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Critique d'album

Marilyn Manson


Born Villain


(01/05/2012 - Cooking Vinyl - Metal industriel - Genre : Hard / Métal)
Produit par Marilyn Manson, Chris Vrenna

1- Hey, Cruel World... / 2- No Reflection / 3- Pistol Whipped / 4- Overneath the Path of Misery / 5- Slo-Mo-Tion / 6- The Gardener / 7- The Flowers of Evil / 8- Children of Cain / 9- Disengaged / 10- Lay Down Your Goddamn Arms / 11- Murderers Are Getting Prettier Every Day / 12- Born Villain / 13- Breaking the Same Old Ground / 14- You're So Vain
Note de 3/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"La bête bouge encore, et d'une assez belle manière."
Pierre D, le 24/05/2012
( mots)

A l’heure de la sortie de son 8e album une question se pose : comment être Marilyn Manson aujourd’hui ? Pour quelqu’un qui a construit une partie de sa carrière sur la provocation ça doit être dur de ne plus être considéré comme l’ennemi public numéro 1, ce qu’il fut assurément aux Etats-Unis de 1996 à 2001. Marilyn Manson a été l’ultime shock-rocker, celui par qui le scandale arrive, et ses disques sont encore écoutables car remplis de chansons de rock efficaces. Aujourd’hui c’est un has-been qui clame à chaque nouvel album avoir réalisé le meilleur disque de carrière, même quand il racle les fonds de tiroirs et tente de proposer un Reader’s Digest de tout ce qu’il a pu faire précédemment (The High End Of Low). Personne n’attend plus rien de lui, tant sur le terrain médiatique que d’un point de vue musical, et le retour de Twiggy Ramirez (bassiste et principal compositeur) n’y a rien changé.

"Hey Cruel World…" ouvre l’album et pose les termes : retour à l’ultra violence. Eat Me, Drink Me se chialait beaucoup trop sur la gueule et The High End Of Low apparaissait comme presque trop accessible avec ses blues-rock lourdingues. Au contraire Born Villain radicalise le propos. Après une introduction d’outre-tombe menée par un staccato de guitare, la basse vient frapper comme le marteau sur l’enclume. Pas question de céder au tout-venant, avec son rythme tout en cassures et ses stridences de guitare "Hey Cruel World…" perturbe autant qu’il rassure. "Overneath The Path Of Misery" va encore plus loin dans cet extrême. Le texte est réduit à un squelette là où Manson avait pour habitude d’aligner les couplets fleuves. Les guitares bourdonnent en essaim de frelons métalliques et les hurlements suraigus trônent sur un magma tellurique en mouvement constant. En termes d’empilement de guitares à la fois industrielles et symphoniques on ne trouve que l’instrumental "Just Like You Imagined" de Nine Inch Nails pour rivaliser.
A ce stade Born Villain est constamment brillant. Arrive "Slo-Mo-Tion" a priori très basique mais qui dévoile des subtilités passionnantes : voix de fausset enfantine minaudant "…incredibly charming", solo de guitare dégénéré dans la droite ligne de ce qui avait été accompli sur Mechanical Animals, break salvateur sur "we got ourselves a real hit", mélodie parfaite. "The Gardener" est propulsée par le meilleur groove jamais créé à la basse par Twiggy Ramirez pour une chanson de Marilyn Manson. Le refrain est totalement glam-rock, en descendance Bowie/T-Rex pervertie par les hurlements saturés et délicieusement dansants de Manson ("And I’m learning to f…f…f…fake it !").

Le chanteur ne s’est peut-être jamais autant approché de la new-wave gothique que sur "Flowers Of Evil", un titre qui permet de constater à quel point Marilyn Manson est peut-être le seul à pouvoir être qualifié de crooner metal. Les crooners ce sont ces chanteurs mâles qui interprètent des chansons pop avec emphase en allant chercher l’émotion et tirer les larmes de l’auditoire. On sait que le metal est ce qu’il est parce qu’il s’est débarrassé des attaches Blues qui retenaient encore Led Zeppelin (Deep Purple c’est du boogie de toute manière) et Black Sabbath est en cela le groupe fondateur du genre. Manson reprend vocalement le timbre de gargouille sans blues d’Ozzy Osbourne et le pousse dans ses derniers croassements. Marilyn Manson est un crooner sans background Soul, Blues ou Jazz, ses envolées émotionnelles sont dépourvues de chaleur humaine tant elles sont théâtrales quand elles passent du trop grave au trop aigu ("Children Of Cain"). C’est un chanteur de charme à l’agonie qui demande à son public de l’achever.

On trouve aussi sur Born Villain des titres beaucoup trop alambiqués pour le songwriting de la paire Manson/Ramirez qui, si elle est douée quand il s’agit de recycler Bowie et Reznor pour produire de l’efficace, se perd quand il faut aller plus loin. "Lay Down Your Goddamn Arms" se perd dans trop de méandres et son refrain poussif arrive comme un cheveu sur la soupe. Le titre "Born Villain" accumule les idées (guitares acoustiques, rythmique electro, refrain lancinant) mais le tout ne va nulle part. Il y a sur Born Villain les pleurnicheries grandiloquentes habituelles ("Breaking The Same Old Ground", "Children Of Cain") et des chansons assez vaines (le single "No Reflection" c’est tout simplement Manson qui fait du Manson sans grande inspiration).
Mais il y a surtout "Murderers Are Getting Prettier Every Day", la charge la plus violente enregistrée par Marilyn Manson ces dernières années. 4 minutes 18 secondes de bourrinage intensif, un orage de saturation permanente et de hurlements de damnés. Un rush à 200 km/h porté par une basse incontrôlable lancée à pleine vitesse. L’ensemble tient miraculeusement la route grâce à la production parfaite de Chris Vrenna qui évite que ça vire au foutoir fatigant et inutile. La conclusion de Born Villain revient à une reprise de "You’re So Vain" de Carly Simon. Si la version de Manson présente peu d’intérêt musical tant elle manque de relief, elle permet à Manson de chanter "you’re so vain, I bet you think this song is about you, don’t you ?", une phrase qu’avait déjà reprise Trent Reznor dans son "Starfuckers Inc." inspiré par sa relation avec le music business et Manson (celui-ci faisait d’ailleurs une apparition dans le clip). La relation incestueuse qui existe entre les productions discographiques de NIN et celles de Marilyn Manson perdure donc malgré le temps qui passe.

Born Villain avec ses 63 minutes au compteur est trop long, assurément. Néanmoins il permet de vérifier que Manson et Ramirez savent toujours écrire de bonnes chansons de glam-metal, même s’il n’y aura vraissemblablement plus de grand œuvre comme avait plus l’être la trilogie Antichrist Superstar/Mechanical Animals/Holy Wood. À qui Born Villain s’adresse-t-il ? Manson n’a plus le monopole de la provocation, il navigue maintenant sous le radar et pourrait saisir l’opportunité pour produire quelque chose de radicalement différent. Les amateurs de shock-rock ne voient sans doute en lui qu’une vieille gloire décatie tandis que le public qui a aimé ses provocations dans les années 90 est trop vieux pour avoir envie d’un shock-rocker aujourd’hui.  Il est par contre peut-être prêt pour un crooner, aussi déviant soit-il.

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