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Hellfest 2016, deuxième dimanche de sabbat


Nicolas, le 25/06/2016

Enfer et damnation


Après avoir repris des forces, retour dans la Vallée avec un prestation que j’attends tout particulièrement : celle de Rival Sons. Un groupe comme ça au Hellfest, c’est quand même plus que borderline. Non pas que le carré de Long Beach ne soit pas heavy, mais ce n’est pas sa qualité première. Rival Sons, c’est avant tout du blues, parfois sur son versant hard rock à tendance Led Zeppelin ou Free, mais souvent avec un côté plus posé proche de The Animals. Bref, avec Rival Sons au Hellfest, on frise l’erreur de casting. Une erreur que les américains manquent d’ailleurs d’entériner tant le début de leur set semble emprunté et timide. Après une entrée en scène au son du thème du Bon, la Brute et le Truand de Leone, les instrumentistes retranchés au fond des lieux abandonnent Jay Buchanan en pâture à la plèbe. Celui-ci, loin de se laisser démonter, traîne ses collègues au rythme de ses attaques vocales enflammées. Je le répète : pour moi, Buchanan est sans aucun doute l’un des plus grands chanteurs du circuit, et probablement le plus grand de la nouvelle génération de hard rockers. Ce soir, il ne démérite nullement, même si le micro ne rend pas hommage à son timbre. Il faudra d’ailleurs qu’on m’explique comment, depuis le temps que la technologie micro existe, ne parvient-on pas à faire ressortir pleinement les graves de la voix en live. Bref, Buchanan fait le taff en éclipsant les autres, permettant au groupe d’éviter la sortie de route. Probablement sont-ils anxieux à l’idée de connaître la réaction de ce public de metalheads aux mœurs si éloignées des leurs ? Ils ont pourtant tort de s’en faire, car à mesure que le temps passe, la tente toute entière se rallie à leur cause. Arrive un lent blues pensif, et Jay Buchanan d’envoyer : “C’est une chanson sur le pardon, alors n’oubliez pas de vous pardonner”, avant d’ajouter, frondeur : “Ce qui se dit dans les chansons de metal… rien n’est vrai là dedans. Rien !” Et la foule de lui faire un triomphe… A l’évidence, le second degré semble bien partagé dans la communauté. Sauf que le déclic s’est produit : les instrumentistes sortent de leurs gonds, se rapprochent du bord de la scène, Scott Holiday et Dave Beste quittent leur réserve et commence à s’exprimer corporellement, forts d’une confiance retrouvée. La suite est un pur moment de grâce, vingt à trente minutes de rock comme j’en avais rarement entendu, du style, du panache, de la morgue et du brio. Buchanan, en confiance, en rajoute : “Vous en voulez encore, les putains de T-shirts noirs ?” avant d’envoyer le tube qui déboîte, “Keep On Swinging”, closant les hostilités devant une assistance en liesse et proprement convertie. Rival Sons a été grand, immense même. Passant quelques minutes supplémentaires pour savourer leur coup d’éclat, les quatre hommes remercient chaleureusement la tente, Buchanan ajoutant : “Il y a encore plein de super concerts ce soir. Ne manquez pas Black Sabbath !” T’inquiète, c’est prévu au programme.


Crédit photo : © Heilewelt


Mais la soirée est encore longue. Laissant The Valley derrière moi, je refais le trajet vers la Main 1 pour aller voir ce que vaut Megadeth en 2016. Dix petites minutes d’attente, le temps d’apprécier, de loin, la fin de set d’Amon Amarth sur la Main 2. Un groupe qui a le sens de la mise en scène : deux immenses têtes de Drakkar ont été montées sur scène, et c’est sur l’une d’elle qu’est campé Johan Hegg, le chanteur (ou le brailleur, c’est selon), un solide gaillard barbu qui éructe ses harangues guerrières accompagné de riffs épiques. Là-dessus, la pyrotechnie s’invite aux festivité, les lance-flammes crachant un feu infernal par longues vagues incendiaires. Efficace, ma foi. Bon, par contre, il faut aimer le death metal. C’est un peu “rugueux”, tout ça. N’empêche que comme avant-concert, on a vu pire. Avant de quitter les lieux, Hegg va longuement saluer la foule en se rafraîchissant d’une pinte d’ale versée dans une corne de viking. Jusqu’au bout, le mec. Là-dessus débarque Megadeth plus proche du lieu où je suis, et je commence déjà me demander : mais il est où, Mustaine ? Ils sont tous sur scène mais pas lui… ah si, là bas. Mais… c’est ça, Dave Mustaine ? Un vieux bonhomme bouffi, les yeux gonflés, le visage lourdement marqué par les années, qui chante les yeux fermés et sans articuler ? Eh ben, le Big Four n’est plus ce qu’il était. Pourtant, même si je n’ai encore jamais vu Metallica en vrai, ils me font une toute autre impression derrière la caméra. Megadave, lui, est à peine là. Il chante tout juste, envoie ses solos sans passion et se fait bien rapidement éclipser par le petit nouveau de la bande, Kiko Loureiro, un jeune qui, lui, a envie d’en découdre. Enfin bon, ça reste du thrash, hein. Sympathique pour qui aime la branlette de manche, mais sensiblement lassant sur la durée. Je tiens trente minutes, et puis je m’en vais. Note pour plus tard : adresser mes condoléances à Dave pour ce décès artistique peu glorieux.


Crédit photo : © Ouest France


Un Dave en chassant d’ailleurs un autre. Après Mustaine, Navarro, changement radical de style en vue. Jane’s Addiction, je ne maîtrise pas des masses même si j’aime bien. En revanche, One Hot Minute, je maîtrise plutôt bien, ce qui me fait d’ailleurs dire que les Red Hot auraient dû demander à Navarro de reprendre du service plutôt que d’engager le transparent Josh Klinghoffer à la place de Frusciante. Bref, The Valley fait un accueil délirant à Perry Farrell et sa clique, mais très vite, la tente (et votre serviteur) n’ont plus d’yeux que pour Dave dont le jeu de guitare déploie une épaisseur et une profondeur peu communes. Tandis que Farrell marque la scène de sa démarche androgyne avec sa tenue sélect et son petit chapeau, tandis que deux lap danseuses exhibent - en tout bien tout honneur - leurs charmes sur un échafaudage au fond de la scène afin de faire monter la température de la gente masculine (en très grande majorité au sein du festival, faut-il le souligner), Navarro, l’air de rien, assassine l’auditoire à grands coups de riffs funk-metal et de soli ravageurs. Torse nu, l’air revêche et la mine torve, le guitariste, biceps saillants, tatouages virils, mèche d’ébène et rimmel de drug addict, se montre cent mille fois plus rock n’ roll que tous les barbus brailleurs sapés en noir que j’aie pu voir dans la journée. Sans compter qu’à la basse, Chris Chaney est loin d’être une tanche. Ça déboîte sec, ça groove, ça joue de la pédale et de la réverb’ (à l’ancienne, face aux amplis), et même si mélodiquement le set est plus contestable, il règne dans la vallée une ambiance de feu. Enthousiasmé, je jette un œil à ma montre, et diantre, un dilemme s’offre à moi : rester jusqu’au bout du concert de Jane, où aller profiter pleinement des superstars en devenir que sont Ghost. Préférant me fier au ressenti de mes collègues à la rédaction d’Albumrock, j’abandonne à regret la tente avec un bon souvenir et une impression de trop peu. Qui sait ce que j’ai loupé après coup.


Crédit photo : © Olivier Ducruix, Guitar Part


Et grand mal m’en a pris. S’il y a bien une déception à retenir de cette journée, c’est pour moi Papa Emeritus et ses Nameless Ghouls. Le concept de Ghost m’interpellait déjà depuis un moment, cette idée de jouer de contrastes, ces atours très provocants, cette resucée heavy metal d’Alice Cooper assaisonnée d’un chant pop en voix claire et limite mainstream : il fallait absolument que j’en aie le cœur net. Arrivée cérémonieuse, apparat, cloches, décor d’église (ou d’anti-église), ribambelles de nones allant distribuer une communion sanglante aux premiers rangs… enfin sanglante, sur les écrans géants ça ressemblait plutôt à du muscadet, leur truc. Bref, les suédois sortent le grand jeu. Point de vue musique, le son est bon, le heavy metal est bon sans faire preuve d’une folle originalité, et je me trouve trop éloigné de la scène pour apprécier comme il se devrait ce tableau voulu sataniste un brin dérangé. Mais très vite, un détail me chiffonne. Ils se prennent quand même vachement au sérieux, les zozos. Les masques des Nameless Ghouls empêchent de voir leurs diverses expressions, et Papa Emeritus III, au visage cadavérique bariolé de blanc et de noir, arbore une mine constamment contrariée. Cache ta joie, mon ami. Même les vannes qu’il fait sur les français semblent tomber à plat. Encore heureux que je comprenne l’anglais, car le pape est disert et fait traîner ses prêches en longueur, ce qui a le don d’agacer mes voisins directs qui eux, apparemment, ne pipent rien. Très vite, alors que sa sainteté - ou plutôt sa vilenie - fait tomber sa mitre et sa tiare, laissant apparaître une mèche noire rutilante et un costume de groom des enfers, le set s’enlise dans une routine impotente même si, çà et là, quelques riffs ravageurs viennent réveiller mon intérêt. Puis le set se termine sur une énième diatribe papale sur l’orgasme féminin, diatribe bien longue cette fois-ci (même pour moi), et le fameux “Monstrance Clock” clôt les hostilités avec feu d’artifice - un vrai feu d’artifice, fusées et tout le toutim, bref mais réussi - et chorale enfantine. Chorale enfantine… attendez un peu les mecs : vous faites chanter des trucs salaces à des mômes ? Ah ben ça, c’est rock n’ roll, hein, ha ha ! Ouah, c’te provoc’... ou plutôt non. Je m’excuse, mais il y a des limites à ne pas franchir. Critiquer l’institution religieuse, les mœurs, la société, la morale, passe encore. Jouer les satanistes de carnaval, si ça peut les faire marrer, hein, bon. Mais on ne me fera pas dire que faire chanter des gamins sur un titre vantant l’orgasme, c’est rock n’ roll, surtout lorsque Papa Emeritus conclut le titre d'un trivial "and don't forget to fuck eachother!". C’est minable et complètement à côté de la plaque. Mon côté vieille France, sans doute… allez, tchao les clowns, place aux artistes. Aux vrais.


Crédit photo : © horrorcandybox
Commentaires
Nicolas, le 30/06/2016 à 11:03
Je suis tout à fait d'accord, il est dommage que les amateurs de metal à la rédaction ne soient pas encore venus au Hellfest (et ce n'est pas faute de leur dire que c'est un superbe festival !), mais ils vous feront en revanche un compte rendu du Download sans doute plus "objectif". Pour tout dire, je me suis posé la question de n'aller voir que Black Sabbath dans la journée, mais j'étais intéressé par Kadavar et Rival Sons, raison pour laquelle je suis venu plus tôt. Même ainsi, j'aurais pu choisir de ne faire les live reports que de Kadavar, Rival Sons et Sabbath, mais là encore, j'ai jugé que c'était dommage de ne pas aller au bout de mon ressenti de cette journée dans son ensemble, avec ses points positifs (qui sont bien réels, y compris dans mon ressenti de la scène metal pure et dure). Encore une fois, sans être un fan de metal, j'aime le rock lourd en général... et certains groupes de metal à la marge. Mon but n'est pas de "casser" le metal au profit des groupes heavy extérieurs au genre, certainement pas. Il y a vraiment, je pense, de la place pour tous les styles. Cependant, je ne vois pas en quoi le fait que je n'aime pas Slayer m'empêche d'en parler et d'en dire tout le mal que j'en pense. Chacun ses goûts, il me semble. Pour Gojira, je ne connaissais pas... mais en quoi est-ce un tort ? Faut-il absolument connaître un groupe avant d'aller le voir en concert ? Non, à mon sens, et par ailleurs cela ne m'empêchera certainement pas de réessayer de me frotter à eux à l'avenir. Quant à Ghost, soyons honnêtes, j'ai surtout été très déçu, je m'attendais vraiment à être conquis tant il est vrai que sur disque le groupe sonne bien. C'est sans doute là que le décorum entourant le metal me pèse, ces mises en scène, ces jeux d'images. Ca m'a vraiment gêné, il n'y a pas du tout de spontanéité là-dedans, sans parler du fait que musicalement, même si je me trompe peut-être, je trouve que le groupe tourne en rond. Pour les enfants, bon, on va dire que c'est le détail qui a achevé de me faire basculer dans le "je n'ai pas aimé" alors que j'étais jusque là "mitigé", mais ce n'est pas essentiel, c'est vrai. Et Sabbath a été parfait, rien à dire, on est d'accord. En tout cas merci de votre retour, et qui sait, peut-être à un de ces quatre à Clisson.
mout, le 30/06/2016 à 10:00
Je trouve moyen que la compte rendu du Hellfest soit fait par quelqu'un dont la culture métal est limitée,qui ne connait donc pas Gojira (le dernier album du groupe tout récent ainsi que les précédents fait parti des chroniques d'AlbumRock...) et qui déteste Slayer (pilier du métal, et même si le dernier album est loin d'être leur meilleur, leur prestation a été de qualité,franche hargneuse et directe). Alors ok quand on est pas forcément un grand fan de métal et qu'on se rend au Hellfest ça prouve peut être une certaine ouverture d'esprit mais un "spécialiste" donnerait une version plus authentique des faits selon moi tout en prenant du recul pour faire des comptes rendus honnêtes et pas être juste un fan qui apprécie et pardonne tout à n'importe quel groupe. Mais le Hellfest c'est avant tout ça cet ouverture d'esprit et son éclectisme. La preuve avec Kadavar (j'ai là aussi trouvé la chronique du concert très sévère) et Rival Sons (excellent). J'ai trouvé que la prestation de Ghost était la plus marquante de la journée personnellement. Un super show. Et je vois pas en quoi la présence de gamins sur le dernier morceau est choquant. C'est à prendre au second degré, comme quasiment 90% de la scène métal (Black inclus...) et ces enfants (tous de Clisson il me semble mais à vérifier) ne sont pas venus là de force. Les parents les ont amenés là de leur plein que je sache. Donc où est le problème ??? Quant à BLACK SABBATH c'était génial on est bien d'accord,du début à The End !!! After Forever, Fearies Wear Boots, War Pigs,... TOUT !!!! Bref on peut ne pas avoir le même maillot et avoir la même passion apparemment (il me semble avoir déjà entendu ça quelque part...). Et on est d'accord, l'ambiance, l'esprit, l'atmosphère, la déco (tout simplement OVER THE TOP) sont parfaites au Hellfest. Ce sont d'ailleurs des valeurs qu'il serait agréable de voir, connaitre et savourer un peu plus que 3 jours par an... L'enfer au final n'auraient des vertues positives après tout ? Qui sait... Hell ain't a bad place to be...
Nicolas, le 27/06/2016 à 10:31
Merci Papa. Je ne doutais nullement de votre miséricorde.
PapaEmeritus, le 27/06/2016 à 09:39
Je te pardonne Nicolas
rockfour, le 27/06/2016 à 00:29
superbe compte-rendu du Hellfest et en particulier du concert de Black Sabbath, groupe que je ne verrais certainement jamais sur scène. Dommage!
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