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The Vaccines : vrais sauveurs ou faux prophètes ?


Nicolas, le 02/05/2011

Références : le trop plein qui dérange


Le cas des quatre anglais est également intéressant lorsque l'on entre dans le détails des papiers qui circulent à leur sujet, notamment lorsqu'il s'agit de leur trouver un point d'attache avec des sommités du passé. Là aussi il s'agit d'une grande spécialité de la critique rock : comparer les groupes d'aujourd'hui avec ceux d'hier. La manœuvre est non seulement pratique - elle évite au journaliste de se lancer dans des métaphores littéraires toujours très difficiles à inventer lorsqu'il s'agit de réduire des sons en mots, mais aussi économique - quoi de plus définitif qu'un sentence lapidaire du style : "Modest Mouse, quand les Pixies revisitent le répertoire des Happy Mondays" (raccourci amusant retrouvé sur le sticker de We Were Dead Before The Ship Even Sank). Peu importe qu'il y ait ou non de réelles analogies entre les groupes en question - ce qui, dans l'exemple précédent, apparaît de façon plus ou moins évidente ; de toute façon le grand public n'y verra que du feu et ce type d'érudition assoit encore plus la légitimité du rock critic, celui qui a tout écouté et à qui on ne la fait pas. Dans le cas des Vaccines, un nom circule partout : The Jesus & Mary Chain, et c'est là que la confusion peut commencer à s'installer. Comprenons-nous bien, il ne s'agit pas de nier aux quatre gamins quelques similarités sonores avec les glorieux écossais : la voix grave et ampoulée de Justin Young peut effectivement faire penser à celle de Jim Reid, tout comme l'utilisation des guitares avides de larsens et peu économes en réverbérations que l'on retrouve dans les deux groupes. Mais plus qu'à de simples analogies purement formelles, c'est à un problème d'attitude que les critiques se heurtent. Si on reprend l'exemple de Modest Mouse et des Pixies, on retrouve effectivement une vague ressemblance esthétique (vociférations et guitares déglinguées pour les plus évidentes), mais surtout une sorte d'alchimie d'intention par le biais d'une imagerie loufoque et surréaliste relâchée par soubresauts spasmodiques sur un fond mélodieux toujours omniprésent, calant ainsi les deux groupes dans une veine indé américaine parfaitement identifiable, sans velléités idéologiques ni comportementales, avec pour seul but la délivrance de l’œuvre nue. A l'inverse, on ne retrouve absolument aucune analogie comportementale entre les Vaccines et les Jesus & Mary Chain : les premiers ne donnent pas de prestations autistes à la limite de l'irrespect à l'égard de l'assemblée, ne font pas preuve d'une violence scénique erratique et ne cherchent absolument pas à faire passer de message pernicieux ou à caractère obscène. Donc soyons clairs : cette analogie entre deux groupes d'horizons, d'envergures et de buts différents n'a absolument pas lieu d'être : loin d'aiguiller l'auditeur vers une sorte de compréhension éclairée, elle ne peut que l'égarer et le décevoir si tant est qu'il soit un amateur transi des frères Reid. Idem pour les Ramones, également évoqués lorsque les journalistes tentent de percer les arcanes des quatre londoniens. Si la comparaison se révèle peut-être moins hasardeuse que la précédente - on retrouve chez ces deux groupes un certain sens de l'accessibilité et une filiation mélodique assez évidente, il n'existe pas chez les anglais d'idéologie contestataire ni de brutalité ou de recherche d'instantanéité dans la délivrance des chansons. Alors pourquoi de telles images sont-elles fabriquées ? Faut-il qu'un groupe se trouve automatiquement rattaché à des gloires du passé pour asseoir une légitimité sur les foules contemporaines ? Certainement, vu que l'histoire n'est qu'un éternel recommencement, encore faut-il que les comparaisons actuelles demeurent à propos.


D'autant que l'on touche là à une autre singularité du combo étudié : son manque de références, ou plutôt son trop plein. Quand on demande aux types de citer les groupes qui les ont marqués ou influencés, on est sidéré d'entendre leur réponse : "le rock n' roll 50's, le garage et les groupes de filles des 60's, le punk des 70's, le hardcore des 80's, le C86 et la bonne musique pop". Autant carrément lister tous les groupes de rock à avoir été classés un jour ou l'autre au Billboard, tant qu'à faire. Dans l'interview que les Vaccines ont donné à Rock N' Folk ce mois-ci, le journaliste en charge des jeunots (Busty) note bien le côté inhabituel d'une telle déclaration ("Vous vous réclamez vraiment de toutes ces influences ?"), mais il ne fait que constater l'anomalie sans chercher à l'expliciter. Ce d'autant que l'écoute du premier album du groupe ne fait pas mentir cette assertion, donnant l'impression d'un immense fourre-tout musical qui puise à tous les râteliers sans chercher à en ressortir quelque chose de consciemment homogène ou cohérent. On trouve déjà ici l'une des explications les plus évidentes aux comparaisons oiseuses évoquées par les journalistes à l'égard de ce groupe : en noyant l'interlocuteur et l'auditeur sous un excès de vagues références, les quatre types les empêchent de se rattacher à un genre prédéfini et les conduisent à chercher des balises sécurisantes pour les empêcher de dériver au petit bonheur la chance. Mais faut-il forcément rechercher des références absolues dans le cas présent ? On peut légitimement se poser la question au vu de la phrase fleuve énoncée ci-dessus, phrase qui semble confirmer une tendance propre à nos années 2010 et à notre mode de consommation de la musique. Bien sûr, il serait réducteur d'imaginer que les Vaccines se soient uniquement noyés dans les hautes sphères d'Internet pour y puiser la source de leur propre musique. Comme tout un chacun, ils ont certainement dû se construire leur éducation musicale par à-coups, en fouillant dans les disques de leurs parents, en échangeant des albums entre potes ou en lisant des magazines. Malgré tout la toile fait désormais partie intégrante de notre quotidien, et son existence a démultiplié les sources d'écoute et de découverte, créant une proximité et une facilité d'accès vis à vis des œuvres du passé. Désormais, le plus inculte des mélomanes peut posséder une discothèque personnelle cent fois, voir mille fois plus volumineuse que celle de ses parents, et encore les offres de streaming légales ont-elles tendance à amplifier encore plus ce phénomène. C'est un fait : les jeunes des années 2000 ont goûté à une musique omniprésente, immédiate et illimitée, et le caractère légal ou non de l'opération n'entre pas en ligne de compte dans ce simple constat. Mais au delà de la consommation musicale numérique en tant que telle (que celui qui n'a jamais utilisé le peer to peer leur / nous jettent la première pierre), Internet a également accéléré la temporalité de notre monde : les informations nous parviennent plus rapidement, de façon plus complète mais aussi de manière plus diversifiée et moins balisée. L'immédiateté régente l'existence de l'homme moderne, et l'outil informatique, que ce soit de façon directe ou indirecte, lui a permis de traquer les informations et les données avec bien plus de rapidité, le rendant plus efficace et pertinent. Conséquence malheureuse de ces deux éléments (augmentation de la quantité, diminution de la temporalité) : ce qui demandait auparavant une démarche consciente et raisonnée (sortir de chez soi, prendre sa voiture, entrer chez le disquaire, demander un avis, écouter, réagir, acheter un album, déballer l'objet, regarder l'artwork, lire les paroles, écouter le disque à l'endroit de la chaine hi-fi et pas ailleurs) a fini par se muer en un simple réflexe presque passif (cliquer-télécharger-écouter) ayant tendance à s'auto-entretenir. Conséquence également : afin de suivre le rythme de l'actualité ou de ses propres envies - envies potentiellement infinies pour peu que l'on soit un peu curieux, on peut avoir tendance à survoler le sujet (musique écoutée à la va-vite, en fond sonore, sur des baffles d'ordinateurs de piètre qualité, ou en réalisant d'autres activités comme surfer sur la toile ou lire), à fuir la difficulté (chaque morceau un peu difficile d'accès est soigneusement zappé) et à abréger l'approfondissement d'une œuvre pour vite passer à l'écoute suivante, d'autant que l'abondance de matériel peut engendrer une boulimie quasiment insatiable.


La déclaration des Vaccines énoncée précédemment ne serait que le simple reflet de cet état d'esprit ? L'hypothèse semble des plus séduisantes. Comment expliquer sinon la pléthore de styles évoqués, mais aussi la versatilité et le caractère extrêmement vague du propos ? En admettant que les quatre garçons se soient intéressés au rock à l'adolescence, comment peuvent-ils prétendre à ce point connaître et se reconnaître dans des courants musicaux si vastes en à peine plus de cinq années, si ce n'est en ayant survolé au moins en partie la sphère rock par numérisation interposée ? Jusqu'à présent, nous n'avions pas cerné les implications qu'une telle modification des habitudes de consommation musicale pouvaient induire chez les musiciens eux-mêmes, et en cela les Vaccines sont peut-être les premiers représentants d'une nouvelle espèce de groupes de rock issus d'une culture musicale totale, aussi vaste dans sa description que superficielle dans sa mise en application. Les anglais ne sont pas une exception, il semble d'ailleurs que les musiciens soient encore plus tentés par le téléchargement de masse que le consommateur de musique tout venant. Lors d'une récente interview à Antiquiet, Gavin Heyes, le chanteur de dredg, faisait cette révélation édifiante : "Le côté ironique de la chose, c'est que de tous mes amis, ce sont les musiciens qui téléchargent le plus". Cette hypothèse nous met face à un danger bien réel : celui de la désincarnation et de l'inculture du propos. Devra-t-on bientôt faire face à une horde de formations nourries sans mesure ni discernement au mp3 illégal et qui nous régurgiteront à l'envi un mélange d'influences aussi abondantes que mal maitrisées ? Le phénomène semble déjà avoir explosé avec les tenanciers de la nu rave, les Klaxons, Late Of The Pier et autres Violens, à ceci prêt que ces groupes tendent en plus à déstructurer volontairement leurs œuvres et à les complexer en un magma disparate, magma lui-même érigé au rang d'objectif absolu et représentant en cela cette nouvelle façon de consommer de la musique, cette volonté utopique d'embrasser par soi-même l'immensité de la sphère musicale universelle. Nous n'en sommes évidemment pas là avec les londoniens, l'éparpillement de leur album semblant plutôt être le fruit d'un songwriting instinctif que d'une réelle volonté de fragmenter leur œuvre. Cependant, si les références évoquées auparavant (The Jesus & Mary Chain, Ramones) ne sauraient être prises pour argent comptant de façon basique, on peut en revanche les rabaisser à un stade purement auditif donc totalement désincarné, les quatre jeunots en reprenant uniquement certains aspect cosmétiques immédiats (ici une mélodie, là un son de guitare) mais en leur ôtant toute signification et tout état d'esprit. Si le phénomène n'est pas à proprement parler inédit (Interpol a bien pillé le son de Joy Division sans se charger pour autant du pathos de Ian Curtis), c'est la première fois qu'une telle quantité de matière brute se trouve à ce point accaparée, mélangée et restituée sans aucune préoccupation de sens ou de filiation. Prenez les deux références déjà évoquées, mixez les avec un peu d'Elvis, un zeste de Cure, un soupçon de Rolling Stones, trois pincées de Blondie, un rien de Smiths, deux doigts de Beach Boys, ou encore tout ce qui vous est un tant soi peu parvenu jusqu'aux esgourdes - la liste des ingrédients semble effectivement inépuisable, mettez le tout dans un shaker, secouez longuement, versez le mélange sur une passoire pour ôter toute trace de société, de mœurs ou d'opinion, et vous y êtes. En ce sens, les Vaccines représentent l'antithèse absolue du revival garage de la décennie précédente, courant qui cherchait au contraire à se rapprocher d'une certaine authenticité, d'une culture, d'une façon de faire de la musique presque plus importante que la musique elle-même. On cherchait ce qui allait différencier les années 2010 des années 2000 ? Peut-être tient-on là un élément de réponse.

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Pearl Jam


Gigaton


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Si tout le monde connaît l’adage “qui aime bien châtie bien”, il semblerait que certains fans aient du mal à laisser leur formation fétiche se faire vertement critiquer, quand bien même elle n’aurait à l’évidence pas réellement cherché à se surpasser. Qu’on ne s’y trompe pas : Pearl Jam est un grand groupe, l’un des meilleurs à avoir émergé durant la décennie 90, une formation techniquement solide, artistiquement intègre et qui peut de surcroît compter sur un chanteur d’exception, mais un groupe qui a eu un peu trop tendance à vivre sur ses acquis durant les vingt dernières années. D’aucuns auront pu se contenter des corrects Lightning BoltBackspacerRiot Act et autre PJ (on peut même y ajouter un ou deux disques au passage) tandis que d’autres auront conspué le quintette de Seattle pour son évidente paresse. Rétrospectivement, et à l’écoute de ce Gigaton assez inespéré, ces derniers n’avaient pas tort, même si l’horizon Ten - Vs - Vitalogy paraît encore bien loin.

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