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Critique d'album

Mark Lanegan


Scraps at Midnight


(21/07/1998 - SubPop - - Genre : Rock)
Produit par Mike Johnson

1- Hospital Roll Call / 2- Hotel / 3- Stay / 4- Bell Black Ocean / 5- Last One in the World / 6- Wheels / 7- Waiting on a Train / 8- Day and Night / 9- Praying Ground / 10- Because of This
Note de 4.5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Dernier épisode de la trilogie bluesy de Lanegan. Un disque sombre et malade, porté par le deuil mais qui demeure une incontestable réussite."
Maxime L, le 21/07/2022
( mots)

Doux euphémisme que de dire que Mark Lanegan est au fond du gouffre en 1998.


Ereinté par le succès d’estime presque surprise de son deuxième album solo, Whiskey For The Holy Ghost en 1994, l’artiste Américain a traversé la seconde moitié des nineties tel un fantôme. Ou plutôt un zombie, un être -à peine- vivant, parmi les morts. 
Nous sommes au début du mois d’avril 1994, et Lanegan, déjà à la dérive, ne daigne pas répondre au message laissé par son ami Kurt Cobain sur son répondeur, et qui lui demande avec insistance de venir le voir chez lui. Lanegan reste chez lui. Par flemme, par dépit, et aussi un peu par opportunisme, le chanteur des Screaming Trees n’ayant ce coup-ci besoin ni de dope, ni de cash. 2 jours plus tard, on retrouve le corps du chanteur de Nirvana, inanimé, une balle dans la tête. Comme si le fardeau n’était déjà pas assez lourd à porter, Courtney Love, dans un élan aussi maladroit que désespéré, enfonce le clou, presque littéralement, en lui confiant alors que Cobain écoutait passionnément depuis quelques mois ce fameux Whiskey For The Holy Ghost. Un malheur n’arrivant jamais seul chez Mark Lanegan, deux mois plus tard, c’est au tour de son amie Kristen Pfaff, accessoirement bassiste de Hole qui trouve la mort suite à une overdose. Le destin s’acharne puisqu’en 1996, c’est son mentor, devenu un ami proche, celui qu’il décrit comme “un génie dont la musique et la voix avaient été l’étincelle qui m’avait métamorphosé et m’avait montré la voix à suivre”, Jeffrey Lee Pierce (ex The Gun Club) qui reste sur le carreau, la faute à une hémorragie cérébrale.


C’est donc peu dire que d’affirmer que Lanegan est au bord du précipice au moment d’enregistrer un nouvel album en cette fin de décennie aux allures de tragédie immuable. Ne sachant faire que deux choses, se droguer et composer de la musique, Mark Lanegan va nous gratifier d’un troisième disque solo prodigieux, sans pour autant mettre de voile sur ses addictions déjà très sévères.


Un Scraps At Midnight qui marque la fin d’un cycle artistique pour Lanegan, puisqu’il vient clore une sorte de trilogie désabusée, quelque part entre blues et musique américaine “roots”. Un dernier volet qui s’ouvre sur “Hospital Roll Call”, un morceau poisseux, à la production volontairement cradingue et qui n’a pour seul texte, un chiffre, “Sixteen” ; prononcé plus que chanté, du fin fond des poumons fumants de Mark Lanegan. Un chiffre en forme de souvenir de junkie notoire, le “16” étant une inscription relevée sur un mur quelque part dans un hôpital miteux du Canada, où Lanegan séjourna pour une énième conséquence de sa consommation d’heroïne. Voilà qui plante le décor et l’ambiance de Scraps At Midnight, premier album de Lanegan à être enregistré au célèbre Rancho de La Luna, en plein désert californien.


Les thèmes abordés sont évidemment très noirs, à savoir le deuil et l’auto-destruction, entre autres. C’est le cas sur “Hotel”, complainte quasi acoustique lancinante avec pour seul arrangement une ligne de guitare électrique bourdonnante. On vibre avec Lanegan, et surtout on souffre avec et pour lui, dans une sorte de curiosité malsaine et mélancolique. Et de ce point de vue là, on peut dire que l’ensemble est très cohérent : une approche sombre, angoissée, angoissante ; sans pour autant qu’on ait envie d’enrayer la chute et l’écoute du disque.


Musicalement, une fois encore, Lanegan et ses musiciens (le fidèle Mike Johnson, Dave Catching, Jay Mascis, Fred Drake) évoluent sur le même spectre sonore que sur les deux oeuvres précédentes : un blues grungy, presque complètement acoustique, à la lisière parfois de l’americana. On imagine parfaitement Scraps At Midnight en bande originale d’un Western caverneux, macabre, dont on sentirait à la fois les effluves d’essence frelatée et celles d’un whisky réchauffé par un soleil trop pesant, trop lourd pour les épaules d’un seul homme.


Ceci étant, on ne peut pas résumer Scraps At Midnight à un album de blues à l’ancienne. Mark Lanegan l’expliquera a posteriori : “C'est en quelque sorte mon obsession de faire des disques qui ont l’état d’esprit du blues, mais sans être ce que nous considérerions comme du blues traditionnel, ou du blues classique à 12 mesures, qui serait ennuyeux et dépassé et qui ne m'intéresse pas. Mais je m'intéresse aux vrais sentiments qui le composent”. Et c’est plutôt réussi, tant le disque défile à son rythme, entre nonchalance mélancolique (”Wheels”, “Day And Night”) et tentative psychédélique, à l’image de l’hypnotique et doorsien “Because of This” qui clot l’oeuvre, et qui dénoterait presque dans le paysage sablonneux du reste du disque.


Et puis au milieu de ce désert trop aride, trop sec et trop morne, se dresse quelques vrais beaux moments de lumière, via une autre thématique abordée ici : la rédemption. On peut résolument se demander comment Lanegan parvient jusque là, compte tenu du destin qui a l’air bien décidé à en finir avec lui, mais il réussit à nous parler d’amour et de persévérance. D’abord via “Bell Black Ocean”, lente ballade aux arpèges de guitare qui semble regarder vers l’horizon, en même temps que ses protagonistes.


“We came to walk on this boulevard love, I don't care where we're goin', We might close our eyes, This won't die”


(“Nous sommes venus marcher sur ce boulevard mon amour, Peu importe où nous allons. Nous pourrions fermer les yeux, Cela ne mourra pas”)


Une respiration bienvenue et qui va s’enchaîner sur la véritable perle de l’album, un de mes morceaux favoris de toute la discographie du bonhomme : “Last One In The World”, sublime déclaration d’amitié, sincère, délicate et empreinte de beaucoup de pudeur. Une chanson dédiée non pas à Kurt Cobain, ce que tout le monde pense alors, mais à un autre musicien de Seattle. Un artiste qui s’est brûlé les ailes à grand renforts de jerrican d’heroïne : Layne Stayley d’Alice In Chains, qui décédera quelques années plus tard. Une perte qui sera une épreuve de plus pour un Mark Lanegan condamné à voir ses proches disparaitre tour à tour et devenant quelque part lui même, ce “Last One in The World”.


Scraps At Midnight est un album qui, une fois encore, sort dans une indifférence totale, et dont les maigres royalties touchés par Lanegan ne lui serviront qu’à se défoncer encore davantage, l’entrainant encore un peu plus dans une spirale infernale et se retrouvant au crépuscule des années 90, seul, fauché, junkie, et vivant dans la rue. Avant d’être sauvé, quelques mois plus tard par …Courtney Love.


 


 


À écouter : "Last One in The World", "Stay", "Hospital Roll Call", "Hotel".

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