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Critique d'album

Jeff Beck


Beck Ola


(01/06/1969 - EMI Columbia - Le célèbre guitariste des Yarb - Genre : Rock)
Produit par Mickie Most

1- All Shook Up / 2- Spanish boots / 3- Girl from Mill Valley / 4- Jailhouse rock / 5- Plynth (Water Down the Drain) / 6- The Hangman's Knee / 7- Rice pudding
Note de 4.5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"La clé de voûte du Hard Rock moderne"
Guillaume , le 13/01/2023
( mots)

Jeff Beck était l’inventeur du Hard rock, ni plus ni moins (Même s’il s’en est bien éloigné par la suite). Quand on cause de ce genre sus-cité et de ses pères fondateurs, Led Zeppelin nous vient directement à l’esprit. Or, il faut rappeler au profane que le premier Led Zeppelin doit une dette immense au Jeff Beck Group et à son premier effort Truth. De la sainte trinité des grands guitaristes anglais au tournant des sixties (les autres sont Clapton et Page), Beck se distingue des autres par sa soif d’innovation et son imprévisibilité chronique qui marquera sa carrière. Après avoir croisé le fer chez les Yardbirds, les frères ennemis Page/Beck se tirent constamment la bourre et en ce début d’année 1969, il semblerait que "Pagey" ait pris les devants avec le premier album du "Dirigeable", plébiscité par une foule et des groupies en délire. Très colère, Beck, l’ombrageux guitar hero, veut écrabouiller la concurrence et montrer qui est le boss. D’où ce Beck-Ola, concentré de rage métallique à fragmentations de 30 minutes chrono. Sept titres comme autant de plaies bibliques prêtes à s’abattre sur nous, pauvres pêcheurs.


Pour bien faire les choses, Beck s’est bien entouré. Au micro, un jeune "mod" à la gorge d’airain, frottée au papier de verre puis arrosée au Jack Daniels frelaté, une seule de ses notes fait frissonner une salle entière : Rod Stewart. A la basse, un héros de la scène underground londonienne : Ron Wood. Pour taquiner les ivoires, un pianiste virtuose, abonné des séances studio des Kinks, Stones : Nicky Hopkins. A eux quatre, ils vont constituer une sorte de who's who de la crème de la crème anglaise seventies. N’oublions pas Tony Newman, batteur à la frappe lourde repéré chez Little Richard. Sous l’influence de substances diverses, Ce super-groupe va donc rentrer en studio et torcher en sept jours un album indépassable, clé de voûte du Hard rock moderne.


Fan de Rockabilly, Beck démolit deux classiques du King ("All shook up" et "Jailhouse rock" encore plus puissantes que les versions originales), les propulse dans l'hyperespace pour en bâtir deux terrifiantes étoiles noires. D’humeur massacrante, le patron maltraite sa six-cordes, la plie à sa volonté pour en sortir des riffs barbelés, tout en distorsions contrôlées, vibrato dompté d’une main de maître. Poussé dans ses retranchements, Rod Stewart s’arrache les cordes vocales, hurle comme rarement au cours de sa très contestable carrière (qui a quand même connu quelques sommets). "Spanish boots" est un clin d’oeil à  la vie de beatnik de "Rod the Mod" avant de rencontrer le succès. Ce morceau, à la lourdeur zeppelinienne, alterne les accélérations foudroyantes et les moments apaisés… jusqu’au monstrueux solo de Fender Precision de Ron Wood ! Oui, le "Woody Woodpecker" humain se révélait être un excellent musicien avant de devenir l’âme damnée de Keith Richards. "Girl from Mill Valley" est un havre de paix, petit bonbon romantique signé Nicky Hopkins, à l’abri du déchainement d'électricité secouant les fondations.


La face B s’ouvre sur le menaçant "Plynth" : la batterie prend la lumière, se lance dans une polyrythmie complexe et provoque un duel avec le chef, qui répond par une multitude de petits solis supersoniques et d’effets en tout genre. Symbiose parfaite entre pesanteur écrasante et groove irrépressible. Dans la même lignée, le boogie pachydermique "Hangman’s Knee" swingue comme un éléphanteau pris de boisson. Abreuvé au blues depuis son plus jeune âge, Stewart s’époumone tel un bouc en rut, cornaqué par des solis beckiens suintant le stupre. Cette folle virée en dragster gonflé à la nitro (une des passions de Beck) termine sa course avec "Rice Pudding", déluge de lave en fusion sonique où chacun des musiciens tire son épingle du jeu. Imaginez Attila à la tête de sa troupe de Huns sanguinaires en passe de tout saccager sur leur passage.


Ce tir de barrage restera hélas sans lendemain. Trop d’égos allaient faire imploser ce fragile équilibre : sentant le vent tourner, Stewart prend la tangente avec Wood dans son escarcelle pour rejoindre les Faces et un Beck orphelin de son groupe doit annuler son passage à Woodstock (son nom était déjà sur les affiches). Dans sa guerre d’égo personnelle avec Led Zep, Beck se surpasse et livre un album heavy, à la violence démentielle, reflet de ses bouillonnants emportements. C’est moins lyrique et moins travaillé que le premier Led Zeppelin mais au niveau de la puissance et de l'intensité, il remporte le match par KO technique.


A écouter : "Spanish boots", "Jailhouse rock", "Plynth", "Rice Pudding"

Commentaires
Daniel, le 13/01/2023 à 15:54
Album fondateur sous une pochette héritée de René Magritte (un peu de belgitude dans la légende du rock). Dans la foulée, le Jeff (autre référence du même tonneau) a refusé de participer à Woodstock (alors que, au départ, son nom était à l'affiche). Le festival aurait pu le placer en orbite. Mauvaise pioche... Merci beaucoup pour la chronique qui, par la force des choses, prend des allures d'hommage posthume.