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Billet Albumrock

Edito spécial : Nous ne nous soumettrons jamais !


Nicolas, le 14/11/2015

Trois jours ont passé depuis les odieux actes de barbarie qui ont endeuillé la France en ce funeste vendredi 13 novembre 2015. On n’osera rappeler l’horreur de ces épouvantables attentats, 129 morts et 352 blessés dont 99 dans un état critique. Parmi les victimes, 89 assistaient au concert que donnaient les Eagles of Death Metal au Bataclan. Ce sont les faits, l’injuste, la cruelle vérité.

On laissera nos chers politiciens s’entendre ou s’étriper sur les causes et les conséquences de ce terrorisme abject, sur les torts et les vertus de la France en terme de politique migratoire et internationale, sur la riposte à apporter à ce monstre qui croit pouvoir imposer sa loi de terreur au monde entier et à notre pays en particulier. Le but de ces lignes n’est certainement pas de verser dans l’analyse post-hoc somme toute bien franchouillarde des événements, n’ayant pas la prétention de détenir les réponses à cette tragédie pas plus que les connaissances ni le recul géopolitique nécessaires à une analyse froide et dépassionnée de la situation. Constatant malgré tout sur les réseaux sociaux un florilège de traits d’esprit frôlant parfois l’aveuglement ou le déni pur et simple des faits à notre disposition, je ne pourrais cependant qu’asséner deux ou trois évidences qui, j’ose le croire, permettront d’ouvrir les yeux à certains.

En premier lieu, et pour reprendre une métaphore qui nous est chère, à moi ainsi qu’à l’un des rédacteurs d’Albumrock dont un proche a été durement frappé par la maladie, on ne triomphe pas du cancer en avalant de l’homéopathie. La France souffre désormais de métastases de ce mal, et s’il n’est pas trop tard pour pouvoir espérer une guérison, le traitement à administrer risque néanmoins de tous nous faire perdre nos cheveux et gerber nos tripes, si vous voulez bien me passer l’expression. Il ne s'agit nullement d'un plaidoyer en faveur d'une quelconque intervention militaire ou de mesures radicales en matière de politique intérieure, simplement d'une prise de conscience que le monde ne tourne pas aussi rond que nous voudrions bien le croire et qu'il serait illusoire de penser que nous allons tous nous en sortir la bouche en coeur et la fleur au fusil sans y laisser de plumes. Il incombe aux acteurs politiques de prendre en leur âme et conscience les décisions qu'ils jugeront utiles à notre pays, et il nous incombe de demeurer unis face à l'adversité et de ne pas nous abandonner à la pensée facile, à la haine et aux amalgames. La seconde, c’est qu’il ne faut pas se tromper d’ennemi. Peu importent, finalement, les tenants et les aboutissants de cette situation dramatique, les germes ayant permis la gestation puis la naissance de cette abjection islamiste. Peu importent les tares, les défauts, les manquements, les erreurs des forces en présence. La vérité, c’est que l’ennemi, ce n’est ni le gouvernement, ni l’opposition, ni l'extrême droite (qui, à l’heure qu’il est, doit se frotter les mains), ni la France et ses conduites “impérialistes”, ni les Etats-Unis, ni l’OTAN, ni la Russie, ni même la Syrie d’el-Assad. L’ennemi, c’est le terrorisme qui s'est abattu sur la Ville Lumière. Les autres entités précitées ont certainement leurs torts, considérables pour certaines d’entre elles, mais cette vision consistant à vouloir expliquer et par là même excuser le mal par le biais d’extorsions que d’autres ont commises ne nous mènera nulle part si ce n’est à un immobilisme désastreux, ce même immobilisme qui a tétanisé la France au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo. Or le mal doit être détruit, ou le mal nous détruira, et il serait criminel ne serait-ce que d’en douter. Quels moyens devront être engagés ? Là encore, ce n’est pas à moi d’en juger, et je laisse donc nos dirigeants faire ce pourquoi nous les avons élus. Fin de la politique de comptoir, et retour au rock n’ roll.

Car si une certaine colère, une certaine révolte, domine les propos précédents, c’est aussi et avant toute chose parce que ce drame nous bouleverse au premier degré, nous autres adeptes de rock. Si à la rédaction nous avions témoigné de notre compassion et de notre soutien aux victimes de l’attentat de Charlie Hebdo en janvier dernier, la tragédie qui s’est déroulée vendredi soir au Bataclan nous implique directement, de sorte qu’une simple pensée émue ne saurait suffire à exprimer notre chagrin, notre douleur. Imaginer que certains de nos proches auraient pu se retrouver pris au piège de ce bain de sang ne peut que nous bouleverser au plus haut point. Fort heureusement, personne à Albumrock n’a été directement touché par cet ignoble attentat. Matt, qui habite pourtant tout près du Bataclan, n’était pas chez lui vendredi soir. Maxime, grand fan de Josh Homme devant l’éternel, avait préféré botter en touche pour la soirée devant la qualité en berne de Zipper Down, le dernier opus des Aigles. Alan, qui un temps s’était posé la question de prendre son sésame pour la soirée, s’est heurté à une billetterie close pour n’avoir pas su se décider à temps, une tergiversation qui lui aura sans aucun doute sauvé la vie. Stéphane, quant à lui, a dû renoncer à faire le voyage sur la capitale pour cause de planning surchargé et de congés déplacés. Ni Raphaëlle, ni Erwan, ni Fanny, nos trois autres chroniqueurs parisiens, n’avaient fait de demande d’accréditation pour le concert des EODM, et personne en province n’avait fait le déplacement. En définitive, tout est bien qui finit bien pour notre microcosme, mais ce soulagement n’enlève rien à notre gueule de bois, un malaise physique qui, cette fois-ci, risque malheureusement de durer un bon moment.

Tristesse, incompréhension, colère. Qu’on se le dise, il est bien peu probable qu’au travers de ces attentats, les bêtes islamistes aient voulu s’en prendre spécifiquement au rock n’ roll en général et au tandem Homme-Hughes en particulier, dont le conservatisme ricain et les tendances hédonistes contraires à la charia ne constituent pourtant un secret pour personne. Non. C’est le Bataclan qui était visé (le communiqué des terroristes faisant état de lieux “soigneusement sélectionnés”), et c’est la date symbolique du vendredi 13 qui a été retenue, une date sensée jouer sur nos peurs ataviques et irrationnelles. Les Eagles se produisaient ce soir-là, mais ç’aurait tout aussi bien pu être Kendji Girac, Pierre Palmade ou Sylvie Vartan. N’empêche. A voir l’annulation récente des tournées des Foo Fighters, de U2 et de Deftones, on se doute que plus rien ne sera jamais comme avant pour nous autres rockophiles français. Au-delà des raisons qui ont conduit les terroristes à sélectionner le Bataclan… soit dit en passant, il n’est pas question ici de s’adonner à un règlement de compte quant à des questions de personnel ou de sécurité des lieux, d’ailleurs on imagine parfaitement que les gérants de la salle ont déjà dû tirer à leurs dépens les conséquences de cette épouvantable tragédie. Qu’on se le dise : il n'y a jamais eu de précédent de cette ampleur, et si le principe de précaution était en théorie à même de s’appliquer pour un événement de ce type, les moyens à mettre en oeuvre devaient malgré tout tenir compte d’une certaine rationalité de sorte à ne pas nuire au bon déroulement du spectacle. Bref, vous l’aurez compris, nous allons certainement devoir faire face à des contrôles de sécurité très largement renforcés lors des prochaines manifestations auxquelles nous nous rendrons. Et même si ces contraintes vont probablement, par certains côtés, entacher le plaisir que nous aurons à écouter de la musique, même si des entorses à nos libertés de circulation devront être consenties, même si nous devrons certainement faire face à des excès sécuritaristes (que nous espérons les moins avilissants possibles et contre lesquels nous tâcherons de lutter), nous osons croire que le monde du rock français parviendra à garder la tête haute et à ne pas céder face au chantage inhumain des islamistes qui jouent sur les terreurs du public. Car oui, la meilleure façon de résister, de montrer que nous sommes vivants, que nous sommes fiers de nos valeurs, que la terreur ne gagnera jamais, c’est encore de continuer à aller aux concerts et aux festivals. Et s’il est une chose qui est certaine, c’est qu’Albumrock ne cédera jamais face à l’ignominie, que nous ne renoncerons jamais à couvrir les lives qui nous plairont. Jamais nous n'abandonnerons le rock n' roll.

Je me rappelle encore des circonstances qui m’ont amené à découvrir le dernier opus des Eagles of Death Metal. Je me suis rendu en voiture au mariage d’un ami en Picardie début octobre, et le disque de Jesse Hughes and co m’a accompagné durant une bonne partie du voyage. Je me souviens qu’il faisait beau et que, anticipant agréablement l’événement à venir, j’avais effectué la traversée de la France avec un grand sourire aux lèvres. Non pas que Zipper Down soit un immanquable de la discographie des aigles du death metal (groupe qui, soit dit en passant pour les profanes qui passeraient par là, n'a rien à avoir avec une quelconque forme de metal extrême), mais il y a toujours dans ce rock bluesy-friendly un côté décalé, second degré,  épicurien et potache qui invite à la bonne humeur et à la détente. Et lorsque j'ai de nouveau fait tourner l’album en boucle durant tout le week-end suite à l’horreur de Paris, c’est cette même impression de jovialité qui m'est apparue, contribuant à apaiser la colère et le chagrin qui m’ont ravagé au soir de ce funeste vendredi 13. Telle est la meilleure preuve que la musique, que le rock est plus fort que tout, que céder à la désolation ne nous mènera jamais nulle part. J’ai décidé que Zipper Down serait album de la semaine sur Albumrock, mais plus qu’un triste symbole, c’est aussi une invitation à nous ressourcer, à évacuer notre angoisse et notre chagrin. A puiser du réconfort, à retrouver le sourire. Car nous devons aller de l’avant, envers et contre tout. Et si l’avenir s’annonce morose, qu’à cela ne tienne, nous l’affronterons armés de notre rage de vivre et d'une passion intacte pour le rock.

Nous n’oublierons jamais.
Nous ne nous soumettrons jamais.
Long live rock n’ roll.

In Memoriam

Crédit photo : Pascal Colrat

En savoir plus sur Eagles of Death Metal
Commentaires
rockfour, le 22/11/2015 à 17:31
très bon article écrit qui évoque très bien l'après avec son lot de mesures excessives qui vont entrer en vigueur, sachant qu'il y aura d'autres attentats et d'autres victimes et que le risque zéro n'existe pas
Dragovan, le 17/11/2015 à 09:04
Je suis content d'apprendre qu'aucun membre de votre équipe n'a été touché par ces attentats. Cet édito relate bien ce que doivent penser la plupart des lecteurs et amateurs de rock que nous sommes. A force de côtoyer cette communauté de "rockeurs" depuis des années, je me rends compte à quel point qu'elle est ouverte et tolérante. C'est ce qui rend cette tragédie encore plus dure. La plupart des victimes étaient jeunes, avaient l'avenir devant eux et partageaient les mêmes valeurs que moi. J'espère que les groupes de rock vont vite revenir jouer sur Paris et en France. Bien entendu il faut s'attendre à des contrôles renforcés à l'entrée des salles de concert, et c'est bien normal. Il va falloir continuer notre vie, continuer à aller aux concerts de rock, soutenir les artistes, prouver aux terroristes qu'ils ne gagneront jamais et que la terreur ne nous empêchera pas de défendre notre liberté de jouir de la vie. J'ai juste peur de la montée de l'extrême droite, de la haine et du racisme. Il faut pour cela combattre à notre niveau l'intolérance et la bêtise humaine, expliquer aux imbéciles que la xénophobie ne va faire que nous diviser et donner raison aux terroristes. Peace, love and rock !
Ouf, le 17/11/2015 à 08:30
J'ai pensé direct à Maxime. Ouf!
Stephane, le 16/11/2015 à 21:25
Merci pour cet édito. Tu retraces les pensées de toute notre équipe. En ces moments de sentiments mitigés, de colère, et de tristesse, il est toujours important de lire, d'écouter de la musique, de se retrouver entre amis. Cette rédaction que j'ai intégré il y a 6 mois partage ces passions, ce pays dans lequel je vis depuis plus de 34 ans parage ces passions, nous continuerons car notre vie c'est ça.... Je ne prendrai pas d'arme pour ôter la vie d'un autre, je prendrai ma plume pour rappeler qu'il est bon de vivre, qu'il est bon d'écouter de la musique, surtout si c'est du rock. Notre arme face à la terreur : la vie ! Le rock ! et F**k them all !
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