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Critique d'album

Zeal and Ardor


Zeal & Ardor


(11/02/2022 - MVKA - Metal avant-gardiste - Genre : Hard / Métal)
Produit par Manuel Gagneux

1- Zeal & Ardor / 2- Run / 3- Death to the Holy / 4- Emersion / 5- Golden Liar / 6- Erase / 7- Bow / 8- Feed the Machine / 9- I Caught You / 10- Church Burns / 11- Götterdämmerung / 12- Hold Your Head Low / 13- J-M-B (Jazz, Metal, Blues) / 14- A-H-I-L (All Hope Is Lost)
Note de 4.5/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Un Metal sans concession agrémenté d’irrésistibles touches de soul et de gospel"
Franck, le 12/04/2022
( mots)

Zeal & Ardor est un projet atypique initié en 2013 par Manuel Gagneux - un artiste suisse qui opère depuis New York - à la suite d’un défi lancé sur le net : celui de tenter l’association improbable de Black metal et de musiques afro-américaines (gospel et soul) ! Ce qui semblait n’être qu’une blague visant à combler les désirs d’expérimentation d’un jeune artiste initié aux musiques extrêmes (grindcore, technical et death metal...), finit par sonner comme une évidence et à prendre de l’ampleur jusqu’à la parution d’un premier album en 2016 (Devil is Fine). En plus de se positionner sur créneau plutôt inédit, Manuel Gagneux s’arme alors d’une fibre provocatrice particulièrement affutée, définissant sa création comme une réponse à la question : « Et si les esclaves noirs américains s’étaient tournés vers le démon plutôt que Jésus ? ». L’audace du chanteur-compositeur est récompensée, l’album se faisant remarquer par la presse spécialisée tout en étant bien accueilli dans la sphère metal. Dès lors, le projet - que l’on peut traduire littéralement par "Zèle et Ardeur" - poursuivra sa mutation en gagnant en consistance et en maturité. Renforcé par les arrivées de Denis Wagner (chœurs), Marc Obrist (chœurs), Tiziano Volante (guitare), Mia Rafaela Dieu (basse) et Marco Von Allmen (batterie), le groupe poursuit son ascension en foulant les planches de prestigieux festivals (du Hellfest jusqu’au Montreux Jazz Festival) sans pour autant se rattacher à un genre en particulier. Les albums suivants poursuivent sur cette lancée tout en se montrant toujours plus incisifs et engagés, n’hésitant pas à malmener la religion (l’album Stranger Fruit en 2018) ou à prendre une forme plus contestatrice (l’EP Wake of a Nation écrit en soutien au mouvement Black Lives Matter en 2020). 


Vous l’aurez compris, Zeal & Ardor brille par sa spontanéité et ne se limite donc pas à la seule étiquette "Black metal" qu’on essaie de lui attribuer. Radicale et indomptable, la musique du combo s’amuse ainsi à confronter les extrêmes avec des compositions qui naviguent entre rock et metal (plus ou moins virulent), le tout agrémenté d’irrésistibles touches de blues et de soul. Pour son nouvel album, sobrement intitulé Zeal & Ardor, le groupe accentue encore un peu plus ce jeu des contrastes (parfaitement illustrés par une pochette jouant sur les oppositions) en se montrant encore plus tranchant dans ses sonorités metal, tout en faisant part d’une étonnante accessibilité. La force de cet opus réside finalement dans le fait d’offrir un excellent dosage de ces diverses influences, évitant ainsi l’amalgame complètement anxiogène. Même si la première écoute risque d’en déstabiliser plus d’un, il y a fort à parier que ce disque parvienne à attirer de nombreux néophytes vers un penchant plus brutal de la musique metal.


A ce propos, les premières minutes de l’album laisseront difficilement indifférent tant celles-ci se montrent vertigineuses dans leur déroulement. Sous ses airs de pop industrielle, l’inquiétante introduction (également intitulée "Zeal & Ardor") nous plonge instantanément dans une ambiance sombre et captivante. La voix puissante et charismatique de Manuel Gagneux s’élève alors au milieu de l’obscurité. La montée en intensité semble quant à elle masquer quelque chose de plus radical, de plus bestial même. Cette intuition se concrétiste sans se faire attendre par l’intermédiaire du titre "Run", véritable déferlante sonore aux riffs abrasifs et à la rythmique effrénée, surplombée par le growl déchirant du chanteur suisse. Encore étourdi par la violence du choc, une sensation inhabituelle nous saisit et nous pousse à poursuivre l’expérience. Dès lors, préparez-vous à des véritables montagnes russes, qui une fois terminées, n’appellent qu’à une chose : reprendre un ticket pour repartir immédiatement.


Les influences Soul et Gospel se retrouvent dès l’excellent "Death to the Holy", morceau favorisant l’imprévisibilité grâce à quelques grands écarts stylistiques (et rythmiques). Même si on notera un soupçon de prog dans certaines structures, la musique de Zeal & Ardor a vocation à rester directe et sans fioriture, procurant à l’album un caractère assez immédiat. On profitera ainsi des plus légers et fédérateurs "Golden Liar" et "Bow", qui laisseraient presque entrevoir un potentiel pop. Ces moments d’accalmies se révèlent bénéfiques pour l’appréhension générale de l’album, et permettront à l’auditeur novice de reprendre son souffle entre deux rafales. Car une chose est sûre, Zeal & Ardor ne compte pas vous ménager et plusieurs passages vont littéralement vous scotcher à votre fauteuil : les riffs ravageurs de "I caught You" (dans une approche très Stoner rock) ou encore l’énergie débridée d’un "J-M-B" (que ne renierait pas un groupe comme Kvelertak).


Même si le Black metal reste le fil conducteur du projet, une influence se distingue sur ce troisième opus : celle du neo metal et de groupes comme Deftones, Korn ou encore Limp Bizkit. Et pour cause, Manuel Gagneux n’a jamais caché son attachement au genre, qu’il considère comme son péché mignon. Aucun doute, l’artiste suisse connaît ses classiques et parvient encore à nous surprendre, en s’appropriant des registres dans lesquels on ne l’y attendait pas. A ce titre, "Emersion" s’avère être une franche réussite avec son caractère apaisé et électronique laissant peu à peu place à une rythmique death metal épileptique. Dénué de toutes paroles (uniquement hurlements), ce morceau nous propose de superbes envolées post-rock dont la violence laisse émaner une beauté insoupçonnée, qui rappellera par moment un groupe comme Alcest


Une chose est sure, Zeal & Ardor ne serait rien sans la polyvalence du chant de Manuel Gagneux. Le chanteur s’adapte en effet avec une facilité déconcertante aux différents registres traités dans l’album, et se montre des plus surprenants dans son chant guttural, chaque morceau ayant sa propre tonalité. Difficile de ne pas mentionner le chant démoniaque (assez perturbant dans son genre) du titre "Götterdämmerung". Malgré le caractère extrême de la chose, le groupe parvient à susciter l’adhésion grâce à un groove de chaque instant.


Presque dix ans après sa création, Zeal & Ardor répond toujours présent et semble plus déterminé que jamais. En découle un album qui risque à coup sûr de faire du bruit et de projeter la bande dans une nouvelle dimension. Le groupe semble désormais avoir atteint la pleine mesure de son potentiel, un peu comme si la créature créée par Manuel Gagneux avait enfin accepté sa condition et la singularité de son existence. Le choix d’un album éponyme prend alors tout son sens, sonnant comme une sorte d’accomplissement mais aussi de renaissance. Il ne vous reste plus qu’à foncer sur cet album, avec zèle et ardeur bien entendu !


 


A écouter : "Death to the Holy"; "Erase"; "I Caught You"

Commentaires
FranckAR, le 04/09/2022 à 11:40
Merci Julien ! Content que l'album t'ait plu. Je commençais à me dire que j'étais le seul sur le coup avec Olivier ;) Cet album tient vraiment sur la durée en plus. Et effectivement, "Erase" et "Hold Your Head Down" sont particulièrement intenses !
JulienAR, le 03/09/2022 à 13:00
Un très beau papier pour un superbe album ! Dantesque ! Les titres Erase et Hold Your Head Down tournent en boucle chez moi. Merci !