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Critique d'album

Trivium


Silence In The Snow


(02/10/2015 - Roadrunner Records - Heavy - Genre : Hard / Métal)
Produit par Michael Baskette, Josh Wilbur

1- Snofall / 2- Silence In The Snow / 3- Blind Leading The Blind / 4- Dead And Gone / 5- The Ghost That's Haunting You / 6- Pull Me From The Voïd / 7- Until The World Goes Cold / 8- Rise Above The TIdes / 9- The Thing That's Killing Me / 10- Beneath The Sun / 11- Breathe In The Flames
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Coming-out, heavy metal et pureté floconneuse, Trivium comme vous ne l'avez jamais vu."
Etienne, le 12/10/2015
( mots)

La neige a cette particularité acoustique qu'elle absorbe la plupart des sons et empêche la réflexion des ondes sonores, magnifiant alors une nature aphone, comme éteinte, laissant simplement une fine nappe de velours blanc recouvrir les noirceurs du monde, sans un bruit. Seul dans cette immensité vierge de toute pigmentation inopportune, les maux intérieurs résonnent, les interrogations émergent et le temps pour une introspection dépuratrice semble venu. Inspiré par ces considérations météorologiques, Matt Heafy réinvente Trivium en l'emmenant au coeur de ses influences musicales les plus marquées, les plus idolâtrées mais également les plus innavouées: Iron Maiden, Dio, Metallica pour les plus célèbres, Tremonti pour les plus récentes et Bullet For My Valentine pour les plus excécrables. Point de pop, point de rock, les floridiens restent fidèles au metal cher à leur jeunesse envolée, délivrant avec un classicisme des plus scolaires la panoplie complète du pur heavy metal. De quoi désorienter, gêner, ennuyer, ravir, étonner, bref faire parler et réfléchir avant d'immanquablement entonner le refrain de "Blind Leading The Blind". Car s'il y a bien un hold-up improbable en cet automne, c'est ce nouvel album de Trivium.


Le groupe s'est longtemps cherché malgré un départ tonitruant (Ember To Inferno, par ailleurs l'opposition idéale à ce nouvel album tant musicalement que nominalement) et un album monstrueux passé à la postérité (Ascendency) composé par Heafy alors à peine agé de vingt ans. Reniant la sauvagerie des débuts, le groupe creuse sa propre tombe avec The Crusade, offrant un écoeurant compromis vaseux entre brutalité metalcore et lenteur d'un heavy poussif. Trivium trouve enfin cet équilibre subtil avec Shogun en 2008 et ses longs morceaux épiques et complexes, puis en 2011 avec In Waves, concentré de violence et puissance ravageuse, un chef d'oeuvre qui marquera l'histoire du métal, sans aucun doute possible. On croit alors le groupe solide quand vient l'affreux Vengeance Falls en 2013 (quel artwork...), condensé de piètres morceaux maniérés et sans saveur essayant vainement de ménager la chèvre et le chou, et laisse les amateurs pantois devant tant de médiocrité. Trivium semble entamer la phase descendante de sa carrière, à force de compromis sans vigueur et d'expérimentations en demi-teinte et tente un dernier baroud d'honneur en jetant ses dernières forces dans une bataille semblant perdue d'avance, celle que le groupe aborde bardé du blindage de l'héritage musical de ses groupes majeurs qui l'ont tant inspirés. Et c'est avec une majesté et une virtuosité folles que le groupe d'Orlando pousse l'auditeur dans des retranchements analytiques rarement explorés, livrant des phases d'écoutes successives schizophréniques et offrant un pléthore d'émotions aussi contradictoires qu'intenses.


Phase 1: Rejet immédiat et subjective offuscation


Les premiers singles extraits de Silence In The Snow n'avaient pas vraiment laisser planer la doute quant à un mollissement du son du groupe: Heafy se mue en chanteur au lyrisme des plus suaves et se frotte aux hautes fréquences tenues avec assurance tandis que l'approche musicale du groupe se simplifie, se lisse un peu et se voit lorgner méchamment vers le heavy metal. Le constat est là, immédiat, et ce dès le premier titre éponyme qui catalyse l'ensemble de tout ce que Trivium proposera par la suite. Evidémment, quand on a adoré In Waves, Shogun ou Ascendancy, la réaction primale est inévitable: "mais quelle horreur", "rien à sauver""c'est du FM" etc. Autant dire que le mélomane déverse son courroux vindicatif sans modération sur la direction musicale de ce Silence In The Snow. "Blind Leading The Blind" avait pourtant rectifié le tir avec un refrain plus entrainant et un rythme soutenu mais "Until The World Goes Cold" avait douché le peu d'espoir émanant du deuxième single en reprenant le même credo que "Silence In The Snow". Pire le groupe ose le faux-espoir en proposant une copie conforme de l'introduction du culte "Black" sur "The Ghost That's Haunting You", et après avoir appelé aux réminiscences de l'auditeur, le plonge sans sommation dans une mer de guimauve des plus désespérantes. Il faudra donc s'y faire, Trivium a décidé de jouer du heavy metal, d'assumer un chant clair propret, d'appuyer ses mélodies, de ralentir le tempo et de lisser sa signature sonore. Et il faut bien reconnaitre que de prime abord et après une écoute laborieuse, c'est dur à encaisser.


Phase 2: Remembrance saugrenu et masochiste tentative


Mais l'oreille a ses raisons que la raison ignore, car après tout n'est-ce pas elle la porte d'entrée des émotions musicales, des ravissements comme des déceptions, de l'engouement le plus irrationnel comme de l'exaspération la plus profonde. La musique de Trivium s'avère fourbe, maligne et formellement efficace sur Silence In The Snow tant elle revient en tête sourdement et déclenche fredonnements, grondements et sifflements basés sur le thème d'ouverture d'un héroïsme étouffé, "Snofall". Exactement de la même manière qu'on cherche à railler les mièvreries diffusées à outrances par l'ensemble des radios nationales, on cherche tous les défauts du monde à cet album pour ne pas y revenir, prétexte bien fébrile à l'égard de cette envie sous-jacente qui devient de plus en plus perceptible: "Faudrait peut-être que je l'écoute à nouveau, j'ai dû louper un truc". Les phrasés de guitares singuliers et harmonisés avec brio de Heafy et Beaulieu, tout comme le chant juvénile de Paolo Gregoletto très présent et utilisé à bon escient, font de "Silence In The Snow", "Blind Leading the Blind" ou "Rise Above The Tides" des titres d'une efficacité directe et immédiate. Et si Trivium n'avait pas tant manqué que ça son album ? Après tout, Blade Runner a été conspué et boudé par le public avant d'accéder à un statut de film culte des années plus tard. On est encore loin de l'album culte entendons nous, mais Silence In The Snow semble posséder un certain nombre d'arguments poussant irrévocablement l'auditeur vers une seconde écoute. Et n'est-ce pas déjà là le signe d'une certaine réussite, aussi impensable soit-elle ?


Phase 3: Vigilance craintive et candide plaisir


Il est indéniable que Trivium vient de passer un cap immense dans sa discographie: un artwork immaculé en lieu et place des trips gores du début et des lugubres cataclysmes de la suite, marquant déjà une fracture des plus symboliques. Influence japonaise oblige, Trivium image son renouveau avec un démon d'une blancheur pure et rassurante, métaphore idéale pour un album offrant une nouveau camouflage à des compositions qui comportent bon nombre d'éléments récurrents du groupe. Les solos sont toujours aussi endiablés alternants phases de pur shred à toute allure et parties travaillées, réfléchies, sereines; les passages géniaux propices à l'exécution millimetrée d'Heafy qui procurent ce plaisir incurable sont bien là (le pré-refrain de l'étonnant "The Ghost That's Haunting You"); le son est toujours aussi dantesque, propre, tout sonne à la perfection, équilibré, même si le travail de Michael Elvis Baskette (Tremonti, Alter Bridge) apporte quelques éléments très personnels des bandes à Mark Tremonti ("Beneath The Sun" est une copie ralentie de "Cry Of Achilles" et les voix diffuses d'arrière-plan étaient aussi très présentes sur Cauterize). Au bout du compte, les repères fixes du style Trivium sont toujours là et il serait injuste de fustiger Silence In The Snow tout en abhorrant In Waves ou Ascendancy, car on découvre Trivium sous un nouveau jour, serein, assuré, assumé, ne manquant pas de se rappeler au bon souvenir des metalheads les plus durs avec un "Breathe In The Flames" chaotique, au chant d'une profondeur virile empruntée à Sevendust et quelques fulgurances rythmiques supersoniques amenant à un pont d'une lourdeur écrasante. Et c'est bien parce que le meilleur morceau de Silence In The Snow est son magnifique épilogue infernal qu'on ne pourra pas s'empêcher d'y revenir, encore, pour découvrir la finesse de cet album mal embarqué, qui révèle ses arômes tel un grand cru après un passage délicat mais néanmoins nécessaire par la carafe à décanter.


Phase 4: Chapeau bas et grands espoirs


L'efficience du départ de l'album n'est plus à démontrer, on l'a déjà dit "Blind Leading The Blind" et la chanson éponyme marquent, sans aucune forme de contestation possible, les esprits et se révèlent comme l'essence même du Trivium nouveau. "Until The World Goes Cold" pousse le chant dans ses derniers retranchements, même si l'on craint pour les cordes vocales de Heafy en live, et berçe avec ces longues notes tenues, épaulées par quelques riffs bien sentis et d'une douceur chaleureuse, lancinante, presque hypnotisante de Beaulieu. La dualité et la complémentarité des deux comparses n'a jamais semblé aussi forte, et c'est tant mieux car elle sert au mieux les floridiens dans l'exécution de cet album, au demeurant un poil moins difficile que les précédents (on vous met quand même au défi de jouer l'intégralité de l'album...). Qu'importe, car cette fois pas besoin d'argumenter sur les prouesses techniques d'Heafy pour valoriser un album de moyenne facture, ici c'est complètement secondaire tant les réussites sont ailleurs: "The Thing That's Killing Me" et ses variations mélodiques poignantes, sa batterie claquante et cette impression de cavalcade rythmique incessante, "Dead & Gone" et son intro rappelant le Muse des grands jours (pas longtemps on vous rassure), ses fractures sonores entre moments de vagues chantantes et instants de déferlements de riffs incisifs, ou "Pull Me From The Void" et ses liés maideniens et son lyrisme implacable, opératique: "Revelation, revelation, revelation" incante Heafy, au sommet de son rôle d'interprête, laissant loin derrière lui l'image du petit prodige de la guitare qui sortait son premier album à 17 ans. "Rise Above The Tides" ou "Until The World Goes Cold" parachève la réussite de Trivium tout en guitares chantantes et refrains homériques, décidément la marque de fabrique de cet album au parti pris aussi courageux que singulier. Finalement, mention spéciale pour cette dernière, lente progression harmonique soutenue par une batterie titanesque et une tristesse noire émanant des paroles d'un Heafy abattu: " Until the world goes cold, this battle's burned all that i've known".


Alors voilà, Trivium vient de sortir son Born In The U.S.A.. Exacerbant les mythiques codes du heavy metal, le groupe propose ici son album le plus abouti, le mieux pensé, le plus cohérent (et c'est un grand fan d'In Waves qui parle), celui qui touche le coeur au lieu de prendre aux tripes, celui qui conte ses histoires plutôt que d'hurler ses maux, celui qui narre sa mélancolie plutôt que sa colère. Silence In The Snow est un très bel album, un très beau moment de musique qui offre à Trivium cette émancipation tant attendue au travers d'un album des plus inattendus. Ces moments de musique sont rares et il faut les chérir. Qui eut crû que c'est finalement de silence dont Trivium avait besoin ?


Chansons conseilllées: "Until The World Goes Cold", "Breathe In The Flames", "Dead And Gone".

Commentaires
Dewi, le 07/11/2015 à 00:14
Bravo pour cette critique aussi objective que pertinente ! J'ai moi même eu beaucoup de mal à m'y faire à l'écoute des 2 premiers singles, mais comme tu le dis, un bon décantage en fond sonore s'imposait et finalement ses petits secrets se dévoilaient au fur et à mesure des premières écoutes (moi je suis un grand fan de Shogun, j'adore In Waves et au grand dam de certains j'adore Vengance Falls, bref les goûts et les couleurs...). Mais je dois dire que cette galette se révèle avec une écoute intensive et attentionnée, il faut vraiment se laisser aller, mettre ses aprioris de côté et depuis je prends un pied immense des que je lance l'album (que j'ai d'ailleurs acheté au bout de 2 écoutes). Ça va sûrement faire sourire quelques mauvaises langues mais cet album est tout simplement excellent !! J'ai pas as besoin d'en rajouter car tu as déjà tout évoqué que ce soit sur la qualité musicale et tes sensations sur chaque titre ;) Merci pour cette chronique habilement composée, dans laquelle je me retrouve et qui me donne le smile ! Ça fait du bien ^^)
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