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Download Festival 2016


Collectif, le 07/07/2016

Jour 2 : samedi apaisé

Shinedown


À l'attaque pour ce deuxième jour de festival, ostensiblement plus rock que réellement metal. Mais qu'importe, l'éclat est toujours au rendez-vous. Pas de pluie, une journée bien fournie et un festival qu'on commence à bien connaître, voilà qui promet un samedi forcément réussi. Et c'était sans compter sur la claque prise à 14h, en pleine digestion.


Pour être des plus honnêtes, attaquer cette journée du samedi par Shinedown nous laissait perplexes. Le groupe n'a pas réellement convaincu avec un dernier album assez aseptisé sorti l'an dernier, Threat to Survival. Dommage car Shinedown est un groupe phare de la mouvance "metal alternatif" américaine et avait largement séduit notamment avec son terrible album The Sound of Madness en 2008. Mais qu'importe, nous laissons nos réticences de côté afin de nous laisser embarquer par un groupe dans une forme olympique.


Un peu avant l'heure prévue, Shinedown lance les bandes du "Let's Go Crzy" de Prince. Un bel hommage qui nous rappelle que le Kid était quand même un sacré gratteux... Et voilà le quatuor qui débarque, dégaine nonchalante classique de rockers ricains - lunettes, jeans, converse et chemise - et entame le très moyen "Asking for It". Aïe... Si la sonorisation est tout à fait correcte, le morceau peine à vraiment décoller et son refrain poussif laisse le groupe patauger. Les premiers curieux quittent les lieux. Shinedown est bien mal embarqué.


Ni une, ni deux, le groupe balance son titre phare "Diamond Eyes (Boom Lay Boom Lay Boom)" - les joies des chansons à textes - que reconnait la majorité du parterre plutôt bien garni de ce début d'après-midi. Vous connaissez forcément ce titre. Mais si, c'est la chanson entendue dans Expendables. Stallone, Statham, Willis, Norris et Schwarzie ? Comment ça c'est une piètre référence ? Passons. Le titre, en dépit de sa filiation cinématographique dommageable, dévoile un riff lourdingue, entêtant et mieux, entrainant. La magie fonctionne et même si le refrain semble bien aidé par les bandes pré-enregistrées, force est de constater l'efficacité du combo. Shinedown semble avoir rapidement redressé la barre et le public ne s'y trompe pas.


Les mains se lèvent, les acclamations se font entendre et Shinedown entonne l'excellent "Enemies" durant lequel Brent Smith décide de scinder la fosse en deux. Se frayant un chemin jusqu'à la tour de mixage, il invite l'assemblée à se déchaîner, face à face, droit dans les yeux de chacun, alors que le groupe est prêt à relancer la dynamique d'un concert en phase ascendante. La tension monte indéniablement et la bonne surprise pointe le bout de son nez. "Second Chance", plus en douceur et en mélancolie, calme un peu les esprits et voit le groupe naviguer dans un répertoire apaisé qui lui sied à ravir. Brent Smith pose sa voix chaleureuse et ample sur des arpèges sobres et réjouissants, avant de boucler un trop court concert par les ravageurs "Cut the Cord" et "The Sound of Madness".


La meilleure surprise de ce Download Festival sera donc venue de Shinedown, en ce premier concert du deuxième jour. Que ce fut bon.


Setlist : 1. Asking for It - 2. Diamond Eyes - 3. Enemies - 4. Second Chance - 5. Cut the Cord - 6. The Sound of Madness


Etienne

Mass Hysteria


Impossible de louper Mass Hysteria en ce samedi après-midi. Déjà parce que le groupe faisait gronder ses amplis alors même que les portes n'étaient pas encore ouvertes. De quoi faire parcourir un certain frisson dans la file d'attente à l'écoute de la sono surpuissante du groupe. Et ensuite car, en dépit de sa programmation en parallèle d'Apocalyptica sur la Main Stage, les furieux se sont fait entendre plus que jamais.


Mass Hysteria est un groupe engagé et n'a pas manqué de le faire savoir dès son entrée sur scène. À peine débarqué sur la Stage 2, Mouss' harangue la foule et déclare ouvertes les hostilités avec l'épique "Chiens de La Casse", premier extrait de leur excellent dernier album Matière Noire. "Pour tous ceux qui luttent contre la loi El-Khomri." Le message est clair. Pour autant, et quelles que soient les aspirations politiques de chacun, le discours a du mal à passer. Un festival, qui plus est de metal, est un lieu de partage autour de cette passion commune que représente la musique. Qu'importent les jobs, les croyances, les convictions politiques, les mœurs et j'en passe, pendant trois jours on enfile son tee-shirt noir, on ajuste son bandana et on braille jusqu’à s'égosiller à la gloire de ses groupes fétiches. Ressasser la sempiternelle défiance à l'égard des institutions n'était pas bien vu de la part du groupe français, surtout que ses morceaux très politisés suffisent déjà à satisfaire cette cause.


Inutile d'en dire plus, Mass Hysteria a gâché ce grand moment de fête et aurait dû se contenter de délivrer son message en musique sans en rajouter. Peut-être que le groupe est trop généreux ? Comme l'ingénieur du son qui a visiblement poussé les potards au maximum. Une sono dégoulinante de décibels a complètement empêché le groupe de faire valoir ses facilités mélodiques dans les riffs. Un gros bourdonnement a émané de la scène 2 pendant quasiment une heure. Les furieux du premier rang se sont déchaînés à grands coups de pogos, moshpits et autres walls of death. Pour les autres, le supplice fut bien trop long.


Setlist : 1. Chiens de La Casse - 2. Vae Soli - 3. Vector Equilibrium - 4. World on Fire - 5. P4 - 6. Une Somme de Détails - 7. L'Enfer des Dieux - 8. Notre Complot - 9. Positif à Bloc - 10. Contraddiction - 11. Plus Que du Métal - 12. Furia


Crédits photos : fjva.wordpress


Etienne

Saxon


Décidément la programmation du samedi est forte en rebondissements : après l'assourdissant concert de Mass Hysteria et avant d'aller faire connaissance avec les vikings d'Amon Amarth, voilà que les vétérans de Saxon investissent la Main Stage pour un concert aux allures de leçon de rock 'n' roll. Prenez-en de la graine les p'tits jeunots !


L'heure est au cuir et aux longues crinières en cette fin d'après-midi à Longchamp - comme d'habitude en somme. À la seule exception que les habituels poneys sont bien moins enclins à faire vrombir une foule imposante massée devant un groupe pourtant quasi-ancestral. Car si Saxon perdure dans le paysage musical actuel, c'est bien à cause du devoir de mémoire rock 'n' rollesque dont s'acquittent nos aïeux auprès de la jeune génération. Les cheveux sont clairsemés et grisonnants dans la fosse, forcément. Mais pas que. C'est là toute la magie d'un show aussi traditionnel et classique que fun et grandiose. Au milieu des riffs tranchants de Paul Quinn et des vocalises de haute volée de Billy Byford (d'une jeunesse épatante), c'est une communion sans faille qui a lieu autour de ces légendes du heavy metal britannique.


Parfaitement à l'heure, le groupe attaque bille en tête avec un "Battering Ram" détonnant sur lequel Byford rassure quant à ses qualités vocales. La machine se lance, la sono est très bonne et le seul représentant du dernier album du combo se veut d'excellente facture. Saxon recycle son ancienne gamme de hits rageurs ("Power and the Glory", "Battalions of Steel") aux côtés de morceaux plus récents ("Sacrifice") pour le plus grand plaisir d'un public en transe. L'enthousiasme de la fosse se transmet à un groupe qui ruisselle de solos épiques et de metal rugueux et rêche, ce qui amuse particulièrement Billy Byford qui interpelle longuement le public après le classique et phénoménal "Heavy Metal Thunder" : "Alors, qu'est ce que vous voulez entendre maintenant ?"


Et oui. L'ami Byford, fort de sa stature imposante, demande à son public le titre qu'il souhaite entendre. On se dit qu'il fait ça pour la blague, même si un gars comme Bruce Springsteen fait ça à chacun de ses concerts. Que nenni. Byford tend l'oreille vers le premier rang et revient vers ses acolytes - qui se marrent en faisant gentiment les piquets de grue sur scène - pour annoncer le titre. "Ok, alors on va jouer un vieux morceau", ajoute-t-il tout en déchirant la setlist imprimée à ses pieds avant d'en jeter les morceaux au public. Quatre titres épiques et impromptus suivront dont un "Crusader" génial de ce groupe sous-estimé de la New Wave of British Heavy Metal dont Iron Maiden a récolté la quasi-totalité du capital sympathie. Saxon s'en va sous les acclamations qu'il mérite. Les mains ridées se posent sur les frêles épaules : "Tu vois mon p'tit, c'est ça le rock 'n' roll."


Setlist : 1. Battering Ram - 2. Motorcycle Man - 3. Sacrifice - 4.  Power and the Glory - 5. Battalions of Steel - 6. 20,000 Ft. - 7. Dogs of War - 8. Heavy Metal Thunder - 9. 747 Strong Arm of the Law - 10. And The Bands Played On Crusader - 11. Wheels of Steel - 12. Princess of the Night


Crédit photo: Laurent Besson


Etienne

One Ok Rock


Avec Babymetal, One Ok Rock est l’autre attraction japonaise de ce Download, l’occasion d’entendre de nouvelles choses puisque c’est la première fois que le groupe japonais participe à un festival français. Mais contrairement à Babymetal, One Ok Rock n’est absolument pas porteur d’une quelconque originalité : le quatuor de jolis minois verse dans le rock alternatif à tendances hardcore (et emo, très très emo) qu’on connaît bien par chez nous, non sans un certain talent, mais sans proposer autre chose que les codes de base du genre. Les morceaux sont tous structurés de la même façon, démarrant sur un gros tempo, avant de laisser place à un temps calme pour faire pleurer, puis une grosse crise de colère pour extérioriser, du grand classique.


Pour autant, on ne constate pas le même phénomène de rejet que pour un groupe comme Skillet, lui aussi très connoté emo adolescent. Il faut dire que Taka au chant dégage une certaine assurance, voire même un peu d'arrogance, qui en fait une pile pleine de pêche qui sait faire remuer les têtes et parviendra même à déclencher quelques pogos. Le plus impressionnant des musiciens de One Ok Rock reste Ryota à la basse, qui impose ses riffs avec force et démontre une certaine virtuosité.


L’enchaînement des morceaux laisse à désirer, pas vraiment de transitions, pas de réelle interaction non plus, mais le refrain de "Memories" a tendance à rester en tête, et "Clock Strikes" sera bien repris par le public. On espère quand même un peu plus d’originalité en quittant la seconde scène pour se rendre à l’autre phénomène asiatique du Download : Babymetal.


Setlist : 1. 3xxxv5 - 2. Take Me to the Top - 3. Memories - 4. Deeper Deeper - 5. Clock Strikes - 6. The Way Back - 7. Cry Out - 8. Decision - 9. One by One - 10. Suddenly - 11. The Beginning - 12. Mighty Long Fall


Erwan

Baby Metal


Après One Ok Rock, place au show très attendu de Babymetal sur la Main Stage. Très attendu oui, que ce soit par curiosité pour les néophytes, ou bien par l’ensemble des touristes étrangers venus spécialement pour l’occasion, arborant fièrement leurs t-shirts (très stylés) à l’effigie du groupe. Et si beaucoup sont japonais, ils ne le sont pas tous, loin de là. Car Babymetal est un phénomène qui s’étend aujourd’hui partout en Europe.


Mais Babymetal, c’est qui, c’est quoi ? Grosso modo, c’est un groupe de musiciens à la technique hallucinante (on aura l’occasion d’en reparler) qui joue du metal extrême en faisant chanter trois adolescentes pré-pubères. Ni plus ni moins.


Il est 18h sur la Main Stage, les musiciens Takayoshi Ohmura et Mikio Fujioka (guitares), Daisuke Bote (basse) et Hideki Aoyama (batterie) sont en place, vêtus de kimonos blancs et maquillés. La vidéo de présentation "Babymetal Death" se lance, avant de se couper soudainement. De la droite de la scène, on peut voir les trois chanteuses du groupe patienter quelques secondes dans les coulisses pendant que les musiciens se regardent, dubitatifs. Avant de tout remballer et de retourner en backstage. C’est le début d’une bonne demi-heure d’attente qui, forcément, ruine d’entrée la prestation de Babymetal.


Fort heureusement, et alors que le sentiment général envers les organisateurs se détériore de plus en plus (la sécurité se met à patrouiller dans les premiers rangs au début du concert pour demander aux gens de ranger leurs appareils photos, du jamais vu, même si les règles de droits à l’image pour un groupe japonais dont les chanteuses sont mineures sont forcément particulières), les caméramen et le réalisateur du festival, qui s’occupe de ce qui est diffusé sur les écrans géants pendant le concert, vont sauver la journée. En commençant par quelques plans sur les déguisements les plus sympas du public, un jeu s’installe avec quelques personnages, dont les Power Rangers, et un jeune homme déguisé en Pikachu qui tente de se cacher, alors que des "À poil Pikachu !" retentissent un peu partout. Quelques demoiselles feront tomber le haut, quelques hommes aussi, et cette bonne ambiance restera l’un des moments les plus sympa des trois jours.


Mais bon, on aimerait quand même voir un peu à quoi ressemble Babymetal sur scène. Les musiciens font leur retour, il est maintenant 18h30, et les trois chanteuses Yui Mizuno, Moa Kikuchi et Suzuka Nakamoto entament enfin "Babymetal Death", un morceau très death metal qui en impose sévèrement. Pour autant, si on sent la puissance des musiciens, les trois chanteuses peinent à s’affirmer. Les chorégraphies sont bien réglées, leurs visages sont souriants, mais quand le chant commence sur "Gimme Chocolate", on se rend vite compte que les trois voix sont en semi-playback et que les filles ne sont finalement là que pour se trémousser en jupe.


Les musiciens auront droit à leur moment de gloire en introduction de "Catch Me If You Can", et c’est à cet instant qu’on comprend que l’intérêt pour Babymetal n’a rien à voir avec les idols : à la guitare, Mikio Fujioka se lance dans un solo assez étrange, autant à la recherche du bruit que du beau, mais Takayoshi Ohmura reprend les choses en main en explorant toutes les gammes du monde en quelques secondes dans un solo à en faire perdre la tête. Quant à Daisuke Bote, le bassiste du groupe, son taping surnaturel résonne encore dans les têtes quand les trois chanteuses font leur retour. Babymetal a présenté, sur un temps très court, l’une des plus grandes démonstrations techniques du festival.


La setlist est amputée de quatre ou cinq titres et Babymetal enchaîne avec "Megitsune", et surtout "Karate", gros morceau de leur dernier album. Le retour des trois chanteuses confirme le peu d’intérêt du chant dans un live de Babymetal. Mais les trois jeunes filles montrent quand même une bonne énergie, le côté décalé de voir trois gamines se déhancher sur du metal extrême fonctionne, surtout quand la principale chanteuse Suzuka Nakamoto lance un circle pit de sa petite voix. Babymetal laisse finalement un sentiment mitigé, mais au vu des conditions, on peut dire que le groupe japonais a fait vraiment du mieux qu’il a pu.


Setlist : 1. Babymetal Death - 2. Gimme Chocolate!! - 3. Catch Me If You Can - 4. Megitsune - 5. Karate - 6. Road of Resistance


Erwan

Amon Amarth


Dans un décor façon drakkar viking, avec deux têtes de dragon et un peu de pyrotechnie, les Suédois d'Amon Amarth sont venus samedi soir poser leur death metal ultra mélodique sur la seconde scène du Download Festival, nous en mettant plein la tronche pendant une heure. Une vraie tranche de brutalité qui fait secouer les têtes donne furieusement envie de partir conquérir le monde le sabre à la main par vents et marées.


En même temps, Johan Hegg a clairement la carrure d’un mec qu’on suivrait à la guerre : tout de noir vêtu et les cheveux au vent, son scream prend en live une dimension plus profonde et on comprend dès son arrivée sur "The Pursuit of Vikings" qu’on va voir évoluer l’une des plus grosses voix de la scène metal actuelle. Les riffs d’Amon Amarth sont certes lourds et un peu simplistes parfois, mais quelque part c’est ce qui se prête le mieux à ce genre de concerts en plein air où les basses cognent jusque dans les entrailles. Mais il serait dommage de réduire Amon Amarth à la bestialité primaire apparente de ses morceaux, tant le travail mélodique de Johan Söderberg à la guitare solo est important. Et on aura tout le loisir de le constater sur des morceaux comme "As Loke Falls", "Destroyer of the Universe" ou "Deceiver of the Gods". C’est d’ailleurs l’évolution du groupe, qui tend de plus vers des morceaux plus mélodiques, et "First Kill", extrait de leur nouvel album Jomsviking, ne fait que confirmer cela. "First Kill" est d’ailleurs sur scène l’occasion de constater tout le talent de Ted Lundström à la basse.


Amon Amarth assure en plus le show en profitant des décors pour offrir au public des poses épiques en montant chevaucher les têtes de dragons, ou en jouant avec les effets pyrotechniques pour marquer les temps forts de "Gardians of Asgaard" (démonstration de puissance agrémentée d’un solo simple mais terriblement efficace) en fin de concert. Johan Hegg et sa bande trinqueront même avec le public, en descendant cul sec une corne entière de bière, ce qui ne fait que les rendre plus sympathiques.


Dans le public, à la fin du concert : "En metal viking, ce sont eux les meilleurs. Ce sont en tout cas les seuls que j’arrive à écouter, le reste c’est moins bien." Ça tombe bien, le groupe rejette cette étiquette metal viking qui, soyons honnêtes, est plus drôle que vraiment utile. Amon Amarth aura en tout cas bien retourné la seconde scène ce samedi soir et donné une bonne raison à tout le monde de remuer la tête pendant une heure en hurlant le poing levé. L’un des moments les plus intenses du week-end.


Setlist : 1. The Pursuit of Vikings - 2. As Loke Falls - 3. First Kill - 4. Runes to My Memory - 5. Destroyer of the Universe - 6. Death in Fire - 7. Deceiver of the Gods - 8. War of the Gods - 9. Raise Your Horns - 10. Guardians of Asgaard - 11. Twilight of the Thunder God


Erwan

Biffy Clyro


On le savait, samedi était une journée résolument plus rock que metal. L'annonce de Biffy Clyro y est pour beaucoup. Car en dépit de ses débuts barges et tonitruants, le trio écossais a depuis longtemps lissé sa patte sonore pour pratiquer un rock alternatif aux accents pop notoires. Non sans réussite mais sans la gnaque qui le caractérisait. Et si le Download Festival semblait être le meilleur endroit pour renouer avec son énergique passé, Biffy Clyro a choisi d'assumer ses dernières productions, Only Revolutions (2009) et Opposites (2013), au travers d'un set exclusivement porté sur ces deux albums.


Enfin presque. "Wolves of Winter", premier extrait du futur Elipsis, ouvre le bal et voit la triplette écossaise délivrer habilement un morceau qui ne décolle pourtant pas. Et il faut bien le brio du seul rescapé discographique pré-2009 "Living Is a Problem Because Everything Dies" pour raviver les espoirs du parterre. Avec son introduction intenable rythmiquement, Biffy attire l'oeil et les oreilles avant d'entamer un set anecdotique, froid et sans âme. Très en retrait, le groupe ne montre aucune émotion, et n'en provoque pas davantage. "Biblical" est typique du Biffy apaisé cité en préambule et le piètre "Animal Style", en dépit de son statut de nouveauté, ne sauve guère les meubles.


Biffy Clyro s'enlise dans des morceaux mollassons ("Born on a Horse", "9/15ths", "Sounds Like Balloon") et les quelques pièces de bravoure distordues, graves et endiablées ("That Golden Rule", "Stingin' Belle") ne suffisent pas à fédérer. Désormais adeptes d'un stadium-rock balourd ("Black Chandelier", "The Captain"), le trio écossais n'a pas la hargne et le parterre est lentement déserté par un public qui, à l'exception d'un premier rang énergique, n'est absolument pas convaincu. Les patauds "Many of Horror" et "Mountains" parachèvent un set plombé par une ambiance gênante que même le celtique et réussi "Stingin' Belle" en guise de conclusion n'arrivera pas à réchauffer. Un tel concert sur la scène 2 un peu plus tôt aurait eu le mérite de varier les plaisirs. Mais programmer Biffy Clyro sur la scène principal avant les deux grosses affiches que sont Jane's Addiction et Korn était un pari osé. Et donc perdu.


Setlist : 1. Wolves of Winter - 2. Living Is a Problem Because Everything Dies - 3. Biblical - 4. Animal Style - 5. Born on a Horse - 6. That Golden Rule - 7. Bubbles - 8. Black Chandelier - 9. 9/15ths - 10. The Captain - 11. Sounds Like Balloons - 12. Many of Horror - 13. Mountains - 14. Stingin' Belle


Crédits photos : Laurent Besson


Etienne

Jane's Addiction


On accueille ce samedi à bras ouverts tant celui-ci semble calme et apaisé après la zizanie cacophonique de la veille. Tout semble être rentré dans l’ordre : chacun récupère son bracelet en moins de temps qu’il n’en faut pour dire “f*ck yeah” et les interminables files d’attente pour accéder aux stands de recharge des bracelets cashless ont laissé place à un site clairsemé où la circulation se veut beaucoup moins chaotique. 

On profite de l’occasion pour se prêter à une exploration plus en détail du site : exit donc le stand Fender et la cidrerie, direction le Metal Market où disquaires et vendeurs d’accessoires en tous genres (t-shirts, patches, affiches…) accueillent les festivaliers les plus aventureux. Car oui : bien loin du stand de merchandising officiel au cœur de Longchamp, il faut se cantonner à la lisière du site pour découvrir les quelques curiosités proposées ici. Dommage, d’autant plus que le rustique et bucolique Metal Bar, aménagé dans une grange un peu plus profond dans la clairière, est un endroit aussi charmant qu’accueillant - on se remémore même les années lycée autour du baby-foot.

Des conditions de circulation bien meilleures qu’on ne doit pas au seul retour à la normale de la logistique du festival : beaucoup d’absents en cette deuxième journée qui accueillera Korn en tête d’affiche. Choix curieux pour certains, décevant pour d’autres : on parlera davantage d’un sauvetage in extremis, l’organisation du festival ayant clairement manqué de marge de manœuvre pour trouver dans les temps une autre tête d’affiche de la même trempe que Motörhead, un temps senti pour clore ce deuxième jour avant le décès brutal de Lemmy en décembre - so long, my friend.

C’est donc face à un parterre de fans relativement restreint que Biffy Clyro investit la Main Stage. Ni vraiment metal, ni vraiment hard rock. Mouais. Pas franchement convaincus par le set des écossais, on préfère aller faire un tour du côté de la Stage 2 où Perry Farrell, Dave Navarro & co. sont attendus. Passage obligatoire par la buvette avant d’arriver devant une fosse quasiment déserte. Une bière à la main, on baigne dans les rayons du soleil en attendant patiemment Jane’s depuis le troisième rang : royal, tout simplement.

L’espace ne tarde pas à se remplir une fois le set de Biffy bouclé, le public arrivant juste à temps pour l’entrée sur scène de Juana’s Adicción. D’emblée, Dave Navarro - qui n’a décidément pas volé son titre de host et juré d'Ink Master - captive l’attention : arborant tatouages en rafales et sangle de guitare Louis Vuitton, le guitariste s’amuse avec la maigre frontière qui sépare le summum de la classe des confins du kitsch. Troublant, mais hypnotique.

Perry Farrell, bouteille de rouge - entamée, ça va de soi - à la main, paraît lui plus hésitant dans son costume aux couleurs criardes. La faute à un odieux cafouillage de sono qui, pendant “Up the Beach”, continue de diffuser la playlist de pré-show ? Peut-être, mais toujours est-il que le frontman, vraisemblablement bien éméché, peine à se faire entendre au milieu des basses abyssales émanant d’une sono tonitruante. Gestes hasardeux, chant approximatif : Farrell est aux fraises.

Ses compagnons sont heureusement là pour rehausser le niveau - Navarro le premier, que ce soit lorsqu’il nous assène le riff surpuissant de “Mountain Song” à la gueule ou shredde sur son manche comme un dératé lors du solo d’”Ocean Size”. L’homme à lui tout seul ne parvient cependant pas à sauver le spectacle, la capricieuse sono s’adonnant encore une fois à de nouvelles lubies : “Je crois qu’on a perdu la basse, déclare Farrell, sourire béat jusqu’aux oreilles. Veuillez patienter quelques instants, ça va vite repartir.

Encadré par ses danseuses, Jane’s Addiction s’aventure alors dans un set bizarre, déstructuré, où les morceaux, aussi brillamment exécutés soient-ils, semblent s’enchaîner sans trop de logique. C’est ainsi un peu décontenancé qu’on suit le concert, zieutant les danseuses entre deux solos de guitare. On savoure malgré tout, saluant le choix des morceaux issus des deux premiers albums emblématiques de Jane’s - exception faite de “Just Because” : “Stop !” et “Been Caught Stealing” mettent l'ambiance, “Three Days” se veut tout simplement impérial et “Whores” voit les danseuses harnachées se balancer au-dessus de la foule. Encore une fois, on ne saurait trop dire si on vient d’assister là à un spectacle d’une grande classe… ou à un numéro d’un kitsch extrême.

On aura tendance à tempérer notre propos par affection pour l’un des groupes les plus emblématiques de l’Alternative Nation : morceaux cultes, jeu de scène exotique et typiquement angelin, guitariste exceptionnel, Jane’s Addiction a de quoi assurer un spectacle explosif. Malheureusement, le public du Download n’eut droit ce soir qu’à un pétard mouillé, la faute en partie à une sono plus qu’approximative. Malgré tout, on reste prêt à voir de quoi Jane’s est capable lors d’un set intégral en salle… pour peu que Farrell calme sa descente de bouteille et retrouve la même prestance qu'au premier Lollapalooza qui fête cette années ses vingt-cinq ans... déjà - Lollapalooza qui n'est d'ailleurs pas le seul à avoir pris de l'âge, n'est-ce pas Perry ?

Setlist : 1. Up the Beach - 2. Stop ! - 3. Ain’t No Right - 4. Mountain Song - 5. Just Because - 6. Three Days - 7. Been Caught Stealing - 8. Ocean Size - 9. Whores

Crédits photos : Nicko Guihal

Alan

The Inspector Cluzo


Retour sur cette troisième scène du Download avec des petits frenchies, The Inspector Cluzo. Deux têtes qu’on est bien contents de retrouver, pour compléter avec Last Train le côté rock de la force made in France, alors que Gojira, Lofofora et Mass Hysteria se sont occupés de représenter (magnifiquement) notre scène metal.


Laurent (guitare) et Mathieu (batterie) mènent magnifiquement leur set, semblant dérouler leurs morceaux les uns à la suite des autres avec une part d’improvisation, en jouant énormément avec le public. Le duo amène avec lui sur scène plus que sa musique, mais aussi tout son côté décalé, à travers les vannes de Laurent. À une époque où beaucoup de groupes se produisent sur scène avec l’aide d’un ordinateur, le guitariste s’arrête de jouer. "Y’a pas d’ordinateurs ce soir, si je m’arrête de jouer y’a plus de bruits. Y’a pas de setlist non plus." La spontanéité et le côté freestyle du show attire les curieux qui traînaient à côté de la scène et qui n’avaient pas forcément prévu de venir voir le groupe.


Un succès dont Laurent s’amuse un peu : "Mais qu’est-ce que vous faites là ? Pourquoi vous sautez et faites les cornes avec les mains ? On fait pas du metal nous, on fait du jazz." Avant de confier une certaine joie d’être là aujourd’hui : "C’est la première fois qu’on joue dans un vrai festival de rock. D’habitude on doit partager la scène avec des putains de groupes de pop anglais." La batterie jouera sans interruption pendant l’heure que va durer le show, et Laurent va explorer toute sa palette vocale, entre chant et cri, et pousser son jeu du côté old school au côté psychédélique et plus expérimental pas si éloigné du jazz.


Une plaisanterie facile mais toujours drôle sur le fait de ne pas avoir de bassiste : "Le bassiste c’est comme le président de la République, il ne sert à rien." Une dernière promenade le long de son manche, et The Inspector Cluzo laisse un public peut-être composé à moitié de curieux conquis, et aura bien rafraîchi les esprits avant le gros set de Korn qui conclura la journée du samedi.


Erwan

Korn


À la question de savoir ce qui sépare Korn de Jane’s Addiction, les esprits les plus rationnels répondront tout naturellement : un monde. Et on ne saurait leur donner tort : alt-rock aux accents glam et metal d’un côté, neo metal brut et un tantinet cradingue de l’autre - rock 80’s vs. metal 90’s, en somme. Beaucoup plus terre-à-terre, les festivaliers de Longchamp se fendront pour leur part d’un laconique : un hippodrome et quelques dizaines de milliers de spectateurs. Touché.

Programmés à la suite sur deux scènes diamétralement opposées, les deux groupes allaient inévitablement voir leurs sets se chevaucher. Un choix aux faux-airs de dilemme kornélien semble alors se profiler : vaut-il mieux manquer les derniers instants du set de Jane’s ou les premières minutes de celui de Korn ? Il n’est pourtant pas tout à fait 22h lorsque les angelins bouclent leur affaire et quittent la Stage 2. S’en suit une longue cavalcade pour rejoindre la Main Stage dans les temps. On en profite pour débriefer la prestation en demi-teinte de la troupe de Perry Farrell tout en enjambant les festivaliers jonchant le sol qui profitent des derniers rayons du soleil.

Le timing se veut ici impeccable, les premières secondes de “Molested” résonnant à l’instant même où l’on se glisse au milieu d’une foule relativement conséquente. N’en déplaise à ses détracteurs (et Dieu sait qu’ils sont nombreux), le neo metal semble toujours bénéficier d’une fanbase solide et fidèle, en témoigne l’accueil chaleureux réservé au quintette de Bakersfield à mesure que celui-ci investit la scène. On est certes loin d’égaler l’affluence de la veille, mais les fans ont fait le déplacement et sont prêts à en découdre. Arborant baggies et dreadlocks de circonstance, le public du Download s’apprête ce soir à replonger tête la première dans le kitsch et le mauvais goût des années quatre-vingt-dix.

Un voyage dans le temps qui fera la part belle aux vieux hits du groupe, l’intégralité du set ne comprenant que des morceaux datant d’avant 2005 - exception faite de “Hater”. Et c’est le morbide “Right Now” qui ouvre la marche avec un riff crasseux et gras annonciateur de la teneur de la soirée. Derrière son iconique pied de micro dessiné par le regretté H. R. Giger, Jonathan Davis laisse exploser sa haine et châtie son auditoire à grand renfort de growl guttural et abyssal. Les dreads s’agitent au sein du public, la foule martelant chaque temps par un mouvement de nuque bien senti entre deux gueulantes à s’en arracher les cordes vocales.

D’entrée, Korn frappe fort et enchaîne ses classiques : de “Falling Away from Me” à “Here to Stay” en passant par “Coming Undone”, le groupe voit ses fans scander chaque refrain en chœur avec véhémence. Les esprits s’échauffent soudainement lorsque retentit la cornemuse de Jonathan Davis, annonciatrice d’un “Shoots and Ladders” qui promet d’être dévastateur. Lentement mais sûrement, la tension monte jusqu’au break qui voit les pogos pulluler au sein de la foule. Final hystérique avec une brève reprise de la section machine gun du “One” de Metallica qui termine d’achever un public extatique. En grande forme, Korn assure le spectacle et apparaît être en fin de compte une tête d’affiche tout à fait honorable, même aux yeux des plus sceptiques.

Peu coutumier des solos au sein de ses compositions, le groupe laisse pourtant le champ libre à Ray Luzier pour marteler ses fûts à loisir après un “Hater” anecdotique. Le batteur captive alors son auditoire, faisant preuve d’autant de puissance que de précision - clairement, on ne regrette pas David Silveria. L’homme termine sa démonstration par un jeu de cymbales assurant une transition évidente vers l’intro de “Blind”, rapidement rejoint par les guitares dissonantes de Munky et Head. En effervescence, le public répond à l’appel de Jonathan Davis qui ouvre le morceau phare de la discographie du groupe avant de se lancer dans une improvisation de danse rituelle lorsque celui-ci entame “Twist”.

Les lumières s’éteignent soudainement après “Y’all Want a Single”, la scène ne baignant plus que dans un bleu profond et ténébreux. Quelques notes de guitare en pagaille se superposent à une angoissante nappe de synthé avant que Jonathan Davis n’empoigne son micro. À l’unisson, Longchamp accompagne le chanteur qui entame la première partie d’“Another Brick in the Wall”. Les lumières se rallument et les passions se ravivent alors que retentissent “We don’t need no education” et le second segment du triptyque écrit par Roger Waters. Le set trouvera sa fin en même temps que la reprise sur les derniers mots que prononcera le chanteur : “Goodbye cruel world, I’m leaving you today.

Presque. Applaudi par le public, le groupe ne se fait pas prier et ne tarde pas à réinvestir la scène pour le rappel : tout en retenue, “4 U” pave le chemin pour un “Faget” brutal et sans concession. Suintant la rage, le morceau attise la foule avant un final somme toute convenu mais efficace : c’est ainsi sous l’égide de Follow the Leader que cette seconde journée de festival arrivera à son terme, Korn clôturant son set avec “Got the Life” et l’incontournable “Freak on a Leash”.

Mission doublement accomplie pour Korn qui ce samedi a non seulement prouvé que le neo metal pouvait toujours divertir les foules en dépit de sa nature profondément anachronique, mais aussi - et surtout - que son statut de tête d’affiche n’était en rien usurpé. Bien que ne pouvant se targuer d’égaler des groupes de la stature d’Iron Maiden ou Rammstein tant en termes d’aura que de notoriété, le quintette de Bakersfield a toutefois su s’imposer comme groupe majeur - et immanquable ? - du week-end, et ce malgré l’étiquette péjorative dont celui-ci se voit inlassablement affublé.

Setlist : 1. Right Now - 2. Here to Stay - 3. Somebody Someone - 4. Falling Away from Me - 5. Coming Undone - 6. Shoots and Ladders - 7. One - 8. Hater - 9. Drum Solo - 10. Blind - 11. Twist - 12. Did My Time - 13. Y’all Want a Single - 14. Another Brick in the Wall

Rappel : 14. 4 U - 15. Faget - 16. Got the Life - 17. Freak on a Leash


Crédits photos : Nicko Guihal

Alan

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Opeth


In Cauda Venenum


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De parangon du death-metal suédois à inclinaisons progressives, Opeth est passé en moins de dix ans à coqueluche du monde progressif tout court avec ses albums mélodiques et techniques typés 70’s. Gloire permise aussi par une esthétique affirmée ; il y a bel et bien un « son » Opeth qui est né depuis Heritage(comme il y a avait une identité claire dans la première période du groupe), et celui-ci n’est pas du tout renié dans ce nouvel opus tant attendu. En effet, In Cauda Venenum est dans la claire lignée des albums précédents, dont le dernier en date était le chef-d’œuvre Sorceress aux qualités exceptionnelles. 

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