques chaloupées, mais ne bascule en aucun cas dans une complexité incompréhensible. Le tout est abordé avec assurance et bien que les chemins empruntés soient parfois tortueux, le groupe réussi la prouesse de maintenir une solide intégrité tout du long.


Nous parlions en introduction du single, permettant d’attirer l’oreille par son format direct et aguicheur, bien souvent calibré pour les ondes radiophoniques. Squid de leur côté ont tout envoyé bouler, avec la sortie anticipée des trois plus longues pistes de l’album, dépassant toutes les 6 minutes. "Narrator", "Paddling" et "Pamphlets", trois morceaux fleuves aux multiples facettes et ambiances alambiquées constituent les trois véritables piliers du disque. Le dernier cité, placé en ultime position dans la tracklist, s’impose en véritable pinacle du processus de création artistique, et en véritable synthèse de ce que le groupe sait faire de mieux. Les lignes de guitares sont malignes et tranchantes, la rythmique asymétrique est incroyablement précise, et la voix magnifiquement colérique d’Ollie Judge nous saisit à la gorge. Il est vrai que le timbre si spécifique du batteur-chanteur constitue l’un des principaux charmes de la formation. Énergique et théâtrale, on se rapproche par moments des mimiques d’un certain Isaac Wood (Black Country, New Road) ou d’un Geordie Greep (Black Midi). Les trois formations semblent dans tous les cas s’inspirer les unes des autres dans une certaine synergie assez remarquable, sans tomber dans le plagiat ou la redondance.


Rythmiques swing et cuivres sont particulièrement exploités ici, liant à merveille un punk rock rageur à un free-jazz délicat. Trompette, trombone et saxophone renforcent une facette délicieusement mystérieuse de certains titres, le très épuré "Global Groove" en parfait exemple, joue sur les textures avec ses notes de guitares acérées surplombant une nappe cuivrée. Ce versant axé sur le minimalisme est par ailleurs mis en avant à plusieurs reprises. On pensera notamment à "Documentary Filmaker", grandement inspiré par Steven Reich, père fondateur de la musique minimaliste dans les années 60/70. Ces instants d’apaisement et de légèreté instrumentale sont malicieusement disséminés au sein de la tracklist, constituant d’appréciables moments de respiration.


Car il faut dire que les pistes évoluent dans la défragmentation la plus totale, cependant magnifiquement orchestrée. Il sera de plus en plus facile, au fil des écoutes, de se laisser guider au beau milieu de ces cassures rythmiques et contrastes saisissants, intervenant parfois même au sein d’une même piste. Exemple à l'appui avec "The Flyover", qui introduit délicatement l’abrasif "Peel St.", nous tirant d’une douceur hypnotique pour un pur moment de rage, n’hésitant pas à s’estomper vers une conclusion délicatement menée. "2010" s’amuse également avec la bipolarité des ambiances et constitue l'un des gros points forts du disque. Mis à part la seconde partie un peu longuette d’un "Boy Racers" qui aurait gagnée à être légèrement abrégée, le bilan est plus que positif avec une balance parfaitement équilibrée. L’ensemble ira même jusqu’à se bonifier après plusieurs écoutes attentives, les petits détails se révélant petit à petit, amplifiant la virtuosité et la minutie planant autour de ce premier disque.


Il est d’autant plus surprenant d’apprendre que l’album a été enregistré en configuration live, et que chaque piste a au maximum nécessité quatre prises. Cette méthode d’enregistrement renforce finalement le côté très organique des compositions, soutenu par des ambiances et des textes misant sur le visuel, grandement inspirés par le cinéma et la littérature. En plus de proposer une musique calibrée, les garçons apportent leur regard critique sur les maux actuels de notre société et parviennent à transmettre un message censé émergeant d’un Royaume-Uni en plein Brexit.


Le coût d’essai de Squid, bien que pouvant déconcerter au premier abord, vient définitivement se muer en véritable coup de maître. Dans ce cas de figure, le format de l’album reste totalement pertinent, permettant aux anglais d’étaler toute l’étendue de leur savoir-faire de façon structurée et cohérente, tout en respectant une intégrité déconcertante. Les pistes s’enchaînent parfaitement, dans l’alternance de moment explosifs et d’instants de douceur. Nous ne serons pas surpris d’apprendre qu’un certain Dan Carey était aux manettes, décidément à la tâche cette année, ayant produit le premier excellent album des Black Country, New Road (tiens ? encore une grosse révélation du rock d’Outre-Manche cette année), Goat Girl ou encore Black Midi, qui viennent justement de révéler un second opus déroutant. Une chose est sûre, le rock montre toujours de signes de vie, et pas des moindres, mené par une scène britannique en très grande forme.

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