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Vieilles Charrues 2017, jour 3 : Royal Blood et Arcade Fire


Nicolas, le 25/07/2017

Arcade Fire


Deux heures d’attente entre deux shows consécutifs sur la grande scène… un laps de temps certes passé à me sustenter (en me faisant piquer quelques frites par de vils inconnus) et à me réhydrater, mais qui me paraît interminable, au point de me pousser à consulter la programmation. Ah ouais quand même. Groupes planifiés sur la Glenmor ce samedi 15 juillet : Camille, Royal Blood, Arcade Fire et Jean-Michel Jarre. De 16h15 à 3h15 du matin, avec des sets d’une heure à une heure trente en moyenne. Après calcul, ça fait 5h15 de concerts sur une durée totale de 11h. Autant dire qu’ils ne se foulent pas des masses, les bretons. Sur un laps de temps bien moindre (7h15), Rock en Seine programme cinq groupes sur sa grande scène, idem pour le Hellfest (qui en fait en programme huit, mais les concerts commencent à partir de 11h). Par le passé, il me semblait pourtant que le rythme était plus soutenu… mais passons. Passons également sur la prestation de Kery James sur la scène Kerouac, rappeur ayant à coeur de chanter la négritude, la tolérance, le mal du racisme et le vivre ensemble dans tous ses textes et qui, d’un point de vue strictement musical, n’a strictement aucun intérêt. C’est sous les vivas de ses fans que je me hasarde à me faufiler jusqu’à une place plus avantageuse afin d’assister au mieux au concert d’Arcade Fire. Le temps est toujours splendide, et si la fraîcheur commence à poindre tandis que le soleil tombe sur la plaine de Kerampuihl, il n’en reste pas moins qu’on ne saurait rêver meilleures conditions pour un festival. Cette fois, l’assistance a changé. Autour de moi gravitent de jeunes trentenaires plutôt propres sur eux avec un look un peu intello sur les bords qui savent exactement qui ils viennent voir, preuve qu’en quelques dix années d’existence, les canadiens ont réussi à acquérir partout dans le monde - y compris en France - une fan base substantielle. Mais il est temps de donner de la voix car les voilà qui débarquent.


Et le mot est faible. C’est un véritable ouragan qui se met à souffler sur la Glenmor tandis que les neuf (!) multi-instrumentistes prennent place sur scène, Win Butler fermant la marche en saluant chaleureusement une assistance qui lui est toute entière acquise. C’est en effet la troisième fois que les Montréalais se rendent en terres bretonnes, précédés d’une réputation live qui va grandissant. Le fait est que la réputation en question n’est pas usurpée, car dès le premier morceau, le séminal et pop “Everything Now” lancé comme ambassadeur de leur futur cinquième album, la messe est dite avant même que ne soit ouverte la bible de néon : l’arcade de feu se révèle redoutable, y compris sur un titre qui ne semble pas briller outre mesure sur sillons. L’énergie déployée par les acolytes canadiens fait plaisir à voir, chacun semblant se livrer totalement sur son instrument, et la puissance orchestrale ainsi déployée achève de faire basculer la foule dans l'enthousiasme un peu béat que laisse transpirer ce titre hédoniste, direct et sans chichis. Arrive alors sans temps mort le vieux “Rebellion (Lies)”, ou plutôt si, avec temps mort, un temps mis à profit par tous les membres - sans exception ou presque - pour changer de place et d’instruments, manège qui se reproduira quasiment à chaque morceau jusqu’à la fin du set. On le savait avant d’en être témoin, mais il faut le voir pour le croire ! Mine de rien, cet aspect “échangiste” flanque un coup de fouet à chaque nouvelle chanson qui s’en retrouve bonifiée, dopée, maximisée.


D’autant que les protagonistes mettent à profit chaque nouveau poste pour tenter de tirer la couverture à eux, n’hésitant pas à se croiser sur scène ou à s’interpeller les uns les autres en jouant, ce qui confère à ces rockers un côté saltimbanque particulièrement plaisant. Et le spectacle est total. Si Win Butler tient évidemment les premières places avec aplomb, il les laisse volontiers à Régine Chassagne à l’occasion de quelques leads vocaux, la virevoltante et extravagante dame du groupe occupant successivement quasiment tous les recoins des planches au cours de la soirée. Mais les autres ne sont pas en reste : la paire Richard Reed Parry - Will Butler se démène aux guitares, tous deux rivalisant l’un-l’autre pour attirer les projecteurs, le second se livrant à une transe tribale assez saisissante au tambour dès ce fameux “Rebellion (Lies)” qui flanque la foule en transe. Tim Kingsbury abandonne volontiers sa basse à Win (oui, Win Butler, Will Butler, il faut suivre) pour s’essayer à divers instruments, fuyant ainsi les parages - et les fûts - de Jeremy Gara qui demeure quasi seul à ne pas se livrer à ce fascinant jeu des chaises musicales auquel se prêtent même les seconds couteaux montréalais, la violoniste Sarah Neufeld abandonnant régulièrement son violon pour s’égayer aux claviers tandis que Stuart Bogie alterne à qui mieux mieux saxo, clarinette et flûte. Il y a aussi Tiwill Duprate aux percussions et… bah, autant arrêter là, vous avez compris le scénario : un scénario changeant, fluctuant, autant de nuances, de relances, de coups d’accélérateurs aléatoirement apportés à un concert de haute volée où chacun se livre sans aucune retenue. Et tout le monde chante, tout le monde, même le batteur. Un truc affolant, ça.


C’est bien beau, mais la musique alors ? Eh bien on sait déjà qu’Arcade Fire dispose de quatre albums de grande classe, dissemblables mais suivant finalement une évolution on ne peut plus logique vers plus d’accessibilité, naviguant de l’indie rock à la pop dansante en passant par la cold wave ou même le hard rock par instants. Le tout s’enchaîne avec une fluidité, une cohérence étonnantes pour des disques aussi dissemblables, sans même parler du petit dernier, le très électro Everything Now, inconnu du public et duquel ne sont interprétés que les rares singles livrés en préambule aux ouailles des canadiens (“Everything Now” donc, mais aussi “Creature Confort” et “Chemistry”). Des singles qui se retrouvent transfigurés, survitaminés, bien plus saisissant sur scène que sur album, et qui en définitive passent véritablement comme une lettre à la poste. Certains enchaînements semblent couler de source, comme le trépidant “Here Come The Night Times” de Reflektor qui se marie à la perfection au placide “Haiti” de Funerals dont il est en définitive le rejeton logique, titre introduit par une longue tirade de Régine Chassagne (en français bien sûr) qui nous invite à nous engager à défendre une cause (humanitaire) qui nous tient à cœur, quelle qu’elle soit, et à nous donner à fond pour elle. Sachant à quel point le gang montréalais s’est investi financièrement et humainement dans les diverses catastrophes qui ont touché l’île défavorisée d’Haïti, on ne saurait trouver meilleur ambassadeur à une telle attitude. Le contact des membres d’Arcade Fire avec leur assistance se montre bienveillant, humain, enjoué et emprunt d’une once de folie qui flanque le frisson et colle le sourire aux lèvres. En définitive, l’heure et demi de concert s’avère tellement intense qu’elle semble n’en faire que la moitié. Et les souvenirs demeurent vivaces : l’interlude “Neon Bible” - “No Cars Go” issu de leur second album - le moins représenté ce soir - qui plonge la scène dans une pénombre empreinte d’étrangeté et d’élégance, le basculement vers un “The Suburbs” magistral et dédié par Butler à David Bowie, auquel succède un trépidant “Ready To Start” qui voit le chanteur finir debout sur son piano, et surtout un Funerals largement représenté ce soir mais qui, sur scène, n’a tellement plus rien à voir avec le maniérisme glaçant qui caractérisait l’équipe canadienne à ses débuts. L’interprétation des dix-huit morceaux que compte le set se révèle stupéfiante pour l’initié car chaque titre se retrouve métamorphosé sur scène, certains presque méconnaissables bien que tout autant voire même plus appréciables que leurs modèles. Allez, on signalera bien une (très légère) baisse de régime en toute fin de prestation histoire d’apporter un (tout petit) bémol à une soirée par ailleurs exceptionnelle et à un concert non moins magistral. Après un tel coup d’éclat, on sera prêt à tout pardonner à Arcade Fire, y compris si leur cinquième album (dans les bacs d’ici quelques jours) s’avère une bouse : qu’à cela ne tienne, j’irai les revoir et je ne peux que vous conseiller de faire de même ! L’une de mes toutes meilleures expériences live avec Porcupine Tree et les Foo Fighters.


Setlist :


Everything Now
Rebellion (Lies)
Here Comes the Night Time
Haïti
Chemistry
Signs of Life
No Cars Go
Neon Bible
The Suburbs
The Suburbs (Continued)
Ready to Start
Neighborhood #1 (Tunnels)
Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)
Reflektor
Afterlife
Creature Comfort
Neighborhood #3 (Power Out)
Wake Up

En savoir plus sur Arcade Fire, Royal Blood
Commentaires
Cloclo, le 30/08/2017 à 21:36
Sans la condescendance de l'auteur, ce serait plus intéressant. Pas la peine de se la péter !
Olivier, le 26/07/2017 à 11:06
Quel concert ! un (tout petit) bémol pour le rendu de la voix de Régine Chassagne, un peu en dessous. C'était clairement le concert à ne pas rater cette année.