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Critique d'album

The Who


Tommy


(23/05/1969 - Track Records - British rock - Genre : Rock)
Produit par Kit Lambert

1- Overture / 2- It's a Boy / 3- 1921 / 4- Amazing Journey / 5- Sparks / 6- Eyesight to the Blind / 7- Christmas / 8- Cousin Kevin / 9- The Acid Queen / 10- Underture / 1- Do You Think It's Alright? / 2- Fiddle About / 3- Pinball Wizard / 4- There's a Doctor / 5- Go to the Mirror! / 6- Tommy Can You Hear Me? / 7- Smash the Mirror / 8- Sensation / 9- Miracle Cure / 10- Sally Simpson / 11- I'm Free / 12- Welcome / 13- Tommy's Holiday Camp / 14- We're Not Gonna Take It
Note de 5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Un parcours initiatique et autistique aussi délirant que génial"
Mathilde, le 27/06/2015
( mots)

Mis en couveuse durant les swinging sixties, The Who faisaient partie de la génération de l’ouest de Londres en quête de sensations. Le groupe aux dents acérées, produit de la sauvage popculture adolescente, était à cette époque fort de quelques tubes bien sentis tels "I Can’t Explain" ou "My Generation" qui crachaient à la figure des principes des anciens. Sous l’égide de l’Union Jack recyclé en accessoire de mode/mod (soufflé par leur manager Kit Lambert), les Who avaient commencé à tracer leurs chemins de jeunes doués. Composé de musiciens de génie (le bassiste légendaire Entwistle), de visionnaire sorti d’école d’art à la guitare rythmique en furie (la tête pensante Townshend), d’ovni fou excité de la caisse claire (Keith Moon), et d’un chanteur timide et accro au lisseur (Daltrey) sans vrai rôle défini pour le moment, the Who n’en étaient en fait qu’à leurs balbutiements. Le groupe au statut de référence en devenir allait débuter un voyage incroyable, une "Amazing Journey"…

Œuvre controversée, complexe que celle de Tommy. Mais surtout édifiante. Véritable reflet socio-économique d’une époque d’après guerre, cet opéra rock conte l’histoire d’un enfant bien partie dans la vie puisqu’ à la fois sourd aveugle et muet. Le gamin en question, Tommy Walker, fut choqué par un vague évènement traumatisant (son père part pour la guerre, puis tue l’amant de sa mère lors d’un coucou surprise à la maison) qui le priva de ses sens pour un temps et fit de lui la victime de nombreux pervers (de son cousin, de son oncle, toute la famille y passe). Par la suite Tommy parvient logiquement à devenir champion de flipper, puis plus tard, recouvrant ses sens, une figure spirituelle suivie par la multitude.
Alors oui c’est pas clair, mais c’est normal. L’œuvre de Tommy est un parcours initiatique via les méchants/ les tentations/ les âges, et il se veut volontairement lacunaire et ouvert à différentes interprétations. Reflet, comme c’est souvent le cas, de la vie de son créateur -j’ai  nommé Petey- il donne quelques éléments de sa vie en filigrane. Incapable d’en composer les titres les plus douloureux, il passera d'ailleurs le relai à son poto Entwistle pour la compo de "Cousin Kevin" et "Fiddle About".


Au delà de cette histoire improbable se trouve une performance musicale, le premier opéra rock comme l’a dénommé le manager du groupe Kit Lambert. L’occasion rêvée pour le cerveau bouillonnant de Townshend de sortir du format des trois minutes. Tommy était un disque inévitable  vu les façons de composer de The Who et les deux mini opéras déjà créés dans le feutré ("Rael" et "A Quick One While He's Away") par Townshend. Après l’excellent The Who Sell Out qui en posait mine de rien les bases, la clique a pris le chemin des studios IBC de Londres. Le résultat: 24 titres qui se sont présentés comme des pièces d’un puzzle qui fut long pour le groupe à reconstituer, et qui nécessita de longues périodes à discuter, à arranger les morceaux pour enfin, en janvier 69, réussir à enregistrer un tiers de l’album. Avec tambours et trompettes, mais avec peu d’instruments additionnaux, la force de cette œuvre tient sur l'énergie brute minimale du groupe. C’est pourquoi certains rechignèrent à appeler Tommy un opéra rock, car sa structure s’éloignait trop de la musique classique...

Pourtant c’est une puissance symphonique qui introduit l’album avec les timbales d’ "Ouverture", d'une part hypnotique via ses instruments en fondus sonores, mais aussi baroque grâce à des descentes d’accords chromatiques qui lui insufflent une étrangeté d'emblée. Puis un semblant d’espoir porté par quatre accords mineurs -qui jalonneront le récit- apparait ("1921" ,sensé être "a good year") bientôt renversé par "Amazing Journey" et ses bandes inversées qui symbolisent la perte des repères physiques de Tommy et ses sensations perturbées. L’influence de Meher Baba, gourou indien de l’ami Pete,  est ici bien présente avec cette idée que Tommy traduit désormais ses ressentis par de la musique : "Nothing to say, Nothing to hear, Nothing to see".
Perturbé, Tommy l'est.  Et abusé aussi, accessoirement. De partout on s'acharne sur lui en profitant de ses (nombreuses) faiblesses. Parmi les titres sadico-malsains, "Cousin Kevin" est le plus cruel : "How would you feel if I turned on the bath, ducked your head under and started to laugh ?". "Sparks" signe l’inquiétude de la maman qui cherche un remède quand même quoi. Son désarroi est encore une fois transcrit par les quatre accords mineurs, redondants jusqu’ à trouver le remède, "the cure" (il n'est pas question de Robert Smith ici, bien entendu). Plus tard , Tommy passera une nuit avec une guérisseuse sous LSD, "The Acid Queen" et sera présenté à Jesus sur le gavroche "Christmas"... mais rien n’y fait.  Finalement, la solution sera trouvée sur "Smash The Mirror" où l'enfant brise le miroir d'après des conseils médicaux, sérieux cette fois.


La musique de Townshend est pleinement vibrante, on l'imagine bien en studio, enfermé avec son revox et sa console de mixage lui permettant d'exprimer tout son potentiel créatif. La basse fender Jazz de "The Ox" (John Entwistle) en mode trebble, le piano de Townshend en mode Purcell… La puissance du groupe au complet, sans oublier bien sûr le furibond Keith Moon qui ne tape décidément pas comme tout le monde et dont la grandeur mélodique transparait magnifiquement de derrière ses partitions rythmiques.
"Pinball Wizard" sert de transition à la seconde partie de Tommy. A partir de là, l’enfant est en voie de guérison et pour une fois sur le chemin de la gagne. Les titres sont alors inévitablement plus enjoués. Pour Pete, la chanson du flipper sonnait "comme du music hall "et c’est précipitamment et sans grande conviction qu’il en accoucha un soir. Avec sa guitare style flamenco et ses paroles en forme de slogan, il réussit pourtant à séduire le reste du groupe et cette chanson rentra dans l’histoire : "Ever since I was a young boy, I’ve play the silver ball/ from Soho down to Brighton, I must have played them all". Puis les shémas symphoniques reprennent avec l’élévation de Tommy au rang de figure divine, de celui qui a survécu. Bravo petit.
C’est alors que le tournant psyché se fait davantage sentir, toujours autour de la guitare de Pete, les titres défilent tel un tee shirt tie and dye jusqu’au dernier titre fédérateur. Qui de mieux que  Daltrey-les-bouclettes-libérées (qui trouva un peu dans Tommy le rôle de sa vie) pour interpréter cet être errant qui ne demande qu’à être aimé et reconnu – le but de tous finalement- via ses complaintes "See me, Feel me...", repris dans le dernier titre "We’re Not Gonna Take It", au son des chœurs hallucinés d’angels désabusés et du cor d’ Entwistle. C'est un véritable chant d’envoi post-messe (de hippies, mais que voulez vous c’est l’époque) : "Listening to you, I get the music/ Gazing at you, I get the heat/ Following you, I climb the mountain/ I get excitement at your feet” qui signe la fin de l'oeuvre sur un délire haut (très haut) en couleurs (et en drogues sans doute).

Ce long double album sortit en mai 1969. Résultat de ce parcours délirant autistique : 20 millions de copies vendues à travers le monde, une crédibilité (re)trouvée, un statut réel de formation qui « pèse dans le game » à côté des autres groupes pullulant de l’époque, bref The Who abordent les années 70 comme de véritables rock stars avec les grands lives qui en découleront (Live at Leeds entre autres). L’histoire connaitra même une adaptation cinématographique soutenue par les supers stars Clapton, Tina Turner et Sir Elton. Gonflé, prétentieux, incompris, malsain, Tommy eut cependant un accueil critique très nuancé. Sans doute trop multi modal (avec les aspects socio-économiques, artistiques, psychologiques qu'il soulève…) et parfois kitsch,  il est heureusement introspectif et donc porteur d’une captation, d’un instantané de l’après guerre et des dommages émotionnels qui en découlèrent. Un vrai sujet de thèse (ou de dossier!) à lui tout seul. Musicalement bien doté, et générateur de nombreux titres désormais légendaires ("Pinball Wizard", "I’m Free"), il permit au groupe de se révéler, d’instiguer un "extend work" novateur, de montrer ce qu’il avait vraiment dans le ventre au-delà de la mode Mod, de leurs contemporains… Tommy reste un opéra rock mystique qui interroge, aussi pudique que cruel, aussi flegmatique que désespéré. Le désordre intérieur de Townshend étalé, conjugué à son génie. A n'en point douter les Who sont des experts (qui les feront connaitre bon gré mal gré plus tard) et ont créé là une référence musicale unique. Plus qu’une œuvre donc, un chef d’oeuvre.

Commentaires
Frida, le 23/10/2015 à 14:06
Superbe chronique.. un album magnifique, et un film aussi qui gagnerait à être plus connu de la jeune génération.. Merci pour ce bel hommage au chef-d'oeuvre!
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