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Critique d'album

Ihsahn


Arktis.


(08/04/2016 - Mnemosyne Productions / Spinefarm Records / Candlelight Records - Experimental Black - Genre : Hard / Métal)
Produit par Ihsahn

1- Disassembled / 2- Mass Darkness / 3- My Heart Is Of The North / 4- South Winds / 5- In The Vaults / 6- Until I Too Dissolve / 7- Pressure / 8- Frail / 9- Crooked Red Line / 10- Celestial Violence / 11- Til Tor Ulven (Soppelsolen) [Bonus Track]
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"L'âge de glace"
Etienne, le 25/04/2016
( mots)

Entamer un album d'Ihsahn n'est jamais chose facile. L'homme a beau être adulé par tout un pan de la scène metal actuelle, il n'en cultive pas moins une certaine distance avec son public, un aspect froid et un certain mystère autour de ses oeuvres. Le terme "oeuvre" est particulièrement adapté à ce dernier album tant la réussite musicale et artistique dépasse le simple statut de nouvelle pierre à un édifice déjà massif. Ex-leader d'Emperor, groupe norvégien culte de la scène black metal, et artiste solo émancipé depuis 2006, il est un musicien accompli, un producteur très demandé et par dessus-tout un passionné. Et c'est cette passion qui transpire à l'écoute d'Arktis, superbe manifeste glaciaire, où Ihsahn explore tous les courants chers à son patrimoine musical, du death metal le plus sombre au rock progressif le plus éthéré.


Soyons très clair, Emperor (et le black metal dans sa globalité), c'est tout bonnement abominable. Surtout quand on sait que Ihsahn et sa troupe se revendiquent satanistes des pieds à la tête. Lui-même le dit, "ce genre de musique est fait pour ne plaire à personne". Pourtant, la philosophie du chanteur semble plus complexe qu'un simple rite macabre et une dévotion hébétée aux feux des enfers. Au travers de ces albums solos, Ihsahn s'émancipe de lourd héritage d'Emperor et assume son aversion pour les religions, tout en prônant la non-violence, la méditation et le respect de l'environnement. Intégrer ces éléments est indispensable à la compréhension du dernier disque du norvégien tant l'exploration nordique exposée comme le thème principal de l'album traduit tout autant les tourments d'un homme face à une inintelligible quête, cet ultime défi aussi noble qu'absurde pour révéler son véritable soi. Et dans l'immensité glacée, c'est le noir guerrier Ihsahn qui s'impose comme un arrangeur de génie et compositeur inégalé.


Enregistré aux Mnemosyne Studios, Artkis est imprégné d'une ambiance des plus frigorifiantes. Ihsahn l'a lui-même avoué: "Je ne joue pas une seule note de basse sur l'album". Pour combler ce vide, le norvégien a plus d'un tour dans son sac et n'hésite pas à multiplier les pistes de guitares quitte à parfois ne jouer qu'une seule et longue note qui résonne avec ampleur dans le vide rapidement envahi par les constructions appliqués des autres six-cordes. Le lancinant "Crooked Red Line" voit les arpèges d'Ihsahn prendre possession totale de l'espace et structure un ensemble sur lequel vient se greffer ce diable de Jorgen Munkeby (Shining) qui distille un solo de saxophone suave, langoureux, enveloppant, aux antipodes du blackjazz anarchique de sa formation. A noter que c'est également le batteur de Shining, Tobias Ornes, qui opère tout le long d'Arktis. Habitués à pratiquer un metal bien moins ordonné, les deux hommes marchent au pas du norvégien qui semble vouloir lisser ses structures sonores, les simplifier à des fins d'efficacité. "My Heart Is Of The North" a beau envoyer un couplet hurlé très lourd, appuyé par des claviers emphatiques et une distorsion vénéneuse, son enchaînement avec un refrain purement instrumental, un solo dantesque et un pont aussi délicat qu'un flocon se posant sur un frais manteau neigeux, se veut la marque d'une volonté incessante de marquer les esprits à tous les coups. Car Ihsahn l'assure lui-même, "J'ai voulu que chaque morceau soit tout de suite identifiable".


Comme pour s'autoriser toutes les folies musicales imaginables, Ihsahn désassemble tous les codes du metal pour mieux le reconstruire, tel un architecte farfelu allant parfois emprunter les chemins hasardeux des rythmes électroniques (l'excellent "South Winds" et ses airs de Nine Inch Nails). L'album s'ouvre d'ailleurs sur le bien-nommé "Disassembled", parfaite entrée en matière qui voit un riff épique préparer à un refrain au lyrisme et au sens mélodique ravageurs, bien aidé par Einar Solberg, le chanteur de Leprous. L'homme se veut moderne et fouille dans tous les sous-genres du répertoire quitte à parfois pousser l'expérimentation aux confins d'un hommage grossier au hard FM californien ("Until I Too Dissolve", malgré tout très réussi). Complètement en roue-libre sur "Pressure", titre dans lequel il revient à des aspirations black metal sur fond de guitares infernales, Ihsahn s'offre un incartade salvatrice tant Arktis propose tout du long de ces onze titres, des morceaux parfaitement produits et justement équilibrés. "Frail" et "In The Vaults" incluent de superbes passages acoustiques et des claviers génialement parsemés, alternant les touches éparses et les phrasés frénétiques. Comme pour parfaire la conclusion d'un voyage sur une note inattendue, le jazzy "Crooked Red Line" et le ballade "Celestial Violence" offrent un étrange épilogue mêlant l'émerveillement de la découverte d'un monde insoupçonné et la déception d'être arrivé au bout d'une odyssée glaciaire d'une incroyable richesse.


On pourrait pourtant fustiger le grand norvégien barbu qui en méthodique - tyrannique ? - producteur et arrangeur s'inspire outrageusement des références majeures du metal et par extension du rock: l'aura maléfique d'un Manson, les arrangements pointilleux et aériens d'un Steve Hackett ou encore l'audace de Trent Reznor empreignent un disque qui ne manque en aucun cas de personnalité. Ihsahn est là, partout, son charisme inonde le disque dans sa totalité. La production est millimétrée, les arrangements traduisent un volonté d'équilibre subtil entre ses aspirations nouvelles et son patrimoine personnel. Chaque écoute initie un voyage nouveau où les membres émérites de la scène norvégienne prêtent amicalement leurs talents à celui qui plus que jamais accède au statut de maître incontesté du metal.


Embarqué dans un trip arctique sur fond de photographies d'époque, Ihsahn fixe sans cesse la ligne d'horizon séparant la terre d'un metal noir, âpre, et l'immensité aérienne impalpable d'un rock progressif assumé. Arktis est une épopée magistrale dont il est impossible de sortir indemne. Au pire, votre avis sur ce braillard indolent aura changé. Au mieux vous aurez perçu tout le génie du bonhomme au travers de ces onze pistes monumentales qui composent ce qui est sans aucun doute possible le meilleur disque sorti en 2016. Pour l'heure en tout cas. L'âge de glace est venu.


Chansons conseillés: "Mass Darkness" (avec Matt Heafy de Trivium), "Crooked Red Line" et "South Winds".

Commentaires
M., le 30/04/2016 à 08:58
"Soyons très clair, Emperor (et le black metal dans sa globalité), c'est tout bonnement abominable"...merci pour ton analyse fine de la scène ! Ton acuité et ta perspicacité font plaisir à voir...
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