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Critique d'album

Nine Inch Nails


Broken


(22/09/1992 - Interscope - Métal Indu - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- Pinion / 2- Wish / 3- Last / 4- Help Me I Am in Hell / 5- Happiness in Slavery / 6- Gave Up / 7- Physical / 8- Suck
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Nine Inch Nails bascule dans la colère et frôle le chef d'oeuvre"
Nicolas, le 25/02/2011
( mots)

Broken n'est pas à proprement parler un album studio de Nine Inch Nails, mais cet EP possède une place capitale dans la discographie des clous de neuf pouces. C'est ici que s'opère l'implacable mutation d'un projet initialement synth-pop axé dancefloor en une machinerie infernale assez inclassable, entre industriel malsain, metal fracassant et pop furibarde. Bienvenue dans l'antre incandescent de la colère.

Car c'est bien de colère qu'il s'agit ici, de rage, même. De fait, l'évolution du style de Nine Inch Nails s'est retrouvée étroitement mêlée aux déboires personnels et professionnels de Trent Reznor. Floué par un contrat le liant à TVT Records et dans lequel les dirigeants du label pouvaient s'adjuger un droit de regard sur ses réalisations, le jeune prodige s'est rapidement fait mettre des bâtons dans les roues par Steve Gottlieb, patron de TVT qui, ayant été surpris par l'incroyable succès de Pretty Hate Machine, s'est mis en tête de s'assurer un contrôle total sur cette nouvelle poule aux œufs d'or. Mais Reznor, qui souhaite durcir le son de son projet, ne l'entend pas de cette oreille. C'est le début d'une longue et éprouvante bataille judiciaire, au cours de laquelle Trent décide de disparaître subitement de la circulation pour enregistrer en secret ses nouveaux morceaux avec l'aide de son ami Flood.

Rongé par une frustration tenace, Reznor se laisse inspirer par les derniers concerts de son groupe de scène : alors que Nine Inch Nails se payait le luxe d'ouvrir pour des sommités comme The Jesus and Mary Chain, Peter Murphy et même les Guns N' Roses, les concerts devenaient de plus en plus violents et se terminaient quasi-systématiquement par une destruction en règle de l'ensemble des instruments. Puisant son inspiration dans la colère qui l'anime, Trent Reznor travaille comme un forcené hargneux et paranoïaque, à tel point que Flood, excédé par son comportement irascible, claque la porte du projet peu avant son achèvement pour aller rejoindre Depeche Mode, au travail sur Songs Of Faith And Devotion. Reznor finit donc seul le boulot, puis balance bille en tête son œuvre à la tronche de TVT sans autre forme de procès. La bonne nouvelle, c'est qu'entre temps, le label s'est fait racheter par Universal via Interscope, et que l'odieux Gottlieb s'est vu remplacé par un certain Jimmy Lovine qui se révèle être beaucoup plus "tolérant" vis à vis des nouvelles doléances du jeune fauve. C'est donc ainsi qu'après maintes tribulations, Broken peut voir le jour sans subir la moindre censure. Notons au passage que l'on constate ici les germes de l'animosité de Trent Reznor vis-à-vis des maisons de disques, animosité qui culminera près de quinze ans plus tard avec l'appel au téléchargement pirate de ses oeuvres et le développement d'un système de distribution indépendant pour ses nouveaux albums.

Curieux objet que ce Broken. 99 plages en tout, mais seules 8 d'entre elles comportent de la musique (les 91 autres ne sont que de courtes plages silencieuses de quelques secondes), et parmi elles, on compte encore 2 instrumentaux purs. Au delà de cette bizarrerie formelle, l'EP opère une rupture proprement radicale avec Pretty Hate Machine de par la violence inouïe qui s'en dégage. "Wish" impressionne d'emblée par ses amplitudes sonores incroyables, une prouesse de production assez inédite pour l'époque. Intro en soufflerie mécanique menaçante, couplets aboyés et scandés avec une rythmique parfaitement en place, rafales de guitares déglinguées en mode on/off, refrain plus massif qu'un pilonnage de mortier, Trent Reznor nous fait basculer en quelques secondes dans les affres d'une colère confinant quasiment à la démence. La suite n'est pas en reste, "Last" introduisant notamment les premiers éléments de metal pur et dur dans la panoplie sonore de Nine Inch Nails, avec ses riffs lourds et ses rythmes stéréotypés que survole un chant proprement hystérique. Pourtant, au delà de tout ce déferlement de rage brûlante, de vociférations furieuses et de magma sonore invraisemblable, on distingue d'excellents éléments pop qui surnagent en apnée pour nous proposer des morceaux finalement assez conventionnels dans leur construction. A ce titre, "Happiness Is Slavery" est probablement l'un des titres les plus réussis de NIN, réussissant à merveilles à conjuguer le côté remuant de l'électro et la puissance écrasante du rock industriel, malgré une introduction parmi les plus extrémistes jamais composées par Reznor. Ce titre a été illustré par un clip particulièrement insoutenable, dans lequel Bob Flanagan se fait torturer avec barbarie par une machine infernale avant de se retrouver broyé dans un concasseur. Question vidéo, "Gave Up", sorte de version préliminaire furibarde de "March Of The Pigs", tape également fort dans la symbolique puisqu'on y voit Reznor avec ses musiciens de scène (ainsi qu'un certain Marilyn Manson) interpréter le titre en live dans le fameux manoir au sein duquel Sharon Tate a été assassinée par Charles Manson - inutile de se demander où Brian Warner a été chercher son nom de scène. La fin de l'EP marque un peu le pas dans la violence, avec un "Physical" très classique dans une veine metal indu et magnifié par son allure martiale sur fond de six cordes glaçantes, alors que "Suck" renoue avec une certaine esthétique électro urbaine avant de se faire concasser sous les coups de boutoirs métalliques terrifiants du refrain.

On ressort sérieusement secoué de cet EP absolument incontournable et qui reste à ce jour l'une des toutes meilleures réalisations de Nine Inch Nails. Broken a d'ailleurs permis à son géniteur de gagner le Grammy Award de la meilleure performance metal de l'année 92 pour le single "Wish", ce qui fera dire à Reznor, non sans humour : "Sur mon épitaphe je veux qu'on inscrive : "Ici gît Trent Reznor. A dit fist fuck, a gagné un Grammy"". Cet EP est surtout le point de départ d'une progression musicale et artistique irrésistible, Reznor se mettant alors en tête de canaliser la rage sourde qui l'anime pour la propulser vers des velléités beaucoup plus profondes, élans auto-destructeurs qui éclateront sur le terrifiant et fascinant The Downward Spiral. Mais si Broken n'en que le brouillon, autant dire que le chef d'oeuvre a été manqué de peu.

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