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Critique d'album

Meat Loaf


Bat Out of Hell


(21/10/1977 - Epic - - Genre : Hard / Métal)
Produit par Todd Rundgren

Note de 4.5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Je te veux / Je te désire / Mais je ne peux pas dire que je t’aime… Cela dit, deux sur trois, c’est déjà pas mal ! - Jim Steinman"
Daniel, le 26/04/2021
( mots)

Et si le plus grand album rock de tous les temps était un ouvrage au second degré, une parodie adolescente à peine masquée de Born To Run (d’un certain Bruce S. qui n’a jamais commenté l’événement) ? 


La parodie s’est vendue à 50.000.000 d’exemplaires, soit huit fois plus que l’original.


Et si c’était vrai ?


L’album Bat Out Of Hell est tombé comme un poil à gratter dans une assiette de soupe en 1977, alors que la vague punk balayait tout sur son passage.


Et (très) rares sont ceux et celles qui ont perçu immédiatement la pertinence du message. Parce qu’il était crypté. Il était globalement incompréhensible. La plupart des rockers l’ont pris au premier degré et/ou n’ont rien compris à l’anglais ampoulé de Jim Steinman. Au-delà d’une musique indubitablement rock (mâtinée de Richard Wagner et de Phil Spector), il y avait une "textuelle" inédite et déraisonnable. Inégalée. A faire passer le Bob Dylan de "Hurricane" pour un taiseux…


Il a été écrit que l’âme de la musique "pop" a pour caractéristique essentielle de proposer des sujets intéressants en utilisant moins de cinquante mots, couplets et refrains confondus. "Obladi Oblada", par exemple. Jim Steinman n’a jamais fait de musique "pop" parce qu’avec cinquante mots, il pouvait à peine écrire le titre d’une chanson. 


Petit exemple de versification steinmanienne (*) : 


Alors, sous les rayons du soleil brûlant, je me meurs au fond d’un fossé


Déchiré et recroquevillé contre ma moto en flammes


Il me semble que quelqu’un, quelque part, fait résonner un tocsin


Et la dernière chose que je perçois est mon cœur, encore palpitant


Qui s’extirpe de ma poitrine pour s’envoler au loin


Comme une chauve-souris sortie de l’Enfer


Les préoccupations de l’auteur (vitesse, bitume sans fin, copains fidèles, filles pas trop farouches, injustices sociales, premières amours, espoirs de vie meilleure, nuits noires, racines ouvrières, …) sont proches de celles de Springsteen. Mais dans une dimension déjantée. Plus Robert Crumb que John Steinbeck. 


Quoique… Parfois, quand on traduit le Boss dans le texte, on peut se demander qui est le maître et qui est l’élève appliqué.


Exemple (*) :


Tout le monde se barre, ce soir


Il n’y a plus nulle part où se planquer


Wendy, nous pourrions vivre ensemble dans cette misère


Je t’aimerai toujours jusqu’au délire


Un jour, mais je ne sais pas quand


Nous arriverons enfin à destination


Là où nous désirons tellement nous rendre


Mais en attendant, des saltimbanques comme nous


Sont juste nés pour courir


 


Ca, c’est Bruce… (**) 


Contre-exemple (*) :


Ma chérie, tu es la seule personne dans cet univers


Qui soit pure, parfaite et juste


Où que tu sois, où que tu ailles


Il y aura toujours un peu de lumière


Mais, moi, je dois partir


Je dois me casser avant la fine pointe de l’aube


Ca c’est Jim. Qui est le plus à plaindre des deux ?


Pour chanter du Steinman, il faut du coffre et du lyrisme. Marvin Lee (***) Aday – alias Meat Loaf – est l’homme de la situation. Cela fait près de trois années que Jim le courtise assidument. Mais Marvin hésite encore entre une carrière d’acteur et la musique. Le succès du film Rocky Horror Picture Show (où il incarne à merveille un rocker fou et saxophoniste) n’aide pas vraiment à poser un choix entre les deux univers.


A trente ans, Marvin est au sommet de sa voix (et de son poids). Et il pose un choix, probablement dicté par le fait que son physique n’incitera personne à lui confier un rôle de jeune premier au cinéma : il sera chanteur !


Fou d’enthousiasme, Jim rameute son monde : les fabuleux Max Weinberg (batterie théâtrale) et Roy Bittan (grand piano narratif), tous deux en vacances du E Street Band, le magicien Todd Rundgren, (guitares), Kasim Sulton (basse), Ellen Foley (chœurs), la moitié des membres d’Utopia, Edgar Winter (saxophone) deux orchestres philarmoniques, quatre ingénieurs du son, un assistant et un consultant.


L’enregistrement va prendre deux ans. Jim et Todd sont des perfectionnistes. Et le résultat est une explosion absolue. Chaque titre se présente comme un film (ou une pièce de théâtre) dont la musique est un décor en cinémascope et où les voix racontent l’intrigue mieux qu’en 3D.


De la violence de "Bat Out Of Hell "à la douceur classifiante de "For Crying Out Loud", qui démarre dans un époustouflant duo piano/voix, tous les titres sont simplement parfaits. C’est un véritable déluge de personnages, d’images, de décors, de guitares, d’amours immatures, de drames et de délires…


Avec cette phrase définitive (*) :


Alors j’ai juré que je l’aimerais jusqu’à la fin des Temps


Et maintenant, je prie pour que la fin des Temps arrive vite


Parce que, si je dois encore la supporter une minute de plus


Je ne pense pas que je vais vraiment pouvoir survivre


 


Le fabuleux Richard Corben réalise une pochette rouge (feu et sang) parfaitement emblématique qui reste encore un modèle du genre. De conception classique (même s’il est difficile de jouer avec les nombres d’or dans le carré obligé d’un 33 tours), l’image incarne la démesure gothique, sauvage et irrationnelle de la plage titulaire. 


Evidemment, l’album ne marche pas. Même le Magazine Rolling Stone le dézingue ! Il est impossible de programmer des titres de neuf minutes sur les radios FM ou de passer des clips aussi longs à la télévision. Comme il est quasiment impossible, sans "initiation" préalable, de comprendre cet incroyable humour "new-yorkais" de Jim Steinman.  


En Europe, les préoccupations sont "sociales". On porte des t-shirts cheap, des épingles, des cheveux en bataille, des cuirs pourris, des jeans rafistolés et des Doc Marten’s de contrebande. On écoute les Stranglers, Clash, Talking Heads, Sex Pistols, Damned, …, qui proposent de reconstruire le monde selon de nouveaux paradigmes. Les plus courageux adoptent un rat musqué pour terroriser les gens dans le bus. Le monde n’en a vraiment rien à battre d’un album parodique et hollywoodien.


Alors, une troupe de saltimbanques va se mettre en marche pour parcourir le monde entier, soir après soir, afin de prêcher sa bonne parole. Sur scène, le miracle opère. Progressivement. En parfait acteur qu’il est à l’origine, Meat Loaf mime toutes les scènes imaginées par Jim Steinman, incarne tous ses personnages décalés, joue tous les rôles de losers romantiques (même le grand méchant loup, façon Tex Avery), grimace, écarquille les yeux, pourchasse ses jolies choristes avec un air lubrique, transpire, développe une gestuelle hystérique et – surtout – chante divinement bien. 


Et les rockers comprennent enfin l’ironie et la théâtralité du propos. Au fur et à mesure que le "cirque" avance de ville en ville, les albums se vendent par centaines, par milliers puis par millions. Quatorze albums de platine rien qu’aux USA. Une paille.


Il y aura deux séquelles. Forcément moins excitantes (même si Bat Out Of Hell II a fait 14.000.000 de copies).


Depuis le 19 avril 2021, le monde se doit de composer sans Jim Steinman (à qui cette rubrique est dédiée avec une émotion incontrôlable). Il nous faudra désormais faire preuve de volonté, de désir et d’amour. Parce que trois sur trois, c’est encore mieux, non ?


(*) Les traductions de textes sont "libres", en ce sens qu’elles n’engagent que le rédacteur de la rubrique. Et, comme dit un proverbe italien : "Traduire, c’est trahir !"


(**) Accessoirement, Wendy (Darling) est aussi la petite amie de Peter Pan, lequel, dans le roman qui porte son nom, souffre d’un syndrome qui le retient prisonnier de son enfance.


(***) Le papa de Marvin Lee devait adorer les westerns. Dès que Meat Loaf en a pris conscience, il s’est rebaptisé Michael pour échapper à la honte…


 

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