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Critique d'album

Arctic Monkeys


Suck It and See


(06/06/2011 - Domino - British indie - Genre : Rock)
Produit par James Ford, Ross Orton

1- She's Thunderstorms / 2- Black Treacle / 3- Brick by Brick / 4- The Hellcat Spangled Shalalala / 5- Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair / 6- Library Pictures / 7- All My Own Stunts / 8- Reckless Serenade / 9- Piledriver Waltz / 10- Love Is a Laserquest / 11- Suck It and See / 12- That’s Where You’re Wrong
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Les Monkeys se baladent sur une pop radieuse qui leur va à merveille"
Nicolas, le 09/07/2011
( mots)

S'il y a bien une attitude à mûrir quand on s'attaque à la critique rock, c'est de ne jamais, jamais se fier à sa première impression. Cette remarque s'avère d'autant plus valable quand on s'intéresse à un album des singes de Sheffield, un groupe qui, pour chacune de ses livraisons, est parvenu à susciter les réactions les plus contradictoires, un groupe qui a également réussi à faire évoluer son style au fil du temps pour aboutir à ce Suck It And See, quatrième jet studio d'une formation plus aussi jeune que cela et désormais en pleine possession de son bagage technique et artistique. Récit d'un voyage musical oscillant sans cesse entre chaud et froid.

Avant toute chose, il convient de déclarer certains conflits d'intérêts qui seront à même d'expliciter l'avis de l'auteur de ces lignes. Celui-ci possède en effet un certain passif avec les macaques d'Alex Turner : un premier album qui l'a profondément révulsé, un second qui l'a cordialement laissé de marbre, et un troisième qui l'a au contraire totalement rallié à leur cause. C'est un fait : les Arctic Monkeys ont changé, mûri, ils ont perdu en spontanéité et en fougue ce qu'ils ont gagné en expérience et en intention, explosant sur Humbug entre énergie punk british intériorisée et tempos ralentis gorgés des fumées âcres des forges sabbathiennes sous la houlette de Josh Homme, tenancier moderne de l'héritage de Tony Iommi et consors. Pourtant, ce troisième album studio montrait quelques limites principalement d'ordre mélodique, on flirtait alors avec une ribambelle de tubes potentiellement géniaux mais ne parvenant pas à exposer leur propos de façon suffisamment naturelle.

C'est donc avec une certaine jubilation que l'on avait accueilli les deux titres chargés d'ouvrir les hostilités de ce quatrième round, car eux ont véritablement réussi à combler cette lacune. "Brick By Brick" se révélait effarant de simplicité basique et de mordant, une véritable déclaration d'amour à la juste cause ("I Wanna Rock N' Roll", qui dit mieux ?) Quant à "Don't Sit Down 'Cause I've Moved Your Chair", il réalisait la fusion parfaite entre ritournelle pop à l'anglaise, lourdeur du sabbat noir et envolées crissantes des Queens of the Stone Age. Surtout ces deux morceaux nous offraient de vraies chansons à fredonner, de vrais refrains morveux à brailler à tue-tête ("Oouuh ! Yeah Yeah Yeah !", oui, vous aussi vous l'avez chanté) et nous laissaient espérer l'arrivée de l'album ultime des Arctic Monkeys, combinant simplicité, limpidité, énergie et attitude.

Pourtant, le premier contact opéré avec Suck It And See se révèle particulièrement décevant. Passés les deux tubes sus-nommés, la galette semble de prime abord étonnamment indolente, un comble pour des lads qui ont bâti leur réputation sur la fougue de leur jeunesse. Les titres s'enchaînent sur un rythme nonchalent, rien ne semble particulièrement attirer l'oreille, et à l'inverse on sent parfois poindre une once d'irritation face à l'attitude de branleurs des Monkeys. Oui la musique ne vaut plus rien, mais cela valait-il la peine d'infliger à cet album une non-pochette ? Et puis il y a d'autres détails, certes voulus mais qui ne peuvent nous empêcher de penser que le groupe se paye notre tronche, comme ces petits interludes entre les titres qui font croire à des prises spontanées, "comme en répétition". "Suck It And See" ? Gosh ! Si la référence à la banane du Velvet & Nico est assez évidente, l'image phallique ne nous donne pas forcément envie de sucer : pas étonnant, a fortiori, qu'on n'y voie pas grand chose.

Ne jamais se fier à sa première impression : la maxime se devant d'être appliquée avec la meilleure foi possible, on y est retourné, à cet album, on l'a trait, essoré, maltraité, poussé dans ses derniers retranchements, pour au final se retrouver plutôt enthousiasmé par ce qu'on a pu y découvrir. Le malaise initialement ressenti tient en fait à une terrible méprise : pour apprécier convenablement un nouveau disque des Arctic Monkeys, il faut avoir au préalable effectué le deuil du (des) précédent(s). Alex Turner et ses ouailles n'ont jamais commis deux fois les mêmes méfaits et se sont toujours repositionnés à contre-courant de toutes les attentes. Ainsi en est-il de Suck It And See, non pas indolent (si on le compare avec ses prédécesseurs), mais détendu, délaissant la rugosité des riffs juvéniles pour des pop songs matures dont les attraits se révèlent progressivement au fil des écoutes. Si sur Humbug les Monkeys se plaçaient sous le commandement de la figure tutélaire de Josh Homme, ils s'en libèrent ici pour mieux laisser éclater les talents de songwriter esquissés par Turner avec son compère Miles Kane au sein des Last Shadow Puppets : "The Hellcat Spangled Shalalala", dernier single en date, se place d'ailleurs en filiation directe de ce side-project de luxe. Le soleil du désert a laissé place à celui des plages californiennes, où des mannequins topless font du sémaphore tandis que des businessmen se préparent à des réunions d'affaire avec un ours tout en dansant la Macarena dans l'antre du diable. Les textes de Turner, truculents et décalés à souhait, éclairent des chansons aux mélodies emballantes ("She's Thunderstorms", fascinante alliance de sel et de sucre), construites avec soin et charpentées autour de la batterie véloce de Matt Helders, la basse tonique d'Andrew Nicholson et la guitare imprévisible de Jamie Cook.

L'utilisation de chaque membre est ici un modèle du genre, et les tempos ralentis nous laissent entrevoir à quel point chacun des musicos a fait des progrès sur son instrument. Jamie Cook, surtout, impressionne par l'intelligence de ses arrangements, troussant des kyrielles de petits soli innocents et variant à loisir les sonorités de sa gratte. C'est lui qui crée tout l'intérêt d'un titre a priori banal comme "Black Treacle" en ajoutant à chaque nouveau couplet des lignes de guitare crissantes et en complétant à merveille le refrain vocal instable de son leader. Les Monkeys savent désormais doser leurs effets, prendre l'auditeur par surprise ("Library Pictures", Madeleine de Proust simiesque bien vite torpillée par un faux-rythme intermittent) et mettre le temps qu'il faut pour retirer toute la moelle d'un titre ("Reckless Serenade", parfait exemple du morceau qui se bonifie de seconde en seconde). Et si la fin de l'album marque légèrement le pas, elle ne manque pourtant pas d'intérêt : entre balades douces-amères ("Piledriver Waltz, morceau solo de Turner réinterprété par le groupe, ou encore "Love Is A Laserquest", certainement le morceau le plus faible du lot) et titres frondeurs ("Suck It And See", entre morgue glandeuse et envie d'en découdre, ou "All My Own Stunts", aussi catchy que fumeux), il n'y a pas là matière à s'ennuyer, bien au contraire.

On pourrait tenter une nouvelle fois de réduire les Arctic Monkeys à la somme de leurs influences, d'aller chercher un peu de Kinks dans tel riff, un peu de Clash dans tel autre, de vanter l'élargissement de leur palette sonore via le grand roux de Palm Desert, mais une telle démarche risque de nous faire passer à côté de l'essentiel. Car avec Suck It And See, les singes de Turner ont franchi un pallier décisif vers une pop futée et profonde qui rend d'autant plus accessible cette indispensable formation anglaise, l'une des rares à avoir émergé durant les cinq dernières années et qui compte véritablement. Non, s'il fallait oser un parallèle pour ce quatrième jet studio, ce serait avec The Suburbs d'Arcade Fire ou encore Brothers des Black Keys, deux albums ayant fait le pari de la simplicité et qui ont permis à des formations peu médiatisées mais foutrement talentueuses de récolter les meilleures récompenses de l'année dernière. Et c'est désormais tout le mal que l'on peut souhaiter aux Monkeys en 2011...

 

 

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