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Critique d'album

Dido


No Angel


(01/06/1999 - Sony BMG - Pop / Electronica - Genre : Autres)
Produit par

1- Here with Me / 2- Hunter / 3- Don't Think of Me / 4- My Lover's Gone / 5- All You Want / 6- Thank You / 7- Honestly OK / 8- Slide / 9- Isobel / 10- I'm No Angel / 11- My Life / 12- Take My Hand
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Le mainstream à son apogée, peu avant le déclin inexorable du marché du disque."
Nicolas, le 04/03/2010
( mots)

C'est en furetant avec minutie dans notre mémoire afin de raviver la flamme de la décennie passée que l'on s'est aperçu (enfin, du moins l'auteur de cette chronique) que l'un des albums pop majeurs de cette période avait été complètement passé sous silence en ces pages. Profitons donc de cette année bilan sur albumrock pour nous pencher à rebours sur ce bien joli disque, et prenons prétexte à cette petite rétrospective pour placer No Angel dans une perspective plus vaste, à la croisée des chemins entre la crise de l'industrie du disque et l'émergence d'internet et du peer to peer. Car vous le verrez, dans les deux cas, cet album se révèle être un exemple particulièrement représentatif d'un monde musical en pleine mutation.


La critique


S'il est vrai que le temps procure souvent la maturation nécessaire à la production des plus belles œuvres, Dido Armstrong a bénéficié de près de cinq années pour accoucher des douze chansons qui composent cet opus. Cinq années durant lesquelles la jeune femme, issue du milieu de la musique classique (elle a étudié le piano durant plus de dix ans), a pu ruminer ses pop-songs et ses arrangements classieux en s'abreuvant à la source familiale. C'est en effet au sein du collectif électro Faithless, dirigé par son frère Rollo, que Dido a fait ses premières armes sur scène et en studio. La suite de l'histoire est désormais connue de la plupart d'entre vous : première sortie de l'album en 1999 aux states dans un relatif anonymat (alors que le disque a connu le plus gros de sa carrière sur les années 2000 et 2001), mise sur orbite amorcée par l'utilisation du single "Here With Me" comme générique d'ouverture de la série TV Roswell, évolution exponentielle des ventes via le succès monstre du fameux "Stan" d'Eminem qui sample le couplet de "Thank You", et enfin rotation incessante des tubes de l'album sur les ondes FM qui aboutiront à la bagatelle de 21 millions de copies vendues de par le monde.

Avant d'aller plus loin, il convient évidemment de s'extirper de ce fameux contexte médiatique envahissant, de tenter de faire abstraction du matraquage radiophonique en règle que nous avons tous dû subir à l'époque où cet album a connu le succès. Car si aujourd'hui l'écoute de morceaux tels que "Hunter" ou "Here With Me" est parfois propice à déclencher un vague haut le cœur, cela n'affecte en rien un potentiel musical dont la profondeur se révèle plutôt rare pour un genre qui flatte souvent nos instincts les plus superficiels. La voix de Dido n'est bien sûr pas étrangère au charme de l'album : à la fois douce et volontaire, aussi chaude qu'enveloppante, se parant parfois d'une pointe de raucité et laissant transparaître une once de fragilité derrière une façade d'assurance, cette voix magnifique imprègne le disque comme un parfum suave et entêtant. Ajoutez à cela de jolies mélodies servies par un florilège d'arrangements faisant la part belle au classique trio guitare acoustique-basse-batterie, aux violons majestueux, aux beats électro tranquilles et aux nappes synthétiques vaporeuses, et vous obtenez un album pas si facile que cela à catégoriser, particulièrement homogène, et aussi accessible en surface que délectable en profondeur. Le mainstream poussé à son apogée, en quelque sorte.

Si les deux singles pré-cités et le sémillant "Don't Think Of Me" se chargent d'ouvrir les hostilités sur un mid-tempo particulièrement inspiré mais tout à fait classique pour du FM-compatible, le reste de l'album s'avère en revanche beaucoup plus calme et contemplatif, et c'est là qu'il prend ses véritables marques de noblesse. On pourra ainsi se délecter d'un magnifique "My Lover's Gone" drapé dans ses plages de synthés en apesanteur et concassé par une rythmique presque tribale en arrière fond, des superbes décalages majeur - mineur qui irradient "Thank You" d'une beauté proprement lumineuse, des troublants enchevêtrements vocaux qui portent à bout de bras un "Slide" à l'attraction littéralement magnétique, ou encore des ingénieux lacis de synthés à tonalité surnaturelle qui s'évadent de "Honestly OK" et qui assurent une mise en orbite élégante à un doux refrain atmosphérique. Ailleurs, on pourra savourer à l'envi les percussions étranges d' "Isobel", contrastant de façon éblouissante avec une mélopée aussi suave que câline, ou encore le clacissisme feutré d'un "I'm No Angel" transporté par une merveilleuse mélodie aussi pudique que généreuse. Notez que ce qui frappe ici, c'est la retenue et la modestie d'un chant qui se retrouve transfiguré par des textes doux-amers, tournant autour du lit conjugal et qui respirent une sensualité aussi troublante que désespérée. Ainsi l'auditeur se voit-il embarqué malgré lui dans une lente exploration de la psyché féminine, voyage conclu par le calme rêveur d'un "My Life" acoustique contrastant avec l'immersion hallucinée d'un "Take My Hand" rythmé par des beats débordants d'urgence et qui occultent presque les grandes orchestrations explosant dans le décors.


No angel est un disque simple et beau (au sens fort du terme), aussi élégant que charnel, et dont aucun morceau ne mérite d'être mis à l'écart, pas même un "All You Want" qui se laisse pourtant aller à une certaine facilité (en tout cas par rapport aux autres titres). Un disque au charme rêveur, une ode à la féminité et à la plénitude amoureuse, et probablement l'un des albums que l'on peut le plus facilement faire tourner en boucle sur une platine CD sans craindre la moindre lassitude - et ça, ce sont de longues années passées en compagnie de ce disque qui peuvent en témoigner. Comme quoi, tout ce qui passe sur les ondes FM n'est pas forcément synonyme de poubelle...


 


 


Pour aller plus loin


 



On pourrait bien sûr s'arrêter là, glisser la galette dans un lecteur CD, appuyer sur "play" puis sur "repeat all", et laisser le charme de l'album faire son office. Pour autant, No Angel a déboulé sur la planète en même temps qu'un énorme pas en avant technologique qui a tout bonnement bouleversé notre manière de concevoir la musique, le peer to peer. Les plus vieux d'entre nous se remémoreront ainsi avec nostalgie les premiers sites d'échange de fichiers mp3, Napster ou Audiogalaxy, les temps d'attente interminables pour récupérer quelques méga-octets via un modem 56k, et le plaisir immense de découvrir des morceaux inédits bien que d'une qualité sonore souvent douteuse. Oui, l'auteur de ces lignes a piraté des chansons de Dido, pourquoi le nier ? Les titres en question n'étaient de toute façon sortis sur aucun support physique, ou alors étaient éparpillés au sein de singles ou albums studios quasi-introuvables chez le disquaire du coin. C'est pourquoi le rédacteur coupable peut vous affirmer avec force que l'oeuvre de la jeune anglaise recèle encore de quelques pépites méconnues du grand public. Mettons-nous d'accord, il n'est ici nullement question de ses albums studio ultérieurs, le second (Life For Rent) se révélant particulièrement inégal et probablement pas aussi honnête que son prédécesseur, et le troisième (Safe Trip Home) s'avérant tout simplement complètement raté. Non, il faut plutôt aller chercher du côté des B-Sides, au premier rang desquelles un "Worthless" d'une étonnante richesse, alignant trois lignes mélodiques imparables sur fond de boite à rythme lascive et d'orchestrations éclectiques, piano dub, trompettes solaires et synthés en suspension.



Mais pour aller plus loin, il faut surtout se tourner vers les participations de la chanteuse au sein du collectif Faithless de son frère Rollo Armstrong. Quand on sait que l'homme a produit l'album de sa petite sœur, on ne sera pas forcément étonné de retrouver les mêmes ambiances ouatées sur des morceaux comme le complexe et étrange "Hem Of His Garment" (album Sunday 8PM), le tranquille et plantureux "Flowerstand Man" (album Reverence) mais surtout le sublime "One Step Too Far" (album Outrospective), aux atmosphères aussi pures qu'irréelles. On n'oubliera pas la version démo préliminaire de "Don't Leave Home", simple guitare sèche-percussions-voix d'un dépouillement touchant qui contraste avec les rajouts instrumentaux artificiels ornant la version studio de Life For Rent, ou encore le très beau et très simple "Christmas Day" enregistré pour une compilation de chants de Noël. Et en cherchant bien, vous trouverez probablement un morceau inédit magnifique capté en live (même traitement que "Don't Leave Home") : "Afraid To Sleep", qui n'a a priori jamais connu les honneurs des bacs. Si d'aventure vous vous essayez à placer ces titres dans le prolongement de la playlist de No Angel, vous serez ébahis de constater l'incroyable harmonie qui en résulte, et qui offre ainsi à l'album un second souffle particulièrement réjouissant. Par contre, le duo de Dido et de Santana (album Shaman), "Feels Like Fire", n'est pas particulièrement mémorable. Attention, ne vous méprenez pas : il n'est ici nullement question de faire l'apologie du piratage. D'ailleurs, depuis cette période préhistorique du peer to peer au cours de laquelle les malversations sporadiques en question n'avaient aucune influence sur le marché du disque (qui atteignait alors son apogée), les morceaux incriminés ont été dûment et légalement acquis via iTunes par le fautif (sauf les captations live, par définition). Autres temps, autres mœurs, comme on dit, mais en l'occurrence cette anecdote historique illustre parfaitement à quel point la dématérialisation de la musique et son ubiquité ont modifié notre façon de consommer ce média.


 



Dernière digression, et non des moindres. En effet, No Angel s'est vendu à 21 millions de copies, comme on l'a vu plus tôt. Cela peut sembler anecdotique, d'autant que nombre d'albums ont largement dépassé ce seuil auparavant (52, très exactement, liste complète à découvrir par ici). Pourtant, sur les années 2000, seuls Linkin Park (avec Hybrid Theory) et les Backstreet Boys (avec Black and Blue) ont fait mieux avec 24 millions de copies écoulées, et on signalera au passage que ces deux albums sont tous deux sortis en 2000. Peu de temps après, on a pu noter que Shakira avait écoulé 20 millions d'exemplaires de son Laundry Service en 2001, de même que Usher et son Confessions datant de 2004. Mais par la suite, plus aucun album studio n'a franchi la barre fatidique des 20 millions d'exemplaires vendus. Plus aucun. Pour nous donner un point de comparaison, prenons Coldplay et son Viva La Vida, succès commercial qui nous semble extérieurement phénoménal. Or l'album ne s'est vendu qu'à 9 petits millions d'exemplaires sur support physique, même s'il est également le disque le plus téléchargé de tous les temps de façon légale (700.000 exemplaires, une goutte d'eau dans un océan de dollars). Avouez que tout ça ne pèse pas bien lourd en comparaison des 25 millions de galettes vendues par la bande à Bono avec The Joshua Tree, sans même rentrer dans les disques légendaires à la Thriller. Bien évidemment, vous aurez noté que c'est en 2001-2002 que le peer to peer et surtout l'internet haut débit se sont démocratisés, avec un rapport de cause à effet impossible à nier entre piratage de masse et disparition des disques phénomènes. Ainsi, c'en est désormais fini des blockbusters musicaux comme des produits surcalibrés pour générer un maximum d'argent, et à ce titre No Angel représente l'une des épitaphes les plus évidentes d'une époque à jamais révolue, celle d'un star system tout puissant qui transformait les artistes les plus futés et les mieux soutenus par leurs labels en multimillionaires mégalomaniaques et suffisants. Il n'y a qu'à voir ce que sont devenus U2 et les Guns N' Roses pour s'en rendre compte, mais Dido n'est finalement pas si éloignée de cette image peu flatteuse lorsque l'on se penche sur sa discographie ultérieure.



C'est là probablement l'un des seuls effets bénéfiques du peer to peer sur le monde de la musique en général (et du rock en particulier), car il est évidemment ridicule d'affirmer que le fric tue tout talent ou encore que chaque vente spectaculaire ne doit son succès qu'aux seuls efforts marketings des majors qui ont distribué à l'album. Si beaucoup de blockbusters en vinyle cachent des soupières creuses propres à noyer le plus grand nombre d'ouailles possibles - quand on pense que la BO de Dirty Dancing a trouvé preneur dans 42 millions de foyers !!!, d'autres dissimulent de véritables chef d'oeuvres, écrits et réalisés par des groupes ou des individus qui ont changé la face de la musique contemporaine à tout jamais. Ce constat appelle illico quelques questions : des groupes comme Metallica, AC/DC, Oasis, Nirvana, Pink Floyd, Dire Straits, Led Zeppelin, ou même The Beatles, dégageraient-ils sur nous la même aura, susciteraient-ils en nous les mêmes fantasmes s'ils n'avaient pas vendus autant de disques ? Back In Black, The Dark Side Of The Moon, le IV de Led Zep, Sgt. Peppers, Nevermind, ou encore Appetite For Destruction, auraient-ils la même saveur, le même goût d'excellence, s'ils n'avaient pas rencontré un tel succès populaire ? Et inversement, les Libertines se seraient-ils séparés si leur Up The Bracket avait ravagé les charts mondiaux ? La discographie ultérieure des Strokes aurait-elle été aussi décevante s'ils avaient écoulés 25 millions de copie d'Is This It ? Quel tour de force aurait pu nous proposer Jack White si son Elephant s'était vendu à plus de 30 millions d'exemplaires ? Quel monument rock aurait pu sortir de l'encéphale de Josh Homme si son Songs For The Deaf avait explosé les compteurs à dollars ? Il s'agit là d'une rock-fiction finalement assez intéressante, car derrière le constat accablant d'un marché du disque en pleine déconfiture se cache une question fondamentale, question qui nous taraude tous inconsciemment et dont on craint de découvrir un jour la réponse : dans ce contexte, les années 2000 et les suivantes seront-elles encore capables d'engendrer des monstres du rock (et de la pop) tels qu'on en a connus auparavant ?

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