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Critique d'album

Scorpions


Return to Forever


(20/02/2015 - Sony - Classic hard - Genre : Hard / Métal)
Produit par Mikael Nord Anderson, Martin Hansen

1- Going Out With a Bang / 2- We Built This House / 3- Rock My Car / 4- House of Cards / 5- All for One / 6- Rock 'n' Roll Band / 7- Catch You Luck and Play / 8- Rollin' Home / 9- Hard Rockin' the Place / 10- Eye of the Storm / 11- The Scratch / 12- Gypsy Life
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Heavy bien senti et power ballads, mais pas que."
Alan, le 10/03/2015
( mots)

À la sortie de Sting in the Tail en 2010, Scorpions avait alors annoncé que le Get Your Sting and Blackout World Tour serait le dernier tour de piste des Hanovriens avant une retraite somme toute bien méritée. Le plaisir de jouer l’emporta néanmoins sur le plan initialement prévu puisque ces taquins nous reviennent cette année avec une dix-huitième production studio qui célèbre les cinquante ans de carrière du groupe. Et oui, cinquante ans putain, comme les Stones ! Ces gars-là ont tout vu passer : punk, glam, grunge, neo metal, aucune vague n’a su balayer ces mastodontes du rock teutons - tout au plus ébranlé quelque peu leur succès commercial dans les années quatre-vingt-dix. En cinquante ans, Scorpions est devenu un pilier du classic rock, écoulant des disques par dizaines de millions, comptant dans ses rangs des musiciens d’exception, et bien évidemment signant quelques hits bien sentis.


Sauf que la vie est une garce, et de tout ce que Scorpions a pu accomplir, la populace ne retient en général que trois choses : “Rock You Like a Hurricane”, “Still Loving You” et “Wind of Change”. Et c’est tout. Sérieusement ? Il y a pourtant dans le catalogue de Scorpions des curiosités qui valent cent fois les 126 millions de vues de “Wind of Change” sur YouTube, du krautrock des deux premiers albums en passant bien évidemment par les perles tantôt furieuses, tantôt mystiques composées et chantées par le virtuose Uli Jon Roth, alors guitariste soliste du groupe, et par extension tous les disques étiquetés Uli Jon Roth et Michael Schenker qui regorgent de pépites autrement plus travaillées qu’un rocker construit sur un putain de power chord - bouclons d’ailleurs la boucle en évoquant le tout récent et sensationnel Scorpions Revisited d’Uli Jon Roth où ce-dernier réinterprète avec maestria les classiques de Scorpions du temps où il était guitariste de la formation. Mais non, entêtée comme elle est, l’histoire n’aura retenu que “Rock You Like a Hurricane”.


Bien qu'en général, je m’interdis formellement l’emploi de la première personne dans une chronique, je vais faire ici une exception afin d’illustrer mon propos : sur le chemin du retour jusque chez moi vendredi, je réfléchissais à la manière dont j’allais aborder la présente chronique tout en attendant le métro avant que ne débarque sur le quai un groupe d’américains discutant de classic rock à un volume faisant fi de toute convenance - nan, sérieux, les américains parlent vraiment fort. Intrigué, je tends l’oreille : il se trouve que, tiens donc ! Scorpions était justement le sujet de discussion de la bande. Qu’il s’agisse d’une coïncidence, d’un alignement des planètes ou d’une synchronisation parfaite de nos encéphales, cette curieuse concomitance m’incita à me joindre à la conversation, m’attendant à un échange d’idées qui ne pourrait que me stimuler pour la rédaction de ce papier. Celui-ci fut malheureusement bien pauvre, puisque “Rock You Like a Hurricane” monopolisa justement l’intégralité de la conversation. Pire : il s’agissait effectivement du seul morceau que cette joyeuse troupe de new-yorkais connaissait.


Et alors ? “Hurricane” est un standard du classic rock, standard qui fait partie d’un répertoire répandu qui appartient à autant de personnes qui revendiquent leur appartenance à une culture rock très hétéroclite, et ce dans tout ce qu’elle englobe. Ça représente beaucoup de personnes, et il est clair qu’on n’attend pas de chacune d’elle de maîtriser le catalogue de Scorpions jusqu’au bout des doigts. Mais quand même : voir quelqu’un passer à côté d’une discographie aussi dense et riche sous prétexte qu’il n’y aurait à retenir de Scorpions qu’une poignée de tubes me consterne un peu plus à chaque fois. Scorpions, ce n’est pas que la chanson sur laquelle Philippe, désormais quinqua, a chopé Valérie pour la première fois lors d’un slow à l’été 1984, et pendant laquelle il allumera son briquet en souvenir de cette première galoche lorsque ce-dernier, en fan inconditionnel qu’il est, ira les voir en concert - tandis qu’il restera assis pendant tout le reste du set, incapable de reconnaître les trois quarts des morceaux joués.


Comprenons-nous bien cependant : ce coup de gueule ne constitue en aucun cas une attaque envers les personnes sus-citées - laissons le venin là où il est, dans la queue du scorpion - mais un cri du coeur qui a pour vocation de réhabiliter un groupe qui reste trop souvent perçu comme un groupe de hard FM réservé aux beaufs. Scorpions, c’est certes un équilibre bien trouvé entre rockers et power ballads, mais pas que : c’est aussi - et encore une fois - cinquante années d’influences et d’évolutions multiples que l’on retrouve en partie au sein de ce dix-huitième (et sans doute ultime, inutile de se voiler la face) opus qu’est Return to Forever - à ne pas confondre avec le groupe de jazz fusion du même nom ! Celui-ci reprend d’ailleurs plusieurs chutes de studio tirées des sessions de Blackout (1982), Love at First Sting (1984), Savage Amusement (1988) et Crazy World (1990) que le groupe a remaniées sans pour autant en altérer la substance : “La production sera moderne, mais les idées, les riffs, le feeling, la manière dont elles ont été écrites et arrangées, nous essayons de garder autant de matière première que nous le pouvons, déclarait à ce propos Matthias Jabs dans une interview datant de juillet 2012. Trente ans plus tard, personne dans le groupe n’aurait de nouveau ce genre d’idées que nous avons eues quand nous étions plus jeunes, on essaye donc de conserver leur esprit intact.


Résultent de cette grande excavation sept morceaux, dont quatre composés par la seule paire Klaus Meine/Rudolf Schenker qui livre ici un “Rock My Car” bien burné et suintant la gasoline à plein nez comme le ferait un “Blackout” en configuration live - “Rock the street, rock your car, rock yourself” selon les propres mots de Schenker - et un “Hard Rockin’ the Place” solide et diablement efficace malgré sa simplicité. Le message reste clair : même après cinq décennies de rock 'n' roll lifestyle d'ailleurs parfaitement résumées dans “Rock 'n' Roll Band”, les guitares de Matthias Jabs et Rudolf Schenker restent aiguisées comme jamais, et l'infernal James Kottak, sorti spécialement de sa cure de désintox' pour enregistrer l'album, martèle toujours ses fûts avec vigueur et puissance, respectant de ce fait la traditionnelle dychotomie que constituent la voix cristalline et inchangée de Klaus Meine et la dimension tonitruante de la musique qui l'accompagne.


Au milieu de ce défouloir décibellique, la paire propose aussi deux ballades : “House of Cards”, doppelgänger grave et subtilement orchestré de “Send Me an Angel”, et “Gypsy Life”, qui aurait sans aucun doute gagné à être interprétée en acoustique comme cela devait initialement être le cas (le morceau ayant été composé lors des sessions ayant précédé l’enregistrement d’Acoustica). À cette-dernière, on préfèrera “Eye of the Storm” qui, malgré l’ombre lancinante de guimauve qui plane au-dessus d’elle, reste à ce jour l’une des meilleures ballades qu’a pu livrer Scorpions, renforcée par un refrain fédérateur et un superbe solo signé Matthias Jabs - qui, quand il ne tombe pas dans le shred abrutissant, sait faire preuve de classe et de subtilité.


Malgré le nombre de ballades - trois, soit tout de même un quart du disque - Return to Forever reste un disque de hard 'n' heavy alignant plus de riffs qu’on ne saurait en enquiller. À ce titre, la paire suédoise que l’on retrouve une fois de plus installée à la production (Andersson et Hansen ayant déjà produit Sting in the Tail (2010) et Comeblack (2011)) nous gratifie ici d'exquises surprises pour le moins surprenantes et inattendues, qu’il s’agisse de “Going Out With a Bang”, blues débridé et sous stéroïdes qui ouvre l’album à plein régime, ou du Stray Cats-esque “The Scratch”, que l’on pourrait définir comme la rencontre improbable entre rockabilly dansant et heavy metal cocaïné, et qui apportent variété et nuance à un ensemble de morceaux certes efficaces mais assez génériques malgré tout (“All for One”, “Catch Your Luck and Play” ou “Rock ’n’ Roll Band” qui n’a de cesse d’évoquer “Highway Star” de Deep Purple).


Enfin, puisqu'il a longuement été question de “Rock You Like a Hurricane” dans cette chronique, quoi de plus normal que de conclure celle-ci en s'attardant sur “We Built This House”, dont la frappe boostée par cette gargantuesque reverb en reverse sur le refrain est directement héritée du morceau sus-nommé ? Résultant de l'injection d'influences plus pop dans des morceaux tels que “Hurricane” ou “No One Like You”, “We Built This House” évoque les cinquante années de carrière du groupe, avec ses hauts et ses bas : “Cette chanson, c'est notre histoire, raconte Klaus Meine. On a construit Scorpions brique par brique, et ce fut souvent pénible. Des premiers jours à Hanovre, aux concerts à l'étranger, jusqu'à aujourd'hui.


Cinquante ans de carrière qui aboutissent à un album s’inscrivant dans la droite lignée de Sting in the Tail et Comeblack qui alliaient à l’esprit vintage des chansons un son neuf et moderne, soit l’accomplissement de toutes ces années passées à marquer au fer rouge ce qui deviendrait le classic rock souvent avec pertinence, toujours avec panache. En définitive, malgré un certain manque de cohésion et un caractère quelque peu disparate - conséquences directe de la compilation de chutes de studio et de nouveaux morceaux - Return to Forever assure à Scorpions une sortie par la grande porte, d’autant que bon nombre de morceaux tout juste honorables sur la galette, parce qu’il sont taillés pour le live, acquerront une nouvelle stature une fois joués sur scène… pour peu que Philippe et ses semblables ne soient pas les seuls à faire le déplacement. Parce qu'encore une fois Philippe : tu n'imagines pas le nombre de merveilles qui se cachent derrière “Still Loving You”, mais aussi derrière “Stairway to Heaven” ou “Hotel California”.

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