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Discorama 2000's : les incontournables psyché rock


Maxime, le 20/09/2010

2007-2009


The Urges : Psych Ward
octobre 2007

L'arrivée des Urges dans la scène dublinoise en 2003 avait eu l'effet d'une petite bombe. Paraît-il que cinq young lads irlandais au look rétro balanceraient un garage psyché furieux dans quelques clubs du coin, comme les Things l'avaient fait quelques années plus tôt. La rumeur va bon train et le nom des Urges se met peu à peu à résonner dans les rues de la capitale. En bons pilleur de tombe, le groupe puise allègrement dans tout le catalogue psyché des compilations Nuggets ( Seeds, 13th Floor Elevators, Electric Prunes, Music Machine...) pour en extraire ce son unique, entre guitare fuzz, orgue farfisa et hurlement primitif, et assembler une poignée de compositions explosives, finement ciselées pour la scène. Rien de radicalement novateur, pas de quoi faire se faire acclamer en grande pompe "groupe de l'année" par le NME (tant mieux d'ailleurs), mais un répertoire de plus en plus consistant qui commence à faire des apparitions remarquées sur quelques compilations, dont celle des parisiens du Gloria club sur laquelle on retrouve la B-side "Jenny Jenny". Le buzz grandissant autour des prestations explosives du groupe dans divers clubs et festivals permet rapidement au quintet irlandais de se tailler une solide base de fans en Europe et d'entamer l'enregistrement d'un premier LP, Psych Ward.

L'album, qui voit le jour en octobre 2007 sur le label Screaming Apple, regroupe onze des compositions du groupe. Onze pépites psychédéliques enregistrées non pas dans un asile d'aliénés comme le laisserait entendre le titre mais dans les studios espagnols de Jorge Explosion, producteur de talent spécialisé dans la chose garagesque. "Read the signs", qui ouvre l'album, met en place un décor sonore habité par des orgues psychédéliques, des guitares rageuses, des cœurs fantomatiques et un chant complètement déjanté, bande son idéale pour soirée d'orage dans un asile de fous. Tels des laborantins déments, docteurs Frankenstein du psychédélisme moderne, les irlandais mêlent dans leur Psych Ward les orchestrations psychédéliques et déjantées tirées du Farfisa, ("Curse it All") à la violence punk et acide de la guitare, ("So Uptight"), en agrémentant le tout des hurlements sauvages du frontman Jim Walters. La mixture, absolument détonante, rappelle parfois les Stomachmouths ou les Mummies, autres praticiens renommés de la démence sonore et influence notable des cinq comparses, en particulier sur quelques morceaux dont l'instrumental "Salvaje" ou l'excellent et immédiat "You're Gonna find out". Le plus surprenant à l'écoute de ce Psych Ward est que de ce capharnaüm sonore, il ressort des compositions brillantes aux mélodies accrocheuses, dont certaines ne dépareilleraient pas sur les ondes fm à l'image des excellents "You Don't Look So Good" , "I Gotta Wait" ou "So Uptight", qui rappelle le "(I'm not) Your Steppin Stone" de Paul Revere et ses Raiders. Les honneurs reviendront cependant sans hésitations a l'emblématique "The Urges Theme", qui mêle habilement psychédélisme et surf music dans un hallucinant ouragan sonore dont on ne sort définitivement pas indemne et qui achève de convaincre du talent mis en œuvre par les cinq dublinois sur ce premier effort discographique.

Psych Ward constitue une incontestable réussite en alignant onze pistes explosives oscillant entre psychédélisme, surf music et rock garage, sans jamais marquer la moindre baisse de rythme. Un premier essai parfaitement maitrisé et disons-le sans détours, une acquisition essentielle pour tout amateur de psychédélisme 60's. Pour les autres, cet album sera toujours l'occasion d'oublier Bono et sa bande, le temps de découvrir ce que le vert pays a de mieux à offrir en matière de Rock'n'roll...
Thomas


Black Mountain : In The Future
janvier 2008

Imaginez le croisement improbable entre la noirceur crépusculaire de Black Sabbath et l'onirisme habité de Pink Floyd, l'alliance contre nature entre guitares indomptables et orgues incantatoires, la superposition des ombres de l'illusionniste Stephen McBean et de la lumière irradiant de l'ensorcelante Amber Webber. Vous y êtes : à la croisée du rock psychédélique lourd, de la folk ancestrale et des hymnes chamaniques extra-corporels se trouve le collectif canadien Black Mountain, dont le deuxième album, In The Future, est probablement l'une des plus grandes réalisations de la décennie passée. Sans exagérer.

Quant on parle de collectif, il faut bien sûr savoir que les membres de la Black Mountain Army ne se cantonnent pas à ce seul projet psyché mais essaiment leur bonne parole par le biais de groupes satellites tels Pink Mountaintops, Lightning Dust ou encore Blood Meridian. Un seul créneau réunit ces pèlerins de la musique contemporaine : fournir un rock habité, puisant dans des sonorités volontairement épaisses et passées d'âge pour y assoir une force dramaturgique confinant quasiment au mysticisme. Certains préfèrent l'alcool, l'héroïne ou le LSD, eux se tournent plus volontiers vers le chanvre, l'encens ou le santal ; certains voient dans la déréalisation psychédélique une occasion d'éprouver pour eux-même de nouvelles sensations, eux nous poussent à communier avec des forces surnaturelles qui nous transcendent complètement. Si l'éponyme de Black Mountain jetait les bases d'un style très personnel, mêlant avec sérénité les sonorités puissantes du hard rock version stoner à la prégnance tellurique de claviers antiques en encadrant le tout par un chant dual qui entame une sorte de dialogue entre le bien et le mal, le disque trouvait ses limites dans certaines digressions barrées pas toujours en osmose avec le corps du propos. Rien de tout cela ici : In The Future dégage véritablement une impression de vénérabilité immémoriale imposant immédiatement le respect et l'écoute recueillie.

Par delà les torrents de riffs majestueux portant à bout de bras des harmoniums coalescents ("Stormy High") se révèle un disque aussi mastoc que sûr de son fait, laissant rapidement place à une ode exaltée aux séraphins invisibles ("Angels") avant de replonger derechef vers les entrailles de la planète à la recherche de trésors aux pouvoirs fabuleux ("Wucan") ou de laisser la grande prêtresse Amber Webber adresser ses suppliques à une nature indomptable ("Queens Will Play"). Mais au delà de ces pures immersions émotionnelles se trouvent disséminés des oasis de sérénité rassérénante ("Stay Free" et sa folk lumineuse, "Wild Wind") ou de jouissance primale toute en coups de médiators en plein slide sur roulements de batterie débridés ("Evil Ways"). Et puis il y a ces fameux morceaux de bravoures mystiques, ces odes inquiétantes qui nous confrontent à des créatures fantastiques inspirant crainte et respect ("Tyrants", trip de dark heroic fantasy par excellence qui enchaine placidité et tonnerre avec une maestria saisissante) ou qui se préparent carrément à nous faire visiter l'au-delà et la peur qui en émane avec un "Bright Lights" aux 17 minutes tout bonnement colossales, avant d'achever le périple sur une sublime incantation à la pureté immaculée ("Night Walks"). Tout, absolument tout, dans cet album, par delà les divers genres abordés par ces gourous extatiques, force le respect le plus absolu. Ce n'est plus une montagne, c'est carrément l'Everest qui nous est offert avec un In The Future qui a d'ores et déjà propulsé les Black Mountain au Panthéon du rock n' roll. Et dire que le voyage ne fait que commencer !
Nicolas

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Dead Meadow : Old Growth
février 2008

On pensera ce qu'on voudra des nouvelles mœurs en vigueur en terme de consommation musicale, et notamment de la déstructuration des albums par iPod et iTunes interposés. En clair : de cette fantaisie qui consiste à mépriser la vision globale et l'intégrité qu'un artiste veut faire passer au travers de ses tribulations en studio en téléchargeant uniquement un single de l'album en question et en l'intercalant entre la dernière révélation R n' B et la sensation hip hop du moment. Car les 2000's, c'est aussi ça : une façon radicalement différente d'appréhender la musique, médiée par la dématérialisation des contenus, le streaming et bien sûr le piratage. Face à l'afflux exponentiel d'artistes de par le monde (MySpace Music compte plus de 3 millions d'abonnés !) et à la pléthore des échantillons, previews, singles offerts en téléchargement et autres exclusivités Deezer, l'artiste, s'il veut se tailler une place dans cette jungle numérique, se doit de marquer les esprits en tapant vite et fort. Seulement, il existe encore quelques groupes qui fuient ce formatage générationnel et cette cadence infernale imposée par le Dieu Internet. Et Dead Meadow en fait partie.

Pour apprécier comme il se doit le trio de Washington et son fantastique cinquième effort studio, Old Growth, il faut prendre le temps nécessaire, ni plus, ni moins. Ce n'est plus l'auditeur qui dicte ses règles et ses envies au disque, mais le disque qui impose son rythme à l'auditeur. Ici, la loi du single n'existe pas. Et pire encore : il serait tout bonnement aberrant d'imaginer goûter convenablement à ce blues rock opulent et solaire sans l'envisager dans son ensemble. N'essayez pas de dénicher une mélodie géniale ou une bidouille moderne ingénieuse, il n'y en a pas. N'essayez même pas de chantonner un air du disque sous votre douche, vous n'y parviendrez pas. Dead Meadow, c'est un style, une culture, presque un combat. Un rock lourd bardé de fuzz et de wah wah, une batterie majestueuse et maitresse du terrain de chasse, une basse magnétique soutenant l'essentiel des accords, une guitare errante qui assène à l'envi riffs mégalithiques et lignes saturées flottantes, et une voix trainante qui se laisse porter paresseusement par les instruments. D'entrée de jeu, "Aint Go Nothing (To Go Wrong)" a déjà tout dit en imposant son tempo neurasthénique, ses accords volumineux en cavalcade funéraire et sa voix à l'indolence extrême, avant d'exploser le titre en une nuée de guitares hallucinées, larguées en apesanteur et se réverbérant à toutes les entournures. Après, il n'y a plus qu'à varier (légèrement) le style pour explorer de fond en comble cette musique qui se contemple plutôt qu'elle ne s'écoute : giclées fluides de six cordes tapageuses avec "Between Me And The Ground" ou encore ""What Needs Must Be", escapade indie folk chaleureuse avec "I'm Gone" ou "Either Way", trip oriental gorgé d'opium avec "Seven Seers", injection d'héroïne musicale avec le slide lascif de "Down Here", blues en état d'ébriété avancée avec "The Great Deceiver", ou encore ode aux forces primitives de la nature avec "'Till Kingdom Comes". Et puis, comme ça, l'air de rien, le disque sort de ses sillons une puissante charge tribale au tempo enlevé pour mieux nous écraser à nouveau sous une chape de plomb suffocante qui nous renvoie à peine quelques mirages délirants ("The Queen Of All Returns", sublime).

Au bout d'un moment, au fil des écoutes enchainées sur la platine, le temps semble véritablement s'arrêter. On reste immanquablement suspendu à cette croissance ancestrale qui nous renvoie aux arbres majestueux de la pochette, rois de jadis qui nous contemplent du haut des siècles écoulés, et l'on n'aspire plus qu'à se poser et à envoyer notre esprit vagabonder dans les espaces naturels infinis des Etats Unis. Old Growth est un disque salvateur tout autant qu'un pied de nez magistral lancé à notre époque supersonique, et rien que pour ça, il mérite un large détour. Même s'il vous faudra probablement quelques semaines avant d'embrasser complètement le rythme flottant des trois sorciers de Washington. Mais après tout, rien ne presse, non ?
Nicolas

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The Black Angels : Directions to See a Ghost
avril 2008

Sous le brûlant soleil d'Austin, The Black Angels avaient frappé fort dès leur premier album, Passover et leur tubesque "Black Grease". Loin d'être une hallucination éphémère l'avènement de ce groupe psychédélique s'est poursuivi avec Directions to See a Ghost. Délestés d'un de leurs membres, leur son s'est amplifié de réverbérations hypnotiques nappées par le chant incantatoire d'Alex Maas, dont le seul but est de nous emmener à voir au-delà de la réalité. Nés en ces terres arides du Texas, les compositions hantées et les mantras vocaux de ces Black Angels se sont unis pour nous la révéler.

Au fil de leur opus, ici ou là, des orgues apocalyptiques côtoient des sons de jarre électrique (instrument inventé par le 13th Floor Elevators) et de vaporeux riffs stoner pendant que la rythmique tribale et cette voix noyée d’échos restent omniprésentes. D'entrée la magie opère. Direction la transe avec "You on the Run" et "Doves" qui vous prennent au(x) trip(e)s. L'ampleur sonique qui s'en dégage est un appel à l'élévation. Pari quasi tenu avec à l'esprit du groupe une mise en œuvre d'un album qui ne serait formé que d’une seule et même piste. Mais à défaut de réaliser cette impossible gageure dans les faits (business oblige), c'est à travers onze morceaux et 72 minutes que ce voyage au pays des merveilles psychédéliques évite les écueils du psychédélisme et une descente vers les senteurs du passé et leurs méandres pseudo ésotériques. Même si le dernier morceau "Snake in the Grass", long de 16 minutes, est un peu difficile à avaler. Au terme de cette transe électrique, ce revival n'est pas vraiment ce qu'il en a l'air et fleure l'authenticité avec des appels contre l'inertie et l'abêtissement qui font le lit de notre société.

Sous un aspect monolithique et une ambiance sombre, Directions to See a Ghost est aussi et avant tout envoûtant. Comme il est également de plus en plus subtil et aérien au fil des écoutes où ses nuances et ses couleurs se révèlent malgré le côté répétitif qui incombe forcément au genre psychédélique. Cette musique, qualifiée de "drone-rock" par ses auteurs, réussit à se montrer singulière sans renier ses influences majeures : 13th Floor Elevators, The Doors, Pink Floyd, The Velvet Underground, entre autres... En attendant leur troisième album, The Black Angels ont bel et bien marqué la fin de la dernière décennie d'airs que l'on n'attendait plus de la part d'un groupe d'aujourd'hui.
Marc


MGMT : Oracular Spectacular
mai 2008

MGMT ou l’un des buzz les plus tonitruants de la fin de décennie. Appréhender le premier effort du duo de Brooklyn impose de chercher un diamant brut enfoui dans un panier garni de crabes et autres chausse-trappes contemporains. Il aura fallu passer outre un buzz tonitruant, en témoigne l’alignement stupéfiant de tous les médias, y compris en France, devant le phénomène. Voir le duo en couverture de Télérama et des Inrocks, leur disque bombardé disque du mois à Rock & Folk achevait de rendre la chose suspecte. Sans parler du tombereau d’éloges dithyrambiques et du torrent d’adjectifs plus ou moins bien ampoulés ayant fleuri sur les blogs et webzines de la toile depuis la parution de l’objet. Il aura fallu chasser de l’esprit les publicités, les reportages de Telefoot et de Turbo, qui se sont empressés de puiser dans les 10 plages de cet album de quoi illustrer les exploits de dégénérés du bulbe poussant un bout de cuir sur du gazon ou la dernière berline de BMW que le français moyen ne pourra jamais se payer mais devant lequel il bave d’envie. Il aura fallu, enfin, ne pas se focaliser trop longtemps sur le nom du groupe, MGMT pour Management, pauvre plaisanterie pas drôle d’intello à deux balles pour qui emprunter au vocabulaire du marketing, le plus odieux et imbécile qui soit, est du dernier chic.

Avec une telle hype, il est difficile de ne pas résister à l’envie furieuse de dézinguer le truc, armé d’une mauvaise foi carabinée. Lors des premières écoutes, une fenêtre de tir se dégage d’ailleurs dans ce sens : les voix chevrotantes de Andrew Van Wyngarden et de Ben Goldwasser, parfois insupportables, toute cette esthétique fluo-néo-baba cool à la noix. Mais la critique supposant avant tout l’honnêteté intellectuelle, il a bien fallu abdiquer. Car Oracular Spectacular est un voyage stupéfiant, qui nous fait perdre pied dans ses myriades étoilées. Certes, ce n’est pas un album parfait, loin de là. La seconde partie s’essouffle nettement en comparaison de la première, proprement démente. Il y a des facilités, des redondances. Mais ces quelques scories sont bien vite balayées par l’impact que ce disque exerce sur le rock de la décennie 00. Sur le plan formel, la pop psychédélique de ces deux nerds fait penser à des tas d’autres groupes, que ce soient les figures tutélaires (The Flaming Lips, Mercury Rev, voire David Bowie dans ses élans les plus éthérés) ou ses homologues contemporains (la nu-rave déjà has been des Klaxons, ou d’autres adeptes des grands écart stylistiques, genre Yeasayer, TV On The Radio…). Mais à chaque fois qu’on essaie d’enfermer leur musique dans un cadre précis, les rapprochements faciles, les voisinages téléphonés se mettent à fuir et à filer entre les doigts. Moins compliqué à appréhender qu'Animal Collective, moins dépressif que Radiohead, plus concentré que Of Montreal, MGMT fait penser à tant d’autres mais enthousiasme comme personne.

La force de leur premier opus vient avant tout du fait qu’elle permet d’entre-apercevoir quel est le message de toute cette nouvelle génération ayant éclos avec le nouveau millénaire. On s’est assez lamenté que ni Strokes ni White Stripes ne portaient de regard sur le monde qui les entoure. MGMT ose un début de réponse dès l’entame sur "Time To Pretend" : les jeunes d’aujourd’hui conchient la société d’hyper-consommation glorifiée par un capitalisme définitivement en roue libre. Verbe ironique coincé dans un corps d’ados, le duo allume un feu de paille autour d’une plage crépusculaire en clamant : "Faisons de la musique, gagnons de l’argent, épousons des top models/Je vais bouger sur Paris, me shooter à l’héroïne, baiser des stars/Notre décision est de vivre vite et de mourir jeunes/Nous avons la vision, alors amusons-nous/Ouais, c’est pesant, mais que faire d’autre ?/Oublier nos mères et nos amis/Nous sommes condamnés à faire semblant". Constat amer d’une génération revenue de tout, sans slogan fédérateur ni projet collectif, faisant mine d’accepter la vie qu’on lui offre, mais se ruant sur Myspace ou Facebook s’inventer une existence meilleure, fut-elle virtuelle. En rejetant une époque vouée à sa perte, son seul mot d’ordre est : profiter de l’instant présent, sans penser à demain. Or, ce désengagement, ce refus d’affronter la réalité pour lui préférer une jouissance perpétuelle n’aboutit finalement qu’à se ranger sous les impératifs consuméristes actuels. Tu n’aimes pas le monde dans lequel tu vis ? Tu n’approuves pas ses valeurs ? Pas grave, éclate-toi avec ton écran HD et ta Playstation, abstiens-toi de penser trop et de commencer à réfléchir sur comment tu pourrais faire changer les choses. Voilà pourquoi cet hymne introductif porte en lui à la fois tout le malaise d’une génération et l’aporie dans laquelle elle fonce tête baissée en plaçant comme utopie absolue les plaisirs futiles d’une fête païenne, apolitique, désincarnée, joyeuse mais stérile. Mai 68 dort définitivement six pieds sous terre.

Festif en surface, désespérément pessimiste en profondeur, Oracular Spectacular est en fait un regard aussi complice qu’embué de larmes tournées vers l’enfance. L’utilisation répétée des claviers alliée à l’usage immodéré de nappes de sons psychédéliques ne vise, comme il y a quarante ans avec les premiers acides, qu’à retrouver l’enfant vivant encore en chacun de nous. A ce titre, "Kids", placé au milieu de l’album, rayonne sur tout l’ensemble. Ce morceau magnifique saute en clopinant sur les trois mêmes notes de clavier, le groupe observant une bande de gamins évoluer dans ses jeux avec un mélange de sympathie et d’effroi, enjoignant les bambins à profiter de cette existence éphémère, libre de toute contrainte, ouverte à toute les possibilités, car dès que l’enfance est morte, tout n’est plus voué qu’à l’échec et à la laideur. Tout le disque est traversé par ce thème de l’innocence perdue ("The Youth", "Pieces Of What", "Future Reflexions"). Puisque rien de meilleur ne pointe à l’horizon, autant combler le vide en s’amusant avec ce qu’on a. En témoignent ces morceaux délurés, pleins de pièces à tiroirs et d’éclats pastel. "Week-End Wars", "Electricfeel", "The Youth" projettent des visions kaléidoscopiques où se précipitent la pop ambient de Brian Eno, une électro-pop avide de beats syncopés, des boucles hypnotiques dévidées à satiété devant un Syd Barret rendu gaga non pas par une consommation effrénée de psychotropes, mais abruti par des visionnages marathon d’épisodes des Teletubbies. C’est un vrai bric à brac qui épuise autant qu’il éblouit, qui agace autant qu’il enivre, espèce de grande marée postmoderne, brassant de multiples influences, les convoquant avec un sourire juvénile, avalant tout et déversant ses ingrédients épars par grandes trombes vomitives. "4th Dimensional Transition", avec sa rythmique tribale accélérée en une Drum’n’Bass sans basses, salue au loin les jeunes maniaques de la mèche folle de Vampire Weekend postés sur l’autre rive. Et "Future Reflexions" d’achever le voyage sans jamais vouloir ajouter un point final. Alors, voilà, Oracular Spectacular, c’est eux, c’est nous. C’est le bréviaire lumineux et mortifère d’une génération aussi sympathique qu’écoeurante. Un précipité sonore dans lequel on s’abandonne avec un mélange d’extase et de répugnance. Un disque-symptôme qui hurle, en creux, que les kids d’aujourd’hui, décidemment, ne sont pas si alright que ça.
Maxime

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Radio Moscow : Brain Cycles
avril 2009

Vous l'avez sans doute remarqué, nous avons très peu parlé de pop psychédélique dans ce dossier. Par corollaire, certains d'entre vous s'étonneront peut-être de ne pas voir un Embryonic (Flaming Lips), un Merriweather Post Pavilion (Animal Collective) ou un Skeletal Lamping (Of Montreal) dans ces pages. A contrario, le fait de retrouver le deuxième jet studio de Parker Griggs dans ce panthéon psyché de la dernière décennie pourrait avoir de quoi faire sourire quant on sait que les popeux précités mettent invariablement un point d'honneur à pousser toujours plus loin l'expérimentation et le délire sonore alors que le chevelu de Story City se contente de thésauriser tranquillement sur l'héritage de Jimi Hendrix. Après, tout est question de sensibilité musicale et d'état d'esprit de la rédaction... mais clairement, cette sélection 2000's mise beaucoup sur les guitares, sur le fuzz et sur les larsens pour passer de l'autre côté du miroir. Et dans ce registre, Radio Moscow a une fois de plus tapé très fort.

A peine deux années après son effort éponyme, et après avoir au passage troqué un Luke McDuff contre un Zach Anderson à la basse, Parker Griggs persiste et signe, mais cette fois-ci en tâchant de s'élever dans des sphères plus spirituelles. Extirpant le blues-rock de la terre ferme, Radio Moscow avance et tâche de reprendre les choses là où Hendrix mais aussi Cream ou même les Yarbirds période Page les avaient laissées : enrichir une musique bien ancrée dans la culture anglo-saxonne en la dopant aux pédales d'effet, aux coulées de guitares surnaturelles, aux micros trafiqués et au rythmiques de basse entêtantes. Mais plus que tout, ce qui impressionne dans ce Brain Cycles, c'est cette capacité à emboîter les pas du Voodoo Child sans tomber dans la caricature ni dans le ridicule. Nombreux sont ceux qui ont essayé de suivre les traces d'Hendrix et qui ont dû renoncer faute d'un bagage technique suffisant. Griggs, lui, n'a peur de rien : il livre de superbes manifestes hendrixiens en piquant les tics de jeu de son maître à penser (oscillations rapides sur deux notes juxtaposées, riffs gras gorgés de fuzz, suremploi de la wah wah - "Hold On Me" en étant un exemple caricatural, soli orgasmiques s'attardant dans des aigus sur-expressifs...). On imaginerait sans peine un "Broke Down" ou un "No Jane" trouver leur place au sein d'Are You Experienced? , à ceci prêt que leur chant d'outre-monde les propulse encore d'avantage dans la transe surnaturelle. Idem pour le puissant "I Don't Know" et son riff de proto hard rock débonnaire, balancé sur orbite par le chant lointain de Griggs. Ailleurs, on plonge dans l'exercice de style tellement bien exécuté qu'on ne peut que s'incliner ("No Good Woman", son riff rappelant l'"Immigrant Song" de Led Zep et son solo de batterie Mitchellien en diable), ou dans l'hommage virtuose à des sonorités depuis passées de mode (comme l'orgue Hammond de "Brain Cycles"). Et toujours ce jeu de guitare sidérant de vélocité et de justesse émotive, faisant de Parker Griggs l'un des êtres humains à s'être le plus rapproché du grand Jimi sur le plan qualitatif depuis la tragique année 1970 marquant sa disparition. Mais Brain Cycles ne se cantonne pas à un simple plagiat : certains titres apportent une peu de légèreté dans cette avalanche de cordes en transe, on pourra noter par exemple le petit riff omniprésent de "The Escape", le slide acoustique reposant de "Black Boot" ou encore le blues rock tranquille de "250 Miles".

Alors c'est vrai : Radio Moscow n'invente absolument rien ici. Chaque son, chaque riff, chaque effet de guitare a déjà été largement employé dans les années 60 par des cadors surdoués et mondialement reconnus. Malgré tout, jamais encore un album des années 2000 n'avait touché d'aussi prêt cette forme de quasi-perfection émanant des late 60's des Hendrix, Clapton et Page. Brain Cycles, s'il reste avant tout un disque hommage tout autant qu'un formidable exercice de style, n'en demeure pas moins la copie appliquée et passionnée d'un élève foutrement doué. Et vous savez ce qu'on dit des bons élèves : certains peuvent un jour dépasser leurs maîtres, et c'est tout le mal que l'on souhaite au jeune Parker Griggs qui, s'il plaît à Dieu, passera sans encombre le cap des 27 ans et nous régalera encore longtemps de ses prouesses guitaristiques. En tout cas, à ce niveau, il serait ridicule de ne pas en redemander.
Nicolas

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