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Critique d'album

Ché


Sounds Of Liberation


(19/09/2000 - Man's Ruin Records - Stoner Rock - Genre : Rock)
Produit par

1- Hydraulicks / 2- The Knife / 3- Pray For Rock / 4- Sounds Of Liberation / 5- Adelante / 6- Blue Demon / 7- The Day The Pirate Retired
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Un chef d'oeuvre du desert rock porté par deux ex-Kyuss à leur zénith."
Maxime, le 03/10/2008
( mots)

Avant de se lancer dans la dissection de cet album fantastique, une petite explication de texte s’impose. Le groupe s’appelle Ché, d’accord, mais il n’entretient avec le révolutionnaire marxiste qu’un rapport métaphorique. Il n’est pas ici question de lutte des classes ni de prendre le maquis en Amérique du Sud. Le projet de Sounds Of Liberation n’est ni politique ni sociétal mais purement musical, et c’est tant mieux. La révolution ne s’accomplit qu’à coups de riffs de guitare, la libération est une émancipation contre l’extérieur s’accomplissant de l’intérieur.

Flashback. On est alors en l’an 2000, et Alfredo Hernandez vient de claquer la porte des Queens of the Stone Age avec lesquels il a enregistré le premier opus et accompagné dans la tournée qui s’en est suivie. Dépité, le batteur rejoint son désert natal et vient rendre visite à son vieux pote qu’il a remplacé au sein de Kyuss, Brant Bjork. Ce dernier ne se porte pas forcément mieux. Certes, il cogne avec succès au sein de Fu Manchu mais il a de plus en plus envie de taquiner de la guitare, ce qui fut chose faite avec son premier disque solo sorti l’année précédente (Jalamanta). Bloqué par son activité au sein des Fu, il ne peut donner entièrement libre court à ses idées et ses envies d’expérimentation. Bjork partage depuis plusieurs années sa maison avec Dave Dinsmore, bassiste du premier line-up d’Unida, le dernier cheval de bataille en date de John Garcia (ancien chanteur de… Kyuss, comme le monde est petit dans la région de Palm Desert), lui aussi en manque d’action. Là, tout se passe comme d’habitude chez l’ami Brant : on cause tranquillement, affalé autour d’une cerveza tandis que l’herbe grésille doucement dans les cigarettes coniques. Puis on passe au sous-sol et on se met à jammer, pendant des heures. L’humeur est définitivement à l’offensive. Se rappelant de cette époque, Brant Bjork raconte : "On était vraiment en mission. Alfredo et Dave venaient de s’être fait virer de leurs groupes, moi j’avais vraiment envie de continuer à jouer de la guitare, on errait dans notre coin sans but. Ché vient de cette frustration. C’est trois gars avec plein d’énergie disant : assez de bullshit, faut juste rocker, mec".

Il n’est au départ nullement question d’enregistrer un album, juste de prendre du bon temps. Pourtant, au bout d’un mois, ces séances se mettent à accoucher de titres, parmi lesquels 7 morceaux sont sélectionnés. Le disque est enregistré d’un trait, en 3 jours, produit et mixé en une semaine avec la complicité de Mathias Schneeberger, producteur natif de Berlin qui avait mixé Jalamanta et participé à bien des projets de stoner/doom (volume 5 des Desert Sessions, The Obsessed, Sunn O))), Mondo Generator, jusqu’aux travaux récents de Mark Lanegan : Bubblegum du Lanegan Band et Saturnalia des Gutter Twins). Les vertus euphorisantes de ce disque prennent sans aucun doute leur encrage dans sa gestation, libre de toute finalité, sinon celle de prendre plaisir à jouer. Plus profondément, cette rencontre scelle un binôme qui fera des étincelles à de nombreuses reprises sous le nom Brant Bjork & The Bros. Entre les deux anciens batteurs de Kyuss, il y a une alchimie, quelque chose de magique qui surgit dès que les deux compères jouent ensemble. L’impact du jeu d’Hernandez dans l’écrasante machinerie du monstre stoner a toujours été perçu par les fans comme inférieur par rapport à celui de Bjork, et ils ont tout à fait raison. Contrairement à son complice moustachu, ce musicien aguerri à la pratique de son instrument par une formation jazz soutenue n’a jamais été un songwriter et n’a donc jamais participé à l’écriture d’un morceau de Kyuss, ce qui rend son apport moindre. Mais sa frappe sèche, son jeu misant moins sur la puissance que sur sa capacité à distiller un groove solide, tonique, tendu et sans fioritures se marie à merveille avec les longs riffs répétés de Bjork. La contribution de Dinsmore n’en est pas moins négligeable, apportant souplesse et robustesse quand il le faut.

Au final, Sounds Of Liberation est peut-être l’un des derniers grands témoignages du desert rock. Les Queens of the Stone Age d’Homme et Oliveri s’éloignent de plus en plus du stoner, le couple John Garcia/Scott Reeder postés chez Unida se coulent progressivement vers une forme de hard rock vintage à l’énergie décuplée par une implacable force de frappe. Seuls Bjork avec ses efforts solos et Hernandez avec Orquesta Del Desierto et les Yawning Man qu’il réactivera quelques années plus tard perpétuent la tradition d’un rock forgé dans le désert par des gens vivant dans le désert. Tout comme l’éponyme de Kyuss, Sounds Of Liberation célèbre un lieu spécifique pour en traduire les vertus sensorielles. Moins animal et lysergique que le combo légendaire, Ché prône davantage l’épure. Il n’a pas la pesanteur inflexible du soleil à son zénith, il évoque la torpeur désolée des paysages rocailleux, le sentiment d’euphorie et de solitude habitant ses autochtones, les vapeurs de chaleur qui troublent la ligne d’horizon. La tignasse enfouie sous un bandana, Stratocaster en bandoulière, Bjork se fait le prêcheur d’une musique sans compromis mais généreuse, harangue plus qu’il ne chante, appelant le rock à un ultime salut ("Pray For Rock"), exhortant ses ouailles à l’émancipation ("Sounds Of Liberation"), refusant les codes d’une société crispée méprisant sa marge ("Blue Demon"). Son jeu reste en adéquation avec ses propos, délicieuse alternance d’estocades et de longues estafilades de riffs épais allaités à une fuzz et une wah-wah redoutables. L’enchaînement des pistes forme un tout cohérent, même si chacune d’entre elle brille par elle-même. Retiré dans sa citadelle nichée au milieu de nulle part, Ché revisite avec une innocence aguerrie rock seventies et heavy blues, sans jamais se prosterner devant les mirages du passé, méprisant le music business qui a tellement sali ses membres.

Mercenaires d’une cause à laquelle ils se refusent d’embrigader quiconque, les trois compères imposent leur discours avec des armes infaillibles : blues mordant ("Hydraulics", "Sounds Of Liberation") et psychédélisme ouvert aux immensités arides ("The Knife", "Adelante"). Il se dégage un étrange mélange de rudesse et d’élasticité, comme si les velléités bilieuses de ces morceaux ne parvenaient pas complètement à trahir leur véritable nature, comme si en jouant contre (les groupes qui les ont les méprisé, l’industrie qui les ignore), les musiciens ne pouvaient s’empêcher de jouer pour eux. Ce paradoxe surplombe "Blue Demon", l’une des merveilles de ce disque, dont l’introduction, toute en basse menaçante et en guitares inflexibles s’estompe peu à peu sous un groove serein. Lancé sur une batterie hargneuse, l’album s’achève avec "The Day The Pirate Retired" sur de grosses bouffées de riffs noyées dans l’écho pendant que la rythmique trotte avec obstination jusqu’à la dernière seconde. Envisagée comme œuvre de contestation, Sounds Of Liberation est finalement le récit d’une lutte intérieure qui proposerait l’accomplissement personnel comme riposte idéale contre une réalité injuste.

Le disque n’eut pourtant pas l’impact qu’il aurait mérité auprès des stoner addicts, lesquels ont considéré l’objet comme une bonne production comme une autre, diluée dans la pléthorique discographie de Brant Bjork. Une sorte de galop d’essai des futurs Brant Bjork & The Bros. Preuve en est, bien que distribué sur le culte label Man’s Ruin tombé en faillite quelques mois après, on peut encore se procurer des exemplaires neufs de Sounds Of Liberation (notamment sur All That’s Heavy) alors que d’autres pièces du catalogue, bien moins intéressantes pour une grande partie, sont épuisées depuis belle lurette. L’album est pourtant le maître étalon de la carrière solo de Bjork, une espèce de boussole : plus ses efforts se rapprochent de cet opus charnière (BB & The Operators, Saved By Magic, Somera Sol), meilleurs ils sont. Lors de ses innombrables tournées, Mr. Cool a d’ailleurs toujours pris soin d’aller piocher quelques titres du maigre répertoire de Ché. Expérience luxuriante invitant à une contemplation ascétique que ne peut offrir ultimement que le vinyle, Sounds Of Liberation n’avait jamais été pressé sous forme de LP. C’est désormais chose faite, Brant Bjork ayant réédité son chef d’œuvre sur rondelles de 30cm par l’intermédiaire de son nouveau label, Low Desert Punk. On peut commander la chose sur le bien aimé All That’s Heavy ou sur son Myspace. Merci qui ? Merci BB.

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Black Mountain


Destroyer


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Cela vous aura peut-être échappé, mais Black Mountain a discrètement rendu l’âme il y a de cela un peu plus de deux ans. Oh, rien d’aussi dramatique qu’un split avec tambours et trompettes, rien qu’un départ en catimini, celui du couple Amber Webber - Joshua Wells à qui l’on doit le sémillant projet alternatif Lightning Dust, dont on attend par là même un nouvel album très bientôt. Sans annonce, communiqué ni explications, alors que les canadiens venaient d’écoper de leur plus beau succès critique avec leur magnifique IV. Bien sûr, les choses sont loin d’être aussi simples, et la note accordée à ce Destroyer vient d’ailleurs démentir la sentence prononcée en début de paragraphe. Néanmoins, une page se tourne, et autant on oubliera sans doute assez facilement le cogneur Wells - remplacé poste pour poste par Adam Bulgasem, autant il sera bien plus ardu de faire abstraction du chant mystique de Webber qui nous laissera à jamais orphelins.

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