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Critique d'album

The Doors


L.A. Woman


(03/04/1971 - Elektra - rock psychédélique - Genre : Rock)
Produit par

1- The Changeling / 2- Love Her Madly / 3- Been Down So Long / 4- Car Hiss By My Window / 5- L.A. Woman / 6- L'America / 7- Hyacinth House / 8- Crawling King Snake / 9- The WASP (Texas Radio and the Big Beat) / 10- Riders On The Storm
Note de 4.5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Ultime album des Doors. Ultime chef d'oeuvre, d'un blues crépusculaire."
Maxime, le 13/11/2006
( mots)

Hypothèse rockistique : et si une bonne part des plus grands albums de rock étaient enregistrés par des formations exsangues, au bord du gouffre, poussées dans leurs derniers retranchements par un destin qui s’efforce de les flanquer six pieds sous terre ? Autrement dit : dans le rock, le génie est-il proportionnel à la dégradation (mentale et physique) du groupe ? La question reste en suspend, mais dans le genre, ce sixième et ultime album des Doors s’impose comme un cas d’école. Car en Novembre 1970, lorsque la bande de Roi Lézard s’enferme en studio afin de livrer le dernier LP qu’elle doit contractuellement à Elektra, l’ambiance est on ne peut plus maussade. Jim est cassé, au bout du rouleau. Il traîne derrière lui six épuisants mois de poursuites judiciaires qui lui plombent définitivement le moral. La vie de rock star ne l’amuse plus et il voudrait être avant tout considéré comme un écrivain. Mais ses débuts d’auteur sont difficiles, l’inspiration lui manque. Dépressif, il s’oublie dans une consommation effarante de médicaments et d’alcool. Il fume tous les jours trois paquets de Marlboro qui lui font cracher du sang. Les splendides traits byroniens de sa jeunesse se sont perdus dans un visage bouffi, artificiellement dissimulé sous une barbe. Son corps autrefois fier et élancé se voûte. Ses relations avec le reste du groupe ne se portent guère mieux, la bande lui reprochant d’hypothéquer leur carrière avec ses frasques.

Les débuts de l’enregistrement sont calamiteux. Le producteur attitré, Paul Rothchild, qui sort de la réalisation du Pearl de Janis Joplin, trouve que les bandes qu’on lui présente ne valent guère mieux qu’une flaque d’étron et claque la porte du studio après trois jours. Dos au mur, le combo puise une force nouvelle et décide de s’auto-produire (avec l'aide du fidèle Bruce Botnick) sur un simple huit-pistes avec une antique console à lampes. Dès lors, il ne prendra que de bonnes décisions. La première est de s’adjoindre les services de Jerry Scheff (ancien bassiste d’Elvis Presley) et de Marc Benno, guitariste rythmique de Leon Russell. Chaque musicien peut alors se consacrer pleinement à son instrument : Ray Manzareck s’absorbe dans les mélopées envoûtantes qu’il exhume de son clavier, Robby Krieger livrera là ses meilleures parties, Morrison, en rémission alcoolique passagère, s’aménage une cabine dans les toilettes dont il trouve l’acoustique formidable. L’album est enregistré en 10 jours, d’un seul mouvement. Il en ressort un album éblouissant, crépusculaire, magistral.

Le premier morceau, "The Changeling", fait office de déclaration d’intention. Jim a changé, il s’est mué comme le lézard et va bientôt disparaître, foutre le camp à l’autre bout du monde. Premier témoin de la métamorphose : la voix. Rauque. Profonde. Gutturale. On aura rarement entendu un chant si profondément habité. Le groupe choisit de disparaître dans un blues vespéral et hanté par les premières brumes de l’obscurité. Remontés à bloc, les Doors envoient ici une charge d’une rage blême, crachant son venin comme un crotale frappé à mort. Le son est une merveille de l’analogique. La rythmique tranche la gorge avec autant d’aisance qu’un poignard dans la carotide d’un enfant. Le clavier de Manzarek est martial, vengeur. Dans le titre suivant, "Love Her Madly", le groupe exhume un rhythm’n’ blues vicelard planqué sous une chanson aux apparences légères. Le ton se durci de nouveau avec ce "Been Down So Long" infernal, martelé par une batterie raide. Krieger dégobille des litanies toxiques et tricote des parties définitivement malades et haineuses. Blues sépulcral et poisseux, "Car Hiss By My Window" est placé sous la figure du détachement, Morrison observant un couple se déchirer sous la lumière vague d’une chambre d’hôtel. John Lee Hooker et Muddy Waters sont piétinés dans la boue, enterrés par un blanc-bec leur envoyant une leçon magistrale du haut de ses vingt-sept ans. A-t-on jamais entendu un blues si parfait, si tendu, si décharné ? La face A se termine par un titre phare, "L.A. Woman", ode d’adieu du chanteur à ses deux plus grandes muses : Los Angeles et les femmes. S’inspirant du roman City Of Night de John Rechy, Morrison compose un texte sublime, entremêlant dans une même figure la ville et l’être aimé. Chevelure de feu, motels minables, folie meurtrière, le chanteur extrapole dans ses vers la fuite qu’il planifie. Désirant mettre les bouts en Afrique, il avait créé le patronyme Mr Mojo Risin (l’anagramme de son nom) qu’il utiliserait comme nom de code afin de contacter le label depuis sa retraite. Ce Mr Mojo Risin qu’il martèle dans le break. Il se perdra en Afrique comme on peut se perdre dans une ville ou dans l’amour. Ici ou ailleurs, qu’importe, toujours les mêmes démons, la même solitude. La chanson est une merveille de construction, d’abord fluide, fouettée aux sangs par une guitare alerte, puis une fois la promesse de départ déçue, le morceau se cabre, se tord en convulsion pour se clore sous un rythme haletant tout en transes exquises.

Sur une guitare agonisante, la face B s’ouvre sur "L’America", titre composé pour la B.O. du film Zabriskie Point mais refusé par Antonioni. De nouveau, chef d’œuvre. Avec une ironie acide, le groupe brocarde l’Amérique depuis ses profondeurs. Voyage en apnée dans une fange marécageuse. Retour à Los Angeles, avec le vaporeux "Hyacinth House", hôtel dans lequel Morrison avait séjourné et s’était jeté, ivre, du quatrième étage sur une voiture. Omniprésente, la mort est tapie dans l’ombre, guettant son heure au son de l’orgue gorgé de naphtaline. Seule reprise de l’album, le "Crawling King Snake" de John Lee Hooker se voit perverti par des riffs reptiliens serpentant avec froideur et détermination. Krieger y brille de nouveau. Tout comme "Been Down…", "The WASP" est un titre nerveux au rythme entêtant. Morrison se fait storyteller de génie, convoquant des paysages disparus, des images foudroyantes, folles. Le tout se clôt par une ultime pièce d’anthologie, "Riders On The Storm", le dernier titre enregistré par les Doors. Sous une pluie dense, le groupe déballe une formidable pièce sur la mort, celle qui attend inexorablement au bout de la route. L’ultime voyage. Noyé dans un écho spectral, Morrison fait ses dernières recommandations, somme à la Femme d’aimer, cet être qui porte en lui le destin du monde. Une dernière fois Manzarek et Krieger se livrent à une partie d’échec par instruments interposés. La guitare, ayant épuisé ses forces, accepte son issue, gravement appuyée par le clavier. Morrison ne finit pas le mixage du titre, son emprisonnement devenant imminent, et s’exile à Paris. Trois mois plus tard, il est enterré au Père Lachaise. "This is the End". Rideau.

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