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Critique d'album

Ty Segall


Emotional Mugger


(22/01/2016 - Drag City - - Genre : Rock)
Produit par Ty Segall, F. Bermudez

1- Squealer / 2- Californian Hills / 3- Emotional Mugger/Leopard Priestess / 4- Breakfast Edge / 5- Diversion / 6- Baby Big Man (I Want A Mommy) / 7- Mandy Cream / 8- Candy Sam / 9- Squealer Two / 10- W.U.O.T.W.S. / 11- The Magazine
Note de 3/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"Ty Segall continue sa marche en avant avec une créativité impressionnante, mais le piédestal sur lequel certains veulent le poser est bien trop haut"
Erwan, le 04/02/2016
( mots)

Le rock d’aujourd’hui ne cesse de puiser et repuiser dans ses racines 70’s, au risque selon certains de les épuiser. Une tendance au revival qui serait le symptôme de la très redoutée/souvent annoncée/jamais constatée mort du rock. Dans ces oreilles sceptiques qui finissent par n’entendre que le passé dans le présent, le punk garage avant-gardiste de l’inépuisable Ty Segall sonne comme les cloches bénites de la créativité. Après une année 2015 bien remplie, le Californien livre son huitième effort solo, Emotional Mugger.


Emotional Mugger est un album assez compact après un Manipulator qui traînait en longueur dans une multitude de petites pistes inutiles. Présenté sur son site internet par Ty Segall lui-même dans une vidéo pleine d’humour, l’album cache derrière son titre une critique de l’internet et du tout communiquant qui dérègle les rapports entre les gens, comme une agression mentale qui condamnerait les victimes au superficiel. Et comme le numérique est une arme du système qui corrompt nos esprits, quoi de mieux que de présenter ce nouvel album au format VHS avant sa sortie CD et vinyle ? Une initiative qui ravira les amateurs de rétro et sera l’occasion de faire parler du disque dans les bars à céréales branchés.


On retrouve dans Emotional Mugger une nouvelle version plus psyché du garage rock déstructuré qu’on connait bien chez Ty Segall, qui superpose les guitares à la pelle, sature la basse de façon démesurée et varie les tempos pour ciseler ses morceaux. Sa voix traitée à la réverbe, souvent dédoublée, et les timides expérimentations électro (principalement sur "Diversion" et "Squealer Two") renforcent le grand trouble qu’on ressent lorsqu’on se plonge vraiment dans cette atmosphère psyché/noise si particulière. Sans parler de l’avant-dernière piste "W.U.O.T.W.S." qu’il vous faut absolument écouter en stéréo pour apprécier la façon dont Segall empile puis déconstruit ses propres morceaux au milieu de crissements sonores génialement épouvantables.


Au-delà de sa façon de retravailler l’héritage grunge avec sa fameuse pédale DBA Fuzz War (secret de son empreinte sonore), Ty Segall étale dans Emotional Mugger un certain don pour le jeu en lead. En témoigne la dernière partie endiablée de "Californian Hills" où les deux guitares fonctionnent parfaitement entre elles sur deux schémas pourtant différents mais qui se rejoignent en certains points clés, sans s’harmoniser mais plutôt en se répondant, tout en prenant de la vitesse jusqu’au bout du morceau. Et alors que les guitares tissent de tranchantes mélodies, c’est finalement la basse qui assure le plus souvent le corps des morceaux, ce qui ne fait que renforcer le côté hypnotique du disque. Dans un esprit un peu noise, Ty Segall utilise également très bien sa guitare pour créer quelque chose de l’ordre du malsain avec quelques bruitages et grésillements d’ambiance, comme sur "Baby Big Man (I Want A Mommy)". 


Emotional Mugger a été accueilli comme une bouffée d’air frais dans un monde sous cellophane et oui, Emotional Mugger est un disque assez bien travaillé, avec quelques bonnes trouvailles, dans la continuité de ce que Ty Segall propose depuis plusieurs années tout en marquant quand même une progression, ce qui est assez dingue quand on voit la productivité du bonhomme. Mais Emotional Mugger est avant tout un disque cérébral, pas facilement accessible et appréciable sans un certain effort pour vraiment rentrer dedans. En tout cas pas pour tout le monde. Le rock n’est sans doute pas mort mais s’il l’était, son pacemaker ne serait certainement pas Ty Segall et son nectar psyché garage intellectuel. Le grunge des années 90, dont la musique de Ty Segall est directement inspirée, était tout ce qu’il y a de plus viscéral et avait insufflé un nouvel élan après une période 80’s un peu plus morose. Si renouveau il devrait y avoir, c’est des tripes qu’il viendrait. Pas de l'intellect.


A écouter quand même : "Californian Hills" et "Diversion"

Commentaires
Lusty, le 13/03/2016 à 17:00
Très bonne chronique à la fois objective et pertinente qui ne cède pas à la Segall-mania. J'apprécie énormément cet artiste et, comme cela est très bien dit, cet album marque une certaine progression musicale qui était nécessaire après un "Manipulator" sur-produit aux compositions trop caractéristiques et "déjà entendu". Cependant, ce renouveau peine à me convaincre car, même après plusieurs écoutes, "Emotional Mugger" reste assez indigeste et un (trop) déroutant. Alors que sa complexité m'avait beaucoup séduit à la première écoute, je me suis au final rapidement ravisé. J'attends toutefois de découvrir ces nouveaux morceaux en live pour avoir un avis définitif sur la question.
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Très faible
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Bon album
Très bon album
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Excellent
Culte
Groupe

Ty Segall


Album de la semaine

Pearl Jam


Gigaton


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Si tout le monde connaît l’adage “qui aime bien châtie bien”, il semblerait que certains fans aient du mal à laisser leur formation fétiche se faire vertement critiquer, quand bien même elle n’aurait à l’évidence pas réellement cherché à se surpasser. Qu’on ne s’y trompe pas : Pearl Jam est un grand groupe, l’un des meilleurs à avoir émergé durant la décennie 90, une formation techniquement solide, artistiquement intègre et qui peut de surcroît compter sur un chanteur d’exception, mais un groupe qui a eu un peu trop tendance à vivre sur ses acquis durant les vingt dernières années. D’aucuns auront pu se contenter des corrects Lightning BoltBackspacerRiot Act et autre PJ (on peut même y ajouter un ou deux disques au passage) tandis que d’autres auront conspué le quintette de Seattle pour son évidente paresse. Rétrospectivement, et à l’écoute de ce Gigaton assez inespéré, ces derniers n’avaient pas tort, même si l’horizon Ten - Vs - Vitalogy paraît encore bien loin.

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