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Critique d'album

The Blinders


Fantasies Of A Stay At Home Psychopath


(17/07/2020 - Modern Sky UK - Alternative - Genre : Rock)
Produit par Rob Ellis

1- Something Wicked This Way Comes / 2- Forty Days And Forty Nights / 3- Lunatic (With A Loaded Gun) / 4- Circle Song / 5- I Want Gold / 6- Interlude / 7- Mule Track / 8- Rage At The Dying Of The Light / 9- From Nothing To Abundance / 10- Black Glass / 11- In This Decade
Note de /5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Un second album qui transporte dans son ambiance occulte hautement addictive"
Julien, le 08/08/2020
( mots)

Sorti quelques mois après la fin du confinement, il serait aisé de voir un acte totalement réfléchi -ou marketé, pour les plus cyniques- derrière un album dont le titre est Fantasies Of A Stay At Home Psychopath. Ce raccourci est totalement erroné ; le temps fait office de preuve irrévocable, en effet, le titre a été annoncé par le groupe le 12 février 2020 soit un bon mois avant que les gouvernements d’Europe ne contraignent les populations à rester enfermées dans leurs foyers. Plutôt que de résumer l’intitulé du second opus de The Blinders à une simple coïncidence, il faut y voir le talent, couplé à la maturité, de ce trio d’une vingtaine d’années de moyenne d’âge et qui, en deux albums, à toujours su viser juste en prenant une forme de hauteur tout aussi étonnante que rigoureuse, sur le thème politico-sociétal. 


Originaire de Doncaster, à coté de Manchester, The Blinders se forment en 2014 avec le chanteur/guitariste Thomas Haywood, Charlie McGough pour la basse et Matthew Neale à la batterie. Leur premier album Columbia parait en 2018 et voit les britanniques foncer d’entrée dans des thèmes comme l’organisation des sociétés, les abus de pouvoir et autres dérives politiques. Une attaque frontale faite au travers du point de vue de deux personnages fictifs. Une écriture intelligente qui permet à son auteur un maximum de liberté de plume, et lui évite d’être directement confronté à ses propres opinions. Les références, qu’elles soient littéraires ou historiques, sont nombreuses : on pensera ici au titre “L’Etat C’est Moi” qui renvoie à une célèbre phrase apocryphe attribuée à Louis XIV en un temps où le Roi Soleil, ignorant comme son époque de la notion même d'état, incarnait le lien entre son peuple et Dieu.
Tout au long de ce premier effort, politique et culture sont cachées derrière un rock d’une indélébile couleur sombre, et un son brut, proche de la captation live, qui sera le défaut majeur de ce disque. On retiendra deux énormes tubes, entêtant dans les riffs et les mélodies et qui posent là l’identité du groupe : “I Can’t Breathe Blues” et surtout “Brave New World”.  


Pour décortiquer le second album du trio britannique, il serait aisé de démarrer l’analyse en évoquant l’instant charnière que représente ce passage dans la carrière d’un groupe et de la « maturité » acquise au travers de cet exercice. Cette dernière expression, bien qu’appropriée ici, serait bien réductrice au regard de la qualité perçue sur ce disque. Ce que l’on écoute, c’est l’intelligente progression de musiciens maîtrisant pleinement leur son pour avancer dans une direction artistique claire et assumée d’un bout à l’autre de la galette. Fantasies Of A Stay At Home Psychopath transpire la réflexion et le labeur de ces auteurs. Démarrer l’album c’est ouvrir le rideau d’un décorum savamment pensé dans lequel l’auditeur est immédiatement propulsé. Tout du long de l’écoute, on navigue, guidé par un fil noir, dans des pièces toutes plus oppressantes les unes que les autres et où se déchaîne une fureur mêlée d’amertume.
Dans une époque où le streaming est le mode de consommation privilégié de la musique, peu d’artistes accordent de l’importance à l’ordre de la tracklist de l’album. Les Blinders eux l’ont travaillée, à raison, car cette dernière est l’un des facteurs qui ajoute à la sensation de magnétisme ressentie ici. L’ouverture “Something Wicked This Way Come” forme la porte d’entrée parfaite de cette odyssée onirique noire où basse et batterie martèlent les premiers instants d’angoisse avant l’implosion des guitares sur le refrain qui forgent les verrous nous empêchant de fuir l’atmosphère sinistre dans laquelle on est plongé.
L’évidente évolution positive du groupe se matérialise à l’écoute du travail effectué sur le son et la production. Le trio sort des sonorités brutes aux relents live de Columbia, pour proposer des morceaux plus fournis et complexes. Attention, The Blinders n’est pas un groupe qui balance des solos interminables ou qui exhibe une technique instrumentale exacerbée, loin de là. Les compositions sont -sans être péjoratif- assez simplistes mais diablement efficaces. On peut se pencher ici sur la triplette “I Want Gold”, “Rage At The Dying Of The Light”, “From Nothing To Abundance”, toutes trois bâties sur une progression qui va crescendo, tour à tour agrémentées de savoureux bends distillés avec brio. Les chœurs et autres claviers apportent la profondeur nécessaire pour éviter la redondance qui aurait pu ressortir de ces morceaux calqués sur un même modèle de construction.


Pour autant la bande de Doncaster ne tourne pas complètement le dos à son premier opus où un titre comme “Forty Days And Forty Nights” aurait très bien pu figurer. On retrouve dans ce premier single, un duel frénétique lancé entre la guitare et le débit du texte chanté par Thomas Haywood . Le titre “Lunatic (With A Loaded Gun)” renvoie aux thématiques politiques explorées sur Columbia. Si ce morceau est surement le moins réussi de l’album musicalement parlant, le texte, lui, illustre parfaitement la justesse et l’étonnant recul dont Haywood fait preuve dans son écriture sur cette thématique. Un texte où la colère, une haine raffinée, sont déversées contre l’absence de morale et de bonté dans la politique de Trump, en reprenant l’image des inhumaines conditions de détention des fils et filles de migrants, séparés de leurs familles au Texas et au Nouveau-Mexique : “There are children in cages. On Monday’s front pages. This is no history book. This is no play” ; mais également sur la crise climatique :  “The rivers are all a flood. But that’s too good. Cause there’s profit to turn. So the world’s gonna burn” (“Les rivières débordent mais c’est beau, puisqu’il y a tous ces profits à amasser autant laisser le monde brûler”).
Plus apaisée, la plume du chanteur/guitariste fait également des merveilles sur “Circle Song”. Un registre inédit, qui sied parfaitement à la musicalité des Anglais, et sur laquelle on trouve ces magnifiques lignes, en référence au titre “Life On Mars” de David Bowie : “You know the pen is the sword . And if not for Bowie. Who’d know about the Norfolk Broads” (“Tu sais la plume est l’épée. Et si ce n’est par Bowie, qui aurait entendu parler des Norfolk Broads”).
Les ambiances plus feutrées sont poussées à leur paroxysme avec la Dylanesque balade, 100% acoustique, “In This Decade”, délicate et savoureuse conclusion de notre pérégrination dans cet espace claustro-phobique.


Enfin impossible de ne pas mentionner le sommet de ce Fantasies Of A Stay At Home Psychopath qu’est “Mule Track” : un hymne furieux bâti autour un riff imparable. Un trésor aux allures de char d’assaut lancé à 200km/h et qui écrase tout sur son passage. Il faut toute la force vocale de Haywood pour accompagner ce monstre de puissance. Ce dernier, une fois à l’arrêt, se fait relancer par une batterie, pareille à une détonation de dynamite, et la machine repart à toute berzingue surplombée par un chant devenu aliéné, mettant l’auditeur à genoux devant une telle démonstration de force. Un morceau suffoquant, symbole d’un album qui n’est pas loin d’avoir tout bon. 


Le temps de quarante minutes, The Blinders ont prolongé leur identité faite d’un ADN rock noir, et d’une insolente clairvoyance sur les temps actuels au travers de la plume de son auteur. Rien n’est dû au hasard sur ce Fantasies Of A Stay At Home Psychopath qui détonne par sa capacité à plonger l’auditeur dans son décorum occulte et oppressant dont on culpabiliserait presque de tomber accro dès la première écoute.

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