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Critique d'album

Metallica


Hardwired...To Self Destruct


(18/11/2016 - Blackened - Thrash/heavy metal - Genre : Hard / Métal)
Produit par Greg Fidelman / James Hetfield / Lars Ulrich

1- Hardwired / 2- Atlas, Rise! / 3- Now That We're Dead / 4- Moth Into Flame / 5- Dream No More / 6- Halo On Fire / 1- Confusion / 2- ManUNkind / 3- Here Comes Revenge / 4- Am I Savage? / 5- Murder One / 6- Spit Out The Bone
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Branchés... ou au bord de l'auto-destruction ? Les Four Horsemen divisent la rédaction"
Nicolas, le 01/12/2016
( mots)

Le débat fait rage à la rédaction : qui écoute encore Death Magnetic aujourd’hui ? Certains ne voient en l’album de la résurrection des Four Horsemen qu’une ode à leur propre gloire, un condensé de fan service renouant avec le thrash d’antan tout en ressuscitant leur emblématique “Unforgiven”, en renouant avec l’instrumental pur de leurs trois magnum opus (“Suicide And Redemption”) et en injectant çà et là un peu de blues, “chargeant” et “rechargeant” leur fusil à pompe pour mieux nous canarder. Un copier-coller de leurs hauts faits d’arme apparaissant de ce fait incapable de tutoyer leur légende, et on ne parle même pas de la production de Rick Rubin jugée obscène par bon nombre de metalheads. Et puis il y en a d’autres (dont votre serviteur) qui voyait dans le disque au cercueil cerné de limaille l’authentique retour à la vie des quatre cavaliers de l’apocalypse après leur long purgatoire, une belle façon d’intégrer un Rob Trujillo fraîchement débarqué de chez Ozzy Osbourne tandis que Jason Newsted allait jouer les seconds couteaux chez le Prince of Darkness (cf notre récent dossier accordé au Madman et à son œuvre), une très honnête psychothérapie de groupe leur ayant permis de faire enfin le deuil du regretté Cliff Burton. Si l’on peut encore gloser sur la qualité intrinsèque de Death Magnetic, il est un fait que ce disque aura réconcilié les Four Horsemen avec leur public, car essai inconsistant ou solide pont vers le passé après une indécente parenthèse, nul doute que nous y avons tous vu une authentique tentative, de la part du couple Hetfiled-Ulrich, de réaffirmer ses fondamentaux et de rassurer ses ouailles. Death Magnetic, successeur de l’abject St Anger (certes, là encore, le débat n’est pas clos) et des prétentieux Load & Reload, a un tant soit peu effacé l’ardoise et remis les compteurs à zéro. Huit ans plus tard, Metallica a-t-il réenclenché la marche avant ? Oui et non.


Oui, car en un certain sens, si l’on pouvait réduire le rock en général - et le metal en particulier - au riff, ce sacro-saint motif mélodique entêtant, répété à l’envie, capable de s’ancrer dans notre inconscient et de nous booster toute la journée durant, alors Metallica serait un incontournable de n’importe quelle discographie, et ce Hardwired… To Self-Destruct n’aurait pas du tout à rougir de ses prédécesseurs, aussi glorieux soient-ils pour certains. Le riff constitue tout à la fois le ciment et le carburant de ce dixième album, et là encore, les natifs de Los Angeles savent se montrer généreux. Constamment pertinente, parfois peu inspirée mais souvent intéressante, la masse de riffs constitue le “poing” fort de cette course vers l’autodestruction. Si les premiers extraits d’Hardwired... laissaient poindre un album de thrash bourrin, la réalité laisse en fait apparaître un disque heavy, riche en mid-tempos et flirtant même parfois avec le doom de leurs pères sabbathiens. Du heavy metal mélodique dans tout ce qu’il a de plus archétypal, puissant, peu subtil certes, peu original certes, mais efficace. Sur le plan du son, Greg Fidelman a su rompre avec la sécheresse de Death Magnetic pour proposer un rendu plus gras, sans néanmoins se départir de cette hyper-compression qui flingue la plupart des productions metal contemporaines. Amusant d’ailleurs de constater que Metallica ne s’est jamais montré redoutablement heavy au sens strictement sonore du terme, on se souvient notamment de premiers albums secs et agressifs tandis que l’abord du Black Album se retranchait derrière l’autel de la mélodie et de l’accessibilité. Or ici, on en prend plein les oreilles, ça claque, c’est lourd, mais le revers c’est qu’au bout d’un moment on a besoin d’ôter le casque. Ce d’autant que le parti pris de Metallica est de nous fournir des compositions rentre-dedans et relativement semblables en terme de rendu décibellique, un peu à la manière de ce qui était proposé sur les Loads mais de façon encore plus marquée. On peut l’interpréter autant comme une incapacité à varier leur style que comme une volonté délibérée de taper constamment fort, la qualité des compositions se devant de trancher cette interrogation.


Il faut dire que les californiens n’ont une nouvelle fois pas ménagé leur sueur, ces douze nouvelles compositions constituant un double album “à l’ancienne”, pas un de ces faux triple ou quadruple vinyle nécessaire pour faire tenir la matière superfétatoire dont nombre de groupes gavent leurs CDs jusqu’à la limite de leurs 75 minutes maximales. Remarquez, les quatre quinquagénaires sont des coutumiers du fait : Load - Reload, faux double album, se divisent en huit vinyles à eux deux, sans compter que St Anger et Death Magnetic flirtent eux aussi avec la fameuse heure et quart. Décider qu’Harwired... serait un double album, c’est déjà reconnaître que les quatre précédents, et c’est vrai, étaient beaucoup trop longs. Or un double album, désolé pour nos lecteurs qui ont oublié ce qu’était un support physique, ne s’écoute pas comme un simple. Le rythme y est différent, on peut le consommer moitié par moitié au gré de nos envies, on y tolère certains travers. Étrangement, cet artifice qui n’a l’air de rien rend bien plus digeste la masse métallique en fusion ici proposée malgré un certain manque de titres remarquables - de singles, diront certains. Mais ne boudons pas notre plaisir, il y a tout de même matière à y trouver satisfaction.


D’abord parce qu’on sent les Four Horsemen concernés, revêches, toujours prêts à en découdre malgré le poids des années. On ne vous renverra pas au naufrage que sont devenus leurs congénères sur scène, le Hellfest de cette année étant là pour montrer à quel point Slayer et Megadeth ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes en concert. Réglons d’emblée son compte à Rob Trujillo, car tout sympathique et indispensable soit-il à l’équilibre mental du groupe, il est, tout comme son prédécesseur à la quatre cordes, quasiment inaudible (“Spit Out The Bone” faisant exception), la faute sans doute à des lignes de basse beaucoup trop calquées sur les guitares - mais bon, n’est pas Cliff Burton ni Geezer Butler qui veut. Concerné au premier chef par un hypothétique procès en gâtisme, James Hetfield prouve qu’il reste un chanteur saisissant, n’en déplaise à ceux qui ne peuvent passer outre son fameux tic vocal de fin de phrase-niah. “Halo On Fire” est d’ailleurs là pour le montrer : tantôt apaisé, tantôt harangueur, mister barbichette se pose plus que jamais à la fois comme le rempart et l’artilleur de la maison Metallica. Si l’on met de côté le vrai-faux débat concernant la légitimité de Lars Ulrich derrière les fûts des rois du metal, nonobstant une technique limitée au regard des compositions déployées, il est un fait que le batteur le plus égotique du monde arrive sans peine à apporter son grain de sel à l’édifice. En dépit des éreintants “poum tchac poum tchac” qu’il déploie dès que les tempos thrash déboulent, le petit dégarni est bien à son affaire ici, adoptant une frappe de bras pugnace et variée et boudant (mais on ne va pas s’en plaindre) les trop habituelles - et assommantes - double pédales qui sévissent dans le milieu métallique. Hammet, quant à lui, a fait un certain effort pour varier son logiciel de shredder satrianesque (avec quelques relents bancaux sur “Moth Into Flame”, cependant) de sorte à nous offrir des soli certes toujours bloqués sur son archétypale wah-wah mais ayant l’intérêt d’une certaine diversité et n’essayant plus à chaque fois de jouer à celui qui balancera le plus de notes à la seconde.


Quand on s’attarde au cas par cas, on constate d’abord que les morceaux voulus thrash ne sont pas les plus remarquables du lot. “Hardwired” se montre même presque irritant, trop linéaire, trop faible mélodiquement. “Atlas Rise” ne fait pas beaucoup mieux malgré un riff plus intéressant, ça manque d’allant et de fédération au moment du refrain. C’est finalement “Moth Into Flame” qui remporte la palme, dénotant une réelle progression, une ascension dans l’intention, une relance bienvenue sur le pré-chorus et un côté catchy emporté par la diction rebondissante d’Hetfield. N’oublions pas non plus le conclusif “Spit Out The Bone”, le morceau le plus varié du disque, comme un bon résumé de Hardwired… dans son ensemble ; mention spéciale aux rafales de mitraillette inaugurales d’Ulrich et à un côté très punk californien (The Offspring n’est jamais très loin sur le pont terminal). Si les pièces rapides du premier disque n’emportent pas une totale adhésion, ses titres mid-tempo forcent le respect : “Now That We’re Dead”, saturé et balancé au possible, “Dream No More” avec sa distorsion gutturale et son approche vocale hétéroclite, et surtout “Halo On Fire”, une vraie belle chanson comme on aimerait en voir plus chez Metallica, avec de la mesure, du contraste, vraie-fausse power ballad cachant des atours progressifs qui parviennent facilement à nous emballer.


Mais pour répondre à la question posée en préambule, non, la marche avant n’est pas complètement réenclenchée. Revers de la médaille, Hardwired… To Self-Destruct étant aussi long que ses prédécesseurs, il peine à passionner de bout en bout, d’autant que cette envie de proposer des compositions monobloc, relativement interchangeables en terme d’intensité sonore, peut finir par lasser et par entraîner des comparaisons qui n’auraient théoriquement pas lieu d’être. Ainsi, il n’y a foncièrement rien à reprocher à “Confusion”, “ManUNkind” ou “Murder One”, tous trois comportant leur lot de riffs - encore une fois le point fort de ce disque - mais n’apportant foncièrement rien à une double galette déjà riche en mid-tempos réussis. “Here Comes Revenge” appuie certes sur l’accélérateur, joue certes sur des contrastes couplet - refrain sympathiques, jouit certes d’un traitement ès percussion intéressant, mais idem : le morceau ne s’impose pas dans une écoute de but en blanc… et seul un changement de disque sur votre platine vous permettra d’apprécier correctement la deuxième partie du diptyque. “Am I Savage?” constitue finalement le point d’orgue de cette seconde galette, injectant une bonne quantité de blues à un titre aux riffs glaçants, pesants, mi-accueillant mi-horrifique, qui n’aurait pas dépareillé sur le 13 de Black Sabbath.


Malgré ses indéniables défauts, reste un album qui remplit son office, un plaisir coupable que l’on peut écouter sans gêne, une belle collection de heavy metal telle qu’on aime l’entendre, féroce, imposante, martiale, conquérante, certes pêchant par redite mais semblant constamment sincère, et c’est sans doute ce sentiment d'honnêteté qui transparaît le plus. Les gaillards de Metallica apparaissent ici à l’aise avec leur musique, en phase avec le poids de leur héritage, la tête haute, sans honte ni orgueil, bref à mille lieues du groupe en perdition dont ils nous ont donné l’image pendant une bonne quinzaine d’années. Death Magnetic était la déclaration d’amour à ses fans d’un effectif qui avait beaucoup à se faire pardonner, Hardwired… To Self-Destruct n’est rien d’autre que l’œuvre de musiciens à nouveau heureux de jouer ensemble. À l’évidence, s’ils pouvaient à l’avenir condenser leur bonheur et nous le livrer avec un peu plus de pertinence et, soyons fous, de variété, nul doute que nous aurions tout à y gagner.

Note de 2.0/5 pour cet album
"Overload"
Maxime, le 01/12/2016

La sortie de Hardwired… To Self-Destruct, ou l’hystérie médiatique totale pour un disque absolument dénué du moindre enjeu. Car qu’attendre de Metallica en 2016 ? Artistiquement, pas grand chose ; industriellement : l’entretien du mythe, lequel implique, fatalement, la réalisation sporadique de nouveaux albums pour alimenter la machine. La popularité des Four Horsemen est si granitiquement écrasante qu’elle annihile presque toute légitimité à la critique. Pourquoi diable se pencher sur le contenu, quand il suffit que la pochette arbore le sigle Metallica pour que le disque se retrouve n°1 partout sur la planète dès sa publication ? Comme l’avait noté récemment le journaliste de cinéma Rafik Djoumi, nous vivons à l’époque où les personnes nées dans les années 70-80 commencent à accéder à des places hiérarchiquement élevées dans la société, imposants leurs goûts, notamment en matière de pop culture, ce qui se traduit actuellement par une hermétique tendance au revival. A l’heure où la série Stranger Things cartonne, où la NES mini est déjà en rupture de stock à peine mise sur le marché, où le reboot de SOS Fantômes a déchaîné les passions sur les réseaux sociaux, bref à l’ère des eighties élevées au rang de doudou culturel par une génération en mal de repères et d’utopies, les posters écornés du quatuor trônent en bonne place au panthéon d’une adolescence sur-fantasmée. Aussi, tout comme chaque volet de la prélogie Star Wars avait été accueilli sous des pluies de dithyrambes pour se voir vertement conchié deux ans plus tard, chaque nouvel opus des Californiens est doctement labellisé "meilleur album depuis 91" par les foules en délire, jugement qui sera battu en brèche dès que tout ce beau monde aura dessaoulé, à l’image de Death Magnetic, glorifié à sa publication et nettement revu à la baisse aujourd’hui. Autrement dit, on mesurera le véritable impact de cette dixième réalisation lorsqu’arrivera son successeur, on imagine pas avant 2025, vu que le rythme créatif des lascars va décroissant. C’est dire si cet article est rédigé en parfaite connaissance de son absolue inutilité. Fans transis, abandonnez-vous à votre ivresse, pour les autres, pliez les gaules.

Depuis la mort de Cliff Burton, Metallica est resté un groupe amputé, diminué, empêché. L’ombre du bassiste chéri continue de planer sur la destinée de ses ex-comparses, telle une lointaine autorité morale les toisant d’un œil sévère (Hetfield reconnaissant récemment en interview que leur camarade aurait certainement réfréné l’ampleur de leur virage stylistique amorcé dans les années 90). Même constat du côté des fans, lesquels, lorsqu’on leur donne la parole comme à l’occasion du Metallica by Request Tour, se montrent d’un conservatisme obstiné. Demandez-leur ce qu’ils veulent entendre au cours d’une énième tournée et, comme un seul homme, la bouche en cœur, ils réclameront les scies habituelles, "Creeping Death", "Master Of Puppets" et autres "One", confis dans la certitude – et on ne leur donne pas forcément tort – que leurs héros ne retrouveront jamais le niveau de leurs quatre premiers albums. Conscient de son côté qu’il ne réitèrera jamais le hold-up du Black Album mais en profitant de son aura comme d’un gigantesque chèque en blanc, le combo a passé plus d’une décennie à s’abandonner à l’autosatisfaction dans une relative autarcie, allant jusqu’à flirter avec le point de rupture (l’indigent et catastrophique St Anger). Death Magnetic les voyait enfin rentrer dans le rang, assumer le fait que leur Grande Œuvre était définitivement derrière eux, s’efforcer de correspondre aux canons que leurs dictaient leurs supporters. Pendant 10 ans Metallica a tenté, expérimenté, parfois complètement raté ; il s’est aujourd’hui résolu à faire de la gestion de patrimoine. S’instaure depuis lors une forme de semi retraite artistique scellée avec la tournée du Big Four, entamée dans la foulée de Death Magnetic, les Four Horsemen se résignant à faire cause commune avec leurs rivaux de toujours, telle une version metal de la tournée âge tendre et tête de bois. Et comme si tout ce beau monde s’alignait sur un calendrier régi par des forces cosmiques, 2016 aura vu chaque larron, de Megadeth à Slayer en passant par Anthrax, déballer sa dernière production, laissant le plus grand d’entre tous fermer la marche. Aucune de ces sorties ne marquera les esprits mais the show must go on.

La seule interrogation que pouvait susciter Hardwired… consistait à se demander si le groupe entérinerait une bonne fois pour toutes le mouvement rétro inauguré par Death Magnetic. Les trois premiers extraits publiés répondaient par l’affirmative : oui, Metallica confirmait qu’il n’avait plus rien de nouveau à dire et qu’il se contenterait de radoter avec plus ou moins de conviction. "Hardwired", "Moth Into Flame" puis "Atlas, Rise!" se faisaient fort, sous leurs atours speed et bagarreurs, de rassurer les fans comme on amadoue une assemblée d’actionnaires avides de rendement à 15%. Si ce nouveau brelan de titres pouvait faire illusion lors des premiers tours de piste, le jeu des écoutes répétées avait tôt fait de faire tomber les masques : alternances paresseuses de frottements de cordes à vide et de rasades de power chords impersonnelles, lignes mélodiques passe-partout, batterie enfilant les rythmiques basiques et les roulements convenus, Metallica accomplit ici le minimum syndical pour satisfaire au cahier des charges thrash. On craignait de voir débouler un double album redondant et indigeste. Pourtant, là où, dans le sillage de …And Justice For All, Death Magnetic empilait les riffs par plages de 8 minutes – avec un relatif bonheur au risque de frôler régulièrement l’indigestion – son successeur préfère se la jouer profil bas, avec plus de mesure et d’épure, s’efforçant d’installer ses climats, cherchant à développer de réelles chansons.

Mais la plus grosse surprise reste l’orientation majoritairement heavy de cette dixième réalisation. L’expéditif "Hardwired" et l’enragé "Spit Out The Bone" jeté en guise de sprint final encadrent 10 plages aux tempos plus modérés et aux guitares pesantes, d’inspiration plus sabbathienne que NWOBHM. Au fond, pourquoi pas, sauf que les cavaliers n’ont pas exhumé le heavy apocalyptique de "Leper Messiah", ni celui, plus martial, d’"Eye Of The Beholder", ni même celui, plus policé, de "Sad But True", mais plutôt le hard rock graisseux des Loads, et encore, pas celui de la première eau. Les transparents "Now That We’re Dead", "Dream No More", "Confusion", "Am I Savage?" s’oublient aussi vite qu’ils ont été gravés sur sillon, et font presque regretter les moments les moins inspirés du diptyque maudit (et la côte des oubliés "Better Than You", "Slither" et autres "Poor Twisted Me" de remonter en flèche direct), faisant s’enliser dans les sables un second disque en nette perte de souffle. Même sanction pour "Halo On Fire", le titre le plus long de cet imbitable pensum, à côté duquel les jams pachydermes "The Outlaw Thorn" et "Fixxxer" passeraient presque pour des chefs d’œuvres de sobriété et de pertinence. Seul son final, assez réussi, le rattrape in extremis. Le pompon est atteint avec le nullissime "Murder One", appâtant le chaland avec son intro rappelant lointainement celle de "…And Justice For All" pour se dissoudre ensuite péniblement durant près de 6 minutes, dont l’ennui sidéral donne une certaine idée de l’infini. Et tout ça sous le prétexte vaseux de rendre hommage à Lemmy Kilmister… Ne pouvait-on pas le laisser décaniller ses bières pépère en enfer ? Et pourtant la multitude semble s’en contenter largement, hurlant que le groupe a retrouvé la gniaque d’antan. Les bras nous en tombent. Ont-ils oublié avec quelle hargne, avec quelle haine ils avaient cloué au pilori le Metallica mid-nineties pour venir louer, 20 ans plus tard et avec un enthousiasme bovin, sa régurgitation édulcorée ? Au moins Hardwired… avalise-t-il en creux notre analyse, à savoir que cette période représentait l’ultime élan créatif du quatuor, continuant d’irriguer souterrainement son répertoire, quand bien même il joue aujourd’hui la comédie du retour au son old school. 

Bref, le brouet ne passe pas. On a envie de citer le Céline de Mort à crédit : tout cela est si lent, si lourd, si triste… Les Horsemen assurent avoir passé 800 riffs au tamis et la moisson se révèle plutôt maigre, tant l’ensemble se meut péniblement de morceaux catarrheux en vindictes arthritiques, sans que rien n’accroche véritablement l’oreille. Exonérons d’emblée ce pauvre Kirk Hammett qui, à nouveau, n’a pas eu droit au chapitre, ni même à participer à l’écriture des parties de guitare pour cause d'iPhone volé (aucune reconnaissance du ventre pour celui qui a quand même apporté sa petite pierre à l’édifice, ne serait-ce que le riff d’"Enter Sandman"). Le shredder bouclé se contente de tricoter ses solos éculés sans grande conviction, alternant reprises rythmiques laborieuses et babillages ronflants à la wah-wah (mais qu’on lui confisque cette fichue pédale, pitié !) alors qu’il avait semblé retrouver un certain allant sur Death Magnetic. Plaignons le sympathique Robert Trujillo, le maître du slapping, le champion du groove metal, cachetonnant pour faire le plot dans un groupe où la basse est systématiquement sous-exploitée. Il se borne à participer à l’écriture d’un "ManUNkind" se frottant mollement au heavy épique à la sauce Mastodon, noyé dans un ensemble qui ne profitera jamais à plein de sa science rythmique. Jusqu’à quel point peut-on se renier pour un salaire à sept chiffres ?

Mais ceci importe finalement peu, car depuis la mort de Burton, Metallica est de toute façon devenu une petite dictature autocratique fermement régentée par son batteur et son chanteur ; la qualité des réalisations du quatuor dépend donc grandement de leur santé artistique. Ce coup-ci, c’est visiblement morne plaine. Lars Ulrich a manifestement voulu montrer qu’il avait écouté les critiques, renonçant à son désormais légendaire son de caisse claire homologué par Le Creuset qui avait tant fait jaser. En toute logique, la frappe du danois a tendance à moins taper sur les nerfs, mais en dehors des martèlements vaguement tribaux saupoudrés sur "Now That We’re Dead" (et qui rappellent étrangement le coda de "Reckoning Day" qui ouvrait le Youthanasia de Megadeth) et les couleurs reprises sur le déboulé terminal "Spit Out The Bone", où il déballe la Gatling pour rejouer le massacre final de La horde sauvage, le militant anti-Napster abat la besogne sans ardeur excessive. Mais pouvions attendre davantage de la part d’un musicien qui, ayant atteint son niveau de Peters il y a au moins 20 ans, a renoncé à se transcender depuis belle lurette ?

C’est sur les épaules d’Hetfield que repose finalement l’édifice, et on en vient à se demander s’il a encore la carrure de supporter ce poids herculéen. S’il n’a plus l’acidité des années 80 ni la tessiture venimeuse des années 90, son charisme vocal conserve une certaine allure, bourru quand il scande "We’re so fucked, shit out of luck!" sur le morceau titre, convaincant tout au long d'un "ManUNkind" d'une petite coudée au-dessus du reste, parvenant même à retrouver l’efficience mélodique du Black Album pour porter à bout de larynx un "Here Comes Revenge" faiblard qui en avant bien besoin. En revanche, tonton Jaymz inquiète franchement quand il chausse la 6 cordes, tant il semble tirer à la ligne, se reposant paresseusement sur des rasades d’accords périmés semblant provenir des chutes des Loads, grossièrement soudés à la palm mute dans les breaks. On a beau se repasser l’ensemble jusqu’à l’état d’ébriété auditive complet, rien à faire, aucun phrasé n’imprime durablement les tympans. Quand l’un des plus grands guitaristes rythmiques du genre est en cale sèche et se contente de plans rebattus, il y a du mouron à se faire.

La production ne sauvera pas beaucoup ce paquebot qui a pris l’eau. Là encore, le groupe a enregistré les doléances de ses détracteurs, ces derniers leur reprochant le son brouillon et nasillard de Death Magnetic. Après 15 ans de labeur dans l’ombre, l’ingénieur du son Greg Fidelman a ainsi pris du galon en siégeant derrière la console, avec pour tâche de corriger la bévue et de rendre homogène un disque au tiers thrash et aux deux tiers heavy. Résultat : un son plat, sans le moindre relief, un mixage froid et compressé (mais la problématique du loudness war dépasse le simple cas des Horsemen) où le chant et la batterie prennent beaucoup trop de place, reléguant des guitares qui ont mis la pédale douce en matière de disto (et ne parlons même pas de la basse). Le maïdenisant "Atlas, Rise!" perd en ampleur, quant au pourtant efficace "Moth Into Flame", il faut attendre qu’un youtubeur vienne coller sa guitare à l’arrache au mix final pour mesurer son potentiel inexploité. Aussi discutable soit-il, le travail de Rick Rubin avait au moins le mérite de conférer un relatif mordant aux puddings métalliques confectionnés par les milliardaires, laissant aux riffs la place qui leur revient de droit : la première. Quant au reste, on a envie de crier "Au secours Bob Rock, reviens !" Et pourtant Dieu sait si on a reproché au Canadien peroxydé d’avoir simplifié le son de ses protégés, quand bien même il arrivait à les faire sonner comme le plus gros groupe du monde, même sur un radio réveil. On sentait le souffle rauque de Tony Iommi piaffer sur la nuque des morceaux les plus ouvertement heavy des Black/Loads. Ici, c’est peau de zob et pet de lapin, un son aussi lisse que le crâne en peau de fesse d’Alain Juppé, aussi tranchant qu’un discours d’Hollande, la doctrine politique molle d’un René Coty traduite en langue metal, fallait le faire ! On en vient finalement à se demander lequel est le pire : le tintamarre jusqu’auboutiste inaudible de St Anger ou cet espèce de consensus mou arasant tout à partir du plus petit commun dénominateur…

Et de pousser un long soupir de dépit après s’être fadé cette pièce montée franchement tarte pendant 10 jours. Tout ça pour ça. 8 années passées à repousser sans cesse l’échéance. 8 années où s’égrainaient les tournées anniversaire, les tournées à la demande, les tournées lancées jusqu’au trou du cul du monde, histoire de défriser les moustaches des phoques d’Antarctique à coups de décibels. 8 années perdues en projets moisis (le blockbuster Through The Never, ni fait ni à faire, Lulu, cette sombre plaisanterie même pas drôle). 18 mois de torture, terré dans le bunker HQ, à mater la barbe de clochard de Lars Ulrich. 18 mois gâchés à bricoler, triturer, malaxer des riffs qui se ressemblent tous avant d’aller chercher les gosses à quatre heures en hummer. 18 mois de purgatoire engloutis dans la confection de titres informes rafistolés et nivelés sur Pro-Tools. Tant de souffrance pour satisfaire les foules affamées avec un double album à peine plus long que St Anger ou Death Magnetic, sans que cela se justifie, comme si, pour exister, Metallica était condamné à la démesure, au gigantisme conduit à marche forcée. On a l’impression que les disques s’allongent au même rythme que l’inspiration diminue. Car en réalité, voilà plus de 25 ans que les quinquas commettent systématiquement des double albums (Load/Reload pouvant être considéré comme un quadruple) avec une absolue absence de discernement. Laquelle trouve peut-être ses origines dans les retombées astronomiques du Black Album. Lancés dans une tournée sans fin, les cavaliers avaient fini par lâcher le copieux coffret Live Shit à leurs ouailles, frustrées d’attendre une suite qui tardait à venir. Cette logique du binge and purge est depuis systématiquement reconduite : plusieurs années passées à enfanter un disque trop travaillé, trop pensé, trop produit, trop dispersé, trop délayé pour l’accoucher enfin au forceps et le balancer à des estomacs piallants et criaillants. Alors même que les Californiens ne se sont jamais montrés totalement indigents : Load/Reload regorgeait d’une matière suffisamment solide pour, après une cure de régime express, proposer un manifeste hard rock ultime ; limité à un EP d’une brève demi-heure, St Anger pouvait passer pour une expérimentation intéressante car promise sans lendemain ; raboté d’un bon quart, Death Magnetic aurait gagné en intensité – eh oui, on continue à défendre ce disque, encore plus sympathique à nos yeux maintenant qu’on connaît la suite. Même constat pour ce Hardwired… dont l’imposante carcasse dissimule un petit effort plutôt méritoire s’il ne s’était pas perdu en langueurs superflues.

On ne demande finalement que ça à nos idoles passées : un peu de lucidité. Assumez le fait que vous n’avez plus la forme des grands jours, que le robinet de l’inspiration s’est tari, que seule l’expérience live justifie désormais votre statut de colosse. Faites simple, faites concis. Osez enfin, 30 ans après Master of Puppets, le simple LP, maintenant que vos disques n’ont plus pour autre fonction que de justifier la mise en branle d’une tournée de trois ans et de renouveler vos setlists à la marge (taillés pour les arénas, "Atlas, Rise!", "Moth Into Flame" et "Spit Out The Bone" rempliront parfaitement cet office). Osez vous regarder franchement dans le miroir, vos babines écument toujours mais vos canines sont émoussées. Am I Savage ? Non, juste un peu trop dodus et repus. Enième déception avant l’ultime sanctification ?

Note de 3.5/5
Un disque qu'on aime détester et qu'on adore écouter. Metallica n'a pas tout réussi avec son nouvel album. Mais ça dépote, alors franchement: pourquoi s'en priver ? Note pour la suite: faire une pochette digne de ce nom quand même...
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Commentaires
Battlegate, le 28/04/2017 à 07:04
Oui c'est vrai que cet album est long et qu'il y'a quelques passages superflus pourtant je l'ai écouté avec plaisir du début à la fin. En revanche votre article me semble d'une longueur extravagante et absurde pour essayer de faire comprendre à vos lecteur que vous savez comment la musique d'un tel groupe doit être composée et produite! `
Agua, le 06/01/2017 à 17:38
Une critique de Maxime écrite avec style et références, merci ! Je ne peux qu'adhérer à cet avis, étant un vieux de la vieille. Et oui, l'inspiration des Californiens d'adoption s'est tarie depuis longtemps. Quant à leurs prestations live depuis quelques années, pour ceux comme moi qui ont eu la chance de les voir en 84,86 et 88, c'est désormais de la prestation approximative de SAV.
Raleur, le 01/12/2016 à 15:05
Wahou vous êtes durs les gars. Pourquoi tant de haine? Bien sur que Metallica n'est plus le Metallica de Master , mais faut arrêter de vivre dans le passé comme ca ! :) Votre critique est bien écrite, mais concrètement, vous ne parlez presque pas des morceaux. Ca donne l'impression que vous étiez en mode "de toute façon cet album allait etre naze, je le savais avant de l'écouter. Et de toute façon ca fait 25 ans qu'ils ont rien fait de bien. En plus ils sont milliardaires, gnagnagna..." Bref dommage.