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Critique d'album

The Gathering


How to Measure a Planet?


(09/11/1998 - Century Media - Doom Prog - Genre : Hard / Métal)
Produit par Attie Bauw

Note de 5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Le premier chef d'oeuvre de la bande à Anneke Van Giersbergen"
Maxime L, le 04/03/2019
( mots)

Une invitation au Voyage. Voilà ce qu’est How to measure a planet ?. Dans une inspiration Baudelairienne, poétique, presque prophétique et éclairé d’un bout à l’autre par une lueur difficilement descriptible, ce disque procure une sensation de drogue douce plongeant l’auditeur dans une bulle cotonneuse tout au long des deux disques qui composent cette œuvre hypnotique.


How to measure a planet ? est un chef d’oeuvre. N'y allons pas par 4 chemins, cet album est une réussite éblouissante, aussi aveuglante que le jaune solaire de sa pochette. Mais une réussite qui se laisse difficilement dompter, qui n'est presque pas perceptible durant les premières écoutes.


Difficile de conter ici l'expérience personnelle que j'ai pu avoir avec cet album, mais on se doit d'être prévenu avant la découverte de ce gargantuesque opus : le métal gothique d'antan et ses grosses guitares d'airain ne sont plus. Est il encore question de métal ? Est il encore même question de rock ? Au diable les étiquettes et les conventions lorsque l'on tient un tel joyau entre ses mains et ses oreilles. Une certaine ouverture d'esprit sera nécessaire pour ne pas passer à côté de cette œuvre intemporelle et lumineuse.


La création musicale est souvent, si ce n'est une réponse, une inspiration, voire un hommage au contexte musical dans lequel on évolue, à plus forte raison quand celui ci a des allures de révolution. How to measure a planet ? (HTMAP) fait partie de ces oeuvres, qui voient leur process d’ecrit bouleversé par une époque et une révolution sonore : la sortie d'Ok Computer de Radiohead paru en 1997. Avant la sortie de ce HTMAP, rappelons que le groupe naviguait entre métal gothique et rock atmosphérique, et que ses deux précédents albums, s'ils étaient réussis, n'avaient strictement rien en commun avec la bande de Thom Yorke. La qualité intrinsèque de Mandylion et Nighttime Birds était certaine, mais n'apportait rien de fondamentalement nouveau sur la scène musicale de l'époque, si ce n'est l’arrivée d'une chanteuse dont on a très vite décelé le potentiel.


Le groupe est en 1998 à la croisée des chemins, et sent bien qu'il doit faire évoluer sa musique. Les groupes qui gravitent dans leur aire de jeux ont su se réinventer : Anathema flirtant brillamment avec l'ombre des Pink Floyd ( sur l'album Judgement notamment), et Paradise Lost s'essayant avec brio aux boîtes à rythmes façon Depeche Mode (sur l'excellent Host entre autres). Pour The Gathering, cela ne sera pas une simple évolution, mais un virage à 180 degrés, une prise de risque maximale à l'image de Radiohead sur Ok Computer. On entend parler alors de "trip-rock" pour décrire cette nouvelle orientation, comme un alliage hybride entre les expérimentations de Radiohead, les incantations Space Rock de Hawkwind et de Pink Floyd, le tout avec une démarche pouvant flirter avec Massive Attack, le tout étant shooté aux endorphines artificielles. Démarche audacieuse, voire presque suicidaire en proposant un format double cd pourtant guère en vogue et en risquant de se mettre à dos la fan-base la plus métal du groupe.


Si l'on a beaucoup parlé sur les chroniques précédentes de l'importance et de la mise en lumière d'Anneke Van Giersbergen, ce nouvel album est avant tout l’œuvre d'un groupe. Là où la voix d'Anneke était parfois mixée très en avant, l'unité et l'alchimie du groupe sont absolument incroyables d'un bout à l'autre des 13 compos (sur deux disques donc) et de ces 103 minutes de voyage interstellaire.Si Anneke est la figure de proue de l'identité du groupe (vocale et visuelle), René Rutten en est l'architecte sonore. Le guitariste signe plus de la moitié des titres et en définit magistralement les ambiances. Le groupe a toujours su construire des atmosphères marquées : sèches et arides sur Mandylion, froides et polaires sur Nighttime Birds ; et nous propose ici un voyage planant, presque cosmique, au sens scientifique du terme.


Induit déjà par le nom de l’œuvre, par son artwork (un peu raté ceci étant), le Voyage sonore s'effectue dès la première piste "Frail" où Anneke nous instille les premiers frissons en nous parlant de fragilité et de rédemption. Les notes de guitare sont rares mais résonnent parfaitement face à la caisse claire en forme de caresse en apesanteur.  C'est une entrée sous psychotrope que nous propose le groupe ; à plus forte raison si on a la brillante idée d'écouter l'album au casque, lové dans un fauteuil confortable, à la tombée de la nuit. Le voyage est lunaire, psychédélique, mais un psychédélisme doux et suave. A l'image d'un "Great Ocean Road" qui nous fait emprunter une route spatiale sur un Océan imaginaire par delà le système solaire. Les nappes de claviers sont discrètes, les coups de cymbales de Hans Rutten sont telles des étoiles explosant dans le cosmos, le tout dans cette atmosphère presque "indus" tant on semble discerner les bruits des machines de l'engin spatial, avec en guise d'explosion des lyrics qui sonnent comme des mantra  "There is no place, on the face of this Earth, only silence..is the sound of an angel".


L'ange est facilement identifiable, lorsque les lumières s'éteignent peu à peu et que le trip fonctionne parfaitement, c'est Anneke qui nous sauve littéralement d'un coma cotonneux, comme elle le murmure dans "Rescue me", titre fantastique qui permet à l’album d'atteindre sa vitesse de croisière spatio-temporelle. 


Le reste du premier disque est tout aussi stupéfiant, alternant titres vaporeux et presque lascifs ( "My electricity" et ses sublimes vocaux doublés) et morceaux plus enlevés comme "Liberty bell". 


The Gathering nous a déjà emmené à des hauteurs vertigineuses jusque là mais le sommet psychotropique n'est pas encore atteint. Il le sera bientôt , quelque part entre les 3 derniers morceaux, d'une unité incroyable et fonctionnant presque comme un palliatif tant notre cerveau, notre conscience, notre corps, et notre âme ont depuis longtemps quitté toute enveloppe tangible.. 


"The Big sleep" voit Anneke nous bercer dans des volutes brumeuses et aériennes "I'm dreaming, sing me a lullaby (..) far away from reality". C'est à peine si on perçoit l'entrée de la batterie, pourtant douce et racée à la fois, tant notre esprit s'est envolé haut, très haut. Les arrangements sont ciselés à la perfection : le rythme syncopé de "Marrooned" nous maintient sous respiration artificielle, le temps pour le groupe de nous pousser au bord des abîmes sur l’hypnotique et initiatique "Travel" avec un final aux formes de voyage éternel, entre sommeil et léthargie tourbillonnante.


La première partie de l’odyssée prend fin, l’auditeur est encore groggy et hébété face à autant de pureté sonore et imaginative. Le groupe réussit l’exploit de nous embarquer avec lui dans sa quête d'infinité et ce en nous faisant perdre tous nos repères habituels : ici pas de riffs de guitare abrasifs, pas de breaks de batterie testostéronés, juste 5 artistes ayant décidé de jouer avec notre imaginaire en nous proposant une musique inattendue, lumineuse, et d’une incroyable pureté.


Le second disque est du même niveau, sans doute plus varié et à la fois plus expérimental. Alternant titres instrumentaux presque progressifs ( "South American ghost ride" ) et chansons plus directes (la sublime "Illuminating"), il permet à l’auditeur de redescendre paisiblement du trip hallucinatoire, le groupe continuant de nous bercer de ses ambiances cosmiques jusqu’à l’atterrissage final, après 28 minutes instrumentales de Space-rock de haute voltige sur le bien nommé "How to measure a planet".


Vous l'aurez compris, HTMAP est une œuvre aboutie à la perfection, donnant un nouveau souffle au groupe. Il fait partie de ces albums ayant la qualité des œuvres majeures de notre temps : celle d'avoir une durée de vie inépuisable, et on se surprend encore après des dizaines d'écoutes à remarquer un arrangement ici, une sonorité par là, et c'est un délice absolu de déguster ces harmonies et arrangements posées subrepticement au fil de l'album. Il convient une nouvelle fois d'insister sur ce point, et de ne pas se laisser griser par la première écoute qui ne délivre pas immédiatement toutes ses saveurs.


La réussite artistique de ce How to measure a planet  est totale et le groupe continuera de nous éblouir sur ses prochains albums, Souvenirs et Home notamment, autres invitations au Voyage, dans des contrées différentes mais toutes aussi lumineuses et abouties.

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