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Led Zeppelin - The Songs Remain the Same ?


Steven Jezo-Vannier, le 13/10/2014

Rééditions épisode I : Led Zep I

"Ces rééditions sont l’occasion de rappeler une histoire de musique. C’est tout. » Vraiment ? C’est tout ? Allons, pas de fausse modestie ! Ce serait réducteur de ne considérer Led Zeppelin que comme une simple « histoire de musique ». On parle tout de même du « Hammer of the Gods », le groupe de rock le plus dur, le plus brut du XXème siècle, auteur de "Whole Lotta Love", "Kashmir" et "Stairway to Heaven", rien que ça. Il ne faut pas avoir peur des mots : ces rééditions sont l’occasion de célébrer une légende de musique, et Albumrock tient à prendre part aux festivités.

Led Zeppelin (Deluxe Edition)


Lire la critique de l'album original

Après avoir assisté au retour en grande pompe de Jimmy Page qui venait défendre son projet titanesque le mois dernier à l’Olympia, il est maintenant temps de rentrer dans le vif du sujet et de passer au crible ces rééditions entièrement supervisées par Page himself, 20 ans après la première remasterisation opérée par ce même Jimmy Page pour tirer le meilleur profit du support alors relativement nouveau qu’était le compact disc. C’est d’ailleurs dans cette même optique que ce-dernier dit avoir entrepris ce nouveau travail de remasterisation : afin de s’adapter aux nouvelles technologies tout en restituant au mieux la couleur du sacro-saint vinyle sur tous les supports, et ce en haute définition.


Il est donc nécessaire de clarifier d’emblée le propos de ce papier : on ne reviendra pas sur le corpus de chansons que représente Led Zeppelin premier du nom. Inutile de s’attarder encore une fois sur toutes les qualités intrinsèques de ce premier opus qui reste, non pas un chef-d’oeuvre (on laissera cette appellation à Led Zeppelin IV et Physical Graffiti), mais un album essentiel dans la discographie du groupe ainsi qu’une véritable pierre angulaire de l’histoire du rock, et Leny l’a expliqué bien mieux que je ne pourrais le faire dans son excellente chronique consacrée à l’album original et que je ne saurais que vous recommander chaudement. Pour ma part, il s’agira ici de traiter l’album non pas d’un point de vue musical stricto sensu, mais plutôt d’un point de vue technique, et d’analyser ce nouveau mastering, de le comparer à celui de l’édition de 1994, avant de bien évidemment traiter du disque compagnon qui comprend l’intégralité du concert donné par les anglais à l’Olympia en octobre 1969.


Attention toutefois : là où la critique musicale reste bien évidemment subjective puisqu’elle se réfère au ressenti de chacun, l’analyse sonore l’est d’autant plus qu’elle se réfère à la perception de tout l’organe auditif, dont les innombrables subtilités rendent l’expérience unique pour chaque auditeur, aussi essaierai-je du mieux possible de dégager de cette écoute des tendances générales sur lesquelles le plus grand nombre pourra s’accorder. Cela étant dit, attelons-nous à la tâche.


L'album remasterisé


Une écoute comparative en temps réel est donc de rigueur pour ce type d’analyse. Premier constat visuel : Jimmy Page a su rester intègre et n’a pas succombé à la tendance de la surcompression qui a abouti à la loudness war (Californication des Red Hot Chili Peppers ou Death Magnetic de Metallica sont d’excellents exemples du préjudice causé à la musique par une compression excessive, à bon entendeur). Les waveforms laissent deviner une dynamique digne de ce nom, particulièrement sur "Babe I’m Gonna Leave You", "Dazed and Confused" et "Your Time Is Gonna Come". On ne peut que louer Jimmy Page pour ne pas être tombé dans cette pratique outrancière, qui heureusement tend à perdre du terrain depuis quelques années, simplement pour sonner plus fort que son voisin. Pour le reste, un constat s’impose d’emblée : pour cette nouvelle remasterisation, Page a tenu à harmoniser les niveaux des neuf morceaux qui composent l’album afin de lui conférer une certaine homogénéité (édition de 1994 en rouge, édition de 2014 en bleu). Ainsi, dans la théorie, vous pouvez désormais écouter l’album d’une traite sans avoir à tripatouiller le volume d’un morceau à l’autre. Dans la pratique, impossible de se retenir de tourner la molette afin de profiter pleinement de la furie de "Communication Breakdown" ou du solo endiablé de "Good Times Bad Times". Le technicien vous répondra que c’est la norme, et que cette baisse de niveau sur certains titres ne doit en aucun cas être reprochée à Page.


"Good Times Bad Times" démarre, et une triste constatation se fait : le son se veut ici plus propre et moins parasité, rendant malgré tout le morceau plus mat et lui ôtant cette part de saleté si caractéristique du son des sixties. En bon support numérique qui se respecte, le CD est bien évidemment incapable de restituer le grain caractéristique du vinyle, néanmoins l’édition de 1994 conservait tout ce souffle machinique et ces grésillements qui contribuaient grandement au son brut de Led Zeppelin. On gagne donc en qualité, mais on perd en pertinence, et c’est une tendance générale de cette remasterisation : la guitare geignarde de "You Shook Me" perd en caractère, de même que l’orgue de "Your Time Is Gonna Come", et - pire ! - le jeu et la frappe de John Bonham perdent en efficacité. L’arc stéréo semble quant à lui plus resserré, diminuant de ce fait l’espace de perception que chacun aura des différents morceaux. 


Tout n’est cependant pas à jeter : les basses sont plus rondes (on se sent littéralement vibrer à l’écoute de l’intro de "Dazed and Confused"), les timbres sont plus pleins (émerveillement sublimé face au chant de Robert Plant sur "Babe I’m Gonna Leave You") et les guitares légèrement plus incisives. On se retrouve donc face à un son de qualité, avec un spectre fréquentiel aussi riche que large, mais certains morceaux perdent en spontanéité par un choix de propreté. La décision est sans appel : bien qu’objectivement très bon, ce nouveau mastering est en deçà de celui de 1994, qui pour le coup était déjà excellent, aussi est-on en droit de se demander s’il était vraiment nécessaire de s’atteler à une nouvelle remasterisation, d’autant que Page, tout musicien d’exception qu’il est, n’a plus les mêmes oreilles qu’il y a 20 ans, et que le mastering reste une discipline délicate loin d'être accessible à tous. À l’heure de la dématérialisation et du stockage informatique en masse, il ne fait nul doute que celui-ci a compris son époque et a cherché à optimiser une nouvelle fois le son de Led Zeppelin, malheureusement c’est face à un résultat en demi-teinte que celui-ci nous expose.

Le disque compagnon


L’intérêt de ces rééditions ne se limite cependant pas à la remasterisation de la discographie du zeppelin de plomb : Page a tenu à sortir de ses cartons quelques perles inédites qui valent selon lui la peine d’être entendues. « Peu de choses, mais la quintessence. » Il est donc temps d’insérer le disque compagnon dans son lecteur et de retourner quarante ans en arrière aux côtés des quelques 2000 spectateurs qui assistèrent à ce concert mythique à l’Olympia Bruno Coquatrix. Loin de la superproduction live que livrent Muse ou Linkin Park de nos jours, qui ressemble davantage à un concert traité comme un album studio qu’à une véritable expérience vivante, ce live à l’Olympia se veut jouissif de par son caractère brut et primitif : son de l’époque, jeu imparfait, manifestations intimes du public au travers de quintes de toux, le concert se veut plus vrai que nature pour quiconque fait l’effort de fermer les yeux et de s’imaginer face à la scène.

Ainsi, les premières secondes laissent peu de doutes quant à l’ambiance bouillonnante qui envahit la salle dès les premières notes de "Good Times Bad Times" et qui débouchent de suite sur un "Communication Breakdown" au final mémorable durant lequel Bonzo martèle littéralement sa caisse claire suite à un dernier solo taquin de la part de Page. Les Français se voient avertis : pas de retenue possible avec Led Zeppelin, qu'il s'agisse de Robert Plant et de ses vocalises hurlantes sur "I Can't Quit You Baby", de John Paul Jones et de ses lignes de basse inébranlables sur "Dazed and Confused" et "How Many More Times", de John Bonham et de sa frappe de titan sur "Heartbreaker" et "Moby Dick" et son désormais incontournable solo médian qui rivalise à lui seul avec les tambours des dieux, et bien entendu de Jimmy Page et de sa guitare folle. Leader incontesté de sa formation, Page endosse ici le rôle de chef d'orchestre et conduit avec sa guitare le rythme et l'intensité de cette prestation. On passe ainsi successivement des morceaux aux riffs cracheurs de décibels ("Communication Breakdown", "Heartbreaker") aux blues décomplexés et laid back ("I Can't Quit You Baby", "You Shook Me") jusqu'aux improvisations folles de maître Page ("Dazed and Confused", entre rythmique fracassante, solos débridés et expérimentations à l'archet désormais célèbres, ou "Black Mountain Side", couplé à "White Summer" des Yardbirds et durant lequel Page laisse entrevoir toute l'étendue de son jeu sur une quasi-improvisation de près de 9 minutes !).

Oeuvre fondatrice du Led Zeppelin en configuration live, cette archive de l'Olympia esquisse un croquis de ce qu'il deviendra quelques années plus tard, une ébauche de How the West Was Won, en somme : on y retrouvera un solo de batterie encore plus colossal sur "Moby Dick", un archet encore plus trituré sur "Dazed and Confused", ainsi que bon nombres d'improvisations et de medleys si caractéristiques d'un concert de Led Zep'. Témoin sonore (voire même plus pour les plus passionnés) d’un Led Zeppelin dans la fougue salvatrice de sa jeunesse, ce live à l’Olympia « très agréable » (selon les mots de Robert Plant sur "How Many More Times") s’impose comme un incontournable de la discographie live de Led Zep’ et fait indéniablement tout l’intérêt de cette réédition.


Le puriste vous dira que rien n’égalera jamais le support vinyle et continuera à écouter en boucle ses 33 tours usés par le temps et d’innombrables écoutes et ironiquement devenus inécoutables, en fait. Le fan lambda vous dira que le disque compagnon est un must have à côté duquel il serait criminel de passer. Le critique, quant à lui, vous dira que l’acquisition de cette réédition en édition simple serait somme toute assez futile, et vous recommandera plutôt l’édition de 1994 pour peu que vous ne soyez pas intéressés par le disque compagnon, ce qui serait malgré tout une grossière erreur au vu du contenu proposé. Au final, bien qu’il soit impossible de ne pas entrevoir la démarche mercantile derrière cette campagne, force est de reconnaître que Jimmy Page s'est retroussé les manches et livre ici une édition deluxe qui, à défaut de constituer une véritable légende de musique, n’en reste pas moins une très belle « histoire de musique ».




Alan
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