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Hellfest 2022, Vendredi torride à Clisson


Nicolas, le 22/06/2022

Un final suffocant


C’est reparti pour le Mainstage et rien moins que The Offspring, mais je dois vite déchanter car la foule s’est tellement massée autour des lieux qu’il m’est rigoureusement impossible de me frayer un chemin dans la plèbe dense et d’approcher à moins de 100 mètres. Qu’à cela ne tienne, j’en profite pour rebrousser chemin - non sans mal - et pour me placer dans la fosse non loin de la 2e scène principale, aux premières loges pour assister au show de Mastodon à suivre, et il ne me reste plus qu’à suivre le concert des Californiens de loin, via écrans géants. Le bruit courait que la bande à Dexter Holland avait perdu de sa superbe, et ce n’est pas son tout dernier album en date, l’insipide Let The Bad Times Roll paru neuf ans après un Days Go By déjà pas top, qui allait me démentir. Eh bien au final le groupe de Garden Grove a su assurer le show. Un set propre, carré, millimétré, percutant, bourré d’énergie. Si Holland n’a plus du tout le même charisme vocal qu’avant, il parvient à bien tenir le change, tandis que Noodles and co défouraillent comme au premier jour, délivrant un son musclé et dynamique. Les amerloques prennent le temps de causer avec l’assistance - même si ça ne vole pas bien haut, genre ça insulte à tour de bras entre deux remerciements enthousiastes -, Dexter a de plus en plus la tronche de Donald Trump (la mèche en moins), et la Progéniture ne se montre jamais aussi bonne que quand elle doit entonner ses tubes. Et des tubes, elle en a pléthore, n’est-ce pas ? Bien sûr ce sont les hits de Smash et d’Americana qui font mouche, de “Come Out And Play” à “Pretty Fly (For A White Guy)” en passant par “The Kids Aren’t Alright” et “Why Don’t You Get A Job?”, la sauce punk rock excitée des californiens prend parfaitement dans l’assistance des metalheads qui ahane à tue-tête les refrains joviaux qui leur sont assénés. L’ensemble se montre néanmoins un tantinet répétitif, et au final il était temps que cela se termine. Quoi qu’il en soit, The Offspring a constitué plutôt une heureuse surprise.


Mastodon. J’appréhende un peu, là encore pour deux raisons : d’une, de ne pas avoir apprécié comme il se devait un Hushed and Grim pourtant unanimement salué par mes collègues et partout ailleurs, et de deux, de garder en tête des rumeurs de prestations live mitigées, brouillonnes de la part des natifs d’Atlanta. Eh bien mes doutes ont vite été balayés. D’entrée de jeu, la machine mastodonte se met en branle avec jubilation, et tout est là, ce son colossal, cette complexité technique, cette raucité dans la voix et les guitares, et le groupe sonne clair, dense mais audible et intelligible, puissant, entêtant. Peut-être les grandes scènes leur conviennent-elles mieux ? Les claviers font leur apparition - ainsi qu’un cinquième larron - sans ajouter d’hermétisme à l’ensemble. Décidément, Mastodon est un groupe fascinant, réellement fascinant, avec ses fortes personnalités au premier rang desquelles un Troy Sanders qui se place en vrai leader, bassiste intraitable et chanteur bourru quoique bien plus nuancé qu’il n’y paraît au premier abord. Et puis il y a Bran Dailor, un peu paumé derrière son drum kit somme toute assez contenu, concentré sur ses rythmiques de folie, grimaçant, peut-être un peu en retrait - et qu’il lui est difficile de chanter quand il doit envoyer du steak avec ses baguettes et ses pédales ! L’inverse aurait été étonnant, néanmoins, mais peut-être faudrait-il que les quatre hommes se penchent sérieusement sur la question ? Quoi qu’il en soit, Dailor assure tout de même une prestation soignée au micro, quand bien même il doit parfois écourter certaines notes un peu trop longues. Complètement à gauche, Brent Hinds se la joue force tranquille, un peu dans son coin, faussement détaché, mais il n’hésite pas à prendre le micro pour invectiver la foule quand on s’y attend le moins, allant même jusqu’à conclure le live par un slam en apothéose. Et finalement c’est Bill Kelliher qui m’a le plus surpris tant sa dynamique impressionne. C’est lui, finalement, qui cimente le groupe, qui crée du lien, qui dynamise l’ensemble par ses postures scéniques. Le set fait la part belle au récent double album (les tubes “Teardrinker”, “Pushing The Tides” ou “Pain With Anchors”) mais il n’oublie pas quelques missiles de Blood Mountain (“Crystal Skull”), de Leviathan (“Blood And Thunder”) ou de The Hunter (“Black Tongue”). Une formidable prestation ponctuée d’effets visuels fantastico-futuristes de toute beauté en arrière fond, très colorés, de très bon goût, ce qui fait du show de Mastodon l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir. Et cette aisance technique ne cessera jamais de m’impressionner, quand on voit Hinds et Kelliher tailler une bavette tout en exécutant de concert des arpèges improbables à toute allure, c’est assez fabuleux à voir. Un grand, très grand Mastodon.


C’est le temps de faire une petite pause alimentaire. Tandis que s'égrène en toile de fond un set des Dropkick Murphys pas déplaisant pour un sou quoique ultra balisé et ultra calibré ballades irlandaises revisitées à la sauce punk, je me dirige vers les bornes cashless pour recharger mon bracelet - sésame et vais me payer un petit gueuleton thaï. Oui, le gras des kebabs frites quand il fait pas loin de 40°, ça ne me disait pas vraiment. Une fois ma bouteille d’eau rechargée à l’un des multiples robinets qui ponctuent le lieu du festival et ma vessie vidée - pas si pleine que ça malgré le litre et demi de flotte que je me suis enfilé durant les quelques dernières heures, preuve des conditions climatiques assez extrêmes tout de même -, je me dirige une nouvelle et dernière fois vers la Valley pour aller écouter les voisins de Savannah, j’ai nommé Baroness. Aguiché par les récents retours positifs de Maxime après leur prestation à Lyon, je me fais une joie de les voir à mon tour. Arrivé trop tôt, j’ai droit en guise d’apéro à une balance en bonne et due forme, avec toute la bande au grand complet. Sur scène, simplicité et bonne humeur règnent, et les quatre larrons n’hésitent pas à rester causer avec les premiers rangs, en toute modestie. Ce genre d’attitude n’aura de cesse de m’estomaquer, mais c’est sans doute parce que Baroness n’a jusqu’ici pas encore rencontré le succès qu’il mérite. Quoi qu’il en soit, la concert commence pied au plancher avec un “Take My Bones Away” qui décoiffe. Contrairement à Mastodon, je trouve le son sludge de la baronne un peu contraint, un peu comprimé, un peu crado. Les harmoniques ne passent pas (avec ou sans bouchons d’oreilles) et ce sont parfois les voix qui peinent à surnager, en particulier celle de Gina Gleeson. Mais ce sera sans doute le seul petit bémol de cette prestation en tout point magistrale. Sur scène, les rockers sont au taquet, et l’apport de Gleeson, déjà assez significatif sur album, devient proprement phénoménal en live. Cette fille irradie de classe et de charisme, elle headbangue comme une folle, balance ses solos avec une classe ahurissante et n’arrête pas de faire participer la foule. Galvanisé - sans doute - par cette belle prise, John Baizley n’est pas en reste et tient la baraque avec bonhomie et rugosité. Le metal de Baroness reste difficile à dompter, malgré quelques saillies pop catchy à souhait. On ne sait jamais sur quel pied danser, si on va se faire caresser dans le sens du poil ou si on va se prendre un hurlement en pleine face. La setlist se montre éclectique et brosse toute la disco désormais conséquente du groupe, on a droit à un “Eula” suffocant (dans une tente qui, à ce stade de la soirée et vu la chaleur ambiante, ressemble à une étuve), un “Rays On Pinion” (du Red) fameux, un “Throw Me An Anchor” de folie, tout cela pour finir par un “Schock Me” complètement renversant - et il y en a eu d’autres. Ce qui me frappe dans ce concert, plus encore que lors de celui de Witchcraft, c’est la joie, et même l’extase des musiciens sur scène. Un plaisir communicatif que nous fait longuement partager Baizley qui, durant ses interventions, ne manque pas de nous saluer, de nous remercier du fond du cœur, de nous exprimer à quel point ils ont souffert du COVID et à quel point ils sont ravis d’être ici. La connivence avec la tente est telle que le groupe, après avoir quitté la scène en catimini, se fait joyeusement rappeler à l’ordre, et les quatre membres de goûter à un triomphe public mérité, longuement, sourire aux lèvres. Énormément d’émotion communicative, ça fait du bien.


Il se fait tard mais je compte tout de même assister à la prestation de Deftones, propulsé tête d’affiche de ce jour. En attendant, je me rapproche de la Mainstage tout aussi bondée que lorsque jouait The Offspring pour y découvrir Five Finger Death Punch, groupe que je ne connais absolument pas. J’avoue ne pas trop savoir quoi en penser. C’est vulgos mais efficace, ça bouffe un peu à tous les râteliers, c’est puissant et assez fédérateur, ça attire l’oreille. Un peu heavy metal, un peu hard rock, un peu punk, un peu groove. Mais l’attitude des zicos sur scène me laisse pantois. Le chanteur n’arrête pas de jouer les stars, exigeant ceci, engueulant untel, allant distribuer des tools à ses ouailles comme s’il leur faisait le plaisir de leur donner la communion… bref, je suis mi-figue mi-raisin, mais j’avoue que la formation a su titiller ma curiosité jusqu’à me pousser prochainement à me frotter à quelques-uns de leurs albums. Histoire de vérifier que je ne passe pas à côté de quelque chose… mais place donc aux headliners avec Deftones. J’avoue ne rien attendre d’eux. D’une, parce que je les ai déjà vus à Rock en Seine il y a quelques années et qu’ils ne m’avaient pas fait forte impression en live - alors que je suis un vrai converti sur disque. De deux, parce que Maxime nous a fait un retour pas très emballant lors de leur passage à Lyon. De trois, parce que c’est une groupe amputé qui vient jouer à Clisson, privé de son guitariste antivax platiste Stephen Carpenter mais aussi de son bassiste Sergio Vega qui a récemment plié bagage, lui qui avait eu la lourde tâche de succéder au pauvre Chi Cheng décédé. Que reste-t-il de Deftones sans les musiciens qui ont bâti son son ? Un Abe Cunningham qui n’a rien de spectaculaire derrière ses fûts et un Chino Moreno que l’on sait inconstant et pas très fiable vocalement. Au final, ce set de Deftones confirme mes craintes, et plus encore. Le son y est incompréhensiblement terne, compressé, étriqué, un comble pour une formation qui développe des basses époustouflantes sur album, et Chino - qui a beaucoup grossi, le bougre - perd très vite en justesse dès qu’il commence à s’agiter, livrant une prestation entre stridences désagréables et chant clair étouffé. J’avoue dès lors ne pas avoir eu la motivation de rester jusqu’au bout et d’avoir lâché l’affaire au bout de trois titres. Le chemin du retour s’annonçait long, entre marche à pied nocturne (oui, pas la peine de compter sur les navettes, vous l’avez compris) et départ de Clisson me promettant un trajet non négligeable jusqu’à mon domicile. Moyennant quoi cette troisième journée en enfer en l’espace de huit ans m’a apporté entière satisfaction, avec une affiche proprement fabuleuse qui a tenu quasiment toutes ses promesses. Longue vie au Hellfest, et continuez d’élargir le spectre de vos invitations : le rock lourd dans son ensemble ne s’en portera que mieux.

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