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Critique d'album

St Vincent


Daddy's Home


(14/05/2021 - Loma Vista - Indie Pop Rock - Genre : Pop Rock)
Produit par Annie Clark, Jack Antonoff

1- Pay Your Way in Pain / 2- Down and Out Downtown / 3- Daddy's Home / 4- Live in the Dream / 5- The Melting of the Sun / 6- Humming (Interlude 1) / 7- The Laughing Man / 8- Down / 9- Humming (Interlude 2) / 10- Somebody Like Me / 11- My Baby Wants a Baby / 12- ... at the Holyday Party / 13- Candy Darling / 14- Humming (Interlude 3)
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Un album retro 70s en superbe trompe-l’oeil "
Diego, le 11/08/2021
( mots)

L’artiste, multi-instrumentaliste, compositrice, interprète Annie Clark, plus connue sous son pseudonyme de St Vincent, a déjà derrière elle un bagage plus que solide d’albums d’art-pop/indie-rock (ramassant au passage un Grammy award dans la catégorie meilleur album de musique alternative pour St Vincent en 2014). Celle qui a débuté comme musicienne de Sufjan Stevens a fait de son émancipation un exemple du genre, prônant une liberté totale dans sa musique et les styles abordés. Un album de collaboration avec un des maîtres du genre, Môôssieur David Byrne, Love This Giant, est venu enfoncer le clou en 2012.

On avait quitté Annie en 2017 avec un Masseduction plus accessible, voyant la musicienne délaisser partiellement la guitare avec laquelle elle excelle pour des tapis musicaux plus tournés vers l'électronique. Un album de reprises de ses chansons, adroitement intitulé MassEducation, voyait St Vincent épurer les compositions de son dernier opus en mode piano/voix.

Lorsque débarquent en 2021 le premier single de Daddy’s Home, "Pay Your Way in Pain", et la nouvelle esthétique de l’artiste, le public (qu’il s’agisse du sien particulier ou pas) a été pris de court : look blonde platine-manteau de fourrure droit sorti des années soixante-dix et un titre totalement soul-funk inspiré de Stevie Wonder, Prince ou encore Diana Ross. Comme à son habitude, St Vincent n’y va pas avec le dos de la cuillère : les traits sont grossis voire grossiers (volontairement), des fois que ce “subtil” changement de style nous ait échappé.

A vrai dire, cette exagération dans l’esthétique nouvellement trouvée par St Vincent avait eu un effet repoussoir à la sortie de l’album, dont la première écoute m’avait plutôt laissé pantois. Je ne sais pas quelle mouche m’a piquée (à supposer que les mouches piquent) mais je tiens avec ces quelques mots à la remercier (à supposer que les mouchent lisent) : le deuxième plongeon dans Daddy’s Home a été une toute autre expérience. Peut-être faut-il ontologiquement un peu de temps pour digérer un tel virage. Quoi qu’il en soit, il en résulte que ce LP est une des plus belles surprises de l’année.

Le groove et le swagger des titres qui composent l’album s’appuient sur des lignes de basse fantastiques, on pense notamment à "Down and Out Downtown" ou encore "The Melting of The Sun". Les codes des 70s sont là : grosse basse donc, mais aussi orgue électronique et même sitar. Il est plaisant d’entendre des productions de Jack Antonoff (également aux manettes sur les dernières Lana Del Rey, Taylor Swift ou encore Lorde) ne se limitant pas à des copiés/collés de compositions indie pop. Antonoff joue lui même de la basse sur la plupart des morceaux de Daddy’s Home, et c’est enivrant !

Qu’il s’agisse du premier single, "Pay Your Way in Pain", des titres susmentionnés ou encore de la bombe "Down" et son riff de sitar diabolique, une première écoute pourrait laisser penser qu’Annie Clark s’est fait plaisir avec un album funky destiné à faire danser son public entre deux morceaux plus arty et expérimentaux de son répertoire habituel. C’est là où réside le génie de l'exercice, le trompe-l’oeil, l'hallucination auditive réussie par St Vincent : les thèmes abordés par ces chansons n’ont rien de léger. Au contraire du Midnight Vultures de Beck, l’exploration du côté soul de la force est ici tout sauf futile. Daddy’s Home est une étude multi-facettes de la Féminité. Le dernier-cité, "Down", montre un aspect du féminisme souvent laissé de côté : la possibilité de répondre à la violence par la violence "Mama always told me You got to turn the other cheek but even she would agree, you’re an exception to that rule"/"Maman m'a toujours dit de tendre l'autre joue mais même elle serait d'accord: tu es une exception pour cette règle" : St Vincent est prête à en découdre. Cette tension, véritablement électrique, se manifeste également sur "Pay Your Way in Pain", où la narratrice se retrouve coincée entre sa volonté d’accomplissement et ses désirs les plus fondamentaux : "you know what I want, I want to be loved"/"tu sais ce que je veux, je veux être aimée".
La complexité de la dynamique père/fille est abordée dans le morceau éponyme, qui fait référence à l’emprisonnement du père de la chanteuse sur un rythme langoureux, presque moite, se référant à la perte de l’innocent regard porté sur le géniteur ("We’all born innoncent, but some good saints gets screwed"/"nous naissons tous innocents, mais certains bons sains se font baiser"). Le tout agrémenté de quelques jolies envolées de guitare. Les expérimentations sonores du White Album ne sont pas loin, notamment au travers des sollicitations abusives des cordes vocales (les “aaaaww” criés du fond de la gorge par Clark et ses choristes).

L’amitié n’est pas oubliée dans la liste à la Prévert des possibles relations homme/femme. Le morceau "The Laughing Man", est un hommage à un proche de St Vincent, au rire mémorable, disparu récemment. La tension est à son comble, notamment lorsque les paroles se font plus sombres ("little birds (...) chirp (...) singin’ like the day is perfect, but to me they sound psychotic"/"les petits oiseaux gazouillent, chantant comme si la journée était parfaite, mais pour moi ils sonnent psychotiques", ou encore "if life is a joke, I’m dying lauging"/"si la vie est une farce, je meurs de rire" sur le refrain).

"Live in the Dream" évoque à son tour une référence des 70s : Pink Floyd, et en particulier le titre "Us and Them" (Dark Side of The Moon est même directement cité dans le titre "The Melting of the Sun"). Le rapport à la célébrité est sublimé par l’ambiance planante du titre : si le succès est un rêve, il doit vivre dans la conscience de la musicienne, qui, à contrario, ne peut se permettre de s’y perdre. St Vincent est une artiste versatile, elle revient tout de même sur la fin du titre à ses premières amours avec un solo de guitare à couper le souffle !

D’autres classiques sont invoqués sur la fin de disque : "My Baby Wants a Baby" poursuit l’investigation de la question féminine en se penchant sur la pression sociale visant à faire de chaque femme une mère. Ironiquement, la mélodie est une interpolation de la chanson "9 to 5 (Morning Train)" de Sheena Easton, qui se fait l’éloge de la femme de maison parfaite, attendant sagement impatiemment le retour de son homme après une journée au travail. Même combat ou presque pour "Somebody Like Me", qui pose la question de la désirabilité et les troubles psychologiques l'accompagnant. L'outro en pedal steel tout en subtilité est flamboyante.


"… At The Holiday Party" est une petite merveille de filiation directe avec Joni Mitchell, de la progression des accords à la voix de tête du refrain. Le gouffre séparant le visage public présentable et fier affiché par les gens et leur ressenti misérable est mis en avant au travers d’une mise en situation remarquablement habile (à une fête de fin d’année…). "You Can’t Alway Get What You Want" des Stones vient également à l’esprit.

L’album se conclut sur le morceau "Candy Darling", hommage à l’actrice transgenre du même nom, muse du cinéma de Warhol, mais aussi de Lou Reed (elle est la fameuse “Candy” mentionnée au début de “Walk on The Wild Side”). Le look de Candy Darling est clairement la source d’inspiration de l’esthétique de St Vincent pour ce projet. On notera par ailleurs que le pseudonyme et le style sont par ailleurs empruntés par le personnage campé par Maggie Gyllenhaal dans la série The Deuce, création récente d’un des génies de la télévision américaine, David Simon.

Avec ce Daddy’s Home, St Vincent pose un vernis soul et funky sur des sujets profonds, complexes. L’oxymore se poursuit même esthétiquement, puisque les thématiques abordées via un style retro sont plus que jamais d’actualité. Ce virage stylistique en surprendra plus d’un, il conduit même St Vincent à être borderline hors sujet sur albumrock. Cependant, une telle claque ne pouvait décemment pas être laissée de côté. Suivant le conseil de St Vincent (au demeurant, également le nom du saint patron de la charité), nous ne tendons pas l’autre joue mais plutôt l’oreille.

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