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Chronique Livre

Mark Hollis ou l'art de l'effacement


Frédérick Rapilly - Le Boulon/ Editions du Layeur - 18/02/2021 - 157 pages

"Le parcours anti-conformiste d'un homme commun hors du commun"
Mathilde, le 19/04/2021
( mots)

C’est l’histoire d’une quête, le projet d’un breton passionné de Grande Bretagne et de ses années 80 : New Order, Ultravox et consorts. Dans ces "consorts", force est de constater qu’on y met souvent Talk Talk. Comme les mecs pas populaires de la classe, sympas oui, mais on sait pas trop qui ils sont. Et ils chantent quoi déjà ? Et que dire avec certitude de son leader Mark Hollis qui a quitté la scène et le métier du jour au lendemain… Nébuleux. Déjà dans le nom "Hollis", il y a un côté "Holy": sacré. D’ailleurs la photo de couverture le représente de profil, détournant la tête, avec un air songeur, et ce mot "effacement" dans le titre... Il fait écho à l’image d’un camaïeu vert de gris profond et lumineux, qui promet d’avance de déconstruire la sensation de déprime à laquelle on pourrait s’attendre. Serait-ce Mark qui est effacé ? L’auteur Frédérick Rapilly s’est plongé spontanément dans le puzzle Talk Talk pour raconter sa trajectoire car "il n’existe pas d’autres livres" à son sujet. Et, comme tout enquête (holistique), cela n’a pas été facile. Car Talk Talk a toujours soigneusement évité le showbiz et les projecteurs, pas pour provoquer le mystère, mais pour que ses auditeurs soient amenés à tendre l’oreille attentivement vers sa musique, qui se veut tout sauf immédiate. Aller écouter ce groupe c’est comme une démarche. Un aller volontaire dans une capsule sensorielle. 

 

C’est pas à pas que se déroule l’ouvrage, avec des chapitres assez courts, chronologiques et toujours précédés d’une citation du frontman Mark Hollis, ou d'autres acteurs de la scène de l’époque. Celle de l’avant-propos est assez édifiante et annonciatrice du contenu du livre: "Avant de jouer deux notes de suite, apprends d’abord à en jouer une… C’est aussi simple que cela, vraiment. Et ne joue pas une seule note à moins d’avoir une bonne raison de la jouer". Avec une neutralité teintée d’un grand respect que n’auront jamais eu les critiques anglaises, Frédérick Rapilly égraine les différentes époques traversées par le groupe avec ses contraintes (se plier à la mode des groupes néo-romantiques en vogue pour se faire connaitre), ses difficultés de turn over de line up et de maisons de disques, liées à l’exigence croissance de Mark Hollis de chercher le son adéquat qui l’éloignera des formations tout venants. "Nous sommes un groupe d’albums" assénait le frontman, "la dernière chose que je voudrais au monde, c’est que Talk Talk soit pris pour un groupe jetable. Je veux écrire des choses que les gens pourront écouter dans 10 ans… Et se dire que c’est toujours une bonne chanson". 

Le succès fut plutôt tiède, les chiffres de l’ouvrage en sont témoins. Des titres d’une évidence aujourd’hui affirmée tels "Such A Shame" et l’imparable "It’s My Life" font passer Mark Hollis pour un rabat-joie juste capable d’écrire des chansons déprimantes. Les pochettes bigarrées des albums (signées James Marsh), les différents looks du groupes et les clips gouailleurs ne parviendront pas à convaincre la perfide Albion, mais heureusement beaucoup plus le reste de l’Europe. Spirit Of Eden fera partie des vrais moment de succès pour le groupe, qui refusera d’en assurer vraiment la promo…En résumé lapidaire: là où l’attend, Talk Talk n’est pas (après la fin du groupe d’ailleurs, persistent des rumeurs de collaborations sur lesquelles Mark Hollis aurait refusé d’être crédité). L’auteur décrit avec des détails et ressentis tantôt précis, tantôt métaphoriques les différentes ambiances des albums. C’est une vraie invitation à replonger dans les tubes du groupe mais aussi à découvrir ce à côté de quoi nous sommes sans doute passé, au vu de la complexité de l’oeuvre de Talk Talk. Les synthés, les guitares souvent bannies, la voix baillante de Mark, l’ambiance feutrée mais brute du type retour à la substantielle moëlle du son (ce cri d’éléphant qui n’en est finalement pas un sur "Such A Shame"), les dérives en musique classique, jazz ou même "ambient"  notamment sur Laughing Stock (considéré comme l’album majeur du groupe)… Tous ces éléments décrits resituent le travail de Talk Talk en mode grand collectif (nombreux sont les musiciens qui étoffent les chansons) et en même temps conclue à une vision plutôt individuelle de Mark Hollis.

Ce goût de l’introspection et cette volonté de rester dans le chemin qu’il a choisi lui attirera ainsi les foudres des magazines de rock, et cette animosité entravante est largement relatée dans ce livre qui donne une idée claire de la place déterminante qu’avaient les chroniqueurs rock à l’époque où la presse musicale était encore très suivie: ils décidaient de "l’alpha et l’omega" du bon goût et des groupes à suivre (Duran Duran pour exemple). Sont ainsi répertoriées en nombre des citations de presse aussi savoureuses qu’assassines à propos de Mark dont la voix est décrite comme celle "d’un paon apprêté exposé à la lumière aveuglante des rayons d’une guitare olympienne…". "Cafardeux" donc le Hollis, trop exigeant, trop distant… Les adjectifs flatteurs pleuvent sur la silhouette frêle de Mark qui ne se laissera pourtant jamais abattre. Avec un flegme tout anglais et un entêtement assumé, il entrainera qui voudra le suivre (il fonctionnera beaucoup en duos dans la composition) dans des espaces noirs, dans des sessions de répétitions effrénées et des méthodes d’enregistrement étranges mais avant-gardistes. Ce déroulé de parcours anti-conformiste envers et contre tout est là le coeur du livre. Et cette histoire d’effacement alors ? Et qui est vraiment Mark Hollis ? Ce sont les questions traitées en collatéral, et qui motivent la lecture. On y découvrira que "dès que l’on appose une étiquette à Talk Talk, celle-ci n’a pas fini de sécher qu’aussitôt, elle commence à se décoller", et que cela vaut aussi pour son frontman. Et aussi que le traitement musical des silences n’est pas à négliger…

 

Un recueil au style neutre décrivant le trajet artistique d’un homme qui a fuit toute forme de vie trépidante. Ennuyeux comme sa jaquette ? Non, c’est en fait une bouffée d’air sain que de parcourir un livre comme celui-ci, sans parti pris. Seulement la vérité, les faits et le soin de ne pas verser dans le voyeurisme ou le scandale. Ici on n’apprendra rien de la vie personno-personnelle du chanteur de Talk Talk, ni de l’avis de l’auteur qui ne s’évertue à aucune réclamation, aucune révolte. Il s’émerveille juste, avec retenue, du parcours d’un musicien anglais particulier. Mark Hollis: un sacré gars ? Oui le livre aurait pu s’appeler comme ça, mais c’eût été un peu léger. Le leader de Talk Talk n’est pas un prince qu’on sort mais un prince consort, pas amené à régner durant son existence mais un diffuseur d’ambiance et d’expérience de sonorités pour la postérité. Mieux: un genre d’apôtre. Un Saint Mark qui serait venu évangéliser de façon païenne les groupes qui ont suivi (Radiohead, Arcade Fire entre autres) qui le citent régulièrement dans leurs influences. Et si Talk Talk était un genre de "pied de nez" évoqué finalement par Frédérick Rapilly ? Un groupe et surtout un frontman qui a envoyé balader ce qu’on attendait d’eux au service de sa majesté la musique, elle et rien qu’elle ? L'empreinte de Mark Hollis ne s'est en tous cas pas effacée.


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