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Critique d'album

Gentle Giant


Octopus


(01/12/1972 - Vertigo - Rock progressif - Genre : Rock)
Produit par

1- The Advent of Panurge / 2- Raconteur Troubadour / 3- A Cry for Everyone / 4- Knots / 5- The Boys in the Band / 6- Dog's Life / 7- Think of Me With Kindness / 8- River
Note de 4.5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Le chef-d'oeuvre progressif de Gentle Giant dont les moyens correspondent à ses ambitions démesurées"
François, le 20/02/2022
( mots)

Il y avait eu le premier album de The Gun dès 1968, puis Fragile en 1971 comme chef-d’œuvre visuel, mais c’est en 1972 que Roger Dean devint un des illustrateurs les plus en vue du monde progressif en particulier, voire du rock en général. Cette année-là, il signe les pochettes de Yes (évidemment), Budgie, Paladin, Uriah Heep et Gentle Giant pour leur quatrième album Octopus. Ironie de l’histoire, si nombre de mélomanes s’enthousiasment encore de la magnifique pieuvre qui orne cet album, son origine tient dans un quiproquo autour du titre de l’œuvre qui ne fait aucunement référence à l’auguste céphalopode. 


En effet, fier d’un premier album-concept sorti au début de l’année 1972, Gentle Giant imagine une autre idée directrice pour organiser leur nouvel production. Ce ne sera pas un récit mais un découpage correspondant à chacun des membres (et du staff) de la formation pour des pièces relativement courtes : rien à voir avec The Yes Album qui répartissait l’écriture entre les musiciens au profit de pièces solistes, les morceaux sont simplement censés évoquer chacun des individus de la galaxie Gentle Giant.  


Le chiffre trois pour le troisième album, un multiple de quatre pour le quatrième, mais surtout la réalisation d’un carré dont les côtés se rejoignent dans un mouvement en forme de révolution : Gentle Giant maintient les évolutions du dernier album en retrouvant les aspérités médiévales-Renaissance des deux premiers opus. La boucle est bouclée. 


Si l’on juge la musique du groupe un peu plus avenante à partir de Three Friends (en relativisant la portée de cet adjectif), il semble que ce soit moins par une volonté d’accessibilité que grâce à une maitrise plus aboutie de leur musique et des compositions – les difficultés d’appréhension venaient parfois de dispersions dans l’écriture. Dans tous les cas, le groupe atteint une certaine maturité en 1972 et accomplit un véritable tour de force avec Octopus qui peut être considéré comme leur meilleur album. 


Rabelais revient enfin au centre du propos avec "The Advent of Panurge", un exercice de style autour du contrepoint, empreinte désormais reconnue du groupe, qui est ici agencée avec une finesse remarquable. Le rythme, tout en contretemps, permet de diffuser les inventions mélodiques surprenantes qui fusent à la manière des trompettes cérémonielles vers 1.50’’. La référence médiévale-Renaissance se poursuit sur "Raconteur Troubadour" à la pompe jouissive qui laisse une belle place au violon et au violoncelle en coordinations avec le chant. 


La diversité est de mise sur Octopus, avec une escale vers le hard-rock sur "A Cry for Everyone" ; le titre exhibe un goût pour les mélodies orientalisantes et s’avère assez proche de la scène symphonique de l’époque (le choix des sons analogiques, le dialogue claviers/guitare). Sans le côté saturé, "The Boys in the Band" s’intègre globalement dans ce même registre, peut-être plus proche d’ELP par son véritable déferlement de notes. Le titre mêle prog’ symphonique et jazz (vers trois minutes) avec au moins autant (si ce n’est plus) d’agilité que l’Ecole de Canterbury qui s’était fait un nom avec cette fusion. Cette scène trouve des échos dans les côtés pop introspectifs de "Think of Me with Kindness", morceau émouvant et inattendu. Cette variété est manifeste quand arrive "Dog’s Life" à la tranquillité folk assez chargée et absolument britannique qui inspirera sûrement Gryphon plus tard.


Gentle Giant épate par la facilité avec laquelle il développe une musique très expérimentale et inclassable sans être pour autant hermétique et inaccessible. Un vrai talent de composition était nécessaire pour obtenir un tel résultat. A ce titre, comment ne pas évoquer le coup de maître qu’est "Knots" : les lignes de chants en canon sont d’une maitrise incroyable, l’alternance entre les instruments est millimétrée. 


Hélas, Gentle Giant n’a pas atteint le statut d’un Yes, Genesis ou ELP dans la postérité, alors qu’en 1972 il accomplit un ouvrage qui n’a pas à rougir de la comparaison avec le reste du catalogue progressif. Incontournable. 


A écouter : "The Advent of Panurge", "A Cry for Everyone", "Knots", "Think of Me with Kindness"

Commentaires
Daniel, le 20/02/2022 à 14:39
Les enfants de 1972 n'avaient pas une "culture" musicale suffisante pour comprendre Gentle Giant. Il était possible d'appréhender Yes, Genesis ou ELP parce que ces groupes savaient mettre un peu d'eau dans leur vin progressif. Gentle Giant n'a jamais posé le moindre geste pour rendre le public "rock moyen" attentif à sa discipline hors du commun. Certains d'entre nous (généralement barbus et amateurs de tabacs saucés, fumés dans un brûle-gueule Saint-Claude en bruyère) écoutaient le groupe avec un air entendu. La grande majorité n'y comprenait absolument rien. Il m'a fallu 20 ans de plus pour percevoir le second degré de cette formation phénoménale. Et "Octopus" est plus que probablement leur meilleur album, même si la pochette trahit une fois encore le fait qu'à l'exception de Yes, Roger Dean n'écoutait pas ce qu'il illustrait. Merci de remettre ce disque sur le devant la scène Albumrock ! A redécouvrir d'urgence...