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Critique d'album

Pixies


Head Carrier


(30/09/2016 - Pixiesmusic, PIAS - Rock alternatif - Genre : Rock)
Produit par Tom Dalgety

1- Head Carrier / 2- Classic Masher / 3- Baal's Back / 4- Might as Well Be Gone / 5- Oona / 6- Talent / 7- Tenement Song / 8- All I Think About Now / 9- Bel Esprit / 10- Um Chagga Lagga / 11- Plaster Of Paris / 12- All The Saints
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Les Lutins nous livrent enfin une descendance digne, à défaut de mythique"
Nicolas, le 06/10/2016
( mots)

La note accordée à Head Carrier va forcément vous faire réagir, non pas en raison des qualités intrinsèques de l’album, mais parce que l’auteur de ces lignes n’avait pas hésité à torpiller le retour des Pixies il y a deux ans avec un Indie Cindy littéralement descendu en flamme. Or ne nous voilons pas la face : entre ces deux disques du renouveau, l’abysse ne semble pas aussi infranchissable que cela. Pourquoi dès lors vouer aux gémonies le premier et tresser quelques lauriers au second ? Outre l’idée qu’une grande part de subjectif existe lorsque l’on écoute un album - a fortiori quand on a en charge de le critiquer -, il faut comprendre que, aussi peu dissemblables qu’ils semblent être au premier abord, Indie Cindy et Head Carrier n’ont fondamentalement rien à voir.


D’abord parce qu’en terme d’intention, ces LP 5 et 6 sont presque radicalement antinomiques. Si Indie Cindy représentait une tentative gonflée, égotique et malhonnête de faire revivre la légende des lutins de Boston, Head Carrier est un disque beaucoup plus humble, fruit d’un groupe - et d’un leader - qui s’en sont pris plein la tronche et qui ont tout fait pour essayer de se racheter. On n’ose vous rappeler la succession de mini-scandales ayant émaillé la sortie de la galette orange, avec cette prise de température timide (“Bag Boy”), le départ tonitruant de Kim Deal, son remplacement en catimini par Kim Shattuck puis la subrogation de cette dernière encore plus en catimini par Paz Lenchantin, la sortie successive de 3 EP digitaux réunis ensuite en un LP physique au grand dam des portefeuilles des fans. Dans le même temps, Black Francis tirait encore une fois l’ensemble de la couverture à lui, éclipsant totalement la part féminine pixiesienne, ne créditant pas la cool girl aux backing vocals de “Bagboy” et troussant ses chansons de sorte à se mettre en valeur, lui et lui seul, tout en donnant quelques os à ronger à Santiago et Lovering.


Le résultat, on y revient un peu plus loin, avait tout pour décevoir, et les critiques globalement très sévères qui ont accueilli le retour des Pixies - dont celle d’Albumrock -, quoique dressées sous le coup de l’indignation, avaient tout de même une sérieuse base sur laquelle s’appuyer, ne serait-ce qu’en comparant les quatre lutins du passé et les trois du présent, ombres fades de leur gloire d’antan. Quelle suffisance que d’avoir cru pouvoir ressusciter un effectif en l’amputant de l’un de ses membres majeurs et en évacuant purement et simplement sa contribution au collectif. Quelle suffisance que d’avoir livré un disque tout juste correct quand on s’est fait l’auteur de chefs d’œuvre, des disques qui ont changé la face du rock. Quelle suffisance que d’avoir cru qu’il n’y avait qu’à réactiver son ancien logiciel - mêmes individus hors l’importune, même Gil Norton aux manettes, même tournure dictatoriale de l’écriture et de la réalisation - pour que le succès revienne. Quelle suffisance que d’avoir pu imaginer que les Pixies n’étaient que l’organe de Black Francis, et qu’à ce titre, se contenter de livrer un nouveau disque de Frank Black en le flanquant de six lettres dorées allait déclencher les mêmes réactions poliment favorables. Oui, bien des erreurs ont été commises par Charles Michael Kittridge Thompson IV, et si la déculottée s’est avérée sévère - et exagérée, on veut bien le reconnaître -, il fallait surtout faire comprendre à l’intéressé qu’on ne pouvait pas faire n’importe quoi avec un mythe. Or, il semble que la leçon ait été entendue.


Avec du recul, il est un fait qu’une fois Deal partie, Indie Cindy n’aurait pas dû voir le jour, que Black aurait dû prendre de la distance, temporiser, revoir l’ensemble de sa feuille de route. Ce n’est pas tant qu’on ne voulait plus entendre parler des Pixies. Après tout, il y a toujours une certaine griserie à goûter à d’anciennes gloires sur le retour, avec l’idée que, peut-être, le sublime d’antan pourra peut-être être touché du doigt. Mais pas comme ça, pas dans ces conditions-là. Revenons d’ailleurs sur cet album en terme musical. Douze titres loin d’être mauvais dans l’absolu, avec néanmoins de (trop) nombreux bémols. Une basse inexistante, on l’a déjà dit. Une énergie très sérieusement en berne. Une construction trop linéaire. Des morceaux sans surprise, efficaces mais insipides. Des morceaux surtout beaucoup trop longs. What ? Eh oh, attendez, il n’y a pas un seul titre qui dépasse les cinq minutes ! Oui, mais en contrepartie, il n’y a pas une seule chanson en dessous des trois tours de trotteuse. Et trois minutes, c’est déjà énorme pour des Lutins qui se sont faits une spécialité d’apparaître en traitres, de délivrer une bordée de baffes, de gnons, de pincements et de bisous, puis de disparaître aussi vite qu’ils étaient venus. Les morceaux d’Indie Cindy, souvent mollassons, engoncés dans un mid-tempo qui noie toute énergie entre la piste 2 (“Greens and Blues”) et la n°6 incluses (“Silver Snail”), recyclent une banale alternance couplet-refrain sans y ajouter de sel ni de sucre, et surtout étirent bien trop leur matière. Prenez l’introductif “What Goes Boom”, divisez la durée de la piste par deux, et vous verrez qu’en 1 minute 45, tout est dit, et avec la manière. Et ce qui est vrai pour les morceaux resserrés l’est d’autant plus pour les pistes alanguies (“Indie Cindy”... franchement, on s’emmerde au bout du compte). Mais à bien y réfléchir, le plus dérangeant dans ce LP 5, c’est le caractère vraiment très, trop convenu de leur progression vocale. Pas de surprise, pas d’acidité, de rouille ni même d’ambroisie : Black chante, c’est sympa, mais on baille sec. Pas étonnant, à ce petit jeu, que les titres les plus réussis d’Indie Cindy soient “Bagboy” et “Blue Eyed Hexes”, deux morceaux dans lesquels la mélodie vocale est quasiment inexistante. La force des Pixies, ce n’est pas que l’air, qu’on se le dise.


C’est bien beau tout ça, mais Head Carrier, alors ? Eh bien, aussi étonnant que cela puisse paraître, les défauts d’Indie Cindy ont quasiment tous été gommés. Passons sur le contexte de l’enregistrement si ce n’est pour signaler deux choses importantes, outre le fait que la production passe de Gil Norton à Tom Dalgety. D’une part Black Francis, fatigué de devoir “gérer tout tout seul”, a plus ou moins officiellement mis un terme à sa carrière solo et souhaite désormais partager les responsabilités de ses émoluments avec ses camarades Pixies. Ça n’a l’air de rien, mais c’est un tournant majeur dans l’état d’esprit du chauve bedonnant, et cela se ressent beaucoup dans ses nouvelles compositions, plus aérées et laissant beaucoup plus de place à ses petits camarades. Deuxièmement, et là encore ce n’est pas rien, Paz Lenchantin, auparavant simple instrumentiste se devant d’exécuter les ordres du patron, a officiellement intégré les rangs des Pixies pour remplacer Kim Deal. Et la contribution de la nouvelle bassiste est énorme : jamais la part féminine des lutins n’avait pu jouir d’une telle place depuis… Surfer Rosa, carrément. Paz joue, sa basse s’entend bien - voire même très bien -, et surtout elle chante : ses chœurs sont omniprésents, réalisant un contrepoint intéressant à l’énergie cinquantenaire de Black, et l’argentine a même droit à un lead vocal, le premier depuis “Gigantic”. Une chanson que la dame a voulu comme une hommage à Kim Deal, ou du moins un remerciement. On passera sur le fait que ce n’est pas Black Francis qui interprète ce morceau - cela aurait sans doute été beaucoup trop éprouvant pour lui de devoir s’abaisser à ce point -, mais avouez qu’il y a quelques mois encore, un tel retournement de situation aurait relevé de la fantasy pure et simple. Le fait que ce fameux “All I Think About Now”, sympathique au demeurant, se calque beaucoup sur le célèbre “Where Is My Mind?” peut faire sourire mais est également très révélateur quant à cette volonté de tourner la page et, ce faisant, de faire profil bas.


Sur un plan plus général, observez la tracklist de Head Carrier, et vous verrez tout de suite un point important : sept morceaux sur douze sont en dessous des trois minutes, et aucun ne dépasse les trois minutes quarante. Et mathématiquement, ça change tout. Il y a des groupes qui sont doués pour allonger la sauce, d’autres pour se montrer expéditifs, et les Pixies sont de ces derniers. Globalement, le son de l’album est plus ouvert, les lignes de quatre corde réintègrent l’architecture des morceaux, et la guitare de Santiago a paradoxalement plus de place pour s’exprimer, moins omniprésente que sur le disque précédent mais plus incisive, plus clivante. Par contraste, la dynamique sonore, l’un des points forts des lutins, est également bien meilleure, leur classique alternance couplets cool - refrains potards au max pouvant dès lors reprendre ses droits. Mais surtout, et c’est peut-être le point le plus intéressant, la force mélodique des morceaux n’est plus du tout prise en défaut. Si certains se posent d’emblée en tube (“Classic Masher”, simple, sobre, entraînant, une pop song parfaitement troussée), d’autres s’exposent avec plus de subtilité dans leur enchaînement de notes, comme “Might As Well Be Gone” avec ses couplets en décalage harmonique, et surtout “Tenement Song” dont le refrain, propulsé par un petit pont espiègle et un roulement de caisse clair rogue, magnifie le bréviaire du groupe. On retrouve ici un morceau fort, une réussite, une pièce méritante à laquelle s’ajoute “Oona”, là encore avec une mélodie en chausse trappe, des respirations, du bagout, de la surprise au micro. On trouve aussi dans la tracklist quelques brûlots vite venus, vite repartis (“Talents”, “Um Chagga Lagga”) ou des petits clins d’œil à peine esquissés (“Plaster Of Paris”), tempo élevé et urgence étant au programme, ainsi qu’une gueulante à l’ancienne (“Baal’s Back”, un peu Melvins sur les bords). À signaler un échange sympathique entre l’homme et la femme lutins, “Bel Esprit”, dialogue naïf et revigorant rappelant le côté fleur bleue de Rivers Cuomo, notamment son récent duo avec Bethany Cosentino sur “Go Away”.


Restent à aborder les défauts de Head Carrier, et malheureusement il y en a. Non pas, encore une fois, en regard de la qualité intrinsèque du disque, mais vis-à-vis des quatre évangiles du rock alternatif dont les Pixies se sont jadis rendus les auteurs. Il manque à ce sixième album la jeunesse, l’imprévisibilité, la morgue, la puissance brute, la folie de ses modèles. La placidité de la bassiste - semblable à l’ancienne, d’ailleurs - n’entre pas suffisamment en résonance avec les pétages de plomb de Black, ici clairement en sous régime (“Baal’s Back”, au chant autant forcé que limité), ni avec un Santiago qui manque de lustre sur l’ensemble de sa prestation. Sans parler des textes dans lesquels on ne retrouve pas l’univers bigarré et iconoclaste des Pixies, malgré, il faut le noter, plein de référence à la France et à la culture française (“Um Chagga Lagga”, très rigolote de ce point de vue, mais aussi “Bel Esprit” et “Plaster Of Paris”). Où sont passés les OVNI, les affections mentales mutilantes, les références ésotériques  décalées ? Si l’abysse séparant Indie Cindy de Head Carrier ne semble encore une fois pas infranchissable, celui séparant les quatre premiers LP des deux derniers se révèle d’une largeur sidérante. Ce qui ne doit pas vous empêcher de goûter à ce retour des Pixies, ce second retour tout du moins, ne serait-ce que pour qu’il vous serve de (longue) passerelle vers les perles rutilantes que sont Surfer Rosa, Doolittle, Bossa Nova et Trompe Le Monde. Vers l’univers déjanté de l’un des plus grands groupes de rock au monde, un groupe auquel, enfin, Head Carrier apporte une descendance qui, à défaut de caresser la légende, se montre digne. Et c’est déjà énorme.


À écouter : "Tenement Song", "Might As Well Be Gone", "Oona", "All I Think About Now".

Commentaires
Nico38, le 16/10/2016 à 17:06
"Et trois minutes, c’est déjà énorme pour des Lutins qui se sont faits une spécialité d’apparaître en traitres, de délivrer une bordée de baffes, de gnons, de pincements et de bisous, puis de disparaître aussi vite qu’ils étaient venus." C'est en grande partie pourquoi Pixies reste un de mes groupes préférés depuis la sortie de Doolittle et que leur retour m'avait un peu laissé sur ma fin. Je n'aurais pas trouvé de meilleure phrase pour décrire ça!
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