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Chronique Livre

Rock progressif


Auteur : Aymeric Leroy
Editeur : Le Mot Et Le Reste
Date de sortie : avril 2010

Langue : Français
"La nouvelle bible de l'un des courants majeurs des 70's"
Nicolas, le 28/02/2011
( mots)
Il y a deux façons d'aborder l'analyse d'un style de musique aussi vaste et polymorphe que le rock progressif. Soit on se plonge à corps perdu dans le sujet en tentant de couvrir l'intégralité du spectre tant historique qu'artistique du genre en question, quitte à se fourvoyer dans des digressions sur des groupuscules confidentiels ; soit on prend le parti de restreindre le sujet à l'essentiel, quitte à survoler certains aspects et courants sans autre forme de procès. Le choix d'Aymeric Leroy, choix plus ou moins discutable comme on le verra un peu plus tard, a été de traiter l'historique du rock progressif en rattachant le mouvement à son essence originelle, essence elle-même liée à une définition qui fait encore largement débat aujourd'hui. N'oublions pas que le terme "progressif" est un faux ami en français : en effet, "progressive rock" ne devrait pas se traduire par "rock progressif" (progression vers quoi, d'ailleurs ?) mais par "rock progressiste", c'est à dire un rock qui tend à s'extraire de son carcan originel, à le transcender dans le but de franchir un cap vers un état supérieur. Carrément.

La question qui sous-tend la construction de cet ouvrage, essentielle au demeurant, est la suivante : quelles sont les caractéristiques basiques du rock progressif ? Vous qui lisez régulièrement albumrock, vous savez que la plupart des acteurs du milieu ont une vision très différente (et souvent antagonsite) de ce gigantesque champ de foire musical, culturel et intellectuel. L'auteur tranche d'emblée le débat au tout début du livre en évoquant les différents critères qui font qu'un groupe de rock, à la fin des années 60 et durant les décennies qui se sont succédées, a pu prétendre à revendiquer l'étiquette progressive. Les items retenus par Aymeric Leroy sont les suivants : émancipation du carcan couplet - refrain, dimension instrumentale prépondérante, structuration rigoureuse de la musique, évolutivité et maximisation des titres, complexité formelle des compositions, virtuosité et essence collective dans l'interprétation. De prime abord, l'analyse se révèle particulièrement pertinente dans le sens où elle permet d'expliquer les débuts du rock progressif de façon claire et argumentée. Ainsi, cette théorie démontre par A + B que le premier disque authentiquement progressif ne peut être que le fameux premier jet studio de King Crimson, In The Court Of The Crimson King, car tous les autres prétendants au titre échouent à remplir l'un des critères sus-cités, que ce soit le Sgt Pepper des Beatles, l'album éponyme de Nice ou encore On the Threshold of a Dream des Moody Blues. L'historique du proto-prog et des débuts du prog en général est d'ailleurs particulièrement bien décrit dans ce livre, on est notamment surpris de constater les attirances de Jimi Hendrix pour ce mouvement musical, l'homme allant jusqu'à ébaucher un rapprochement avec les récemment formés Emerson, Lake & Palmer peu avant son décès.

D'une façon générale, le postulat de base permet à l'auteur de décrire particulièrement bien la période dorée du rock progressif et d'observer, année après année, l'ascension fulgurante d'ELP, puis le triomphe paroxystique de Yes un an plus tard, tandis que Genesis montait lentement en puissance et éclatait au grand jour parallèlement à l'irrésistible déclin des deux autres. Ces trois dinosaures du prog squattent ainsi une grande majorité du livre, et vous apprendrez ainsi tout ce qu'il faut savoir sur la flamboyance lyrique d'Emerson, Lake & Palmer, sur la haute technicité et l'intellectualisme de Yes et sur l'opposition entre musique bucolique et théatralisme de mise en scène chez Genesis. Vous serez incollables sur les hommes qui ont façonné le prog 70's, sur les orgues fantasmagoriques et l'orgueil démesuré de Keith Emerson, sur l'incroyable magnétisme scénique de Peter Gabriel, sur le sérieux extrême et l'implication dictatoriale de Jon Anderson dans son groupe. Les autres formations majeures du prog sont aussi très largement décrites : Van Der Graaf Generator, Gentle Giant, l'école de Canterbury avec notamment Caravan et Soft Machine (Aymeric Leroy est un spécialiste de ce courant, et ça se voit), et plus tard le prog allégé de Camel ou la pop-prog de Mike Oldfield. Comme toujours, King Crimson se voit décerner une place à part, la formation métamorphe de Robert Fripp se révélant bien trop exigeante et atypique pour se retrouver enfermée dans un quelconque moule. Par son découpage chronologique, l'auteur enchaîne, groupe après groupe, hauts faits d'armes, anecdotes captivantes et longues chroniques d'albums qui vous feront comprendre et apprécier l'évolution de chaque formation en fonction de l'époque traversée. Ceci se couple à une analyse méticuleuse et probablement exhaustive (ce qui n'est pas peu dire) de l'ensemble du courant progressif européen dans les années 70 : inutile de dire que la documentation pléthorique qui s'y rapporte s'avère absolument sidérante. L'immersion en deux temps dans le rock progressif français, notamment, se révèle passionnante tellement elle pousse la description au delà des habituels Ange, Magma ou Gong. De plus, et c'est probablement l'intérêt principal du livre, Aymeric Leroy décrit parfaitement le mouvement progressif dans son ensemble, l'immense succès populaire qu'il a suscité, les millions de dollars engrangés par les cadors du genre, leur volonté inflexible de plier avant tout l'Amérique à leur bon vouloir, mais également le déclin rapide et inexorable du prog lié à une multitude de conjonctions : baisse régulière de la contre culture tout au long de la décennie - sensibilité à laquelle le mouvement prog dans son ensemble est intimement lié, retournement brutal d'une critique rock initialement aux ordres, péchés d'orgueils et caprices de stars toujours plus détachées de la réalité, livraison d'opus de plus en plus déraisonnables dans leur grandiloquence pompière, nivellement par le bas lié à l'ascension fulgurante du marché du disque, et montée en puissance d'un punk anarchisant qui prône le retour à la spontanéité au détriment de l'intellectualisme du rock. Sur tous ces sujets, l'auteur fait preuve d'une érudition et d'une clarté de propos qui placent tout naturellement ce livre au rang de nouvelle référence en matière de rock progressif 70's.

Pour autant, le parti-pris initial est particulièrement dommageable lorsqu'il s'agit d'avoir un œil un peu plus laxiste sur l'appartenance au mouvement progressif. En effet, les groupes qui ne répondent pas stricto-sensus à la définition énoncée en préambule se voient passés rapidement sous silence, et il est quand même incroyable que Pink Floyd ne soit que discrètement survolé au fil des pages. A la décharge de l'auteur, il est exact que, de toute façon, le Floyd a toujours gardé une trajectoire atypique durant toutes les années 70, et que le manque de dextérité instrumentale des membres du groupe ne leur permettait pas de venir surenchérir dans la complexité prisée par leurs concurrents. Aymeric Leroy a par ailleurs écrit un livre entier sur cette immense formation des 70's, ouvrage dans lequel il revient largement sur le caractère atypique et exceptionnel des quatre anglais. Pour autant, comment expliquer l'absence d'analyse poussée d'Atom Heart Mother ou de Meddle dans l'ouvrage qui nous intéresse ici, Pink Floyd atteignant pourtant à ce moment l'apogée de ses élans progressifs ? Pourquoi n'accorder qu'un ridicule paragraphe à The Dark Side Of The Moon, même si Roger Waters amorce ici un virage pop assez évident ? D'autres formations progressives sont ainsi assez largement délaissées, parmi lesquelles (et non des moindres) Jethro Tull, dont seul l'emblématique Thick As A Brick se voit décortiqué avec passion. Le manque de développement devient particulièrement criant dès que les années 70 sont achevées, avec à peine un sixième du livre restant pour évoquer les trois décennies suivantes ! Le fait est d'autant plus décevant qu'une énorme portion de ces derniers chapitres se voit consacrée encore une fois aux mastodontes du genre qui, à cette époque, n'ont plus de progressif que le nom (à l'exception de King Crimson, là encore). Le néo-progressif n'est que grossièrement abordé, principalement par le biais de Marillion, et le hard - metal prog est presque totalement occulté : deux pages sur Rush, trois-quart de pages sur Dream Theater, une ligne sur Tool, rien sur Opeth : ça fait quand même un peu léger. Pire, le revival progressif des années 2000 se voit globalement traité par le mépris, Porcupine Tree n'a droit qu'à quatre minuscules paragraphes, et des groupes comme Oceansize et Pure Reason Revolution ne sont que cités (et encore, eux ont eu cette chance). Seuls les Mars Volta émergent de ce marasme, là encore érigés au rang de brillante exception confirmant la règle du déclin. L'auteur argue bien sûr du fait que tous ces groupes modernes ne répondent quasiment plus aux critères progressifs ancestraux, et il n'a pas tort (d'ailleurs, les intéressés ne se réclament pas beaucoup du courant progressif non plus). Malgré tout, faut-il forcément s'arc-bouter sur des définitions rigides et sur des modèles antédiluviens, figés dans un passé idéalisé et fantasmé, pour parler de notre monde contemporain ? D'autant plus qu'une perche reste tendue par l'auteur vers le rock alternatif à orientation progressive, et que l'influence considérable de Radiohead (et en particulier d'OK Computer) y est largement évoquée. Mais alors, comment expliquer l'absence de Muse dans ce tableau, alors que The Resistance est probablement, qualités artistiques intrinsèques mises à part, l'un des albums les plus progressifs de ces trente dernières années ?

Malgré les écueils précédemment décrits, Rock Progressif, paru en 2010, est devenu (à raison) la référence écrite en langue française de ce mouvement si difficile à appréhender. L'ouvrage demeure remarquablement écrit, ce qui n'est finalement pas si fréquent dans le milieu des livres sur le rock, et l'objet en lui même se révèle d'une finition absolument irréprochable. Bravo donc aux éditions Le Mot Et Le Reste et à Aymeric Leroy pour ce bien bel ouvrage. Ceux qui, comme l'auteur de ces lignes, voudront envisager une approche plus approfondie sur le progressif moderne et sur Pink Floyd pourront, en complément, se rabattre sur la très bonne Anthologie du rock progressif de Jérôme Alberola (Voyage en ailleurs, chez Camion Blanc, plus de détails par ici) et sur Pink Floyd, Plongée dans l'œuvre d'un groupe paradoxal, signé, là encore, Aymeric Leroy.
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Black Mountain


Destroyer


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Cela vous aura peut-être échappé, mais Black Mountain a discrètement rendu l’âme il y a de cela un peu plus de deux ans. Oh, rien d’aussi dramatique qu’un split avec tambours et trompettes, rien qu’un départ en catimini, celui du couple Amber Webber - Joshua Wells à qui l’on doit le sémillant projet alternatif Lightning Dust, dont on attend par là même un nouvel album très bientôt. Sans annonce, communiqué ni explications, alors que les canadiens venaient d’écoper de leur plus beau succès critique avec leur magnifique IV. Bien sûr, les choses sont loin d’être aussi simples, et la note accordée à ce Destroyer vient d’ailleurs démentir la sentence prononcée en début de paragraphe. Néanmoins, une page se tourne, et autant on oubliera sans doute assez facilement le cogneur Wells - remplacé poste pour poste par Adam Bulgasem, autant il sera bien plus ardu de faire abstraction du chant mystique de Webber qui nous laissera à jamais orphelins.

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