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Critique d'album

Fatso Jetson


Idle Hands


(07/10/2016 - Heavy Psych Sounds Records - Desert rock - Genre : Rock)
Produit par Mathias Schneeberger, Fatso Jetson

1- Wire Wheels And Robots / 2- Portoguese Dream / 3- Royal Family / 4- Nervous Eater / 5- Seroquel / 6- Idle Hands / 7- Last Of The Good Times / 8- Then And Now / 9- The Vincent Letter / 10- 48 Hours / 11- Dream Homes
Note de /5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Le retour jouissif des légendes du desert rock."
Maxime, le 13/12/2016
( mots)

Grazie mille, signor Fiori ! Non content de défendre une certaine idée du stoner tel qu’édicté au mitant des années 90 – lourd et psychédélique – avec ses excellents Black Rainbows, Gabriele Fiori s’est rapidement imposé comme une figure centrale du heavy rock européen contemporain, ratissant le globe pour proposer via Heavy Psych Sounds, le label qu’il a fondé en 2007, ce qui se fait de mieux actuellement en matière de fuzz rock volumineux (Holy Grove, Isaak, Mothership…). Tout en calant sur orbite les jeunes artilleurs de son écurie, le Romain n’en oublie pas de remettre en scelle quelques doyens tombés du chemin (de Mos Generator aux Mondo Generator de Nick Oliveri). Après avoir édité un split roboratif en compagnie des space rockeurs Farflung (autres forçats burinés du binaire acide pour carburateurs flingués), l’heure était venue de rendre grâce aux cultes et trop rares Fatso Jetson en leur offrant l’occasion de graver un nouveau long format.

C’est au leader de ce groupe – dont le nom est tiré du personnage joué par Ernest Borgnine dans le film Tant qu’il y aura des hommes (1953) de Fred Zinnemann – qu’il convient aujourd’hui de rendre hommage : Mario Lalli. Le vétéran, le pionnier, celui par qui tout est arrivé. Celui qui, avec ses formations séminales (Across The River, Yawning Man) a été l’un des premiers à secouer l’apathie de Palm Desert, bourgade perdue dans la vallée de Coachella, à la fois éloignée et trop proche de Los Angeles ou San Diego pour que s’y développe une scène locale solide mais offrant un paysage vierge à qui saura le dompter, bien avant que les hipsters débarquent avec leur festival gras et criard. Sous l’impulsion du hardcore qui ravage la côte ouest au cours des années 80, Lalli prône la guérilla rock, se produisant dans des piscines abandonnées, à l’arrière des restaurants mexicains ou au cœur des canyons, déployant des bourrasques d’électricité messianique au milieu de l’immensité aride au moyen de groupes électrogènes ramenés par pick-ups. Spectateurs assidus de ces légendaires generator parties, les petits frères Josh Homme et Brant Bjork n’en perdent pas une miette et fondent Kyuss dans la foulée…

Tandis que ses protégés s’émancipent avec Blues For The Red Sun et Welcome To Sky Valley, Mario et son cousin Larry donnent naissance à Fatso Jetson. Vite repéré par Greg Ginn, l’illustre guitariste de Black Flag, le groupe est signé sur SST, accouchant et perpétuant ce qu’on appellera plus tard, un peu stupidement, le desert rock. Une origine géographique suffit-elle à définir un genre ? On espère que non, auquel cas le Joshua Tree de U2 en serait l’absurde pierre angulaire. Pitié, pas ça… On est ainsi en droit de douter de la validité de cette paresseuse étiquette, tant on trouvera peu de points communs stylistiques entre Slo Burn et Earthlings?, Eagles of Death Metal et Orquesta del Desierto, Unida et Ten East, si ce n’est qu’ils ont déchargé leurs premiers décibels au milieu des crotales et des cactus. Reste que Mario Lalli demeure une figure locale indéboulonnable, une cheville ouvrière toujours prompte à prêter main forte à ses séides. C’est par exemple lui qui écrit "Millionaire" lors des Desert Sessions (dans un état de transe causé par une absorption massive de taurine), laissant à Nick Oliveri le soin de beugler sur sa version retransfigurée ouvrant le dantesque Songs For The Deaf ; c’est lui qui, encore, trousse un ersatz de Devo cadencé aux guitares anguleuses et qui passera à la postérité au sein de cet immense ode aux psychotropes qu’est Rated R, sous le titre "Monsters In The Parasol".

Deux décennies après ces discrets mais décisifs coups d’éclat, l’homme demeure un héros underground, un type respecté par les connaisseurs, un artilleur anonyme à l’ardeur jamais démentie. Alors que le stoner a explosé depuis belle lurette, que Josh Homme fricote avec le gratin du rock mondial et que les ex Kyuss font fructifier leur glorieux patrimoine avec plus ou moins d'opportunisme, Lalli poursuit sa route vaille que vaille, toujours fidèle à ses racines indépendantes, signant chacune de ses réalisations sur des labels aussi confidentiels qu’éphémères. Depuis Archaic Volumes (2010), Fatso Jetson donnait des nouvelles à un rythme sporadique, maintenant l’attention à coups de maigres EPs, souvent partagés avec des acolytes (Oak’s Mary, Herba Mate, Yawning Man…). En interne, le père Mario faisait face à d’innombrables difficultés personnelles, balloté entre la faillite de son restaurant et la nécessaire remise à flot de son foyer. C’est à la faveur de tournées régulières en Europe que le Californien reprend peu à peu confiance en lui. Décidé à boucler coûte que coûte un huitième album en cette année 2016, le patriarche puise une force nouvelle en se repliant sur le noyau familial : fraichement débarqué du lycée, le rejeton Dino rejoint les cousins, tout comme sa sœur Olive, gazouillant sur la moitié des titres. Avides de participer à la fête, les vielles canailles rappliquent, Vince Meghrouni et Sean Wheeler (figures emblématiques du Mojave profond) en tête, tout comme le complice Mathias Schneeberger à la production. Le titre de cette galette, emprunté à l’expression populaire "the idle hands do the devil’s work" (que l’on pourrait traduire grossièrement par "le démon se charge d'occuper les mains oisives"), explicite avec ironie le fruit de ces sessions partagées entre longues périodes d'atermoiements et élan créatif soudainement recouvré.

On y retrouve le Fatso Jetson tel qu’on l’avait découvert à la fin des années 90, ce carambolage unique de hardcore torpide, de heavy rock cartoonesque, de surf-punk primitif et de psychédélisme itératif, effilés et enchevêtrés façon nachos, sloppy et crunchy à la fois. La planète rock a beau continuer de tourner de nouvelles vagues défraichies en révolutions creuses, les cousins Lalli restent rivés sur leurs acquis, délivrant une musique aux effluves épicées et musquées. "Wire Wheels And Robots" et "Last Of The Good Times" exhalent ce robot rock dont on avait perdu la recette, tout en riffs crénelés, batterie saccadée et monolithique et paroles minimalistes déclamées comme autant d’obscurs mantras, dont les relents nostalgiques se révèlent d’autant plus persistants qu’on le croyait à jamais obsolète, vidé de sa substance après que ce gredin de Josh Homme s’en accapara les secrets algorithmiques pour mettre en branle ses Queens of the Stone Age à l’orée du nouveau millénaire. Le spectre du géant rouquin semble ainsi revenir faire ses gammes auprès de ses lointains parrains, enclenchant le groove aussi mécanique qu’hypnotique du torve "Royal Family". "Idle Hands" déroule une introduction flageolante de trois minutes que Mario vient fendre de son organe de Droopy enroué et, les yeux mi-clos, ont est transporté dans l’intimité chaleureuse du Rancho de la Luna, vissé sur le canapé tandis qu’en cuisine Dave Catching épluche les jalapeños et qu’Hutch bidouille une pédale d’effets en plein milieu du salon. Le rock mutant, abrasif et souffreteux expiré par les entêtants "Nervous Eater" et "Then And Now" fait quant à lui voyager dans un autre espace-temps, celui de l’épopée alternative portée par les Pixies sur ses fonts baptismaux. La schizophrénie d’un Frank Black n’est jamais loin, et Olive Lalli s’improvise comme une Kim Deal de poche tout à fait honorable.

Le rejeton Dino s’est toutefois décidé à apporter son grain de sel, épaississant l’ensemble par généreuses fournées de riffs lourds et grésillants, fricassant le motif lancinant de "Portoguese Dream" avant que Sean Wheeler ne vienne l’agonir d’une litanie paranoïaque tournant au cauchemar lugubre, passant à l’étuve les licks adipeux farcissant "48 Hours", magnifique exercice de heavy blues rustique et cauteleux. Comme il est de rigueur actuellement dans le petit monde des audiophiles exigeants, Heavy Psych Sounds a décliné cet effort savoureux en vinyle 180 grammes, avec laques de différentes couleurs en pressage limité pour faire bon poids. Leur dernier-né étant trop généreux pour un simple LP mais pas assez copieux pour justifier une édition double, les musiciens ont été contraints de réserver leurs pistes instrumentales au format CD, sacrifiant le stellaire "Seroquel" et la scie démoniaque "Dream Homes", mais sauvant in extremis le formidable "The Vincent Letter", alternance jouissive d’hébétude sous psilocybine et de brusques bouffées sabbathiennes surgissant comme autant de remontées acides, infusant pendant presque 7 minutes une mélopée aphasique qui invite à l’extase statique. Et Idle Hands de clore salutairement une année 2016 plutôt pingre en efforts heavy psych consistants. Rugueuses mais toujours agiles, ces "mains oisives" n’ont pas fini de régaler.

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Black Mountain


Destroyer


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Cela vous aura peut-être échappé, mais Black Mountain a discrètement rendu l’âme il y a de cela un peu plus de deux ans. Oh, rien d’aussi dramatique qu’un split avec tambours et trompettes, rien qu’un départ en catimini, celui du couple Amber Webber - Joshua Wells à qui l’on doit le sémillant projet alternatif Lightning Dust, dont on attend par là même un nouvel album très bientôt. Sans annonce, communiqué ni explications, alors que les canadiens venaient d’écoper de leur plus beau succès critique avec leur magnifique IV. Bien sûr, les choses sont loin d’être aussi simples, et la note accordée à ce Destroyer vient d’ailleurs démentir la sentence prononcée en début de paragraphe. Néanmoins, une page se tourne, et autant on oubliera sans doute assez facilement le cogneur Wells - remplacé poste pour poste par Adam Bulgasem, autant il sera bien plus ardu de faire abstraction du chant mystique de Webber qui nous laissera à jamais orphelins.

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