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Critique d'album

The Rolling Stones


Sticky Fingers


(23/04/1971 - Rolling Stones - - Genre : Rock)
Produit par

1- Brown Sugar / 2- Sway / 3- Wild Horses / 4- Can't You Hear Me Knocking / 5- You Gotta Move / 6- Bitch / 7- I Got the Blues / 8- Sister Morphine / 9- Dead Flowers / 10- Moonlight Mile
Note de 5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Même les mauvaises langues s'inclineront devant Sticky Fingers"
François, le 20/03/2021
( mots)

Bien qu’on puisse légitimement se demander si les collégiens exhibant un t-shirt où est floqué le logo lingual (avec paillettes, éventuellement) aient une réelle connaissance du groupe auquel ils rendent hommage malgré eux, les Rolling Stones sont, bien au-delà de toute autre formation (même les Beatles), le groupe de rock le plus connu, au moins par son image. Même ceux qui ne goutent guère à ce genre musical n’ignorent pas l’existence des Stones, voire même certains de leurs morceaux qu’ils peuvent apprécier par ailleurs. Mick Jaeger, son style, son attitude, sont devenus l’incarnation de la figure du rockeur jusqu’au pinacle du ridicule quand l’imitation devient une parodie involontaire (n’est-ce pas, Philippe Manoeuvre ?). 


Pourtant, que sont réellement les Rolling Stones ? Dans les années 1960, il s’agit d’un groupe ni plus brillant, ni plus mauvais que les autres, s’appliquant souvent à réaliser des reprises de titres issus du répertoire US. A part quelques bonnes idées, ils sont même plutôt moins inventifs que leurs contemporain – The Kinks, The Animals, The Pretty Things ou bien sûr, The Beatles. Après une bonne négociation du tournant des années 1960-1970 (nous y revenons ci-après), les Stones se noient dans une discographie au mieux très moyenne, au pire indigente, et ce dès 1972, suite au réussi Exile on Main St. (allez, on sauve "Angie" sur le suivant) : ça fait donc bientôt cinquante ans et treize albums studios que le plus grand groupe de l’histoire du rock ne sombre dans les abysses du dérisoire, jusqu’au minable dernier opus Blue and Lonesome – plus irrespectueux envers le public tu meurs - qui sent à plein nez la naphtaline et le whisky frelaté. 


Pourtant, ils remplissent toujours des zéniths, sont sur la couverture d’un Rock’n’folk sur trois, jouissent d’une bibliographie qui s’étend ad nauseaum, et sont déifiés, per fas et nefas, par une pléthore de critiques nostalgiques – au mieux, on se demande s’ils ne sont pas plutôt incultes. On s’étonne en effet, parce qu’il suffit de regarder ce qui se faisait au même moment en suivant leur carrière, ou, à la limite, de prendre une grande formation à la discographie aussi élargie pour prendre conscience des faiblesses du groupe : au hasard, Deep Purple qui continue à sortir de petits bijoux actuellement. Et combien de Wishbone Ash, d’Uriah Heep, de Thin Lizzy pourraient être évoqués ? 


Il y a, à mon sens, deux explications. Premièrement, les Rolling Stones ont réussi à négocier le virage de la fin des années 1960, alors que les Beatles s’éteignent et que de nombreux groupes des 1960’s se font ringardiser. Cela en sortant de bons morceaux ("Sympathy for the Devil", "Gimme Shelter" …) et un chef-d’œuvre (on y vient, on y vient, c’est bien sûr le sujet de cette chronique). Alors que le hard-rock et le rock progressif s’affirment, le Stones montrent qu’ils sont toujours dans le jeu, rassurant les anciens, séduisant les plus jeunes. 


Deuxièmement, et c’est sûrement la raison principale, les Stones ont avant tout construit une image. Image du rock, des excès, des filles, de l’alcool et des drogues (le fameux triptyque "sex, drugs and rock’n’roll"), légende autour de la mort de Brian Jones (assassinat ou accident ?), de l’argent, beaucoup d’argent – bref, tout ce que beaucoup d’entre nous exècrent puisqu’en plus d’être caricatural, cela fait oublier que le rock est avant tout une musique et non une attitude. Vous voyez où je veux en venir : le culte au Stones se fonde sur une image, une représentation, la musique étant devenue subsidiaire. Peu importe donc, les multiples opus désastreux de la suite, tant que la légende suit – en témoignent d’ailleurs les setlists des concerts depuis les 1970’s qui n’ont pas connu de grandes évolutions. Une image, telle celle qui se retrouve sur le t-shirt de milliers d’adolescents, vide de sens : une marque au service d’un business juteux qu’on exhibe dans les rayons de Zara à défaut d’albums dans les bacs des disquaires. 


Malgré ce procès en bonne et due forme, force est de constater qu’il y a bien eu un peu de bonne musique qui émana du groupe, et Sticky Fingers, neuvième album studio (qui accueille le génial Mick Taylor comme membre définitif), représente leur sommet. Certes, l’image est déjà là, avec une pochette scabreuse réalisée par un artiste et compagnon de route du rock, Andy Warhol (signalons une véritable fermeture éclair en guise de braguette). Mais ils ne sont pas encore les meilleurs businessmen du monde : leur label avait vendu des droits sur certaines sorties et la séparation avec Decca est difficile. 


Bien sûr, Sticky Fingers c’est avant deux tubes exceptionnels dans des registres très différents. Le sautillant "Brown Sugar", au riff typique de Keith Richard mais à l’orchestration riche (cuivres et claviers, qui donnent une touche ricaine indubitable), et des petits traits de guitare bien placés par Taylor. Ca envoie, ça swingue, et ça marche à la première écoute. De l’autre côté, c’est "Wild Horses", pièce folk toute en douceur, gentiment mélancolique avec un Mick Jaeger subtil, aux ruptures dignes d’un "Tangerine" (Led Zeppelin), aux petites harmoniques dispersées pour gagner en profondeur. Dans le genre slow, il me semble qu’ils n’ont jamais fait aussi bien et aussi riche en émotion – désolé "Angie" ("I Still love You", certes, mais je préfère quand même les chevaux sauvages). 


Enregistré en Alabama, Sticky Fingers suinte l’inspiration puisée aux Etats-Unis : cuivres, country-folk, son californien, blues, rock’n’roll. On entend CSNY ("Dead Flowers"), Creedence, mais aussi l’ensemble du blues rock jusqu’aux formations émergentes (ZZ Top). Bref, loin de demeurer dans l’imitation simiesque, ils absorbent, digèrent et rénovent ce son US avec leur talent british dans un heureux métissage. 


En effet, si ce n’était que les deux tubes susmentionnés, Sticky Fingers n’irait pas loin. Ce sérait oublier "Sway" et ses premières notes électriques et grandiloquentes pour un titre aux relents californiens et countrysant mais très saturés, culminant sur une montée en puissance avec orchestrations. Du blues-rock riche en slide où Mick Taylor s’avère être un musicien au jeu agréable. Ils sont bien loin du blues à papa sans inventivité de leur dernière production. Et même quand ils reprennent un classique ("You Gotta Move" de Fred McDowell), ils le font par la célébration des racines (quelle guitare slide ! quel chant !) et la réinterprétation pour rehausser le tout (une rythmique minimaliste qui joue sur la mise en relief). Au tournant du slow, "I Got the Blues" et ses cuivres bombastiques est également un titre prenant, enrichit d’un beau solo de clavier analogique. 


Cette modernisation du blues-rock aux élans US s’entend également sur "Bitch" qu’on pourrait croire sorti du répertoire de ZZ Top à peine naissant (le premier album date de janvier 1971). De même, "Sister Morphine" est d’une modernité incroyable (il y a du Nick Cave, non ?), et son deuxième mouvement alliant claviers/percussions/slide redonne un coup de fouet au titre. Sa postérité devrait être interrogée parce qu’elle semble réelle. 


En toute subjectivité, Sticky Fingers demeure pour moi l’album de "Can’t You hear Me Knocking", le titre des Rolling Stones qui trouve sa place dans mon panthéon personnel. Au riff inimaginable, accompagné d’accords clairs et étouffés derrière cette guitare acide, s’ajoute un Mick Jaeger au chant paradigmatique (franchement, quand on l’entend ici, on se dit qu’il affiche le canon de son style, notamment dans le refrain habité). Le rythme est véritablement travaillé, avec de nombreuses ruptures pour jouer sur les volumes. Et puis il y a la deuxième partie : les percussions et le chorus de guitare à la Santana, les ambiances jazzy et caribéennes, le solo de saxophone incroyable … Un pur chef-d’œuvre. 


Succès international évidemment, mais surtout sommet artistique, malgré tous les blâmes – chargés de mauvaise foi bien sûr – que je porte sur le groupe, Sticky Fingers est un album incroyable, il fallait tout de même avoir une belle inspiration et un certain talent pour en accoucher. Le dialogue entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, de la British Invasion au rock psychédélique, n’a jamais trouvé meilleure synthèse. Un moment de grâce que les notes finales, multiples et éparpillées, de "Moonlight Mile" emportent après un acmé orchestral bousculant la country-folk version Albion. 


 

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