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Critique d'album

Masters Of Reality


Pine / Cross Dover


(15/09/2009 - Brownhouse Recordings - Desert Rock - Genre : Rock)
Produit par

1- King Richard TLH / 2- Absinthe Jim And Me / 3- Worm In The Silk / 4- Always / 5- Johnny's Dream / 6- Up In It / 7- Dreamtime Stomp / 8- Rosie's Presence / 9- The Whore Of New Orleans / 10- Testify To Love / 11- Alfalfa
Note de 4/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"Le retour de la (trop) discrète formation du producteur de Kyuss et QOTSA."
Maxime, le 03/02/2011
( mots)

Lorsque viendra l'heure de graver l'épitaphe de Chris Goss (et on espère le plus tard possible), il est fort probable qu'on lira sur le marbre de sa tombe "ci-gît le producteur de Kyuss et Queens Of The Stone Age, accoucheur bienheureux du stoner rock" plutôt que "ici repose la figure de proue des Masters Of Reality". On se demande bien si, à l'heure de son dernier souffle, Goss regrettera que la postérité retienne davantage de lui l'image du colosse complice de Josh Homme, qui s'est dévoué derrière ses manettes autant au desert rock (Slo Burn, Nebula, Desert Sessions) qu'à toute une population de groupes hautement recommandables (The Eighties Matchbox B-Line Disaster, The Duke Spirit, Unkle…), que la figure d'un songwriter talentueux et débonnaire, bien trop modeste pour vouloir imposer avec morgue ses productions. Qui mériteraient pourtant les plus bruyants des battages.

Car les raccourcis et les simplifications inhérents à l'histoire du rock auront tôt fait de nuire à la juste perception de ces trop discrets Masters Of Reality. Parce que formé par le cinquième membre officieux de Kyuss, le groupe a été considéré comme un précurseur du stoner, ce qu'il n'est pas vraiment, contrairement à Yawning Man. Lorsqu'il pose la première pierre de sa formation dans le New-York du début des années 80, Chris Goss a un projet singulier en tête : façonner un classic rock d'époque, c'est-à-dire une musique imprégnée de l'esprit des sixties et des seventies, mais qui n'aurait pas attendu le poids des décennies pour prendre de la patine et accéder à ce statut. Le nom Masters Of Reality, chipé à Black Sabbath, est lui-même une fausse piste. Point de heavy metal à l'horizon, plutôt un brassage de hard rock primal (Steppenwolf), de blues rock débraillé (Cream, Creedence Clearwater Revival), de psychédélisme chamarré et de mélodies beatlesiennes. Cette alliance des contraires est complètement incarnée par Chris Goss, allure d'ogre bourru tiré d'un conte de Grimm, chantant d'une voix chaude et affable, tel un géant débonnaire.

Pour autant, on ne peut nier les nombreux liens unissant les Masters Of Reality et les Queens Of The Stone Age. Goss a transmis à Homme le goût pour les groupes à géométrie variable et au line-up extensible, propices à toutes les audaces ; le rouquin a en retour initié l'imposant chauve aux cadences angulaires du robot rock. Cette relation consanguine fut pleinement consommée sur le monstrueux Deep In The Hole (2001) qui, armé des QOTSA quasiment au complet, s'aventurait sporadiquement en terres stoner et dont la tournée servit de rampe de lancement au non moins fantastique live Flak 'n' Flight. Cette incartade heavy rock n'aura été qu'une parenthèse comme une autre, le groupe passant allègrement tout au long de sa carrière du blues au folk, en passant par le rock progressif et les atmosphères psychédéliques, au grès des humeurs de son initiateur et de ses partenaires du moment. Une constance demeure : l'admirable qualité de ses productions. Même une compilation de chutes de studio telle que Give Us Barabbas (2004) recèle de pépites inestimables. Le combo n'a en fin de compte qu'un seul défaut : sa trop faible productivité (quatre albums et deux lives en presque trois décennies d'existence), Chris Goss étant très accaparé par ses activités de producteur et l'entretien de son ranch à Joshua Tree où il a émigré dans les années 90. Aussi chaque livraison des Masters Of Reality est attendue avec fébrilité, comme une offrande dont il faut savoir profiter.

Huit années après avoir accompagné le pic de popularité atteint par le stoner rock avec Deep In The Hole, Goss, flanqué de John Leamy, batteur émérite des MoR depuis 10 ans, retrouve sa formation originelle pour un nouvel opus à la spiritualité revendiquée. Scindé en deux parties dont la première est décrite comme chrétienne et la seconde bouddhiste, Pine/Cross Dover pose un regard froid et amer sur le monde tel qu'il est devenu au XXIème siècle, autant qu'il tente d'en déceler la beauté latente. Une occasion pour le Captain Beefheart du desert rock de bâtir d'inédites circonvolutions autour de son inamovible base bluesy. Si "King Richard TLH" et "Rosie's Presence", tout en guitares slide et refrains catchy, creusent le sillon seventies arpenté par Goss depuis ses débuts, l'essentiel du disque capitalise sur les récents travaux du frontman tout en le montrant ouvert à de nouvelles expériences. Les assauts de claviers stridents de "Absinthe Jim And Me", les choeurs angoissés de "Worm In The Silk", tout comme le rythme saccadé de "Up In It" sonnent comme des excroissances de son récent projet Goon Moon fomenté en compagnie de Jordie White. Riffs robotiques, batterie désincarnée, paroles cryptiques, ambiance crépusculaire, ces pistes explorent la face chrétienne du disque, larvées par un pêché originel se voyant enfin expié. Ailleurs, le ton est nettement plus badin, l'amour l'emportant au final, comme toujours, notamment sur le pétulant "Always" ou l'exalté "Testify Your Love". D'humeur ludique, le groupe s'amuse à broder un morceau sur un rythme imitant le claquement des bottes sur le pavé ("Dreamtime Stomp") ou narre la catastrophe de la Louisianne à la manière d'un conte moraliste ("The Whore Of New Orleans"). Fidèle à la tradition locale, Goss a invité la clique de Palm Desert (Dave Catching, Brian O'Connor, Brendon McNichol) à venir taper un boeuf à ses côté. Chaque face s'achève ainsi sur une jam fantasque et décomplexée, quelque part entre l'excentricité des Mothers Of Invention et le jazz rock d'un Weather Report. Autant d'exercices qui confèrent au disque un aspect décousu, peut-être moins séduisant que les grands albums de collectif, mais qui ne font que renforcer son statut d'ovni musical.

On s'épuiserait en vain à souligner la singularité des Masters Of Reality, autant prêcher dans le désert. Aussi ne boudons pas notre plaisir en allant les voir au Hellfest ferailler en compagnie de quelques cadors du stoner, la formation se montrant aussi rare sur scène que dans les bacs nouveautés des disquaires.

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Black Mountain


Destroyer


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Cela vous aura peut-être échappé, mais Black Mountain a discrètement rendu l’âme il y a de cela un peu plus de deux ans. Oh, rien d’aussi dramatique qu’un split avec tambours et trompettes, rien qu’un départ en catimini, celui du couple Amber Webber - Joshua Wells à qui l’on doit le sémillant projet alternatif Lightning Dust, dont on attend par là même un nouvel album très bientôt. Sans annonce, communiqué ni explications, alors que les canadiens venaient d’écoper de leur plus beau succès critique avec leur magnifique IV. Bien sûr, les choses sont loin d’être aussi simples, et la note accordée à ce Destroyer vient d’ailleurs démentir la sentence prononcée en début de paragraphe. Néanmoins, une page se tourne, et autant on oubliera sans doute assez facilement le cogneur Wells - remplacé poste pour poste par Adam Bulgasem, autant il sera bien plus ardu de faire abstraction du chant mystique de Webber qui nous laissera à jamais orphelins.

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