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Critique d'album

Willie Dixon


I Am The Blues


(28/02/1970 - Columbia - Blues - Genre : Chanson / Folk)
Produit par

1- Back Door Man / 2- I Can't Quit You Baby / 3- The Seventh Son / 4- Spoonful / 5- I Ain't Superstitious / 6- You Shook Me / 7- (I'm Your) Hoochie Coochie Man / 8- The Little Red Rooster / 9- The Same Thing
Note de 4.5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Album culte qui rappelle who's the blues."
Steven Jezo-Vannier, le 31/08/2013
( mots)

He's the blues, Willie Dixon.
En 1970, le bluesman contrebassiste Willie Dixon sort, sur le label Columbia/ Legacy, un album modestement intitulé : I Am The Blues, produit par Abner Spector. L'affirmation peut sembler prétentieuse, mais le parcours de Willie Dixon et cet album apportent la preuve de son importance pour l'histoire du blues et du rock.

La vie de l'auteur-compositeur épouse l'archétype mythologique du bluesman, elle se confond avec l'histoire même du genre. William James Dixon est né le 1er juillet 1915, dans la ville de Vicksburg, au cœur du Mississippi, terre natale du blues. Fasciné précocement par le style musical, il se familiarise avec l'ambiance des barrel houses, fréquente les lieux de « mauvaise vie », séjourne en prison pour quelques délits, et s'use dans les champs de travaux forcés. Le jeune Dixon y affine son oreille, il explore l'univers du blues et s'exerce à l'écriture de ses premières chansons. Au milieu des années trente, il accompagne l'exode rural vers les cités industrielles du Nord. Il remonte le cours du fleuve sacré Mississippi jusqu'à Chicago. Là, tout en côtoyant les boîtes où s'invente le Chicago blues, il exploite sa force physique et devient boxeur professionnel, un métier qui lui offre quelques titres de champion. Après quelques démêlés financiers, il abandonne la sueur du ring pour celle de la scène. Il accompagne quelques formations à la contrebasse, notamment le Five Breezes, travaille son chant et apprend la guitare, tout en poursuivant l'écriture. Le lancement de sa carrière véritable est retardé par l'entrée en guerre des États-Unis dans le second conflit mondial. Willie Dixon est appelé sous les drapeaux, mais refuse de partir. Récalcitrant, il se voit emprisonné durant près d'un an avant de faire accepter son statut d'objecteur de conscience. Après la guerre, il peut reprendre pleinement son engagement musical et forme, en 1946, le Big Three Trio, en compagnie du pianiste Baby Doo Caston (qu'il a rencontré durant sa brève activité de boxeur et avec lequel il a collaboré dans les Five Breezes) et du guitariste Bernardo Dennis, plus tard remplacé par Ollie Crawford (qui avait participé, comme Dixon, à l'éphémère formation des Four Jumps of Jive). Avec ce groupe, Willie Dixon enregistre son premier album, en 1947, chez Columbia Records. Pourtant, c'est avec le prestigieux Chess Records, label emblématique et historique du blues de Chicago, que la carrière de Willie Dixondébute réellement, à partir de 1952, date à laquelle le Big Three Trio se sépare. Il est recruté comme musicien de studio et accompagne quelques-uns des grands noms du blues : Muddy Waters, Howlin' Wolf, Sonny Boy Williamson, Otis Rush et d'autres. Ses multiples talents sont rapidement mis à profit par la maison de disques, qui retient plusieurs de ses compositions et les fait enregistrer par les stars du moment. Son écriture est également sollicitée par le label concurrent : Cobra, qui enregistre plusieurs de ses chansons dans la seconde moitié des années cinquante.Willie Dixon a non seulement accompagné l'ascension du blues, joué sur plusieurs disques fondateurs et composé des airs légendaires du répertoire, mais il a également participé, à la même époque, à la naissance du rock'n'roll, en collaborant au « jump blues » de Memphis Slim, puis en accompagnant Bo Diddley et Chuck Berry. Sa contribution aux blues américain et anglais va plus loin, la plupart de ses chansons se transmettront, de scène en scène, du blues au rock, et d'une génération à l'autre.

Dans I Am The Blues, Willie Dixon s'entoure du guitariste Johnny Shines, de l'harmoniciste Walter Horton, du pianiste Sunnyland Slim et du batteur Clifton James. Avec leur soutien, il livre une version électrique et d'une voix puissante, dans le plus pur style de Chicago, de plusieurs standards de sa composition, écrits pour (et repris par) d'autres noms célèbres. Le disque s'ouvre sur “Back Door Man”, un titre offert à Howlin' Wolf en 1961, paru en face B du single “Wang Dang Doodle” (autre morceau de Willie Dixon). Il est repris en 1967 par The Doors, sur leur premier album, éponyme. Il est joué et parfois enregistré en live par de nombreux autres groupes comme Quicksilver Messenger Service ou le Grateful Dead. Le disque de Dixon poursuit avec “I Can't Quit You Baby”, chanson enregistrée pour la première fois en 1956, par Otis Rush pour le label Cobra ; elle est reprise par John Mayall sur son album britannique Crusade, en 1967, avant d'être magnifiée par Led Zeppelin sur leur premier opus, au début de l'année 1969. En face A de ce même album de Led Zeppelin figure un autre titre de Dixon, écrit en collaboration avec J.B. Lenoir pour Muddy Waters : “You Shook Me”. La présence de cette chanson est à l'origine du conflit qui divisa longtemps les anciens amis et guitaristes des Yardbirds, Jimmy Page et Jeff Beck ; ce dernier ayant déjà enregistré le titre pour son premier album, Truth, en 1968. “You Shook Me” figure en sixième piste sur I Am The Blues, il est précédé de “I Ain't Superstitious”, écrite pour Howlin' Wolf et gravée chez Chess Records en 1961. Le morceau de Willie Dixon est lui aussi repris par Jeff Beck, accompagné de Rod Stewart, sur Truth.
Sur l'album de Willie Dixon figure encore “The Seventh Song”, écrite pour Willie Mabon en 1955, puis reprise, dix ans plus tard, par Johnny Winter dans son live : Meanwhile Back At The Whisky A Go Go. La quatrième piste de I Am The Blues, “Spoonful”, est un morceau de Delta blues de la fin des années vingt, réadapté par Dixon et enregistré par Howlin' Wolf en 1960. Le morceau déploie toute son envergure en 1966, entre les doigts agiles d'Eric Clapton et du groupe Cream, dans leur album Fresh Cream, version britannique. Par la suite, il sera largement réinterprété par de nombreuses formations des années soixante, parmi lesquelles le Paul Butterfield Blues Band et Ten Years After.

L'album de Dixon poursuit avec un morceau d'anthologie : “(I'm Your) Hoochie Coochie Man”, immortalisé par Muddy Waters dès 1954 sur un single contenant “She's So Pretty” en face B. Le titre est repris d'innombrables fois tout au long des années soixante, par quelques-uns des groupes majeurs de la décennie : The Blues Incorporated d'Alexis Korner en 1962, initiateur du British Blues Boom, Long John Baldry en 1964, Manfred Mann la même année, The Shadows of Knight en 1966, Chuck Berry, Tim Hardin, Billy Preston et Jimi Hendrix l'année suivante, Steppenwolf en 1968 et enfin, Buddy Guy et le Allman Brothers Band en 1970. Comme tous les autres morceaux, “Hoochie Coochie Man” continuera d'être repris à chaque nouvelle génération d'artistes. I Am The Blues poursuit avec “The Little Red Rooster”, chanson construite sur le modèle d'un blues antérieur, adapté par Dixon pour Howlin' Wolf, pour un single de 1961. Il est joué par les Rolling Stones sur un disque de 1964, avec “Off The Hook”, sur le label Decca, avant d'apparaître sur l'album US The Rolling Stones, Now!, l'année suivante. Il est repris à son tour par The Doors, puis le Grateful Dead sur plusieurs lives. Enfin, l'album de Dixon s'achève sur “The Same Thing”, un titre moins connu écrit pour Muddy Waters en 1964 et peu repris par la suite.

I Am The Blues contient neuf pistes, neuf morceaux d'anthologie qui ont fait l'histoire du blues. Dans tout le répertoire de Willie Dixon, de nombreuses chansons ont été reprises, notamment dans les disques des figures emblématiques du rock : chez les Rolling Stones (“I Want To Be Loved”, “Little Baby”, “You Can't Judge A Book By The Cover” et “I Just Want To Make Love To You”, également reprise par The Animals), chez Led Zeppelin (“Bring It On Home” et “You Need Love”, matrice de “Whole Lotta Love”), chez The Doors (“Close To You” et “Don't Go No Further”), Spencer Davis Group (“My Babe”), Fleetwood Mac (“My Baby's Sweeter” et “Talk To Me Baby”), Captain Beefheart (“Diddy Wah Diddy” et “Evil”, également jouée par Derek and The Dominos, Cactus, Faces ou encore Canned Heat).

Lorsque Willie Dixon sort son album en 1970, la plupart de ses compositions et de ses textes sont déjà devenus d'immenses succès, d'abord entre les mains des icônes blues, puis entre celles des scènes anglaise et californienne des sixties. Le bluesman se fait ainsi le passeur entre les générations et les styles, ses compositions sont un relai, un fil d'Ariane qui assure la continuité entre le Chicago blues, ses racines du Sud, le rock anglais et le californien. Dixon, qui n'a rien enregistré depuis 1963, c'est-à-dire avant le revival blues et la british invasion, revient en 1970 pour réaffirmer sa paternité sur une longue lignée, à une époque où les groupes qui l'ont repris atteignent des sommets de notoriété. Le rôle et l'héritage de Willie Dixon sont souvent mésestimés, en comparaison des grandes voix du genre ; pourtant, leur importance dans l'histoire du blues et du rock est fondamentale. C'est pourquoi il réaffirme, en 1970 : « Je suis le blues » avec un album qui sert de preuve à toutes les oreilles familières du rock. Les titres de Dixon ont marqué au fer rouge l'univers rock, ils continueront d'ailleurs à être repris par-delà les années soixante-dix, jusqu'à nos jours et dans des courants très divers : Bruce Springsteen reprend “Diddy Wah Diddy”, The Jesus and Mary Chain s'essaie à “Little Red Rooster”, Tom Petty and The Heartbreakers jouent ces deux titres également, Megadeth adapte “I Ain't Superstitious”, tout comme les White Stripes dans un tout autre genre, Elvis Costello reprend “Hidden Charms”, les New York Dolls et Motörhead osent s'attaquer à “Hoochie Coochie Man”, tandis que Johnny Kidd and The Pirates reprennent “I Just Want To Make Love To You”. Les quelque quatre-vingts chansons écrites par Willie Dixoncomptent un nombre très important de succès planétaires, dont l'influence s'étend par-delà la mort du bluesman en 1992 ; elles sont une source d'inspiration intarissable.

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