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Beck, le manga rock


Nicolas, le 15/03/2010

Beck, le rock dans tous ses états

Si le manga demeure éminemment savoureux pour les néophytes qui ne connaissent rien à la guitare, la lecture de Beck prend une tournure on ne peut plus jouissive pour tous les amateurs de rock qui ont un tant soit peu de culture musicale. Grâce soit ainsi rendue à Harold Sakuichi de nous proposer une œuvre non seulement juste de ton mais également documentée avec une précision quasi-maniaque. En effet, jamais auparavant une fiction sur papier consacrée au rock n'était allée aussi loin dans la richesse de ses références. Petit passage en revue des surprises que recellent les pages de cette bande dessinée.

Une précision graphique redoutable


Visuellement parlant, rien n'a été fait à la légère. Chaque instrument, chaque pièce de matériel est la reproduction conforme d'un article déjà existant. Chacun pourra donc à loisir essayer de reconnaitre le modèle et la marque des guitares utilisées par les différents protagonistes. Outre les Gibson Les Paul et SG précédemment évoquées, une petite partie de l'intrigue tourne notamment autour d'une Fender Jaguar appartenant à un loubard du collège de Koyuki. Moment idéal pour introduire le fait qu'il s'agissait notamment du modèle de guitare utilisé par Kurt Cobain... ailleurs, les scènes se déroulant dans le magasin de Kenji sont un prétexte pour dessiner une kyrielle de matos plus vraie que nature. Sur scène également, il n'y a aucune place pour le hasard, entre micros, amplis, pédales et fils s'entrecroisant en tous sens. Mais il n'y a pas que les objets. Les musiciens eux-mêmes jouissent d'un traitement de faveur particulièrement poussé, à tel point que l'on peut reconnaitre les accords joués sur les dessins rien qu'en regardant le positionnement des doigts des guitaristes. Idem pour les bassistes et batteurs qui possèdent des positions et des attitudes particulièrement crédibles lorsqu'ils sont en pleine action. C'est là l'une des grandes forces du manga qui, doit on le rappeler, réussit le tour de force de retranscrire des sensations et des ambiances de live sans égrener le moindre son !


Dernier détail, et non des moindres : Harold Sakuichi est entouré d'une équipe d'assistants dessinateurs de grand talent et qui sont parvenus à créer des décors superbes, dont la précision photographique saisissante favorise encore plus l'immersion dans l'histoire. On apprécie tout particulièrement l'environnement des salles de concert (des entrées aux loges en passant par la fosse ou le backstage) mais aussi la description graphique très poussée des festivals, entre plans de sites touffus, grandes étendues de nature assiégées par des milliers de jeunes, champs de tentes à perte de vue et condition d'hygiène pas toujours impeccables... ça sent le vécu. Néanmoins, cette méticulosité dans les décors prend une tournure toute particulière lors de la tournée américaine du groupe (tomes 12 à 14 inclus) : à cette occasion, Beck joue dans des endroits mythiques parfaitement reproduits graphiquement (Lounge de New York, Stork House de San Francisco, Lizard House de Seattle...) et visite également des lieux de pèlerinage rock : tombe de Jimi Hendrix, dernière maison habitée par Kurt Cobain. Idem plus loin lorsque le groupe effectue un voyage en Angleterre et visite les hauts lieux de Londres comme la célèbre Abbey Road et ses fameux studios.

Des références rock par milliers


Dresser le catalogue complet des allusions à des faits et personnages réels dans ce manga relève de la gageure tellement celles-ci sont nombreuses. Elles peuvent prendre la forme de discussions entre protagonistes (derniers disques écoutés, styles de jeu de guitare "à la manière de") ou de clins d'œil visuels (T-Shirt estampillés de groupes célèbres, tags dans les toilettes publiques, posters dans les pièces). Ce petit jeu que se livre Sakuichi va même très loin et ne parlera souvent qu'aux aficionados experts en culture rock. Par exemple, dans le tome 1, on peut voir sur les tags d'un mur la mention "Stone's Beggars Banquet" aux côtés de "Jimmy Miller" et de "Charlie Watts", et seuls les fans des Rolling Stones auront reconnu l'allusion à un des meilleurs albums du groupe, produit par Miller... L'auteur va même encore au delà en inventant certains visuels inédits, par exemple un T-Shirt d'Eiji estampillé Yarbirds / One Sunday Afternoon qui n'existe nulle part, One Sunday Afternoon étant le nom d'un concert du groupe en 1966. Les clins d'œil sont omniprésents : le perroquet de Saito s'appelle Page (comme Jimmy), l'un des groupes de rock de l'histoire reprend en live "I Wanna Be Your Dog" des Stooges, un autocollant sur la guitare de Ryusuke est affublé du logo "Lollapalooza", comme le festival du même nom, un bar s'appelle le Stereophonics, Maho arbore une casquette MC5, Chiba un T-Shirt affublé de la célèbre bouche des Stones...


Plus fort encore, Sakuichi cite et dessine nombre de rockeurs dans son manga. L'exemple le plus évident est représenté par un rêve fait par chacun des membres du groupe, dans lequel il se retrouve face à six pointures décédées : Kurt Cobain, Jimi Hendrix, Sid Vicious, Freddie Mercury, Bob Marley et John Lennon. Mais plus encore, l'auteur gave ses pages d'artistes connus, que ce soit à la une d'un magazine lu par un protagoniste (Chad Smith en une de Rolling Stones dans le tome 4, Liam Gallagher dans le tome 10), où dans une bulle lorsqu'un personnage prend en exemple des célébrités (représentation de Jimmy Page, Fléa, Tom Morello, Mick Jagger, Keith Richards, Kurt Cobain etc) : la liste des exemples semble inépuisable. A d'autres moments, les personnages célèbres jouent leur propre rôle en tant que figurants : par exemple Ozzy Osbourne aux states, Flea ou Slash lors d'un concert japonais, Eminem et Billie Joe Armstrong sur scène, ou encore les frangins Gallagher dans les rues de New York. Ailleurs encore, ce sont les pochettes d'albums célèbres qui sont mises à l'honneur, qu'elles soient là pour illustrer un CD qui traine (Rubber Soul des Beatles chez Saito) ou qu'elles soient reproduites sur un T-Shirt (Californication des Red Hots sur l'un des vêtements de Koyuki) ou un poster (House Of The Holly de Led Zeppelin chez Matt Reed). Mieux, et beaucoup plus croustillant : Sakuichi illustre fréquemment les chapitres de son manga en parodiant certaines pochettes archi-connues. A vous de retrouver les pastiches du IV de Led Zeppelin, Elephant des White Stripes, Nevermind de Nirvana, Parachutes de Coldplay et autres Back In Black d'AC/DC... en sachant que les exemples pré-cités sont parmi les plus faciles à repérer !

La mini-encyclopédie qui va bien


Pour élargir le propos et extirper le rock de la simple sphère de Beck, Delcourt, l'éditeur français du manga, n'a pas fait les choses à moitié. Si vous étiez en manque d'histoires, d'anecdotes et de détails sur des personnages célèbres, des concerts mythiques, des salles de concert légendaires ou des albums incontournables, sachez que chaque tome du manga, à partir du tome 11, s'achève sur une sorte de mini-encyclopédie rock d'une dizaine de pages. Bien sûr, rien d'exhaustif dans tout cela, et certains sujets ayant trait plus particulièrement au japon ne vous passionneront probablement pas plus que cela. Malgré tout, pour ceux qui ne connaissent absolument rien au rock, il sera toujours appréciable d'obtenir des éclaircissements sur divers musiciens et instruments. Parmi les bonnes idées proposées, on notera notamment la reprise, sur plusieurs volumes, du fameux classement des cent meilleurs guitaristes au monde publié par Rolling Stones au début de la décennie 2000, chaque individualité se voyant gratifiée d'une courte biographie ainsi que d'une ébauche d'explications quant à son style ou ses influences. Vous aurez également droit à un bon éclairage sur les rock star maudites, emportées dans la mort plus tôt que prévues, ainsi que sur les plus gros saccages de l'histoire. Un petit plus qui fait vraiment la différence et qui traduit une véritable volonté de sérieux de la part de l'éditeur.

Scène rock contemporaine : le point de vue de l'auteur


Le dernier point à éclaircir concerne la scène rock des années 2000. Le parti pris de Harold Sakuichi a été de l'occulter totalement pour la réinventer de toutes pièces. Ainsi, pas de White Stripes, de Strokes, de Libertines ou encore de Queens Of The Stone Age dans les pages du manga. Publié à partir de l'année 2000, Beck fige ses références historiques à la fin des années 90 et tente d'extrapoler ce que sera la scène rock de demain (c'est à dire, en 2010, d'hier) à partir de ses propres aspirations. Par conséquent, au cours du récit, tous les groupes "internationaux" présents dans les bacs ou dans les festivals sont fictifs, ce qui ne reflète bien sûr pas la réalité de la scène rock actuelle (où de nombreux groupes des 70's - 80's - 90's continuent à arpenter les scènes du monde entier), mais qui a probablement permis à Sakuichi de s'affranchir des problèmes liés au droit à l'image des groupes en question. Concernant la fameuse scène contemporaine fantasmée, elle n'est finalement que vaguement effleurée, à une exception notable. L'auteur a en effet créé de toute pièce un groupe de rock aux atours aussi mythologiques qu'un Nirvana, les Dying Breed, au travers notamment de son charismatique chanteur Matt Reed et surtout de son génialissime guitariste-compositeur Eddy Lee. Ce groupe est omniprésent du premier au dernier numéro du manga, et leurs membres vont croiser la route de ceux de Beck à différents moments clé de leur carrière. D'autres groupes sont vaguement évoqués : les Power Gate de Guy Sexton (un type particulièrement hautain et arrogant), Resistance, 11 Monkeys, Hypnosis, les Hype, etc etc... mais rien ne permet de savoir le style musical qu'ils ont et s'ils ont du succès ou non.
Commentaires
Hakim, le 12/11/2015 à 09:19
Merci beaucoup pour cet éclairage. Excellent manga à style unique.
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