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Compte-rendu de concert

No One Is Innocent


Date : 30/11/2015
Salle : Cigale (Paris)
Première partie : Bukowski

Une soirée de hard superbe et pleine d'énergie avec un public à bloc qui a fait vrombir La Cigale, deux groupes qui en plus de prendre un plaisir visible sur scène étaient là pour faire passer un vrai message en ces temps difficiles, et surtout une soirée de décompression collective salvatrice, pleine d'énergie, de laquelle on ressort plus fort.

Erwan, le 09/12/2015
( mots)

Les planches de La Cigale ont bien tremblé ce lundi soir. Tremblé d’une joie et d’une rage salvatrice en réponse aux tremblements de peur de ces dernières semaines. Tremblé sous les pieds d’une foule d’amoureux du rock prise d’un besoin vital de se défouler. Portée par les paroles rageuses de No One Is Innocent, un groupe on ne peut plus pertinent en ces temps difficiles tant politiquement que socialement. Avec Bukowski présent en première partie, les groupes français ont ce soir répondus de la meilleure des manières à la haine, à l’angoisse et à la violence. En se relevant plus fort encore.

Trouver Bukowski en première partie de No One Is Innocent, c’est la promesse d’une soirée mouvementée de pogos sur des riffs lourds. Les metalleux/stoner parisiens entrent en scène avec un message fort, par la parole de leur bassiste Julien Dottel : "Ce soir, on est là pour venger nos morts et nos blessés". On peut légitimement ne pas partager à ce point la colère de Dottel, chacun gérant les choses à sa façon, mais la formule est efficace et la mèche est allumée. Toute la salle va vite répondre aux premiers appels à se lâcher. Un set intense pour un groupe clairement venu pour se faire plaisir en partageant l’affiche avec des amis, qui joue son rôle de chauffeur de salle à merveille. Beaucoup d’encouragement pour le public, mais de remerciement aussi (la salle est déjà pleine, pas toujours le cas pour une première partie, encore moins en ce moment avec la baisse de fréquentation des salles de concert à Paris). Au chant, Mathieu Dottel (frère du premier) commente chacun de ses morceaux, racontant leur petite histoire. Les titres de leur dernier album sorti cette année font leur effet, particulièrement "White Line" et "Vampire". Pour conclure et finir d’agiter un public déjà bien chaud, Mathieu Dottel coupe la fosse en deux pour lancer un wall of death en prenant bien soin d’éloigner ceux que la chose n’intéresse pas. Fred, second guitariste du groupe, quitte la scène pour traverser la fosse coupée en deux, et lancer du milieu de la salle d’un grand coup de plectre les deux parties l’une contre l’autre. Et même à ce moment-là, on n’avait pas encore touché du doigt la folie qui allait suivre.

No One Is Innocent arrive pourtant très sobrement sur scène. Sa guitare à la main, tendue vers la foule, le guitariste Shanka déclame un texte rédigé après le 13 novembre en réponse aux atrocités commises au Bataclan. On sait que ce concert à Paris aura forcément un sens particulier pour un groupe très politique qui avait déjà été très touché en janvier, dans une salle que No One Is Innocent apprécie particulièrement. Après cette introduction très personnelle, Kémar reprend le micro, le riff de "Drones" gronde et la salle se met littéralement à trembler. Il est impossible de ne pas participer à cette liesse collective, explosive, tant les bonds des uns font sauter le sol sous les pieds des autres ! On a souvent une image en tête du fan de metal amateur de pogos. Vendredi soir, les clichés sont restés à la porte de La Cigale. Pères de famille, types en costard, adolescents, filles et femmes, tous vibrent de la même façon. Les textes acides, révolutionnaires de No One et particulièrement du dernier album sont massivement repris, "Silencio", "Kids Are On The Run", "Putain Si Ça Revient" et bien sûr "Djihad Propaganda". Mais aussi de grands classiques, "Révolutions.com" et "Johnny Rotten", titre écrit suite à une altercation entre le groupe et les Sex Pistols lors d’un festival en Bretagne.

La scène est un véritable moulin, les slams s’enchaînent, et quelques autres musiciens de l’entourage du groupe se joignent à eux pour "Nomenklatura" et "Gazoline". Kémar communie avec son public comme un enfant qui retrouve ses vieux potes de vacance, se jetant au milieu des gens avant de les inviter à monter sur scène avec lui. Pour terminer le concert, Bukowski rejoindra No One sur scène en compagnie d’un invité surprise, le chanteur Niko des Tagada Jones. La fête se termine en famille. Une grande, grande, grande famille.

L’arrivée de Niko sur scène et ce final avec tous les musiciens de la soirée fait partie des nombreuses belles images avec lesquelles le public va repartir de La Cigale. Mais comment ne pas parler de cet hommage rendu à la rédaction de Charlie Hebdo, auquel cet album Propaganda est un peu dédié. Présentes dans la salle, Coco et Marika de la rédaction du journal touché en janvier viennent prendre à leur tour la parole devant une foule soudainement muette. Si costaud et plein de rage, Kémar craque un instant et laisse échapper un sanglot. Le poing levé, la foule manifeste une nouvelle fois son soutien à Charlie Hebdo. On entend un peu partout dire que les "On Est Charlie" de janvier sont loin. Quelque part, on a toujours été Charlie. Ou on ne l’a jamais été. Mais on ne l’est pas devenu soudainement. Et ce lundi soir, on était tous un peu Charlie aussi.

Toute cette soirée aura été bien plus qu’une simple date sur un calendrier de tournée pour les deux groupes. Comme elle était bien plus qu’un simple concert pour les gens présents. Que ce soit pour retrouver ses potes de la capitale, pour expier sa colère, sa rage, pour sentir la présence des gens en ces moments où la chaleur humaine n’a aucun substitut, ou pour se recueillir d’une façon plus solennelle, No One Is Innocent et Bukowski avaient sans doute autant besoin que nous tous d’être là. Car si les manifestations de respects solennelles sont la moindre des choses que l’on doit aux innocents touchés par les évènements, se reprendre en main et avancer après avoir été meurtri passe également par une énergie positive, électrisante, incendiaire. Elle était là lundi soir dernier à La Cigale. Elle n’a jamais été autant là.

Setlist : 1. Drones - 2. Silencio - 3. Barricades - 4. Kids Are on the Run - 5. Nomenklatura - 6. revolution.com 7. Putain Si Ça Revient - 8. Massoud - 9. Johnny Rotten - 10. Holy Fire - 11. Drugs - 12. 20 Ans

Rappel : 13. Djihad Propaganda - 14. La Peau - 15. Gazoline - 16. Chile - 17. Charlie

Commentaires
Erwan, le 09/12/2015 à 20:10
Merci Alan ! Oublie de ma part
Alan, le 09/12/2015 à 14:16
Que la setlist soit, et la setlist fut.
afterthegoldrush, le 09/12/2015 à 14:10
on peut avoir la setlist ?
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Destroyer


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Cela vous aura peut-être échappé, mais Black Mountain a discrètement rendu l’âme il y a de cela un peu plus de deux ans. Oh, rien d’aussi dramatique qu’un split avec tambours et trompettes, rien qu’un départ en catimini, celui du couple Amber Webber - Joshua Wells à qui l’on doit le sémillant projet alternatif Lightning Dust, dont on attend par là même un nouvel album très bientôt. Sans annonce, communiqué ni explications, alors que les canadiens venaient d’écoper de leur plus beau succès critique avec leur magnifique IV. Bien sûr, les choses sont loin d’être aussi simples, et la note accordée à ce Destroyer vient d’ailleurs démentir la sentence prononcée en début de paragraphe. Néanmoins, une page se tourne, et autant on oubliera sans doute assez facilement le cogneur Wells - remplacé poste pour poste par Adam Bulgasem, autant il sera bien plus ardu de faire abstraction du chant mystique de Webber qui nous laissera à jamais orphelins.

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