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Critique d'album

Foo Fighters


There Is Nothing Left to Lose


(02/11/1999 - RCA - Rock alternatif - Genre : Rock)
Produit par Foo Fighters, Adam Kasper

1- Stacked Actors / 2- Breakout / 3- Learn to Fly / 4- Gimme Stiches / 5- Generator / 6- Aurora / 7- Live-In Skin / 8- Next Year / 9- Headwires / 10- Ain't It the Life / 11- M.I.A
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Un bon album des Foo. Mais encore ?"
Nicolas, le 05/04/2013
( mots)

There Is Nothing Left To Loose est un bon album des Foo Fighters. Ca peut paraître étrange de balancer un tel lieu commun comme ça, bille en tête, dans un billet rétrospectif concocté à l’occasion d’un dossier sur l’ami Dave Grohl, mais le fait est que lorsque l’on examine de près la discographie du barbu brailleur, on trouve presque toujours matière à faire la fine bouche. Profitons donc de cette chronique pour nous pencher sur l’équation Foo Fighters et pour tenter de répondre à la question que tous les rock critics se posent à un moment ou à un autre de leur parcours : qu’est-ce qui différencie un bon d’un mauvais album, et ici un bon d’un mauvais album des Foos ?

Pour réaliser un bon album, il faut se trouver dans l’état d’esprit adéquat. Cet état d’esprit dépend de chacun : certains se révèlent plus inspirés lorsqu’ils pataugent dans le marasme dépressif (la plupart des rockers, en fait), tandis que d’autres ont besoin de bonheur et de bien-être pour communiquer avec leur muse. Dave Grohl appartient à cette dernière catégorie. Dépressif, lui ? A d’autres ! Pas besoin de plonger dans une biographie du bonhomme pour en cerner les grands axes : en un mot comme en cent, Grohl ne s’arrête jamais. De marcher de long en large,de taper sur une batterie comme un âne, de rigoler à pleines dents, de réaliser des documentaires, de donner d’incessantes interviews promo en tapant sur l’épaule des journalistes et en rigolant à pleines... ah non, on l’a déjà dit. Bref, Dave est tout sauf un triste sire. Or il se trouve que l’enregistrement de There Is Nothing Left To Loose correspond à la période la plus heureuse de la vie du virginien exilé, période qui a mis fin à trois difficiles années de galère. En effet, la gestation de The Colour And The Shape, chapeautée par le tyrannique Gil Norton, s’est révélée catastrophique pour l’équilibre naissant des Foos. William Goldsmith a claqué la porte au nez d’un Grohl qui avait jugé opportun de reprendre lui-même toutes ses parties de batterie sans le lui signifier, Pat Smear s’est fait la malle au prétexte de tournées jugées harassantes tout en masquant son écoeurement face aux tensions internes grandissantes, son remplaçant, Franz Stahl de Scream - et ex “patron” de Grohl, soit dit en passant - s’est fait virer par téléphone pour cause de mésentente avec les autres larrons, et Nate Mendel a sérieusement envisagé de quitter les Foos pour retourner exclusivement à ses premières amours, les Sunny Day Real Estate. Comme si cela ne suffisait pas, le frontman a essuyé dans le même temps un divorce passablement compliqué qui lui a coûté sa maison de Shoreline, près de Seattle. Plus de femme, plus de baraque, un groupe qui part en vrille, n’en jetez plus : nombreux sont ceux qui auraient jeté l’éponge. Mais pas Dave Grohl.

“There Is Nothing Left To Loose” n’est autre que le reflet de l’état d’esprit du barbu sympa au moment des faits. Après tout, quitte à sombrer au fond du gouffre, autant se faire plaisir et prendre la vie du bon côté, et tant pis si ça foire : au point où on en est, "il ne reste plus rien à perdre". Retour aux fondamentaux : Grohl abandonne définitivement une Seattle au sein de laquelle il s’est toujours senti comme un étranger pour se replier sur la Virginie de son enfance. C’est sur Alexandria, ville dans laquelle il a passé l’essentiel de sa scolarité, qu’il jette son dévolu : il y fait l’acquisition d’une maison de banlieue avec un coquet jardin et y installe son studio 606 au sous-sol, bien vite rejoint par tout ce qu’il reste de son groupe, Nate Mendell et Taylor Hawkins - le jovial remplaçant de William Goldsmith. Puis emménagent également Adam Kasper, le producteur, et son vieux pote de lycée Jimmy Swanson. C’est le printemps, il fait beau, les fenêtres sont grandes ouvertes, le barbecue et la bière sont de rigueur au quotidien, les enregistrements se font en nocturne et sont suivis de crapuleuses grasses matinées. Bref, la vie, la vraie. Autre détail parfaitement trivial à l'époque mais foutrement ironique aujourd'hui : Grohl insiste lourdement pour que la mise sur bande soit effectuée en analogique avec un bon vieux 24 pistes. On n'ose vous remémorer tout le cirque qui a entouré la couverture médiatique de Wasting Light, l’album grunge et analogique des Foos. Tu parles : Foo Fighters est autrement plus grunge dans l’esprit et dans la réalisation, sans compter ce troisième album qui, plus de dix ans auparavant, a mis l’analogique à l’honneur sans pour autant en faire tout un fromage.

Certains musiciens naissent avec un don de songwriting, un vrai don : ils n’ont qu’à ouvrir la vanne à mélodie pour que les plus belles chansons s’inscrivent sans effort sur leur feuille de papier. D’autres n’ont aucun talent et se contentent de pomper sans honte les idées qu’ils entendent de ci de là sur disque ou en concert. D’autres enfin, à force de travail et de d’acharnement, parviennent à créer une matière acceptable qu’ils mettent en forme avec les recettes les plus efficaces et éprouvées. Dave Grohl appartient à cette troisième catégorie. Toute sa carrière, disons, jusqu’à One By One, a consisté, d’une part, à prouver encore et encore qu’il était digne d’exister en tant que chanteur-guitariste et auteur à part entière, et d’autre part à casser cette image du "batteur de Nirvana arriviste". Quoi qu’il fasse et quelle que soit la valeur de son labeur, il le sait, il sera toujours comparé à Kurt Cobain et accusé de vampiriser son fantôme. Pour autant, on aurait tort de croire que Grohl n'est pas conscient de ses propres limitations : dans les faits, il ne les connaît que trop bien. Ce n’est pas pour rien que la cassette démo dans laquelle Foo Fighters puise sa matière, Pocketwatch, a été distribuée sous le manteau de façon strictement anonyme : Grohl était malade de trouille à l'idée que l'on puisse critiquer son travail, sans compter qu'il ne fallait surtout pas que l’on puisse le taxer d’opportunisme alors que le cadavre de Cobain était encore tiède. Ce n’est pas pour rien non plus que The Colour and the Shape a été conçu sous la férule de l’ingénieur des Pixies (et de Trompe Le Monde, l’une des références ultime du barbu) : avec ce disque-crédo, Grohl s’est mis en exergue de démontrer que les Foo Fighters, et par extension lui-même, pouvaient et même devaient exister en dehors de l’ombre du trio d’Aberdeen et s’efforcer de façonner leur propre personnalité musicale. Troisième étape, après celles de la légitimité et de l’indépendance, celle du songwriting : Grohl doit ici prouver, non seulement qu’il a gagné le droit d’exister en tant que frontman et qu’il peut se démarquer de son encombrant passé de batteur au sein d’un groupe mythique, mais aussi qu’il a le talent suffisant pour assurer la pérennité de son groupe. There Is Nothing Left To Loose est donc conçu en ce sens : donner la priorité à la mélodie. Alors que l’excité de service tâtonne encore pour trouver la juste forme à donner à ses compositions, il essaye ici de privilégier le fond, un fond qui se doit de créer l’affection et la reconnaissance du public et des critiques. (1)

Pour ce faire, Grohl ne veux plus s’embarrasser de son héritage punk-hardcore : au diable les Bad Brains, Black Flag et autres Minor Threat, place à d’autres influences plus pop-FM. C’est en se payant cuite sur cuite avec le cogneur-blondinet Taylor Hawkins, tout juste débauché à Alanis Morissette , que le frontman se rend compte que les deux hommes ont bien plus en commun qu’il n’y paraissait au premier abord. Tous deux aiment le punk, AC/DC et Led Zeppelin, mais tous deux apprécient également les grands groupes pop américains des années 70, Fleetwood Mac, Eagles, Wings. C’est d’ailleurs à partir de ces influences que Grohl a accouché, quelques mois plus tôt, de la BO acoustique et folk du film Touch, encore une nouvelle expérience pour ce touche à tout insatiable. L’objectif est clair : prendre le contre-pied complet des racines punks des Foos, acte qui, par un curieux renversement sémantique, correspondrait en fait au summum de l’attitude punk, où à son comble le plus tordu. Quoi qu'il en soit, la feuille de route apparaît toute tracée, l’environnement de travail est au beau fixe, l’ambiance est au diapason, la collusion de ces Foo Fighters resserré à trois est idéale, bref, toutes les conditions sont réunies pour que There Is Nothing Left To Loose soit un album réussi.

Le fait que Dave Grohl ne se soit pas obligé à prouver quoi que ce soit en terme de mise en forme rend ce troisième album un brin plus original que tous les autres. Si seule la mélodie compte, les arrangements peuvent s’essayer à des formules un peu plus aventureuses, on pense en premier lieu au son gras et distordu des riffs mastocs de "Stacked Actors" auxquels fait suite un apaisement opioïde flottant. Le morceau prend le contrepied total de l’esprit Foo Fighters : la recherche d’une bête efficacité se voit ici troquée contre un tressage d’ambiance psychédélique que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans les compositions de Grohl. Même son de cloche sur l’intro du pourtant très classique "Breakout", même si la mise en bouche vaseuse ne sert qu’à introduire le plus pur condensé de la Foo efficience, voix aboyeuse et vaguement plaintive, mélodie en rang serré, grand refrain à brailler en choeur, pont hardcore sub-hystérique : l’arithmétique appliquée au stadium rock dans toute sa splendeur. Ce titre et le suivant, le pataud "Learning To Fly", sont les deux seules concessions à la mise en boîte FM dont les américains s’avèrent friands, car tout le reste du disque continue à fuir les formules préfabriquées. Dave Grohl joue en permanence sur de petites idées sympathiques qui donnent une patte particulière à chaque morceau : groove en afterbeat ("Gimme Stiches"), vocodérisation des effets de gratte ("Generator"), ultra-basse fuzzée à bloc ("Live-In Skin"), couplet timide pris un octave plus bas ("Headwires"). Et ça marche, ça marche vraiment. Rien ne se démarque pourtant de la qualité standard des albums des Foo Fighters : chaque titre pris un par un se révèle plutôt en deçà des plus grands hits du père Dave, et pourtant There Is Nothing Left To Loose est autrement moins lassant que tous ses autres albums. C’est qu’à force de toujours vouloir  forger les meilleurs titres possibles, les plus nets, les plus efficaces, Grohl en oublie souvent que la musique en général, et le rock en particulier, ne passent pas automatiquement par des temps forts ou des empilements de grands moments émouvants : il faut aussi parfois faire preuve de retenue et de pudeur, ou bien prendre des chemins détournés pour amener l’auditeur là où on le souhaite. Le problème des "All My Life", "Times Like These", "Best Of You", "In Your Honor", "Rope" ou autres "Walk", mais on aurait pu en citer bien d’autres, c’est qu’on les sent venir à des lieues à la ronde, ils se révèlent aussi pertinents qu’ils apparaissent lisses et sans surprise, à tel point que leur réécoute en devient souvent désespérante. De fait, sur les quatre albums qui suivent, seul Echoes, Silence, Patience & Grace parvient à s’extraire un tant soit peu de la routine dans laquelle se complaît un groupe qui semble désormais bien trop peureux pour prendre le moindre risque. Dommage.

L’autre grand tort que l’on pourrait reprocher aux albums des Foo Fighters, c’est leur inconstance. Grohl n’étant pas un cador de l’écriture, on sent qu’il cherche à vraiment peaufiner trois à quatre morceaux par disque pour apporter un peu de sang neuf à ses concerts, le reste ne servant bien souvent qu’à tenir le rôle de remplissage. On ne va pas reprendre toute la disco des Foos pour illustrer ce travers, mais repenchez-vous donc sur Wasting Light et les très dispensables "A Matter Of Time", "These Days", "Back & Forth" ou "Walk", pour ne citer que les plus irritants. Même son de cloche pour The Colour And The Shape, autre disque un tant soit peu surévalué : qui écoute encore "February Stars", "Walking After You", "See You", "My Poor Brain" ou le très pénible "My Hero" ? Evidemment, on y trouve aussi du tube doré à l'or fin, du "Monkey Wrench", du "Everlong" ou du "Doll", et ça, ça n'a pas de prix, mais cela justifie-t-il un tel remplissage à peine au dela du correct ? Or There Is Nothing Left To Loose échappe à ce travers et va même dans le sens inverse. Si les morceaux du disque conçus comme des tubes ("Breakout", "Learning To Fly") passent on ne peut plus aisément, on leur préfère pourtant largement tous ceux qui ne cherchent pas l'esbroufe, tous ceux qui n’ont pas vocation à faire bondir les fosses ou à faire s’allumer les briquets et les portables. Tel "Aurora", morceau nostalgique qui nous cause de la rue reliant le centre de Seattle à l’ancienne maison de Grohl, tout en finesse dans ses effets d’écho qui se percutent les uns les autres et dans son refrain étonnamment contenu. Tel encore "Next Year" qui, malgré une batterie stéréotypée au possible (Hawkins s’améliorera d’album en album par la suite), dégage une force sourde et une indicible tristesse. Tel enfin "Ain’t It The Life", balade lumineuse toute en slide qui égale presque la jolie "Friend Of A Friend" du double In Your Honor. Nul besoin de gueuler niaisement comme un sourd ou de copier à l’infini l’équation pixiesienne couplet tempéré / refrain qui balance la purée pour réussir une jolie chanson. N’oublions pas le conclusif "M.I.A.", parfaite gradation d’intensité entre calme éclatant et poussées de colère braillarde, et parfaite conclusion, cela va sans dire.

There Is Nothing Left To Loose est, d’après les dires de Dave Grohl, l’album des Foo Fighters qu’il préfère. On ne saurait lui donner tort, même si le barbu avoue volontiers que l’effet Madeleine de Proust joue à bloc dans son appréciation personnelle. Chacune de ses autres réalisations souffre en effet de défauts plus ou moins gênants : manque d’ampleur et de personnalité pour Foo Fighters, aseptisation et volonté de trop bien faire pour The Colour And The Shape, carence de matière mélodique pour One By One, ambition mal contrôlée pour In Your Honor, manque de souffle sur la longueur pour Echoes, Silence, Patience & Grace, redondance et facilité pour Wasting Light. Le seul album des Foos qui fait preuve, à l’inverse, de désintéressement, d’originalité formelle, de variété, de régularité et d’humilité, c’est bel et bien le disque à la nuque tatouée qui, même s’il est loin de prétendre à une place dans le panthéon du rock, s’écoute et se réécoute sans aucun déplaisir plus de dix ans après sa réalisation. Il faudrait vraiment que Grohl commence à se poser les bonnes questions et à faire preuve d’un minimum de clairvoyance et d’autocritique pour déceler les éléments qui font de ce disque son oeuvre la plus satisfaisante, faute de quoi on risque de se taper encore trois ou quatre albums propres comme des sous neufs, basé sur un invariable et méthodique cahier des charges accouché aux forceps, lors des dix prochaines années. Le truc pénible, avec l’efficacité, c’est qu’elle a tendance à en devenir chiante.


(1) La dernière tâche que Grohl a dû ultérieurement accomplir a été de s’affirmer en tant que leader de formation et harangueur de foule, et c’est One By One qui lui en a donné l’opportunité, d’une part en le forçant, enfin, à endosser des responsabilités de meneur dont il n’a jamais voulu et dont la carence a failli provoquer l’implosion de son groupe (cf le documentaire Back and Forth), et d’autre part en se créant une solide matrice power pop dont l’implacable efficacité a été à même de retourner n’importe quel stade sur la planète. Passées ces quatre étapes, les Foo Fighters n’ont quasiment plus évolué d’un iota.

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