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Critique d'album

David Bowie


The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars


(06/06/1972 - - - Genre : Rock)
Produit par

1- Five Years / 2- Soul Love / 3- Moonage Daydream / 4- Starman / 5- It Ain't Easy / 6- Lady Stardust / 7- Star / 8- Hang On To Yourself / 9- Ziggy Stardust / 10- Suffragette City / 11- Rock 'N' Roll Suicide
Note de 4.5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Votre Terre sera réduite en un tas de cendres. Le choix est simple : joignez-vous à nous et vivez en paix ou continuez sur votre voie et exposez-vous à la destruction. - Klaatu "
Daniel, le 03/09/2022
( mots)

Le temps qui passe modifie la perspective des choses. En 2022, aucun chroniqueur n’oserait plus infliger une cote "moyenne" à cet album. C’est soit le maximum, soit la fatwa. 


Cinquante années ont statufié David Bowie et transformé en une œuvre obligatoirement légendaire un concept dont le pitch relève des meilleurs moments de Nanarland…


Attention : spoiler ! Dans cinq ans (1), notre civilisation connaîtra sa fin. Mais un extraterrestre débarque sur Terre (2), accompagné de trois Araignées de Mars (ce qui prouve qu’il y a bien de la vie sur cette planète). Notre ami venu des étoiles a un message d’espoir à délivrer aux humains. Pour communiquer, il se pare alors des atours d’une rock-star décadente, droguée et multi-sexuelle, jusqu’au moment où son ego, jamais rassasié, va se mettre à enfler jusqu’à la désintégration… 


Il est aujourd’hui communément admis que cette "histoire" a été développée après l’enregistrement des onze titres afin de donner à l’ouvrage un aspect vaguement conceptuel (3). 


David Bowie rame depuis le mitan des années soixante pour se frayer une place dans le petit monde rock. Conscient que ses productions précédentes n’étaient pas "défendables" sur scène (de son propre aveu), il décide de basculer dans le "Grand Guignol" (4). Le public veut des décibels, du stupre et des frissons ; il va avoir des décibels, du stupre et des frissons !


Le 16 juin 1972, l’accueil est frisquet. Un journaliste sur deux snobe le 33 tours. Et les petits rockers (surtout ceux qui ne maîtrisent pas l’anglais) ne comprennent rien au "concept" fumeux de l’album ou n’apprécient guère certaines orchestrations de cordes qui rappellent vaguement les codes honnis de la variété.


Il faudra une apparition télévisée "provocante" de Bowie et de son groupe pour que le jeune public anglo-saxon commence à adhérer massivement au concept. Mais cette adhésion a reposé sur un malentendu. Nombreux sont ceux qui ont cru que David Bowie "était" Ziggy Stardust alors que David Bowie "interprétait" Ziggy Stardust (5).  


Le public confond souvent le créateur et la créature. Ce ne sont ni Frankenstein, ni Deborah Harry, ni Michael Lee Aday qui contrediront cette thèse. Tout ça pour affirmer que, contrairement à ce qui a été souventes fois raconté il y a un demi-siècle, David Bowie n’a jamais été Ziggy. Il s’est plus que probablement « dissimulé » derrière ce personnage (6). Puis il a abandonné sa créature en coulisses au moment précis où une confusion réductrice aurait pu s’installer.


Pour donner corps à son personnage, David Bowie n’a pas lésiné sur les moyens. C’est que le bonhomme, conseillé par sa compagne Angie (7), maîtrisait l’art de s’entourer : couturiers, coiffeuse (8), maquilleur, photographes, co-producteur classieux (9), ... 


Les Spiders From Mars sont emmenés par le fabuleux Mick Ronson (10) dont les guitares vont enflammer l’album puis les scènes de la tournée. Les deux autres musiciens sont (ou deviendront) rapidement des employés du "faux" groupe. Ami de Ronson, le bassiste Trevor Bolder (11) est un musicien d’exception mais il restera ici en retrait, mal à l’aise dans ses costumes délirants d’araignée martienne. Mick Woodmansey est un batteur au style "passe-partout" qui ne marquera finalement l’histoire du rock que pour avoir été le dernier survivant du quatuor (12).


L’album, présenté dans une pochette étrange (13), sans lien avec le pseudo-concept en lui-même, est servi par ses deux parenthèses absolument enchantées : l’intro "Five Years" et l’outro "Rock’n’Roll Suicide". Les deux titres sont simplement bibliques et font définitivement partie de l’inconscient rock collectif. 


L’imparable "Starman" démontre l’opportunisme artistique de son auteur puisqu’il a été conçu à la va-vite pour répondre à la demande de la production de disposer d’un single "évident" (14). Parmi les autres immenses réussites, il faut compter le génial "Ziggy Stardust", "Moonage Daydream" (marqué par une mélodie et un gimmick rythmique imparables) et le référentiel (quoique fort ambigu) "Suffragette City". 


A des degrés divers, certains morceaux se montrent plus faibles (ou moins originaux). « Soul Love » lorgne trop évidemment du côté du T.Rex de Marc Bolan, à qui Bowie / Ziggy rend ensuite hommage dans l’excellent "Lady Stardust". A la limite de la contrefaçon, "Star" pourrait figurer sur n’importe quel album contemporain d’Elton John. "It Aint’t Easy" (15) et "Hang On To Yourself" semblent un peu pusillanimes si on les compare à l’excellence ou à l’audace des titres-phares.


Il faudra attendre le début du XXIème siècle pour que les magazines spécialisés qui font l’opinion classent l’album (de plus en plus haut) dans leurs charts, ce qui augmentera peu à peu les chiffres de vente. A titre de comparaison, Bowie aurait rapidement écoulé trois fois plus d’exemplaires de Let’s Dance (1983).


La question qui se posera à jamais est la suivante : en 1972, est-ce que David Bowie a été un créateur de mode ou un amplificateur de l’air de son temps ? C’est un des mystères du rock et il appartient à chacun et à chacune de forger son opinion sur le sujet. En gardant à l’esprit à quel point il est difficile de déboulonner les statues…


"Klaatu barada nikto", comme disait l’autre…


(1) Il faut reconnaître à David Bowie un caractère visionnaire puisque, cinq ans plus tard, en 1977, le courant punk va effectivement détruire la civilisation du "classic rock". En réaction (et en résumé), cette destruction soudaine va donner naissance à deux principaux courants : l’horrible pop synthétique qui a empoisonné les années quatre-vingt et un métal rajeuni et renouvelé.


(2) Le scénario ressemble à s’y méprendre à celui du film de 1951 The Day The Earth Stood Still (Robert Wise).


(3) Le concept-album (parfois pompeusement appelé opéra-rock), dont la paternité est revendiquée par les Pretty Things, est une misère née durant les années soixante pour rester un modèle très à la mode au début des années soixante-dix. 


(4) Ce n’est pas un jugement de valeur ! Il est question ici de l’expression scénique née dans un théâtre de Montmartre en 1896.


(5) David Bowie démontrera par la suite qu’il est un acteur assez remarquable (jusqu’à se réincarner dans sa propre mort). Il reste par ailleurs un des rares "rockers" à avoir convaincu le monde du cinéma, loin des maladresses de Presley, Lennon, Simmons, Sting ou Jagger (pour ne citer que quelques exemples). 


(6) Par la suite, il dissimulera ses doutes et ses passages à vide derrière une kyrielle de personnages qu’il abandonnera les uns après les autres comme des chemises usagées.


(7) Oui, la vraie Angie ! Celle-là même qui sera chantée en 1973 par Mick Jagger.


(8) Suzanne Fussey (19750 - épouse Ronson) a inventé la coupe mulet hirsute, utilisant un produit antipelliculaire pour obtenir sa fameuse coloration orange extraterrestre. C’est elle également qui a transformé les autres musiciens en Araignées de Mars (affublé de rouflaquettes géantes et argentées, le bassiste Trevor Bolder ne s’en est jamais vraiment remis).


(9) Ken Scott (1947) s’est aussi illustré avec Elton John, Supertramp, George Harrison, ... 


(10) Mick Ronson (1946-1993) collaborera ensuite avec Mott The Hoople et Bob Dylan avant de devenir producteur.


(11) Après ses aventures martiennes, Trevor Bolder (1950-2013) retrouvera un physique humain ; il jouera les pigistes chez Wishbone Ash avant de rejoindre définitivement les rangs d’Uriah Heep. La légende raconte que c’est la grand-mère de Trevor qui aurait appris le piano au jeune Mick Ronson.


(12) Rapidement écarté par David Bowie, Mick Woodmansey (1950) tentera encore quelques expériences musicales avant de devenir un prêtre scientologue prosélyte. 


(13) Prise à la sauvette au crépuscule, la photo en noir et blanc, colorisée en studio, est sans lien évident avec le présumé concept de l’album (ce qui ajoute à la confusion). Pour ceux et celles qui aiment les paradoxes temporels, le vrai visage de Ziggy figurera finalement sur les pochettes d’Alladin Sane (avril 1973) puis du médiocre album de reprises Pin Ups  qui suivra en octobre 1973, après la "mort" théâtralisée du personnage.


(14) Les "lalala" de circonstance qui bâclent sa coda nuisent néanmoins à sa crédibilité,


(15) Il s’agit d’une reprise décalée d’un titre de l’américain Ron Davies (1946-2003) ; l’interprétation de Bowie se montre finalement moins pertinente que la version originale.

Commentaires
Sebastien, le 04/09/2022 à 13:48
Je trouve votre chronique vraiment très juste et intéressante, loin des critiques laudatives qui entourent généralement cet album. Juste pour être un peu tatillon, dans la première note, j'aurais dit que la vague punk de 77 a plutôt laissé place à trois courants, en ajoutant aux deux déjà cités, le rock alternatif qui a d'abord émergé dans le punk hardcore avant de prendre son envol avec des groupes comme R.E.M., les Pixies ou Sonic Youth...