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Critique d'album

Frank Carter & The Rattlesnakes


Modern Ruin


(20/01/2017 - International Death Cult - Punk Hardcore - Genre : Rock)
Produit par Thomas Mitchener

1- Bluebelle / 2- Lullaby / 3- Snake Eyes / 4- Vampires / 5- Wild Flowers / 6- Acid Veins / 7- God Is My Friend / 8- Jackals / 9- Thunder / 10- Real Life / 11- Modern Ruin / 12- Neon Rust
Note de 4/5
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Note de 2.0/5 pour cet album
"A coeur vaillant..."
Etienne, le 07/02/2017
( mots)

Le rock est-il une expression du coeur, des tripes ou de l’esprit ? Débat insoluble, pas franchement tranchée et tout juste bon à se vriller l'encéphale gauche, plongé dans la torpeur d'un mois de janvier 2017 d'une morosité musicale déplorable. Dire qu'on compte sur Frank Carter et ses crotales boueux de l'humide Albion pour décaper le tympan encrassé par les âneries chianto-contemplatives à deux lettres de ce début d'année est un euphémisme. Le britannique, totalement accroc aux réseaux sociaux, n'en manque pas une pour faire la promo d'un Modern Ruin dont le premier single ("Snake Eyes") paraît neuf mois - c'est beaucoup - avant l'album: des lives agités des clubs anglais suffocants aux brèves tirades enregistrées depuis son salon - un môme sur les genoux, le chien sur le canapé - la plèbe ne peut rien manquer de ce déballage impudique de communicant éclairé. De cette gestation vidéoludique, dont chacun jugera la pertinence, émerge alors un consensus: Carter est un sentimental, un sensible, et Modern Ruin son exutoire. Un disque de sentiments plus que de mots, de mélodie plus que de musique, du coeur plus que tout le reste. Du punk romantique, câlin et fleur bleue ? Très peu pour nous.


Les récents exploits de Carter plaident pourtant en faveur d'un second album solide et incendiaire: successeur d'un premier disque solo punk jusqu'au bout des tatouages - Blossom, véritable décharge d'électricité permanente et brûlot rock fulgurant dans lequel l'ex-trublion de Gallows renoue enfin avec ses racines hardcore sacrifiées un temps sur l'autel du rock à stade vomitif de son second groupe Pure Love - Modern Ruin et son titre aguicheur relevant tant du constat social que d'un profond désespoir personnel a tout pour plaire. Les variations chromatiques de son artwork pigmenté éveillent même une curiosité infantile au moment de se laisser bercer par les courtes trente minutes de ce manifeste émotionnel bancal. Là où son prédécesseur prenait un malin plaisir à délivrer frontalement et unilatéralement sa dose de venin corrosif à coups de morsures frénétiques, Modern Ruin opère une lente constriction irrégulière, alternant les coups de pressions létales ("God Is My Friend") comme l'enlacement le plus insignifiant ("Lullaby", "Snake Eyes" et tout le reste). D'aventure si tranchant et aiguisé, le punk tourmenté de Carter et ses reptiles sanguinaires embrasse un renouveau sonore étonnant fait d'accords plaqués avec une force complètement assourdie par une distorsion grossière et faussement grasse, que même l'énergie débordante et la frappe précise de Gareth Grover ("Wild Flowers") n'arrivent pas à relever. Formatés, appliqués, dupliqués, les titres de Modern Ruin se perdent en similarités criantes et coïncidences fâcheuses qui peinent à donner un quelconque relief salutaire à un disque plombé par son écriture comme Fillon par Pénélope. Exception faite d'un "Thunder" évolutif et bien foutu, ce deuxième album du combo britannique peine à faire émerger du brouhaha métallique ce cri du coeur tant annoncé.


Il faut donc reporter toute notre attention sur ces mots que Carter chérit tant et qui, pour la première fois, sont audibles. De sa désespérante intermède Pure Love, le tatoué aura au moins appris une chose: chanter. A peu près. Avec un certain aplomb, le bonhomme déballe sa prose torturée sur fond de mélancolie apaisée ("Neon Rust") et complainte adolescente ("Bluebelle") avec une certaine réussite, obligeant dès lors à se pencher sur le sens de ses mots assemblés pour mieux toucher: "Je veux que les gens comprennent ce que j'ai à dire, qu'il puisse chanter avec moi pendant les shows" déclarait le communicant boulimique à qui voulait bien l'entendre durant une campagne promo totalement démesurée à la vue de l'objet livré. Carter est limité par ses qualités de parolier médiocre et de "vrai" chanteur néophyte. Ses recherches de mélodies juste dignes d'un Alex Turner au réveil sont vaines et régulièrement compensés par un déballage de mots interminable ("Vampires" et son refrain long comme un anaconda sous amphéts) visant à combler ce vide lyrique par une consistance vocale boursouflée. Dans sa composition, Modern Ruin a clairement été pensé pour mettre en avant le chant et la voix de Carter comme si ce dernier refusait de n'exister qu'au travers de ses frasques scéniques ou de son punk brut et teigneux. Il en ressort surtout une volonté rétrograde d'imposer encore une fois son rock tiède et fade - le même que Pure Love - à ses fans réconciliés après avoir retrouvé le temps d'un premier album le Carter hargneux plébiscité: "Vous avez pas aimé la première fois ? Pas grave je vous en remets une couche". On sait que ça vient du coeur, mais quand même...


Que dire de plus ? Modern Ruin sonne mal. Survendu, il n'a finalement rien à dire. On dit que la constance est la paresse du coeur. Frank Carter n'est pas fainéant, ni même un mauvais gars et sa vocation au travers de ce deuxième album semble claire. Bien loin de sa zone de confort et en dépit d'un premier échec cuisant, il persiste dans l'accomplissement d'un album modéré, plus en voix et moins dans les tripes, cherchant coute que coute à s'affirmer autrement qu'en garnement braillard d'un punk ardent et révolté qui ne sied plus à sa vie rangée. Gageons que le gaillard est certainement capable de transcender Modern Ruin sur scène et de lui apporter une sauvagerie salvatrice, un caractère retrouvé, une puissance décuplée. Car à coeur vaillant...


Chansons conseillés: "God Is My Friend" et "Thunder".

Commentaires
Etienne, le 09/02/2017 à 15:59
Bon je confirme en live c'est dément... bien que les titres de cet album aient bien moins d'impact que ceux du premier !