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Critique d'album

Sunny Day Real Estate


LP2 (réédition 2009)


(15/09/2009 - Sub Pop - Emo rock 90's - Genre : Rock)
Produit par

1- Friday / 2- Theo B / 3- Red Elephant / 4- 5/4 / 5- Waffle / 6- 8 / 7- Iscarabaid / 8- J'Nuh / 9- Rodeo Jones / 10- Spade and Parade (bonus) / 11- Bucket of Chicken (bonus)
Note de /5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Le Pink Album de Sunny Day Real Estate. Histoire fascinante d'un auto-sabordage."
Nicolas, le 24/11/2009
( mots)

En écoutant certains albums, on se retrouve parfois propulsé à la croisée de l'histoire et de la légende. Non pas que les disques en question relèvent d'un caractère exceptionnel sur le plan du contenu, mais plutôt que leur genèse s'entoure d'événements absolument marquants pour les années à venir. Ainsi en est-il de ce deuxième effort studio sans nom des Sunny Day Real Estate, appelé par défaut LP2 ou parfois même Pink Album : cette œuvre quasiment avortée dès sa conception, et parvenue dans les bacs par on ne sait quel miracle, représente le témoignage ultime d'un groupe qui aurait pu devenir culte mais qui s'est auto-sabordé sans crier gare, et qui a ultérieurement constitué le chaînon manquant entre Nirvana et les Foo Fighters. Récit d'une histoire aussi anecdotique qu'édifiante.

Début 1994, la formation menée par Jeremy Enigk commençait à acquérir une sacrée notoriété dans la région de Seattle à une époque où, on le rappelle, Nirvana venait de rejoindre le troupeau des groupes anéantis en pleine gloire et que le punk rock de Green Day et de The Offspring n'avait pas encore explosé à la face du monde. Tout laissait alors à penser que les Sunny Day Real Estate auraient pu, pourquoi pas, prétendre à la couronne laissée vacante par Kurt Cobain et ses deux artilleurs émérites. Et alors que Dave Grohl, orphelin et seul dans son coin, travaillait d'arrache pied sur les démos du premier album des Foo, les pionniers de l'emo enflammaient les scènes de l'état de Washington avec leur rock bouillonnant transpercé par la voix hors norme d'Enigk. A dire vrai, les quatre hommes dégageaient une énergie terrible en live, et pour ne rien gâcher, leur premier album (Diary) s'arrachait littéralement dans le milieu lycéen. Tous les ingrédients étaient alors réunis pour que SDRE passe à la vitesse supérieure, mais un élément particulier vint pulvériser en un clin d'oeil un groupe qui avait tout pour réussir. Et c'est élément, c'est Dieu.

Car alors que les quatre jeunes hommes tournaient sans relâche et composaient leur deuxième opus studio entre deux concerts, Jeremy Enigk se retrouva submergé par une brutale crise identitaire et bascula en quelques semaines à peine dans la foi chrétienne. Devenu un New Born Christian, il ne put qu'observer avec dépit que ses nouvelles croyances n'étaient pas du tout en adéquation avec le rock n' roll way of life mené par le groupe depuis ses débuts. Or pas question de remplacer Enigk : il était alors le moteur quasi-exclusif du groupe, non seulement à cause de son timbre de voix très particulier, mais aussi parce qu'il était le principal compositeur et parolier du combo. Dès lors, les Sunny Day Real Estate avaient cessé d'exister. Restait en supens la question du deuxième album pour lequel seulement six titres avaient pu être composés. Pour Enigk, même si le groupe n'existait plus, il fallait tout de même terminer le travail. Les six morceaux furent mis en boîte, et on leur adjoignit deux single inédits sortis peu de temps avant ("8" et "Friday") ainsi qu'une B-Side qui aurait dû normalement prendre place sur Diary et qui fut ré-enregistrée pour l'occasion ("Rodeo Jones"). L'ensemble fut envoyé tel quel à Subpop, sans nom d'album ni artwork. Et lorsque les dirigeants rappelèrent le groupe pour s'étonner de ce manque, William Goldsmith (le batteur), leur annonça que le groupe avait splitté et que les membres n'avaient pas réfléchi à ces "détails". Et il s'empressa d'ajouter : "Faites ce que bon vous semble. Tenez : vous n'avez qu'à faire une jaquette rose, et rajouter une petite mouche sur la face interne du livret". Ce qui, à l'étonnement de tous, fut fait tel quel ! Puis, une fois que le groupe eût officialisé sa séparation peu avant la sortie de l'album, Jeremy Enigk tenta de vivre selon ses convictions et se lança dans une carrière solo, et Dan Hoerner se retira dans une ferme dans l'état de Washington. Quant à Nate Mendel et à William Goldsmith, ils acceptèrent la proposition de Dave Grohl d'intégrer les Foo Fighters. Comme quoi, l'histoire tient à peu de choses.

Revenons au rock et à cet album rose, lequel se révèle d'une tenue sensiblement supérieure à son prédécesseur. Le cocktail molotov de Sunny Day Real Estate y reste inchangé : mid-tempos tendus, voix éraillée et crissante, guitares lourdes façonnant des murs à la fois denses et sensibles, batterie au jeu de frappes très sec et rapide. Mais sur cet effort, le groupe gagne en maturité et parvient enfin à varier un jeu devenu nettement moins monolithique que sur Diary. Si "Friday" reste dans une veine relativement classique pour du proto emo-rock (le titre est d'ailleurs antérieur à la genèse de l'album, comme énoncé plus haut), "Theo B" laisse entrevoir une facette plus complexe de la formation, mettant en avant une ligne de basse imposante (merci Mr Mendel) et se risquant à une alternance entre arpèges de guitare délicats et riffs distribués comme des paires de baffes, avec à la clé un résultat autrement plus convainquant. De fait, LP2 est plus hétérogène que son prédécesseur, tant dans les ambiances que les tempos. Ainsi en est-il de ce "Red Elephant" débuté comme une petite bluette sans prétention avant de se faire rattrapper par les cris d'Enigk et la violence du groupe. Ainsi en est-il également de la balade "Waffle" qui souffle sans arrêt le chaud et le froid, tout en laissant entrevoir les nuances et les progrès vocaux du chanteur. Même "8" a été augmenté d'une introduction douce qui tranche avec la vigueur ultérieure du morceau. "Iscarabaid", quant à lui, fait presque penser à du Placebo avant l'heure, avec un morceau qui n'aurait pas dépareillé sur le premier opus du trio londonnien. Mais le sommet de l'album est sans conteste atteint avec "J'nuh", titre complexe qui associe les ambiances les plus variées : jeu de voix impeccablement diversifié allant de la plainte contenue à la protestation véhémente, guitares tour à tour complices et assassines, volume sonore tantôt proche du nénant, tantôt affolant les potentiomètres. Du très bon boulot, assurément. "Rodeo Jones", à l'inverse et en guise de conclusion, est moins convainquant et ne parvient pas à transcender complètement son statut de B-Side malgré son jeu de batterie survolté et sa belle énergie. A signaler sur la réédition 2009 deux morceaux rajoutés en fin de liste, "Spade and Parade" et "Bucket of Chicken", sans grand intérêt.

Le plus ironique dans cette histoire, c'est que Jeremy Enigk a depuis mis pas mal d'eau dans son vin point de vue religiosité. Résultat : les Sunny Day Real Estate se sont reformés de 1997 à 2000 et ont enregistré deux albums assez décevants, d'ailleurs sans Nate Mendel qui a préféré rester avec les Foo Fighters - et comme on le comprend, quand on voit la fragilité de sa formation originelle. De toute façon, c'était déjà trop tard : la vague punk-rock était passée par là et avait relégué l'emo des 90's au statut de has been. Reste donc un album devenu culte pour une petite frange de l'underground ricain, et un groupe atypique qui a curieusement fait l'objet d'une adoration affectueuse de la part d'artistes aussi variés que Ben Gibbard (Death Cab For Cutie) ou Hailey Williams (Paramore). Sans parler de toute la vague émo des années 2000 qui a pillé l'héritage du groupe en le dévoyant dans des grands-messes larmoyantes et pathétiques. On surveillera donc avec intérêt la deuxième et toute récente reformation du combo, ce d'autant que, cette fois-ci, Nate Mendel est bel et bien de la partie (même s'il n'a pas quitté Dave Grohl pour autant). Car enfin, le quatuor originel aura peut-être l'opportunité d'achever le chantier aussi brouillon que prometteur qu'est ce Pink Album.

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Opeth


In Cauda Venenum


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De parangon du death-metal suédois à inclinaisons progressives, Opeth est passé en moins de dix ans à coqueluche du monde progressif tout court avec ses albums mélodiques et techniques typés 70’s. Gloire permise aussi par une esthétique affirmée ; il y a bel et bien un « son » Opeth qui est né depuis Heritage(comme il y a avait une identité claire dans la première période du groupe), et celui-ci n’est pas du tout renié dans ce nouvel opus tant attendu. En effet, In Cauda Venenum est dans la claire lignée des albums précédents, dont le dernier en date était le chef-d’œuvre Sorceress aux qualités exceptionnelles. 

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