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Critique d'album

Queens of the Stone Age


Queens of the Stone Age


(05/10/1998 - Roadrunner - Stoner rock - Genre : Rock)
Produit par Josh Homme

1- Regular John / 2- Avon / 3- If Only / 4- Walkin' on the Sidewalks / 5- You Would Know / 6- How to Handle a Rope / 7- Mexicola / 8- Hispanic Impressions / 9- You Can't Quit Me Baby / 10- Give the Mule What He Wants / 11- I Was a Teenage Hand Model
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"L'entrée en matière robotique des Reines de l'Age de pierre"
Maxime, le 03/08/2007
( mots)

Queens of the Stone Age peut-il être encore considéré comme un groupe stoner ? La question n’en finit pas d’alimenter les forums, même s’il est évident que le combo ne peut être entièrement affilié à ce genre au fur et à mesure que sa discographie s’allonge. Pour le coup, ce premier opus met tout le monde d’accord, nouveaux convertis comme vieux barbus détenteurs du Dogme. Ecouter Queens of the Stone Age en 2007, près de 10 ans après sa parution, c’est un peu déguster sa madeleine de Proust. De délicieux souvenirs se mettent à remonter par effluves. On saute à pieds joints dans une époque bénie, mythique, celle du label Man’s Ruin, avec ses pochettes évoquant les trips spatiaux et les explosions de synapses, les split albums, les concerts confidentiels, les premières découvertes de la galaxie du heavy rock. Josh Homme était encore ce grand dadais un peu lunaire, bien loin de l’Elvis aux cheveux poils de carotte gominés nettement plus sûr de lui qu’il est aujourd’hui. Rapide coup d’œil dans le rétro pour retracer la naissance d’une des plus formidables et excitantes formations actuelles…

An 1995. Homme dissout Kyuss dans la rancœur et l’amertume, fuyant un succès grandissant susceptible de menacer l’idéal adolescent qu’il avait construit autour de son groupe. Alors que John Garcia met rapidement sur pied le projet éphémère Slo Burn et que Brand Bjork s’apprête à rejoindre les Fu Manchu , le géant rouquin préfère prendre son temps, en accompagnant les Screaming Trees de son ami Marc Lanegan avec lesquels il va tourner comme guitariste. Son retour à la composition se fait timidement, autour d’un bœuf sur lequel l’accompagnent Matt Cameron ( Soundgarden ), Van Conner (Screaming Trees) et John Mc Bain ( Monster Magnet ), trois musiciens expérimentés, farouches artisans en distorsions malsaines et tempos reptiliens. Le résultat, une démo de deux titres, paraît sous le nom Gamma Ray en 1996 sur un vinyle tiré à 1000 exemplaires. Homme ignore complètement que le nom appartient déjà à un groupe de trash metal allemand. Problème, ce dernier menace de poursuites les lascars s’ils persistent à usurper leur identité. Homme adopte alors le nom de Queens of the Stone Age , une blague, un surnom qu’utilisait Chris Goss, leur producteur, pour décrire la musique de Kyuss .

Bien que son entreprise soit modeste, Homme retrouve un goût certain pour l’écriture. Parfaitement aguerri au fonctionnement sournois de l’industrie du disque, il trouve dans ces Reines de l’âge de pierre, vaisseau solitaire dont il est le seul capitaine, le véhicule parfait pour ses nouvelles aspirations électriques. En parallèle de son nouveau projet (l’appellation groupe semble pour le moment inappropriée), Homme lui adjoint son pervers corollaire : les Desert Sessions, des séances de jams improvisées entre amis et connaissances, fomentées depuis le Rancho De La Luna tenu par le complice Dave Catching. Les Desert Sessions vont devenir son laboratoire sonique, le sang frais et toxique dans lequel il va puiser certains titres qu’il va sublimer par ses talents de producteur et de compositeur et les intégrer dans le girond des QOTSA. Queens of the Stone Age va encore sortir deux disques avant d’affronter l’épreuve du premier album : un split avec Kyuss qui regroupe la magistrale dernière séance d’enregistrement des légendes stoner et les deux titres du Gamma Ray auxquels il adjoint un dernier morceau issu de ces séances, "Spiders And Vingaroons", une impitoyable marche pachydermique. Suit quelques mois plus tard un nouveau split avec les amis hollandais de Beaver, moins mémorable.

Lorsqu’il s’enferme afin de donner naissance à son premier véritable album en trois ans, Josh Homme a donc disposé, pièce par pièce, une formidable usine à riffs, à la fois ouverte aux collaborations diverses, biberonnée aux expérimentations les plus folles et fermement soumise à ses moindres désirs. Une alchimie parfaite de précision et d’excentricité. QOTSA signe sur Loosegroove, label de Stone Gossard, guitariste de Pearl Jam , que Roadrunner se chargera de distribuer. En studio, Homme est au four et au moulin, empoignant guitare, basse, micro. Alferdo Hernandez, dernier cogneur à être passé derrière les fûts pour Kyuss le seconde, accompagné du fidèle Hutch, capable de chausser la 4 cordes comme de passer derrière la console de son aux côtés de Joe Barresi. Homme souhaite que Mark Lanegan vienne se joindre à lui, mais des problèmes de planning avec les Screaming Trees entravent cette première collaboration. Même s’il apparaît au dos du disque, Nick Oliveri n’en joue pas une note. Les deux anciens camarades de jeu se sont retrouvés en 1997 avec d’autres compagnons pour un bœuf dionysiaque qui deviendra quelques années plus tard le premier album de Mondo Generator . Oliveri n’arbore plus sa longue tignasse bouclée, mais demeure toujours aussi intraitable à la basse. Homme voit tout de suite le potentiel scénique d’un tel énergumène et le côté sauvage et débridé qu’il peut apporter à son nouveau bébé. Pour officialiser la chose, le guitariste inclut dans "I Was A Teenage Hand Model" un extrait d’un message téléphonique d’Oliveri dans lequel il accepte de participer à l’aventure. Naît donc le couple qui va symboliser la période dorée des QOTSA : le grand gaillard déphasé accompagné de son vil incube. Mais Josh Homme n’oubliera jamais qu’il est le seul membre fondateur du groupe. Oliveri, poussé par un public qui le juge indispensable à la cohérence de la machine, aura tendance à l’oublier. Ce qui le perdra quelques années plus tard.

Pour l’heure, nous sommes en 1998 et le fameux premier opus paraît. Homme le situe comme la clé de voûte de sa trilogie robotique, sans que l’on sache si elle concerne les trois premiers albums (auquel cas on en verrait mal la cohérence) ou, comme il serait plus probable, les trois premiers disques, allant du Gamma Ray à cet LP. Robotiques, ces onze compositions le sont assurément, centrées autour de la répétition de riffs lapidaires. "Regular John", un classique absolument imparable, avec sa fameuse entame à la guitare qui se déboîte régulièrement tel le levier de vitesse d’une voiture, exprime à merveille cette intention, tout comme "If Only", échappé du Gamma Ray. Sur ce morceau, chaque élément apparaît l’un après l’autre, comme suite à la pression d’un bouton : la guitare (qui reste au cœur du dispositif), puis la batterie et la basse, et en fin de piste chaque élément disparaît en sens inverse, de sorte que le titre accomplit une boucle algorithmique complète. Comme un programme informatique qui s’exécute tout seul. Et en prime la mélodie est parfaite, entêtante, souveraine. C’est lumineux comme un "No Fun" exécuté par des Stooges épuisés par huit heures d’intense trip sous acides. Queens of the Stone Age n’a finalement plus jamais sonné comme cela. Si spasmodiquement convulsif, si intrinsèquement apathique, si lubriquement névrotique. Dès ce premier effort se met en place ce que l’on peut appeler le Redoutable Repère Cardinal des QOTSA. Il faut songer à un repère orthonormé. Il y a l’axe horizontal : ce sont les guitares fuzz épaisses, rectilignes, et non plus ondulantes comme elles pouvaient l’être chez Kyuss . Elles assoient la rythmique, dégagent l’horizon. Puis vient l’axe vertical : les riffs aigus, erratiques, qui viennent perturber la mise en branle de l’engin. Au confluent de ces deux axes : un point. L’esprit de l’auditeur, qui ne cesse de déambuler dans cette capsule cosmique foutraque.

Il y a toujours eu chez QOTSA le conjugaison de ces deux mouvements : l’efficacité rude et sa mise en péril perverse, son antidote machiavélique. En fait, cette conjonction confère à ce groupe, qui mouline quand même plus dans la sphère du binaire trapu que de la pop légère, sa force sexuelle. Il y a la puissance rythmique qui laboure, comme un pénis monté sur vérins hydrauliques, et le timbre fluet du chanteur, qui promet de moites extases. Ce duel antagoniste entre l’efficience bluesy et le délitement psyché débouche souvent sur des morceaux complètements branques, qui ne cessent de déraper, comme si un virus pervers ne cessait de s’amuser désagréger les boucles de Turing. "You Can’t Quit Me Baby" commence au ras du bitume, avec une basse visqueuse et enrouée, puis au fur et à mesure, tout se disloque, la coque du vaisseau se craquelle et le titre s’achève sur une jam définitvement barge. Tout comme cet instrumental placé en milieu de disque ("Hispanic Impressions"). "You Would Know" est peut-être le morceau le plus emblématique de cet album. A deux fois la chanson tente d’installer son rythme de croisière mais la batterie s’écrase dans le marasme psilocybien. Après trois minutes statiques, ça décolle enfin et l’auditeur s’absorbe dans une profonde transe libératrice. Est-on dans l’espace intersidéral ou reste-t-on collé le cul au fond d’un canapé, abasourdi par une massive consommation de drogues hallucinogènes ? Le maelström final, deux minutes de bidouillages soniques, sonne comme le largage de l’esprit aux confins de la galaxie. HAL cramé aux champis, déconnecté puce par puce.

Dès sa sortie, l’album est un succès, certes en rien comparable à celui de Songs For The Deaf. Mais Interscope, gros label habitant entre autres Nine Inch Nails et Marilyn Manson , flaire la pépite. Le groupe ouvre le Rock Am Ring, l’un des plus grands festivals européens, pour sa première venue sur le continent. Il faut dire que dans l’intervalle, la renommée de Kyuss n’a cessé de croître et le groupe se retrouve, à son corps défendant, bombardé porte étendard du stoner rock. Il ne s’en sera jamais autant approché que dans ce disque robotique mais imparfait, non parce qu’humain. Juste viscéralement malade. Splendide sabotage.

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