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Chronique Livre

Green Day - American Idiot


Auteur : Marc Spitz
Traduction : Yves Balandret
Editeur : Camion Blanc
32€
"A l’heure où Green Day écrit un nouveau chapitre de son histoire avec 21st Century Breakdown et que l’intégralité de son répertoire se voit progressivement rééditer sur vinyle, il semble utile de se replonger dans le passé et le parcours du combo de Berkeley. On le fera avec profit avec cet American Idiot de Marc Spitz sorti l’année dernière chez Camion Blanc."
Maxime, le 11/08/2009
( mots)
L’ennui avec les biographies entourant des groupes connaissant un fort succès auprès d’un jeune public est de se trouver face à des ouvrages superficiels et anecdotiques, du type Green Day de A à Z. Ce n’est pas le cas ici, où justice sera rendue à un groupe tout de même en activité depuis plus de 20 ans. Journaliste pour le magazine américain Spin, Marc Spitz a compilé ses entretiens réalisés avec le groupe pour son canard avec des interviews accordées spécifiquement pour cet ouvrage de plusieurs acteurs ayant suivi de près ou de loin la trajectoire du trio : la famille de Billie Joe Armstrong, ses ex-petites amies, les fondateurs du 924 Gilman Street, club où Green Day fit ses premières armes, Larry Livermore du label Lookout! Records, Rob Cavallo, producteurs émérite de tous leurs albums de Dookie à American Idiot, Jello Biafra, Fat Mike, Brett Gurewitz et même Courtney Love qui évoque en connaisseuse le délicat passage de l’underground au mainstream quand on est un groupe à l’idéologie punk. Seuls The Offspring, groupe rival devant l’éternel et les responsables du MRR, célèbre fanzine punk américain qui a tant descendu le groupe à la sortie de Dookie ont décliné l’offre. On obtient au final un ouvrage riche, dense et très informé. Même les fans indécrottables devraient en apprendre parmi cette foultitude d’anecdotes et de récits de tranches de vie.

Avec un souci constant d’inscrire la musique et les membres de Green Day dans l’époque et les lieux qui les ont vus naître, Spitz consacre salutairement la moitié de son livre à la période pré-Dookie. Après un flash-forward sur la tournée triomphale d’American Idiot, on débute donc sur Rodeo, petite ville située à 20 kilomètres de San Francisco reconvertie dans la raffinerie pétrolière, pour suivre l’enfance de Billie Joe Armstrong, la mort de son père, ses premières amours, l’achat de sa guitare fétiche (Blue), l’enregistrement de son premier titre solo ("Look For Love"), sa rencontre avec Michael Pritchard (Mike Dirnt) puis plus tard Frank Edwin Wright (Tré Cool)… Très justement, des parallèles sont sans cesse menés avec des citations de chansons (sachant que les paroles contribuent à 50% à la qualité d’un groupe comme Green Day) pour montrer combien sa vie de gamin de banlieue hante les textes d’Armstrong, de "Welcome To Paradise" à "Jesus Of Suburbia". Ses talents de songwriter n’en apparaissent que plus saillants.

N’hésitant pas à mettre parfois le groupe au second plan pour bien s’appesantir sur le milieu qu’il l’a vu évoluer, Spitz consacre de longues pages à la scène punk californienne et plus particulièrement sur l’un de ses épicentres, Berkeley, en évoquant aussi bien le rôle des clubs (le Gilman), des labels (Lookout!) que des fanzines (le MRR). L’auteur montre avec justesse et précision la créativité, la passion mais aussi les impasses dans lesquelles s’est jeté le mouvement, édictant un nombre infini de règles et de restrictions afin de préserver sa sacro-sainte indépendance pour finalement charrier son lot de contradictions absurdes. On comprend dès lors la position de Green Day en son sein, à la fois acteur du mouvement et déjà un peu outsider, parce que son attachement au punk s’avère finalement plus musical qu’éthique. Fort logiquement, l’auteur accorde toute son importance à la question qu’a soulevée le succès de Dookie : Green Day doit-il être considéré comme punk ? On se rend compte alors de la violence qu’a subie le groupe pendant cette période, à la fois adulé par son nouveau public et conspué et harcelé par les puristes alors qu’il jouait encore dans des squats quelques mois auparavant. A ce titre, on notera que et Gurewitz, et Biaffra, et Fat Mike défendent Green Day en louant le talent et la longévité de la formation tout en relativisant la question avec un recul bienvenu. Le récit se poursuit ainsi jusqu’à la sortie d’American Idiot, dont la genèse s’avère très bien narrée. On se rend compte que l’option de l’opéra punk ne s’est prise que progressivement, en fonction des hasards de la vie (le groupe est reparti de zéro après s’être fait voler le master de l’album qu’il avait enregistré à l’époque et qui n’avait rien à voir avec la version que l’on connait), ce qui bat un peu en brèche les accusations d’opportunisme et d’orientation ultra-commerciale qu’aurait pris le groupe avec ce disque conceptuel.

La musique de Green Day accompagnant la vie de ce rédacteur depuis ses quatorze ans, il va bien falloir qu’on joue au fan pointilleux. Tout d’abord, on est en présence d’un bouquin écrit à l’américaine. Autrement dit, on n’y fait pas grand cas du style, les choses sont dites sans vraiment le souci d’y mettre les formes. C’est un défaut mineur qui ajoute certes à la clarté du propos, mais il aurait rendu la lecture plus agréable que purement informative. On déplorera plus profondément en revanche que l’auteur passe un peu vite sur les disques se trouvant compris entre Dookie et American Idiot, ce qui introduit une espèce de relativisme vis-à-vis de l’importance qu’il faut leur accorder dans leur carrière. Ainsi, Insomniac ne serait qu’un disque en réaction contre les procès en trahison de la cause punk qui avaient été ouverts contre le groupe, Nimrod et Warning ne feraient que préparer le terrain à American Idiot, l’un en développant leur orientation pop, l’autre en introduisant une vision politique et sociétale qui sera approfondie par la suite. On n’est pas contre ces analyses, elles sont tout à fait justes, mais elles font passer ces trois superbes albums pour des disques mineurs. Ce n’est pas parce qu’ils ne se sont pas autant vendus que Dookie et American Idiot qu’il faut les traiter comme parties négligeables Monsieur Spitz !!! Enfin, et Christophe Lorentz le rappelle assez justement en préface, l’auteur se consacre davantage sur le factuel que le musical. On apprend beaucoup de choses sur la carrière du groupe, mais il n’est pas fait grand cas sur les conditions d’enregistrement des disques. On sait que Mike Dirnt participe à l’écriture de certains morceaux même si Armstrong pilote tout au final. On aurait quand même aimé lire deux mots sur le processus d’élaboration des chansons, comment se répartissent les rôles, etc. De même, Spitz reste assez expéditif sur les influences de Billie Joe. Les Beatles, les Ramones et une poignée d’autres groupes sont bien évoqués ici ou là, or, il semble obligatoire de bien insister sur la fascination qu’exerce sur Armstrong la pop britannique des sixties, que ce soient les Beatles, les Kinks ou les Who pour bien comprendre l’esthétique et la singularité de Green Day, au moins autant travaillé par ces formations que par le punk. Il suffit d’écouter les reprises figurant sur Shenanigans pour s’en convaincre. De même, on ne mesure pas complètement la forme d’American Idiot si on ne le met pas en perspective vis-à-vis des concepts albums tels qu’ils ont été développés par Pete Townshed.

Ces réserves ne remettent pas en cause la qualité du livre, il est juste de si bonne facture qu’on aurait aimé qu’il soit parfait. Mais même en l’état il reste l’ouvrage consacré à Green Day le plus complet et le plus sérieux qu’il nous ait été donné de lire. On en sort un sourire aux lèvres : voilà après tout une bande de trois copains qui ont fait le tour de la planète, et que ni les hauts ni les bas de leur existence n’ont séparé (comme U2 pourraient dire les mauvaises langues). L’histoire est belle. Elle n’a pas fini de s’écrire.
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Album de la semaine

Black Mountain


Destroyer


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Cela vous aura peut-être échappé, mais Black Mountain a discrètement rendu l’âme il y a de cela un peu plus de deux ans. Oh, rien d’aussi dramatique qu’un split avec tambours et trompettes, rien qu’un départ en catimini, celui du couple Amber Webber - Joshua Wells à qui l’on doit le sémillant projet alternatif Lightning Dust, dont on attend par là même un nouvel album très bientôt. Sans annonce, communiqué ni explications, alors que les canadiens venaient d’écoper de leur plus beau succès critique avec leur magnifique IV. Bien sûr, les choses sont loin d’être aussi simples, et la note accordée à ce Destroyer vient d’ailleurs démentir la sentence prononcée en début de paragraphe. Néanmoins, une page se tourne, et autant on oubliera sans doute assez facilement le cogneur Wells - remplacé poste pour poste par Adam Bulgasem, autant il sera bien plus ardu de faire abstraction du chant mystique de Webber qui nous laissera à jamais orphelins.

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