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Critique d'album

Thrice


To Be Everywhere Is To Be Nowhere


(27/05/2016 - Vagrant - Alternatif - Genre : Rock)
Produit par Eric Palmquist

1- Hurricane / 2- Blood on the Sand / 3- The Window / 4- Wake Up / 5- "The Long Defeat" / 6- Seneca / 7- Black Honey / 8- Stay With Me / 9- Death from Above / 10- Whistleblower / 11- Salt & Shadow
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Sénèque un cri de révolte."
Benoit, le 10/11/2016
( mots)

Le nom de Thrice ne vous dit peut-être rien, et pourtant ce groupe discret a déjà 17 années d'existence. Avec au compteur pas moins de 9 albums studios, la discographie du quatuor Californien ne compte aucun faux-pas. D'albums concepts en renouveau identitaire, Thrice n'a eu de cesse d'élargir son horizon musical, tout en parvenant à conserver une signature musicale remarquable. Il est donc peu étonnant d'apprendre que le groupe est parvenu à classer son dernier né à l'honorable 15ème place des charts, ainsi qu'à la 1ère place des ventes indés US dès sa sortie. Digne successeur du très réussi Major/Minor, To Be Everywhere Is To Be Nowhere est un condensé représentatif de la diversité des tonalités et des styles qui ont marqué la carrière de ce groupe atypique. Avec ce nouvel opus efficace, accessible et engagé, Dustin Kensrue prouve une fois de plus qu'il est un des songwriters les plus talentueux de sa génération.


Après une tournée d'adieux en 2012, le public était persuadé de devoir attendre un 4ème album solo pour s'extasier sur la voix puissante et singulière du prédicateur-crooner-screamer. Mais Thrice en avait encore sous le pied et, en dépit de l'éloignement géographique et de plans de carrières divergents, 3 années auront suffi pour reconsidérer la séparation. La surprise est totale quand le groupe annonce sur son site un retour pour 2015. Un an plus tard l'objet tant convoité sort des presses et toppe d'emblée les charts. Il faut dire que le choix de "Black Honey" en guise de teasing est une idée assez judicieuse, vu que le titre est à l'image de l'album dont il est extrait : sa composition évoque un retour aux sources, quand son message annonce un engagement politique renforcé et une critique sociétale plus acerbe. Ce 9ème album, Dustin Kensrue l'envisageait initialement comme un concept album. Les seuls vestiges de cette approche sont l'intitulé de l'album (une citation de Sénèque le Jeune) ainsi que le titre-césure instrumental "Seneca". Mais au fil de sa création le projet a pris une toute autre direction. Distance oblige, la création de To Be Everywhere Is To Be Nowhere a bénéficié d'une approche nouvelle pour le groupe. Chaque membre a composé dans son coin des samples instrumentaux qu'il a pu juger intéressant et les a partagé via le net. Ainsi à la manière d'un puzzle, des associations de plages étaient proposées, jusqu'à ce qu'une idée germe. Ensuite des peaufinages étaient élaborés quand ils se rencontraient, et les textes des chansons étaient révélés par Dustin juste avant l'enregistrement en studio. Cette organisation de travail permet une alchimie parfaite. Ainsi les thèmes et paroles sont parfaitement mis en valeur par les variations rythmiques, les cassures et les utilisations d'effets comme la reverb, les saturations et les échos.


L'engagement caritatif de Thrice est une constante depuis sa création. Le groupe n'hésite pas à soutenir des associations humanitaires en reversant une partie des revenus de vente d'albums. Avec cet album, il partage son goût pour l'engagement et les causes justes sans pour autant se poser en moralisateur. Néanmoins le ton s'endurcit. Les "we" font désormais place aux "you", car le prédicateur post-punk décide de s'adresser plus frontalement à une masse dormante de plus en plus détachée des questions civiles et politiques. Ces apostrophes poussent l'auditeur à une remise en cause de son rôle social trop passif ("Wake Up") qui permet aux décisionnaires politiques des actes que la décence et la logique devraient pourtant réprouver ("Black Honey","Blood on the Sand","Death from Above"). Cependant, la trame d'écriture de Dustin reste inchangée et présente toujours des hyperboles bibliques dissimulées sous des références littéraires de Science Fiction, le tout sur fond de réflexions empruntées aux écoles philosophiques de la Grèce Antique pour critiquer la société moderne et mettre le point sur ses dérives. Pour appuyer les sentiments de malaise et d'inconfort, le groupe utilise comme à son habitude les changements rythmiques et les effets de saturation mis en opposition à des sons plus clairs au sein d'un même morceau. Sur le plan des références musicales, nous pouvons citer A Perfect Circle pour les arpèges et l'atmosphère de "Death From Above", Pixies pour l'intro de "Hurricane" et Colour Revolt pour l'inspiration générale sur "Wake Up". Un des titres phares de l'album, "Whisteblower", s'annonce comme une apologie à la dénonciation d'actes iniques, calquée non seulement sur les exemple de l'ex-agent de la NSA, Edward Snowden ou du créateur de WikiLeaks, Julian Assange, mais aussi et surtout sur la propre expérience de Dustin Kensrue en tant que pasteur démissionnaire de l'église Mars Hill suite à la révélation d'un scandale interne. A noter également, l'utilisation d'effets sub-aquatiques (déjà expérimentés sur les albums Vheissu et The Alchemy Index vol.2) sur le titre de clôture "Salt & Shadow", ayant pour but de marquer la distance et l'isolement, dans ce morceau qui déplore le manque paradoxal de lien social tangible généré par l'utilisation abusive des médias de télécommunication et a fortiori des réseaux dits-sociaux. Ce morceau permet de trouver un nouveau sens à l'aphorisme "To be Everywhere Is To be Nowhere", en le plaçant dans un contexte moderne où les nouvelles technologies nous permettent d'être à la fois symboliquement partout et par extrapolation nulle-part. La reprise de la mélodie du titre introductif de l'album, jouée au piano par Teppei Teranishi en toute fin du dernier titre, sonne comme un appel à rejouer l'album ou une volonté de créer une boucle. Et pourtant cet ajout n'était initialement pas prévu par le groupe, qui a juste souhaité faire figurer cette version obtenue lors d'un moment de détente après l'enregistrement de l'album.


Ce 9ème album marque donc un besoin de faire prendre conscience des inepties et des dangers de la société moderne, et du besoin fondamental de quitter nos bulles virtuelles qui nous éloignent de la réalité et des enjeux fondamentaux de la Société. La détresse se mêle à la révolte et aux mises en garde, le message est clair et pourtant déjà maintes fois entendu. Rien de neuf pour un album de révolté, penserez-vous, les rayons de la FNAC regorgent de bien-pensants moralistes qui continuent d'engraisser des majors dont le but avoué est de faire régner le consumérisme via les médias mainstream en matraquant nos pauvres progénitures d'hymnes dé-musicalisés et sans âme incitant à la surconsommation imbécile et à la distraction des masses. Certes, mais au moment oú nous écrivons ces lignes, Donald Trump vient d'être élu 45ème président de la confédération des Etats-Unis d'Amérique, 1ère puissance mondiale. L'homme de paille aux idées abjectes et rétrogrades, le plus moqué et détesté en ce début de siècle, vient de remporter la lutte électorale avec un slogan publicitaire démagogue et sans programme de campagne défini (si ce ne sont des ambitions xénophobes de maçonnerie démesurée, l'abolition des droits de vote pour les femmes américaines et l'autorisation du port d'armes dans les lieux de culte). C'est une victoire pour l'ignorance et la haine de l'autre. Ceci n'empêchera certes pas le soleil de se lever et les planètes de continuer leur rotation, mais nous allons entrer dans une ère propice à l'indignation et à la révolte. Vous pensez peut-être que ce n'est que de la musique, mais rappelons-nous qu'avant de nous divertir son rôle premier est de nous informer. Son impact sur l'éveil des consciences collectives ne peut être ignoré, et dans ce climat nous avons besoin de ce genre d'artistes, d'albums et de messages. L'Art est de loin le meilleur vecteur pour propager votre indignation de manière efficace et susciter la réflexion.


"Come on, we gotta wake up ! Oh I think they're gathering for war." (Thrice, 2016)


 


Titres marquants : Blood on the Sand, Black Honey, Death From Above, Whistleblower


Titres dispensables : The Long Defeat, Wake up

Avis de première écoute
Note de 3/5
Un album de rock alternatif très honnête aux relans Foo Fighters, Biffy Clyro voire Incubus. Thrice réussit toujours dans un genre dont il est l'un des derniers représentants émérites. Mention spéciale pour "Whistleblower", petit morceau de bravoure assez sport.
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