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Critique d'album

Florence and the Machine


Dance Fever


(13/05/2022 - Polydor - Pop mystique - folk - soul - Genre : Autres)
Produit par Dave Bayley, Florence Welch, Jack Antonoff

1- King / 2- Free / 3- Choreomania / 4- Back In Town / 5- Girls Against God / 6- Dream Girl Evil / 7- Prayer Factory / 8- Cassandra / 9- Heaven Is Here / 10- Daffodil / 11- My Love / 12- Restraint / 13- The Bomb / 14- Morning Elvis
Note de /5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"L'art de la maîtrise dans le lâcher-prise"
Nicolas, le 11/07/2022
( mots)

Et revoilà Florence Welch et Isabella Summers sur le devant de la scène avec un Dance Fever qui a fait un sacré bruit, mais aussi beaucoup de bien au collectif. Numéro un des ventes en Angleterre, accueil critique unanimement élogieux, jolie réception sur scène de l'autre côté de la Manche, ce cinquième album de Florence and the Machine séduit, il est vrai, en revenant vers ses fondamentaux tout comme en affichant une certaine forme de maîtrise dans le lâcher-prise (paradoxe, quand tu nous tiens). Voyons ça de plus près.


Déjà on se rappellera que ceux qui ont apprécié les délires de Florence dans sa prime de jeunesse (dont bibi) ont avant tout loué une esthétique baroque confinant au kitch, un capharnaüm d’influences, une stéréoscopie d’instrumentations, un lyrisme débridé, et enfin et surtout un univers mystico-surnaturel totalement assumé, entre légendes anglo-saxones et recherches mystico-religieuses en free ride. Et l’inverse est tout aussi vrai avec les détracteurs de Florence Welch qui l’ont vomie pour ces mêmes particularismes. Est-ce pour cette raison - car la critique s’est avérée un tantinet violente, il faut bien le dire - que la marche arrière a été brutalement enclenchée avec un opus numéro trois qui allait presque à contresens des deux premiers ? Peut-être. Toujours est-il que How Big, How Blue, How Beautiful semblait brider ses chevaux et peinait à convaincre dans sa retenue, sa “maturité” (ouh le vilan gros mot) et son caractère terrien - voire terre à terre. La suite ne nous avait guère davantage enthousiasmé, à tel point que l’on peine à se souvenir du fadasse High As Hope paru il y a quatre ans. Autant dire que la circonspection était de mise avec le numéro cinq récemment paru, circonspection bien vite balayée en quelques tours de platine.


Dance Fever porte dans son titre l’essence de Florence and the Machine, la danse et la fièvre, la transe et l’abandon, l’élévation et l’évasion. Les chouineurs n’auront qu’à se rendre dans l’autre pré pour voir si l’herbe y est plus verte, mais ici, pas de compromission avec l’ADN welchien. Les thématiques mystiques sont de retour, tout comme les instrumentations un brin décalées, folk et ancestrales, avec en particulier la harpe - certes par petites touches - qui faisait tout le sel du projet. Finie aussi la palanquée de producteurs habituels ainsi que les historiques Paul Epworth et James Ford, place essentiellement à Jack Antonoff et Paul Bayley qui ont parfaitement su relire la partition de Florence et de son intenable Machine tout en apprenant à ses membres à dompter leurs chevaux sans les changer en ânes. Les deux hommes sont partout, à la prise de son comme à la plume. Plus amusant - si l’on peut dire -, la première moitié de Dance Fever est tout entière asservie à Antonoff quand la seconde se plie à Bayley, mais cette schizophrénie ne s’entend absolument pas sur disque. Il s’en dégage tout ce que l’on aime chez Florence and the Machine, cette voix féminine précieuse, sauvage comme le feu, cette énergie organique qui convie les éléments cosmiques mais qui semble désormais prête à faire les transmissions vers notre époque moderne, ces influences bigarrées qui convergent en un mélange unique, décomplexé mais désormais concerné, conscient de l’enjeu qui vise à convaincre. Il y a de la folie dans Dance Fever, mais aussi des instants de calme et de contemplation, de brusques accélérations tout comme de traîtres coups de frein. Et ça fonctionne.


Florence Welch est la première à verser dans la nuance, étrennant des raucités désarticulées pour soutenir des lignes chantées avec toujours autant d’aisance dans les hautes sphères. “King” amuse par son côté grimmage, personnage de scène fantasmé en lutte avec une femme qui aspire à vivre aussi hors des spotlights. La production est toujours aussi scotchante, avec un traitement des percussions qui flanque des frissons partout. On sent justement que la machine a envie d’éclater, de tourner à plein régime, mais la conductrice sait se tempérer, jouer avec elle et ses auditeurs. Les contrastes ainsi créés n’en sont que plus saisissants. La suite semble s’égrener avec aisance. Aucun à-coup involontaire, aucun cahot, tout est sous contrôle et la puissance qui en ressort se montre d’autant plus impressionnante. Ainsi en va-t-il de ce “Free” tout à fait dans l’esprit de Lungs, très dynamique, tendu, et pourtant très resserré dans ses accompagnements, ça virevolte mais sans perdre le cap. Nouveauté également, Florence Welch semble apprécier les vertus du crescendo comme elle le démontre avec brio sur un “Choreomania” qui se retient, se retient, se retient… avant d’éclater à mi parcours, avec toujours ces gimmicks vocaux qui accrochent et qui font mouche. “Something’s coming so out of breath, and I just kept spinnin' and I danced myself to death”. On y est, dans cette farandole incontrôlée et pourtant redoutablement sous contrôle, et c’est ça qui est le plus fort.


Dans ses thèmes, Welch joue à nous perdre loin de tous nos repères. On la prenait pour un chantre de la chrétienté déguisée à l’époque de Ceremonials (quelles conneries on peut lire parfois, je vous jure) et la voilà qui nous balade sur un folk urbain qui noie le poisson (“Girls Against God”, aussi placide que chaleureux) avant de nous entraîner dans une troublante danse irlandaise circa Walpurgis (“Dream Girl Evil”, aux saisissantes lignes de guitare sèche) puis dans un interlude glauquo-religieux à vous retourner un saint (“Prayer Factory”), et toujours ce regard distancié, presque amusé sur ces emprunts au folklore et aux traditions des îles britanniques. Ici, on l’aura bien compris, il n’est pas question de conversion mais d’évasion, comme si on ouvrait un livre de contes et que l’on se laissait entraîner à la suite des personnages vivant leurs aventures. Ainsi, comprendre le drame de la pauvre “Cassandra”, cette troyenne qui voyait l’avenir mais qui était condamnée à ne pas être crue, devient autrement plus imagé dès lors que l’on se laisse emporter dans les folles circonvolutions de Welch et Summers - “Cassandra” fait carton plein, vous l’avez compris. On aime aussi ce génial “Heaven Is Here” avec ses trilles aliénées, son ire entravée, son absence quasi-complète d’instruments et ses rythmiques percutantes. Dance Fever monte alors d’un cran en livrant ses plus beaux bijoux : d’abord un “Dafodil” malaisant et glaçant à souhait dont le seul but n’est autre que de lancer le méga tube “My Love”, sans doute le morceau le plus abouti jamais écrit et interprété par Florence and the Machine. Beau à en pleurer, rythmé sans s’abandonner à l'extase, joliment modulé à la voix, il laisse éclater suffisamment de lyrisme pour emporter la plèbe mais pas trop pour éviter de la noyer sous un raz-de-marée. On est dans l’essence même de ce disque, dans l’apogée de ce lâcher-prise en totale maîtrise. Chapeau.


Le disque aurait pu se conclure sur cette apothéose, il en rajoute - malheureusement - un peu. “Restraint” n’est qu’un petit intermède ensommeillé sans grand intérêt quand “The Bomb” verse dans une acoustique soyeuse tout en nuances, calme et volupté, un vrai plaisir aussi irréel qu’inattendu, sorte de piste cachée oubliée un peu par hasard mais qui n’a rien d’indispensable. “Morning Elvis” lui non plus ne s’imposait pas en fin de tracklist, on est dans le pré-gospel tout en tranquillité et solarité, très beau mais à ce stade tout a déjà été dit, so... Malgré ces menues petites réserves, Dance Fever mérite les éloges qu’il a obtenus. Il renoue avec le style brillant et inimitable de Florence and The Machine auquel le groupe avait récemment tourné le dos tout en lui apportant de la fraîcheur, de la lisibilité et l’aération, lui permettant ainsi sans doute de toucher sans ébranler, de déstabiliser sans exaspérer. Très joli coup d’éclat de la part de Florence Welch et d’Isabella Summers pour ce projet atypique qui, avec ce cinquième album, semble parti pour réellement durer. On s’en réjouit sans réserve.

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