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Beck, le manga rock


Nicolas, le 15/03/2010

Mais quel genre de groupe est donc Beck ?

Suivre un groupe de rock sur le papier a au moins un avantage : on peut imaginer que la formation délivre la musique que l'on aimerait entendre, comme une sorte de prolongement allégorique de nos attentes les plus folles. Pour autant, l'analyse fine des personnages, de leur jeu scénique, de leurs instruments, de leurs caractères et accessoirement de leur discothèque permet de s'approcher au plus prêt de la vision du rock qu'a souhaité inculquer l'auteur à ses protégés. Beck, ou le rock élevé au rang de fantasme.

Un nom de groupe évocateur


Lorsque Taïra évoque le nom de Beck comme patronyme pour le groupe après avoir contemplé longuement le fameux chien sauvé par Koyuki, chacun des membres semble éberlué. La première réaction de Chiba est d'ailleurs de faire remarquer que "ce nom est déjà pris", comme si cela relevait d'une évidence presque crasse. Pourtant le patronyme de Beck fait rapidement l'unanimité, même si le groupe est contraint d'en trouver un autre quand se pose la question d'une exportation de sa musique à l'international. Il faut croire que ces quatre lettres ne parlent pas tant que ça aux japonais...


Première personnalité pouvant être évoquée, Beck Hansen, alias Beck, est un rockeur américain né le 8 Juillet 1970 à Los Angeles. Aussi connu pour son physique avenant que pour son immense culture musicale et ses compositions aux styles variés, Beck a su très tôt s'imposer sur la scène rock moderne indé tout en s'ouvrant à de nombreux autres courants musicaux comme la pop, le folk, la country, le blues, le funk, le jazz, les divers courants indies de rock à guitare, et même le hip hop. Il a collaboré de façon régulière et alternative avec les Dust Brothers (sur Odelay, Midnite Vultures et Guero) et avec Nigel Godrich (sur Mutations, Sea Change et The Information), alors que son dernier album, Modern Guilt, a été produit par Danger Mouse. Beck a également travaillé sur plusieurs BO de film, notamment Moulin Rouge ou Eternal Sunshine Of The Spotless Mind. Ses deux actualités récentes concernent d'une part la création de son Record Club, sorte de réunion informelle avec d'autres musiciens dont le but est de reproduire à la volée un disque classique de l'histoire du rock (le premier élément de travail n'ayant été autre que le célèbre Velvet Underground and Nico), et d'autre part la production du dernier album de Charlotte Gainsbourg, IRM.


Mais le personnage qui a surement inspiré Harold Sakuichi pour nommer son manga n'est autre que Jeff Beck. Né le 24 juin 1944, ce guitariste surdoué, aussi à l'aise dans le rock que dans le blues, a été l'un des trois membres mythiques des Yarbirds aux côtés d'Eric Clapton (bien que tous deux n'aient jamais joué ensemble à cette période) et de Jimmy Page. Il a ensuite poursuivi sa carrière au sein du Jeff Beck Group avec Ron Wood et Rod Stewart, puis a continué son chemin en solo. Il est l'un des premiers guitaristes, avec Jimmy Page, à avoir expérimenté les distorsions, le fuzz et le feed back, et son influence a été déterminante dans l'apparition du hard rock et plus tard du metal. Alors que l'homme se faisait rare ces derniers temps, il vient d'annoncer pour cette année la sortie d'un énième album solo, alors qu'il donne actuellement quelques concerts aux côtés d'Eric Clapton.

Beck, le neo métal en point de mire


Et ce pour deux raisons. Tout d'abord le manga a commencé à paraitre en 2000, à une époque ou Korn, Deftones, Limp Bizkit et les autres étaient à leur apogée. Le groupe cumule également deux chanteurs, dont l'un est clairement typé rap. Chiba est en effet issu du milieu hip hop, et d'ailleurs une bonne partie de l'intrigue le voit hésiter entre la poursuite du rock et son retour dans le milieu du rap. L'analogie avec Linkin Park crève les yeux et fait de Beck un représentant idéal de l'un des courants rock les plus dynamiques du début des années 2000.

Rage Against The Machine : la référence ultime ?


Autre indice qui concerne le look de Chiba et son tempérament colérique et révolté. Difficile de ne pas y voir un alter égo de Zach De La Rocha, le frondeur engagé de Rage. Ce d'autant que ses mimiques, ses gesticulations et ses bonds sur scène semblent calqués sur ceux du bouillant américain. Accessoirement, et même s'il est peu probable que l'auteur aie voulu que l'analogie soit complète, on remarquera que Koyuki porte souvent une casquette en concert. De plus, sa position de guitare est très spéciale, haut située, avec le manche souvent relevé et une bandoulière très courte. Ces deux éléments évoquent sans aucun doute Tom Morello, le génial gratteur de RATM. Alors bien sur, même si Koyuki n'aura pas réussi à atteindre en si peu de temps la technique et surtout l'incroyable maîtrise des sonorités de ce guitariste d'exception, il est probable que l'auteur aie voulu faire jouer au personnage une palanquée de riffs typés groove metal qui envoient leur pesant de décibels et qui ne dépareilleraient pas sur un disque de Rage.

Quand Beck rime avec piments rouges


Le personnage de Taïra ne souffre d'aucune équivoque. Bassiste qualifié de doué, technique et groovy (c'est l'adjectif qui vient spontanément à Chiba lorsqu'il entend jouer Taïra pour la première fois), qui de surcroît joue quasiment tout le temps torse nu et qui possède une Music Man Stingray, quatre corde particulièrement reconnaissable. De fait, l'auteur a explicitement avoué que Taïra était une sorte d'alter ego calme de Flea, le bassiste survolté des Red Hot Chili Peppers. Harold Sakuichi est par ailleurs un fan ouvertement déclaré de ce groupe. Deux autres éléments viennent renforcer cette analogie : le look de Saku qui évoque un peu celui de Chad Smith derrière ses fûts (avec un jeu toujours qualifié de "puissant"), ou encore le clin d'œil que représente le premier single de Beck, "Tabasco" (assaisonné aux piments rouges). L'autre piste pour Saku serait le rouleau compresseur John Bonham, regretté batteur de Led Zeppelin, qui a la double particularité d'être un gros bosseur mais aussi d'apparaître brièvement, en guise de clin d'œil, dans le manga.

Ryusuke, plus Jimmy Page que Jeff Beck


En ce qui concerne Ryusuke, le leader du groupe, il faut plutôt remonter quelques décennies en arrière pour y trouver son alter égo réel. Si l'on part du principe que les Serial Mamas, premier groupe de Ryusuke, ont été bâtis par l'auteur sur le modèle des Yarbirds, on reconnaitra dans la personne d'Eiji un certain Eric Clapton (avec sa Stratocaster noire) alors que Ryusuke évoque pour sa part Jimmy Page et sa Gibson Les Paul blanche. Page semble donc bien être le modèle sur lequel s'est basé Sakuichi pour construire le personnage de Ryusuke. Le fait qu'il s'agisse d'un guitariste extrêmement sensible va dans le même sens, de même que sa nonchalance, son charisme scénique et son attirance pour les substances illicites (même si, dans le manga, Ryusuke ne se drogue pas ouvertement).

Dis moi ce que tu écoutes, je te dirais qui tu es


Pour connaître les goûts de Ryusuke, il faut se référer à la page 107 du volume 1. A ce moment, Koyuki se trouve dans l'appartement de Ryusuke et regarde la pile de CD à côté de sa chaine hi-fi. Même si l'analyse n'est pas aisée, on y trouve : Rocks d'Aerosmith, Remasters de Led Zeppelin, The Very Best-of de Free, Americana de The Offspring, un album de Jimi Hendrix, The Rolling Stones: Big Hits et Hot Rocks 2, Funky Kingston de Toots & the Maytals, Chances Are de Bob Marley, un album des Red Hot Chili Peppers, un autre de Jeff Beck, et enfin Stronger Than Pride de Sade (merci au site http://www.beck-mcs.org pour le coup de pouce !).


Quant à Koyuki, les choses se compliquent. Le jeune adolescent a une voix magnifique, à tel point qu'elle scotche littéralement Maho lorsque celle-ci l'entend. Pour autant, les références rock de Koyuki sont totalement inexistantes. Restent deux pistes plausibles pour établir sa manière de chanter. La première restera pûrement fantasmatique puisqu'il s'agit des Dying Breeds, le fameux groupe virtuel créé par Sakuichi : impossible, malheureusement, d'imaginer le rendu du vocaliste. L'autre piste est plus concrète et concerne bien sûr les Beatles. En effet, lorsque Koyuki apprend la guitare, il s'entraine à reproduire les airs des Fab Four sous l'influence de son mentor, Saito. Ajoutons à cela un tempérament doux qui laisse deviner une voix sereine et riche en harmonique, et il n'en faut pas beaucoup plus pour imaginer un Koyuki s'appuyant sur les performances de John Lennon pour parfaire son style vocal.

Et au final, ça donne quoi ?


Récapitulons. Au chant, un rappeur typé Zach De La Rocha, doublé d'un chanteur plus classique mais à la voix subjuguante qui pourrait bien s'apparenter à John Lennon. A la guitare, un virtuose charismatique basé sur le moule de Jimmy Page, doublé d'un soutien rythmique (a minima) dans le style des riffs assassins de Tom Morello. A la basse, un technicien aussi physique, technique et groovy que le remuant Flea. Et derrière les fûts, un cogneur plus puissant que véloce qui nous orienterait vers le jeu de Chad Smith ou de John Bonham. Côté répertoire, on alternera entre des morceaux lourds et groovys allant de la fusion des Red Hot Chili Peppers à celle de Rage Against The Machine, sans négliger des riffs heavy à souhait et des soli calibrés blues-rock (à la Hendrix-Led Zep-Aerosmith), et des titres plus calmes et mélodiques dont le songwriting sensible de Koyuki tendrait à s'approcher de la paire Lennon-McCartney. Bref, un rendu tout bonnement irréaliste, même si l'on brasse dans le soi-disant style de Beck quelques uns des musiciens les plus influents de la scène rock passée et présente. N'empêche : qui n'a pas rêvé de fantasmer à son tour son propre all star band ?
Commentaires
Hakim, le 12/11/2015 à 09:19
Merci beaucoup pour cet éclairage. Excellent manga à style unique.
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