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Critique d'album

Nick Drake


Pink Moon


(25/02/1972 - Island - Folk - Genre : Rock)
Produit par

1- Pink Moon / 2- Place To Be / 3- Road / 4- Which Will / 5- Horn / 6- Things Behind The Sun / 7- Know / 8- Parasite / 9- Free Ride / 10- Harvest Breed / 11- From The Morning
Note de 5/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Le pire de tout, c’est de sentir que personne ne s’intéresse à nous – Paulo Coelho"
Daniel, le 29/01/2022
( mots)

La Lune est dite "rose" (ne pas confondre avec la Lune "rousse") lorsqu’elle est pleine et qu’elle est au plus proche de la Terre. Ca se passe en avril et la couleur est attribuée en référence au phlox qui fleurirait au même moment.


Fin de la minute astronomique et botanique…


Le peuple du monde est parfois hypocrite lorsqu’il glorifie post mortem un artiste qui s’est suicidé à 26 ans (1) parce que personne ne s’était intéressé à lui durant sa vie.


Outre Nick, ce même peuple du monde a retenu de la famille Drake :


• la sœur Gabrielle, pour son rôle à perruque mauve dans la série de science-fiction Alerte dans l’Espace (2) dont vingt-six épisodes ont été diffusés entre 1971 et 1973 ;


• la maman Molly pour son aptitude à jouer du piano et à composer de bien jolies mélodies qu’elle chantait devant son fiston ébahi.


A ce stade de la chronique, il est possible de considérer qu’à l’évocation de ces deux femmes, tout l’univers du musicien a déjà pratiquement été parcouru. On a vaguement l’impression de relire la biographie maudite de H.P. Lovecraft.


Nick Drake n’avait pas été conçu (ni élevé) pour appartenir à notre univers inhumain. Certains de ses comportements (lisibles dans ses textes) se situent aux extrêmes confins d’un comportement autistique qui aurait certainement mérité une écoute plus attentive de la part de ses proches. L’album (du moins dans sa version CD, rééditée en 2004) comporte une jolie photo en noir et blanc où un grand chien très expressif, observe l’humain indifférent avec cette commisération dont seuls certains animaux sont capables.


Comme tout le monde en ces temps immémoriaux, Nick a gratté un peu de guitare acoustique. Ses accords inattendus s’égrenaient en écho à ceux que sa maman Molly imaginait sur son clavier. Comme il est quasiment impossible de concilier mélodiquement les deux instruments, le bonhomme a inventé des open tunings (3) improbables. Et il a calé sa voix fluette et ses curieuses mélodies sur des notes qui n’ont vraiment rien d’académique (même si les rythmiques sont souvent les mêmes).


A lire les textes, il est évident que personne n’a pris la peine de le corriger ou de lui expliquer pourquoi trois mots enchaînés ne faisaient pas une phrase et pourquoi deux rimes ne font pas un poème. 


"Tu peux voir comment le Soleil brille


Si tu le souhaites


Moi, je peux voir la Lune 


Et elle est si claire


Tu peux emprunter la route qui te conduit jusqu’aux étoiles" (4)


Il est évidemment possible de gloser à l’infini sur l’interprétation des mots, en expliquant que le Soleil représente la Vie tandis que la Lune représente une Non-Vie, ce qui signifierait que l’auteur, qui se sent différent des adorateurs du Soleil, navigue entre ombre et lumière et qu’il a déjà fait le choix de choisir une voie médiane en montant vers les étoiles, … 


A ce rythme-là, Jonathan Richman (5) pourrait être une réincarnation de William Shakespeare.


Il s’est forcément trouvé un idiot ou l’autre pour expliquer au chanteur à la voix de fausset qu’il avait énormément de talent. Et Nick a compris qu’il allait devenir une star adulée et riche, même si ses titres ne passaient pas à la radio et même s’il se refusait à jouer en public…


Après l’échec de trois albums (1969, 1971 et 1972), il a préféré s’expatrier sur une autre planète (en route vers les étoiles), plus accueillante et moins mensongère. A coup d’antidépresseurs (amitriptyline). 


Au même titre que sa pochette illisible (œuvre d’un ami de Gabrielle), Pink Moon est un opus difficile à aborder. Son principal avantage est sa brièveté (28 petites minutes). Selon l’humeur, c’est vite fini ou ça peut se répéter à l’envi.


Le producteur John Wood (qui avait déjà enregistré Pink Floyd à un stade prépubère) n’intervient guère. Un micro bien choisi pour la voix. Un autre pour la guitare. Puis les touches "Play" et "Record". Relax.


Les onze titres (dont "Horn", un minuscule instrumental) ont été enregistrés pratiquement en temps réel au cours de deux petites sessions nocturnes / lunaires. Il n’y a nul autre overdub que les quelques notes de piano qui enluminent la plage titulaire. 


Tous les défauts ont été fidèlement gravés dans la cire (cordes qui frisent, voix qui s’égare, accords fantomatiques un peu à côté, doigts qui flirtent souvent avec les frettes, …). Brut de brut. Juste un homme seul, peu sûr de lui, et sa guitare en bois.


Certains titres sont immédiatement intéressants, comme la plage titulaire, "Road" (qui fait penser à la fausse naïveté de Dick Annegarn), et "Things Behind The Sun". Les autres, parfois cafardeux, souvent cryptiques, demandent des efforts. Seule la plage finale, "From The Morning", se montre un peu plus solaire, sans que l’on puisse parler réellement d’un message d’espoir.


Petit maître des mots mais grand maître des maux (sa versification adulescente et dépressive est parfois malaisante à lire), Nick Drake était probablement le seul à croire que son album pourrait se vendre en 1972. Cette année-là, les jeunes rockers allaient dépenser leurs maigres économies entre le meilleur Bowie, le dernier Rolling Stones abouti, un Neil Young exceptionnel, un Lou Reed tout maquillé, un Yes au sommet de son art, un Genesis fabuleux, Deep Purple, Uriah Heep, Jethro Tull, …


Les rares qui ont suivi Drake en temps réel ont eu le nez très fin. Les autres sont arrivés trop tard et ont toujours entretenu une relation complexe (pour ne pas écrire "complexée") avec Pink Moon. A la décharge de ces "autres", l’album était loin de se trouver dans les bacs de tous les disquaires de province.


Mais, les années passant et une fois le charme installé, il est compréhensible que l’opus soit devenu une référence ultime pour les gens qui pensent ponctuellement que la misère du monde peut reposer sur les épaules d’un homme seul. 


VW a utilisé la plage titulaire pour une publicité putassière en l’an 2000. Il est toujours difficile d’admettre qu’une entreprise qui "se méprend" sur ses performances environnementales s’approprie la Culture Populaire. La seule chose qui soit réjouissante ici est que les concessionnaires de la marque ont reçu plus d’appels au sujet de la musique que pour commander leur bête cabriolet. 


La revanche de la Lune et des Phlox roses.


(1) loupant par conséquent le Club des 27 de quelques mois….


(2) de vieux pervers avertis qui fréquentaient les salles obscures alternatives (celles où il fallait porter un feutre mou, un long trench-coat mastic et prévoir un journal à déplier pour l’entracte) l’ont même vue vêtue de son seul parfum dans le nanard The Au Pair Girls (1972).


(3) jouées à vide, les six cordes d’une guitare accordée selon la méthode universelle produisent une résonnance horrible. Pour en jouer, il faut poser des doigts sur le manche selon des schémas bien spécifiques. L’Open Tuning (accordage ouvert) consiste à tendre ou détendre les cordes pour que l’instrument délivre un accord spécifique même à vide. C’est une méthode pour paresseux (popularisée par Keith Richards) qui impose évidemment de disposer de plusieurs guitares pré-accordées en différentes tonalités pour jouer sur scène.


(4) et, comme de coutume, le traducteur n’est qu’un traître…


(5) exemple : "L’abeille fait bzzz-bzzz, l’oiseau fait cui-cui mais le son de ta voix est la plus jolie musique que j’aie jamais entendue."

Note de 5.0/5 pour cet album
"Pureté virginale et céleste. Un chef d'oeuvre absolu de la folk music. "
Geoffroy, le 29/04/2011

Rendre à César ce qui appartient à César. Si vous lisez cette chronique alors vous connaissez certainement déjà Nick Drake. Sauf exceptionnelle exception - lueur d’espoir en la curiosité humaine - terriblement rares sont les personnes dont la boulimie musicale les pousse à se tourner vers cette grande silhouette dégingandée en noir et blanc. Non, Nick Drake ne passe pas à la radio. Pour nous français, la folk music ne se rapporte qu’aux danses irlandaises, à la pop acoustique insipide de ces dernières années (James Blunt si seulement tu pouvais me lire) et dans le meilleur des cas aux figures de proue Dylan et Baez. Alors non, Nick Drake ne passe pas à la radio et est-ce vraiment un mal ? Les oreilles souillées des auditeurs ne sauraient de nulle manière tolérer une telle pureté, car Nick Drake porte en lui l’absolu, l’intemporel, l’éternel, ces valeurs qu’on ne pense maintenant réservées qu‘à une poignée d‘illuminés. Il est à la musique ce que Van Gogh est à la peinture, de ces artistes hypersensibles touchant à la grâce des éthers, promis à un succès inévitable et dont l’indifférence de leur époque les a inexorablement conduit à la folie. Il a offert dans Pink Moon, son dernier don à l’humanité, ce qui lui restait de pur et de limpide, pour porter son art aux sphères célestes avant de s’éteindre dans l’abandon et le drame et échouer sur les rives de la postérité.
 
 
« Which do you dance for
Which makes you shine.
Which will you choose now
If you won’t choose mine.
Which will you hope for
Which can it be.
Which will you take now
If you won’t take me
And tell now
Which will you love the best. » 
 
(Nick Drake - "Which Will")
 
 
Si vous lisez cette chronique et avez passé le cap de l’exceptionnelle exception, alors peut-être cherchez vous une réponse. Peut-être voulez vous savoir ce que d’autres ont à dire sur cet album, si votre amour inconditionnel pour Pink Moon n’est que le fruit de votre perception corrompue des choses, de votre sensibilité propre mais parfois peu assurée. Il n’en est rien. A son écoute en cet instant pour écrire ces mots, je suis à nouveau pris des mêmes larmes, de celles que la pudeur refoule habituellement en communauté et ne se libèrent qu’en des moments de solitude contemplative. Oui je chiale comme un gosse. Cette nudité virginale, presque angélique, me frappe au plus profond, sans faire écho à ma seule personne. Elle m’emplit l’âme de douceur, d’une tristesse joyeuse, nonchalante, dépouillée de tout artifice, apaisante malgré sa terrible nature, comme si plus rien ne comptait que la vie elle-même, dans sa plus simple expression, radieuse. Nous voici ouverts au jardin secret d’un être vivant sur un autre plan,  autiste, seul avec sa voix brisée et ses arpèges baroques, sa poésie simple et contrastée, parcelle de vérité qui ne triche, ne joue et ne ment jamais, ne peut le faire. 
 
 
« Please beware of them that stare
They’ll only smile to see you while
Your time away.
And once you’ve seen what they have been
To win the earth just won’t seem worth
Your night and your day.
Who’ll hear what I say.
Look around you find the ground
Is not so far from where you are
Don´t too wise 
For down below they never grow
They're always tired and charms are hired
From out of their eyes
Never surprise. »
 
(Nick Drake - "Things Behind The Sun")
 
 
Les mouvements ne peuvent se saisir et il est honnête d’avouer que Nick Drake nous attire en son univers plutôt que de nous prétendre pénétrer le sien. Plus d’arrangements surfaits pour plomber l‘émotion, plus d’oreille extérieure pour détourner l‘élan premier, simplement une pureté brute, spontanée puisque captée en seulement deux temps. Lasse, désenchantée. Un monde sépare Pink Moon de ses précédentes œuvres. L’ensemble y trouve une majesté lavée de grandiloquence, se fait plus onirique et plus fragile certes, les éléments sont en effet reconnaissables mais tout semble toujours nous échapper, chaque seconde développant son caractère unique et précieux, totalement authentique.
 
 
« When I was younger, younger than before
I never saw the truth hanging from the door.
And now I’m older see it face to face,
And now I’m older gotta get up clear the place. »
 
(Nick Drake - "Place to Be")
 
 
A seulement vingt quatre ans, Nick Drake semble porter le poids des âges sur ses larges épaules, le lourd et ample fardeau des regrets. J’ai longtemps considéré Grace de Jeff Buckley comme la plus belle pièce de musique contemporaine et force est d’admettre que cette fois encore, je me suis laissé surprendre. Pink Moon n’est pas seulement l’apogée d’une vision pure et divine de l’art, il porte en son sein la vérité absolue, il est l’Art. Tout est là, à portée de main, caressé du bout des doigts, sans avoir à le penser, à le réfléchir. Au risque de me tromper à nouveau d’ici quelques années, je n’en ai cure et m’en vais le clamer haut et fort: ne cherchez plus le plus bel album au monde, je l’ai enfin trouvé. A ceux qui savent, merci. A ceux qui ne savent pas encore, pour vous le meilleur reste à venir, une part immaculée de l’éternité, et je ne saurais en dire plus, de peur de vous gâcher ce plaisir. Il est temps de rendre à César ce qui appartient à César.
 
 
« And now we rise
And we are everywhere.
And now we rise from the ground
And see she flies
And she is everywhere.
See she flies all around.
 
So look see the sights
The endless summer nights
And go play the game that you leared
From the morning. »
 
(Nick Drake - "From The Morning")

Commentaires
Isabelle, le 12/08/2017 à 01:59
Je viens de découvrir moi aussi Nick Drake et son album est d'une sensibilité rare avec une musique limpide et poétique. C'est l'harmonie des sons et des mots. Fabuleux.
Carloscap, le 27/03/2016 à 22:02
Je viens de découvrir Nick Drake et cet album en particulier et je souscrit pleinement à cette critique qui n'en est pas une mais plutôt un hommage. Cet album est exceptionnel et unique à la fois, un moment de pureté et de lumiére où l'on entrevoit l'univers de cet artiste incroyable.