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Critique d'album

Marillion


Fuck Everyone And Run (F E A R)


(23/09/2016 - earMUSIC - néo prog - Genre : Rock)
Produit par Marillion, Mike Hunter

1- El Dorado I. Long-Shadowed Sun / 2- II. The Gold / 3- III. Demolished Lives / 4- IV. F E A R / 5- V. The Grandchildren of Apes / 6- Living in F E A R / 7- The Leavers I. Wake Up in Music / 8- II. The Remainers / 9- III. Vapour Trails in the Sky / 10- IV. The Jumble of Days / 11- V. One Tonight / 12- White Paper / 13- The New Kings I. Fuck Everyone and Run / 14- II. Russia's Locked Doors / 15- III. A Scary Sky / 16- IV. Why Is Nothing Ever True? / 17- Tomorrow's New Country
Note de 4.5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Le quintette d'Aylesbury en pleine possession de son néo-prog. Epique - bien sûr - et immanquable."
Nicolas, le 14/11/2016
( mots)

Aborder un album de Marillion est loin d’être chose aisée. D’ailleurs vous l’avez sans doute remarqué, Albumrock n’avait jusqu’ici jamais osé s’attaquer à un de leurs disques. Pourquoi ? Là encore, vaste sujet. D’abord parce qu’en dépit - ou peut-être à cause - de sa longévité, le quintette d’Aylesbury s’est fait rare ces dernières années. Ensuite parce que Sounds That Can’t Be Made, leur avant-dernier effort, quoique très appréciable à plus d’un titre, n’était sans doute pas la porte d’entrée idéale à leur discographie. Enfin et surtout parce que Marillion possède un passif vis-à-vis du monde du rock, et de fait n’a pas joui d’une bonne presse - c’est le moins qu’on puisse dire - au cours des deux décennies précédentes. À l’heure de la sortie de ce dix-huitième (!) album studio, il est temps de rendre à César ce qui est à César.


Le plus gros crime de Marillion a été de faire du rock progressif à une époque où plus personne n’en faisait - les années 80 -, de s’être acharné à en faire alors qu’on avait beau leur dire que leur musique était ô combien surannée voire pathétique, et, pire que tout, d’avoir réussi à avoir du succès et à vendre des disques. Il est un fait que rarement une formation de qualité s’est attirée à ce point l’ire des médias spécialisés, et avec un tel acharnement. On les a accusés de n’être que des suiveurs des abjects Yes, ELP et Genesis alors même que leur néo-prog faisait preuve d’une singularité admirable. On a moqué leur vocation de story-tellers, leurs allants héroïques, la lascivité de leurs développements instrumentaux. On a refusé de les interviewer, d’écouter leurs disques, d’en parler dans les journaux, même pour en dire du mal. Pire encore, une partie de leurs fans s’en est allée lorsque leur chanteur originel, Fish, fut remplacé par Steve Hogarth. Résultat : même si Marillion a vendu beaucoup de disques dans les années 80 et au début des 90’s, le groupe s’est fait lourder d’EMI en 1995 suite à la sortie d’Afraid Of Sunlight au motif... qu’ils n’avaient pas réussi à scorer le top ten anglais. La belle excuse. Et tout aurait normalement dû s’arrêter là.


C’était sans compter sur l’incroyable ténacité de Steve Rothery et de ses sbires qui, piqués au vif dans leur orgueil, ont refusé de céder face à l’adversité. Deux albums ont suivi, distribués par Castle et entérinant le déclin mainstream d’un groupe au bord de la banqueroute, avant que marillion.com - co-produit par Steven Wilson - ne voie le jour en 1999, disque charnière s’il en est puisque financé grâce à une souscription sur internet. Bien avant l’ère du financement participatif, Marillion parvenait à maintenir la tête hors de l’eau en devenant indépendant et en survivant grâce à ses fans. Intact, leur label initial, a ensuite laissé place à Ear Music dans les années 2010, mais la formule de subsistance retenue par le groupe n’a que peu varié depuis lors, une souscription étant lancée environ un an avant la sortie de chaque nouvel album. Dans le même temps, la vapeur critique s’est lentement renversée à mesure que le rock progressif a retrouvé quelques couleurs à l’aube du troisième millénaire. Au fil des années, Marillion a regagné ses lettres de noblesse, ses albums se sont davantage vendus alors que ceux de la concurrence mainstream ont plongé - la faute, quelle ironie, à internet justement -, ses concerts ont recommencé à se remplir, et quelques disciples se sont même mis à emboîter leurs pas néo-progressistes - on pensera en particulier aux plus brillants de ces admirateurs, Gazpacho, eux qui se sont nommés à partir d’une chanson de leurs modèles (l’opening track d’Afraid Of Sunlight, tout un symbole) et qui ont débuté comme tribute band des anglais. Aujourd’hui, Hogarth et Rothery ne sont certes pas devenus hype, mais ils comptent plus que jamais dans le paysage progressif contemporain. Ce d’autant, et nous allons le voir tout de suite, que leur dernière livraison en date mérite un sacré détour.


Qui dit Marillion dit néo-progressif, terme galvaudé qui ne veut plus dire grand-chose tant les hérauts de cette mouvance ont versé dans des styles différents. Rappelons juste quelques évidences qui seront à même de vous éviter une mauvaise surprise, voire même une déconvenue, à la première écoute de ce FEAR. Le rock de Marillion n’est pas immédiat, c’est tout le contraire : il prend son temps, ne compte ni ses introductions, ni ses lentes montées en puissance. Le crescendo représente le leitmotiv principal des anglais : ça commence tout doux et ça finit avec un chanteur qui scande ses textes comme si sa vie en dépendait, les guitares à fond, les synthés conquérants. Et c’est souvent lorsque le climax est atteint que la tension retombe brutalement et qu’un nouveau motif instrumental fait son apparition, là encore sans se presser. Pas de technique ou très peu ici, les ambiances étant privilégiées avant toute autre chose. Marillion est à la fois très simple dans sa délivrance mais effroyablement touffu dans l’élaboration de ses airs, de leur conception à leur rendu terminal. Le revers de cet hermétisme de façade, c’est une plue-value de long terme : vous mettrez longtemps avant d’épuiser tous les trésors, toutes les nuances que le groupe a voulu mettre dans chaque album, et vous aurez toujours plaisir à y revenir ensuite.


Qui dit Marillion dit concept-album, ça ne loupe jamais ou presque. Dans les faits, ce FEAR, Fuck Everyone And Run, sous-tend un discours particulièrement pessimiste sur l’isolement, la solitude, l’abandon - lié à notre appétence pour la finance et l’argent (El Dorado), nos modes de déplacement (The Leavers) -, mais aussi sur l’évolution politique d’un monde qui semble au bord de l’implosion (The New Kings), et les récents événements planétaires ne viendront pas leur donner tort. Steve Hogarth se fait le prophète d’un monde occidental vieillissant, en perte de repères, et tâche ici de nous secouer pour nous empêcher de filer tout droit à la catastrophe. Plus engagé politiquement que par le passé (on se souvient du pamphlet “Gaza” sur Sounds That Can’t Be Made), Marillion insère du poil à gratter dans ses nappes instrumentales caressantes et s’essaye à aiguillonner notre conscience sans pour autant marteler un discours trop frontal. Les non-anglophones pourront quoi qu’il en soit passer sur le contenu thématique et poétique de l’ensemble, mais la plus-value apportée ici par rapport à une industrie mainstream anglo-saxonne qui brasse beaucoup de vide se montre on ne peut plus appréciable.


FEAR se décompose “grossièrement” en trois grands actes, eux-mêmes scindés en quatre ou cinq morceaux distincts et pas forcément liés mélodiquement les uns aux autres. Pour faire court, El Dorado est le plus élégiaque, The Leavers le plus roboratif et The New Kings le plus épique. Il est évidemment impossible de détailler toutes les pépites que vous trouverez ici, mais certains passages se détachent assez nettement. À commencer par “The Gold”, du Marillion pur jus avec deux minutes de nappes lumineuses, une jolie balade effleurée par une basse ronde, un refrain balancé aux puissances célestes, un splendide solo de guitare en apesanteur. Et puis il y a le bipolaire “Demolished Lives”, tantôt solaire, tantôt noyé dans les ombres angoissantes, “FEAR” qui joue justement sur un crescendo épique assez irrésistible, “Wake Up In Music” à l’intro cristalline absolument magique et au final en apnée. Si Steve H Hogarth reste omniprésent avec son chant hanté, mi rêche, mi soyeux, se rappelant sans cesse à nos oreilles au détour d’un chemin balisé, il sait parfois s’effacer (moins ici que sur d’autres disques) pour de jolies escapades insouciantes (“Vapour Trails In The Sky”). Épique donc, la troisième pièce brille particulièrement sur un “F**k Everyone And Run” d’une douceur et d’une puissance émotionnelle rare, tandis que sa conclusion “Why Is Nothing Ever True?” appuie un peu sur la pédale de saturation et lâche la bride à tous les instruments pour aller tutoyer la charge héroïque, toute en rage et en poésie. N’oublions surtout pas les deux morceaux intercalés, “Living In FEAR” avec ses arpèges aliénants et son refrain altier, ou encore le plus délicat mais non moins habité “White Paper” qui met un certain temps avant d’éclater dans toute sa splendeur. Et vous n’avez là qu’un minuscule résumé des réjouissances au programme.


Pour être tout à fait honnête, il manque sans doute à Fuck Everyone And Run un poil de cohérence et de liant pour emporter l’adhésion sans réserve. Complexe, foisonnant, ce dix-huitième jet studio peut parfois se perdre dans des détours par trop suaves ou au contraire ne pas assez revenir sur ses thèmes forts. On pourra ainsi lui préférer le plus aventureux Sounds That Can’t Be Made ou le plus refondateur Marbles, tous deux un poil plus constants… même s’il n’est pas interdit de remonter à Misplaced Childhood ou Clutching At Straws pour la période Fish, ou Afraid Of Sunlight pour la période Hogarth, si vous voulez toucher à la grâce du pentacle d’Aylesbury. Toujours est-il qu’un album de Marillion, même imparfait, reste quelque chose de rare, une sortie à guetter, à déguster par petites touches et à ruminer lentement. Un voyage qu’il n’est pas trop tard pour entamer, même si vous risquez d’avoir près de trente-cinq années à rattraper. Espérons en tout cas que les cinq hommes récolteront un jour les lauriers qui leur ont toujours été refusés. Le vent à déjà commencé à tourner, ne reste plus qu’à attiser les braises...

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Commentaires
karlystef, le 26/01/2017 à 13:50
très très belle chronique et totalement mérité pou ce groupe et cet album bien réussi
christian, le 25/11/2016 à 18:47
RDV à Lille le 09/12
Etienne, le 14/11/2016 à 13:03
Ça c'est de la chronique !
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